‹ La religieuse de ToulouseChapitre 4 sur 5 · IC · texte numérisé non relu

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orgueil, et elle est inflexible. On ne voit que son geste absolu ; on n'entend que ses ordres. — « La supérieure est l'âme de la maison de X Enfance; elle est le chef de tous les membres qui la composent ; toute vertu et toute perfection dépendent de son influence. Elle peut être âgée de moins de trente ans. pourvu qu'elle soit prudente, discrète, exempte de tout soupçon d'avarice ; la bonne odeur de ses actions lui doit attirer toutes les vocations; elle donnera audience une fois par mois [audience , cela veut dire une confession solennelle 7) à chacune de ses filles, et les accueillera avec un visage serein ; elle prêtera une oreille attentive à toutes leurs misères; elles n'auronlrien de caché pour elle, et, de son côté, elle ne les renverra jamais mécontentes. » L'empereur romain ne parlait pas autrement quand il disait : « Il m* faut pas que le sujet qui a vu le visage de son maître se retire avec un visage mécontent! »

Une fois dans les sentiers du pouvoir absolu , la supérieure de X Enfance ne connaît plus d'obstacle. La maison , c'est elle-même! Elle veut être aimée, afin d'être mieux obéie; elle saura tout ce qui se fait, tout ce qu'on dit et tout ce qu'on pense ; elle est la source unique de toutes les faveurs et de toutes les grâces. L'aborder, c'est déjà une récompense. Ellemême , elle doit vivre à part, dans une atmosphère choisie, sur un roc inaccessible que rien ne saurait ébranler, ni la violence, ni la flatterie, ni l'autorité, ni la faveur, ni tous les flots, ni tous les vents. Là elle vil, là elle règne; autour d'elle, à ses côtés, à ses pieds, elle ne souffre et ne tolère au- < un des partis qui divisent d'ordinaire les maisons religieuses; elle exige en revanche cette sainte liberté d'esprit qui convient à d'honnêtes filles que n'ont pas effrayées les mille austérités d une règle sévère, d'un directeur farouche et <l'un con-

fesseur impitoyable. « Que les lillesde Y lin- •fance soient heureuses! Qu'elles s'aban- » donnent librement à leurs innocentes «joies! Que leur parole soit calme, leur « marche allègre, leur geste réservé, leur « rire sincère; que la bonne humeur pré* « side à leurs études, à leurs travaux, à • leurs fêtes! Point de pénitences publi « ques! Point d'aveux humiliants! Pas de « cloche qui les réveille en sursaut! Notre « chapelle sera pleine de tleurs, et j'y ferai « placer de belles toiles des grands maî- « très d'Italie. Notre orgue sera touché par « une main savante; les plus belles voix «chanteront les louanges du Seigneur! p En même temps, elle recommande la modérai ion en toutes choses, et même dans les pratiques du chrétien. Elle est contente pourvu que ses filles soient modestes, généreuses, réservées avec tous, d'une eonliancesans bornes avec elle-même. Elle leur demande, en échange de s*^s soins et de sa

fortune. « une tendre et respectueuse confiance, une cordiale et vraiment filiale dilection, se versant clans son aine avec naïveté, sans réserve et sans façon, sans vétilles ou répliques inutiles, disant égale ment les choses honorables et celles qui sont en confusion. » Si bien que cette ha bile femme agissait, sans le savoir, comme le roi dans son royaume ; elle-même, et de son autorité privée, elle se substituait au curé, au directeur, au confesseur, au doyen, au vicaire général, à l'évèque diocésain, à 1 archevêque, à tous les pouvoirs; elle était la loi, elle remplaçait les prophètes, elle retranchait à l'Evangile, elle ajoutait à la morale, elle donnait un sens inconnu aux épitres des apôtres, elle faisait servir la piété à son ambition, elle marchait à son salut par le chemin royal de la dignité et de l'opulence; sa dévotion profane parlait un jargon inconnu à tous les siècles de l'Église, elle s'enivrait à l'avance de cette

dignité qu'elle allait se conférer à ellemême, contrairement aux lois, aux coutumes, aux usages, à cette tristesse évangélique qui avait été jusqu'à ce jour l'âme universelle des maisons religieuses; elle était le souverain pontife de son catholicisme entre quatre murailles; elle était le prêtre do son autel ; elle liait ses filles, par l'affection, la reconnaissance, le dévouement. Tout le reste était parfaitement facile ; peu de dot à payer, et, si la dot manquait tout à fait, la supérieure se croyait payée et au delà par un redoublement d'obéissance et de respect. Entrez ! la porte est ouverte, vous serez la bienvenue, ô Marthe, ma sœur, et dans cette apparence de cloître vous garderez votre liberté, vous conserverez le nom de votre père et même votre rang dans le monde. En effet, grâce à cette division de la communauté en trois classes bien distinctes, on s'appela il tantôt ma sœur, tantôt mon amit\ ou mademoh

«•/te, ou madame! On habitait une chambre, et non pas une cellule; on mangeait dans la W/e « manger, el non pas au r<^/èctoire; on n'appartenait à personne, sinon à madame ; tout au plus relevait-on de notre saint-père le pape. Pour tout vous dire, je ne saurais vous dire la quantité infinie de fossés, de défenses, de lois, d'ordon nances, de barricades que cette femme habile et forte avait dressées entre sa maison el les influences du dehors.

Quand elle eut médité longtemps son œuvre de domination et d'orgueil, et ses Constitutions écrites, madame de Mondonville songea à disposer un lieu convenable à la réalisation de ses projets. Elle habitait un vaste hôtel , non loin de la rue de la Bastide, dans la paroisse de Saint-Pierredes-Cuisines, et peu a peu, par divers achats consécutifs, elle réunit autour de la maison principale une douzaine de maisons, grandes et petites, Rtélé^S '•

cours, de jardins, de vignobles, entremêlées de ruelles et de passages, un vrai chaos; elle éleva autour de cet îlot un mur épais de dix-huit pieds de hauteur, et ce rempart, pour ne pas trop marquer, reçut la teinte rembrunie d'une vieille muraille que le temps aurait noircie à plaisir; la muraille était percée de plusieurs portes cachées; la porte principale donnait sur une place oblongue, entre le séminaire des Irlandais, le couvent des Cordeliers et le couvent des religieux de la grande Observance. Sauf les changements indispensables, chaque maison enfermée dans ce labyrinthe, dont une seule femme savait les tours et les détours, avait conservé son toit, sa porte, sa cour, sa vigne, son jardin, et dans le jardin son bosquet de myrtes ou d'orangers, si bien qu'un village entier se trouvait contenu dans ces sombres murail les. On meubla ces diverses maisons la nuit. '•n silence, et personne ne sut au juste corn-

bien de lils <ette vaste enceinte pouvait contenir.

Tout fut prêt sur la fin du mois de mars, deux années après la mort , encore inexpliquée, de M. de Turle, seigneur de ^londonville et autres lieux.

Certes ce serait bien le cas, ou jamais, de s'écrier avec l'abbé de Rancé : « Lo cœur des hommes (et des femmes) est un champ d'une fécondité surprenante pour les mauvaises choses! » Il disait aussi, en parlant d'un pénitent sans pénitence : « Honte à ce dragon gonflé de venin dans sa caverne ! » Madame de Mondonville, à peine eut-elle disposé toutes choses pour la réalisation de ses projets ambitieux, entendit comme une voix qui lui racontait l'histoire du dragon dam sa caverne! Par quels moyens r«'a

liser ces beaux rêves? Quelle force donnera la vie à ces fantômes? Quel esprit , assez courageux , assez hardi , assez préparé à toute disgrâce pour accepter, les yeux fermés , les Capitulaires de cette femme acharnée à l'embellissement de sa fortune? quel homme enfin d'une autorité assez considérable, et par lui-même assez entouré de louange , de considération et de respect, pour contresigner de son nom ces monstrueuses nouveautés } Il s'agissait de tromper ici le roi, le parlement et l'Église; leCapitole. . . de Toulouse et le Capi tôle deRome ! L'œuvre était difficile et pleine de périls; on y risquait l'excommunication du pape et même la colère du roi! Il y allait de l'enfer... et de la Bastille; et la chose méritait qu'on y pensât.

La belle veuve , à force d'y rêver et de remonter le courant des libres années, eut bien vite retrouvé M. de (/non dans ses souvenirs et dans son cœur; hélas ! elle ne

l'avait jamais oublié tout à fail , mais elle le vil, celte fois, tel quelle eût bien fait de le voir toujours : dévoué, fidèle, généreux, d'un courage naïf, d'un esprit noble et fier. Elle revit, en même temps, le beau jeune homme qui lui avait sacrifié, sans se plaindre, sa force, sa jeunesse, sonamour, le repos et ses douces joies, pour accepter, en échange d'une vie languissante, l'isolement , l'abandon, la pauvreté. — Tel était l'esclave obéissant que madame de Mondonville tenait en réserve pour l'accomplissement de ses desseins.

A vrai dire , il fallait que la dame eut une grande opinion de sa toute-puissance sur cette âme forte et résignée pour s'abandonner à cette espérance de l'impossible. Le caractère de M. de Ciron, sa piété, sa modestie, sa science , sa vertu ; ce bon esprit qui inspire le courage dans le péril cl qui supplée, au besoin, tous les devoirs du prêtre et du galant homme , le mettaient à

l'abri des tentations les plus violentes de son cœur. Captif, il avait brisé ses chaînes! Esclave, il s'était réfugié dans un asile sacré; il était mort au monde; pour lui cette femme était morte ; si d'aventure, en la retrouvant agenoui liée au chevet de son époux, il avait éprouvé quelques atteintes de la lia m me un instant ranimée, il s'était dérobé, par la fuite, à ce danger suprême, et , pour se châtier de son crime involontaire, il s'était plongé, avec plus de violence et plus d'ardeur que jamais, dans les austérités impitoyables. Son bien donné aux pauvres, ses journées aux prisonniers, ses nuits aux malades, sa vie entière au Dieu terrible de l'Évangile, avaient entouré ce jeune front , pâli par tant de souffrances, d'une auréole semblable à l'auréole suprême; si profonde, en un mot, était sa pénitence, et si voisine du désespoir, que sur ce désespoir même la future supérieure de V Enfance a pu compter, quand elle entreprit cette lutte

acharnée contre l'innocence, le courage el la piété de ce jeune apôtre , l'amour et la louange de la ville, l'orgueil de la jeune Église , l'arbitre absolu des plus grandes et des plus petites affaires de cet immense diocèse dont il était, par l'acclamation universelle (au même titre que les anciens évoques), le vicaire général et l'arbitre absolu, en l'absence de l'archevêque de Toulouse, monseigneur Pierre de Marca.

Dans le beau livrede M. Perrault, intitulé : Les Hommes illustres qui ont paru en Francependant ce siècle , parmi tant de grands noms et de gloires incontestables que la postérité a confirmées , on remarque plus d'un nom qui était en effet célèbre pendant ce siècle, et complètement inconnu aujourd'hui. Par exemple, sur le même rang que Pascal, l>a Fontaine et Condé, on ne s'a l tend guère à rencontrer : Jean <lc Launoy, docteur de l<t maison de Navarre; Pierre Lallemant , prieur de Sainte-Geneviève: Je-

1 7;, rome Vignier; Berbier du Metz; Jarques *i« Soleizel, écuyer du roi en sa grande écurie , François Chauveau ; Pierre Camus , évêque de Bellay; Thomassin et Morize, prêtres de V Oratoire; Rossignol enfin et autres célébrités dont le temps a fait justice; même (au premier abord) on s'étonne de rencontrer, sur cette liste illustre, entre Turenne et le cardinal de Richelieu , notre archevêque de Toulouse, M. de Marca. Cependant, à bien étudier l'ensemble de ce personnage, on comprend que celte noble tête ait trouvé grâce devant le célèbre graveur Edelinck , qui en a fait un chef-d'œuvre. L'habit est l'habit d'un prélat; la tête est la tête intelligente et forte d'un vaillant capitaine; la bouche commande, la tête médite, le regard est vif et profond; Son Éminence Pierre de Marca porte ses cheveux comme les portail Son Excellence monseigneur le cardinal de Richelieu lui-même. Richelieu portail la moustache et la roya/ecommeM. de Marca :

qui a vu l'un a vu l'autre. — Bons capitaines, grands politiques, prêtres médiocres tous les deux.

Ce monsieur de Marca, dont le rôle a été long et difficile dans les affaires de ce tempslà, était né dans le Béarn, comme le roi Henri IV, et même, au plus fort des persécutions contre les catholiques du Béarn, on l'avait baptisé, en cachette, à Tarbes, ce qui ne lavait pas empêché de présider, à vingt-cinq ans, le conseil souverain du petit royaume huguenot ; devenu plus lard président du parlement de Pau , M. de Marca y fit admirer son habileté et sa prudence. Le cardinal de Richelieu, qui savait les hommes, avait fait de M. de Marca un conseiller d'État, et le nouveau conseiller, pour payer sa bienvenue, avait défendu, un des premiers et avec une rare énergie, contre les prétentions de Rome, les libertés de l'Eglise gallicane, ce principe de tant de libertés. Devenu veuf de Marguerite de Fargues, la

digne fille des vicomtes de Lavédan en liigorre, ce lier magistral, qui se sentait poussé par tous les vents favorables de l'ambition et de la fortune, était entré dans les ordres, puis il avait administré la Catalogue pour le roi Louis XIII, et il s'était fait aimer à ce point, dans cette province conquise, que, durant une maladie que l'on croyait mortelle , les bons Catalans, quelque peu naïfs, avaient envoyé en pèlerinage à Nptre- Dame de VIontserrat douze capucins h douze jeunes tilles, les pieds nus. Plus tard encore, promu au siège de Toulouse par le pape Innocent X, il s'était montré, dans l'assemblée du clergé de 1653, un des persécuteurs les plus fervents des jansénistes, et le terrible Nicole (le portrait de Nicole et le portrait d'Arnauld ont été arrachés dans le livre des Hommes il/us très de Perrault!) l'avait pris corps à corps dans son latin incisif et nerveux ; disputes oubliées sur lesquelles oui blanchi nos grands aïeux;

combats qui nous font sourire, mais qui laissaient dans les cœurs les plus généreux et dans les âmes les plus vertueuses des traces sans fin et des blessures sans guérison.

M. de Marca , archevêque de Toulouse, se fût comparé volontiers au poëte Ovide chez les Sarmates, tant il était avide des grands emplois qu'il eût toujours trouvés moins grands que son génie. D'ailleurs il se rappelait sans cesse qu'il avait été désigné pour remplacer le cardinal de Retz dans son archevêché, et le cardinal de Mazarin au ministère. — «Tu es Pierre, et sur celte jiicrrc je rebâtirai mon Église, n avait dit l'évêque à son baptême, et il ne comprenait pas que la prédiction ne se fût pas aceoni plie. En attendant le gouvernement des affaires publiques ou l'archevêché de Paris, qu'il obtint peu de jours avant sa mort, il écrivait des histoires1 et des dissertations en

(1 ) Mai. a Wiipanica,

belle langue latine; il convertissait des hérétiques dans ses moments perdus; il vivait à Paris, plus souvent dans les conseils du roi qu'à l'église. Après la faveur des princes, et l'espérance de la pourpre à laquelle il touchait quand il est mort , ce qui lui plaisait le plus , c'était le silence et l'oubli des petites affaires diocésaines : « Homme « d'un très beau génie, dit Bossuet, d'une « érudition imposante, d'un esprit vaste « et ferme; mais il passait sa vie à la cour « ou dans les livres , rarement dans son « diocèse; il avait la malheureuse habi- « tude de traiter- , comme en se jouant, les « matières ecclésiastiques! » Par suite de cette malheureuse habitude , l'Église de Toulouse était abandonnée à elle-même, heureuse encore, en ces disgrâces, d'être tombée aux mains bienveillantes des deux vicaires généraux, M. l'abbé Du four et M. l'abbé de Giron.

Ainsi la considération personnelle de

M. de Ciron s agrandissait, dans l esprit de madame de Mondonville, de sa dignité nouvelle et de son empire sur l'archevêque et l'archevêché de Toulouse. Eu l'absence de monseigneur, le jeune vicaire général était le maître de ce grand diocèse, et l'archevêque lui-même, si M. de Ciron les adoptait, signerait, sans les lire, les Constitutions de l'Enfance! Mais comment rejoindre ce pénitent dans son cilice et dans ses cendres? Commentrameneraujoug cet esclave révolté, et quels panneaux assez déliés pour qu'il ne sente pas le piège et pour qu'il y tombe ? En vain elle appelait à son aide « cette fécondité surprenante pour les mauvaises choses, » dont parle l'abbé de Rancé; en vain elle assistait, attentive jusqu'à l'adoration, aux serinons de ce prêtre très fervent et très éclairé du rayon d'en haut; M. de Ciron cessa de monter en chaire quand il eut remarque ces deux yeux noirs qui brillaient comme deux éclairs fixes dans cette

loule enthousiaste qui s'enivre d éloquence tout autant que de |)oésie ; en vain elle se prosternait, à la messe du jeune abbé, avec tous les signes de la contrition la plus violente; l'abbé , qui se sentait troublé sans

savoir pourquoi ô les bruils du cœur! ô

les soupirs muets ! ô le sixième sens ! ne dit plus la messe que de très bon matin, à l'aube «laissante ; prosterné à cet autel solitaire, il prenait du courage pour le reste du jour.

— L'infortuné, il voyait tourner autour de lui la lionne qui cherche à dévorer sa proie , et il redoublait , — défense inutile !

— d'humilité, de prière, d'abnégation.

Mais quel mortel échappe à sa destinée,

surtout quand il faut combattre à la lois sou cœur et sa jeunesse? D'abord on se roidit contre son infortune, on fait mieux qu'on ne l'espérait , et aussitôt on se croit fort, on se croit sauvé ; on salue , à l'avance , le grand jour des liberalia; on se dit que ce serait une honte et un grand crime de per-

(I? «' tant de chemin déjà fait et de se dédire

à l'agonie de sa passion Dieu vous garde

et vous protège! mon frère, car vous n'avez jamais été en plus grand péril. — Un jour donc, le dernier jour de la semaine sainte, à l'heure triomphante où les cloches exilées reviennent de Rome à toutes volées, la veille de Pâques, si nombreux étaient les fidèles , que les confesseurs avaient manqué à la confession générale et que chaque prêtre était à l'œuvre dans la cathédrale remplie. Caché dans un confessionnal solitaire, M. de Ciron écoutait les confidences d'une longue suite de vieilles femmes qui sentaient le vieil âge et la dévotion moisie , pareilles à cette fade odeur de fleurs fanées qui ont longtemps croupi dans un vase à demi plein! Le jeune prêtre. déjà las de cette besogne monotone , lui qui eût affronté de grand cœur les consciences les plus endurcies et les plus coupables, venait de réconcilier assez \rs\o-

isr,

HM311L une de ces vieilles dévoles avec le ciel qu'elle n'avait pas outragé depuis longtemps, hélas! lorsqu'à un soubresaut de son cœur, à la pâleur de son visage, à ce je ne sais quelle émeute qui vient de l'âme, il devina, plutôt qu'il ne comprit, que c'en était fait de sa conscience et de sa liberté. 0 misère! Madame de Mondonville était agenouillée près de lui ! elle remplissait ce confessionnal profané de sa beauté, de ses révoltes, de ses murmures; elle tenait ce prêtre... ce jeune homme attentif au plus léger souffle de ses lèvres éloquentes; elle lui parlait à voix basse, de cette voix stridente qui faisait battre les moindres libres du cœur! Elle triomphait à deux genoux de ce quasi archevêque qui la contemplait éblouissante! Elle cependant, de sa belle main romaine , elle frappa trois fois cette poitrine de Vénus armée. — (l'est ma faute ! disaitelle , et c'est ma faute! Ah! oui, c'est ta faute, et la très grande faute , infortunée ,

qui uas pas su obéir, tout simplement, aux chastes penchants de ton cœur, lorsque d'un mot tu pouvais toucher à ce grand bonheur : se marier à qui vous aime, et qui t'en viens, à cette heure, pour entraîner dans tes abîmes ce jeune homme que ton amour a perdu ! Mais, grand Dieu ! quelie voix assez audacieuse ou quelle plume assez impuissante oserait répéter les paroles, 1rs silences, les larmes, les luttes, les remords, les douleurs dont ceconlessionnal fut le théâtre, ( t quel drame caché, mystérieux, terrible, s'est accompli entre celte jeune femme et ce jeune homme, perdus l'un par l'autre, perdus pour l'éternité, et se retrouvant tête à tète dans ce tombeau . elle décidée à vaincre , et lui succombant sous la toute-puissance de ce regard, de ces prières, de cet ordre suprême, car elle savait qu'une demande timide appelle le refus, et elle finit par dire : Je le veux! RTÎe par la ainsi longtemps, sûre d'èlre écoutée;

elle répandit son àme ulcérée aux pieds de cet homme qu'elle venait de conquérir, et, quand elle fut sure de sa victoire , elle sortit de ce tribunal de la pénitence, la tête haute, le regard superbe, comme si elle eût été elle-même le pontife qui lie et délie, qui condamne et qui pardonne. On eût dit, à la voir traverser, sous cette voûte hardie, cette longue nef qui semblait frissonner au contact de sa robe traînante et fit ses pas impérieux, quelque statue de sainte Catherine de Sienne qui serait descendue de son piédestal, l'auréole au front, la palme du martyre à la main!

La ville apprit bientôt que l'abbé Gabriel (ainsi le peuple reconnaissant désignait M. de Ciron) avait adopté la Maison des filles de l "Enfance , s'était chargé d'en écrire lui-même les Constitutions et de les porter à Rome quand elles seraient écrites. Les uns et les autres félicitèrent madame de Mondonville et la félicitèrent sans ai-

rière-pensée , car déjà tous les cœurs des plus pauvres gens appartenaient à celte noble dame pour les bienfaits que promettait sa pieuse et opulente fondation; on aimait aussi ce jeune prêtre pour tant de bonnes œuvres que l'on savait d'autant mieux, qu'il les avait cachées avec plus de soin et de réserve; et comme leurs premières amours avaient été à l'abri non pas seulement de la calomnie, mais de la plus délicate médisance, si profond était le respect dont ils furent entourés elle et lui, que jamais, et pas une seule fois, la plus légère rumeur n'osa s'attaquer à leur bonne et intacte re nommée. A peine, de temps à autre, quelques envieux de cette considération générale de probité et de vertu se permettaient de sourire; ce sourire mal séant et coupable était bien vite réprimé par l'estime sincère, nette et tranchante des plus honnêtes gens. r,ependant il était impossible que W

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