AUTRES REGLES
POUR UN DISCERNEMENT PLUS EXACT DES ESrRITS, QUI CONVIENNENT SURTOUT AUX PLUS AVANCES.
1° Le propre de Dieu et des bons anges est de répandre la vraie joie spirituelle dans l'âme où ils agissent, en chassant la tristesse et le trouble que le démon y avait introduits. Celui-ci, au contraire, travaille à détruire cette joie et cette consolation par mille raisonnements faux, subtils et captieux.
2° Le Créateur seul peut pénétrer intérieurement sa créature, entrer et sortir à son gré, la transformer et l'embraser tout entière de son amour, sans cause précédente. Lors donc que rien ne s'est présenté aux sens, à l'intellect et à la volonté, qui soit de nature, par l'impression, le sentiment ou la réflexion, à produire cette consolation, elle vient du Seigneur Dieu.
' 3° Quand il y a eu cause antécédente, la consolation peut venir du bon ou du mauvais ange ; mais alors les vues et les suites sont différentes, le bon tendant toujours à faire avancer, croître et monter l'âme du bien au mieux, l'autre cherchant à l'amoindrir, à la faire reculer et descendre, jusqu'à ce qu'il assouvisse sur elle sa malice.
4° C'est un artifice de l'esprit qui se transfigure en ange de lumière, d'entrer d'abord par notre porte pour nous faire ensuite sortir par la sienne. Vous diriez qu'il seconde nos désirs les plus saints et les plus pieux, mais ce n'est que pour nous donner le change et nous attirer insensiblement par des voies couvertes dans ses funestes réseaux.
5° Donc examiner soigneusement si dans nos pensées et nos projets tout est bon, le commenceiiinil, le milieu, la (in, et tend à tout ce qui est bon; dans ce cas, c'est l'ange de Dieu qui nous les suggère. Mais découvrons-nous, à force de réflexions, quelque chose d'intrinsèquement mal, ou qui détourne du bien, ou qui pousse à un bien moindre que celui d'abord résolu, ou quelque chose qui débilite, inquiète et trouble L'âme, enlevant la paix et la sérénité dont elle jouissait, c'est un signe comme évident que l'esprit mauvais, toujours ennemi de notrn avancement et de notre salut, s'y est mêlé.
6° Lorsqu'à sa queue tortueuse on a reconnu le serpent infernal, c'est-à-dire son dessein pervers au dénouement, il est utile de remarquer le principe, le progrès et le résultat de son stratagème, par quels sophismes et sous quels prétextes plausibles il a réussi à altérer peu à peu cette suavité et cette joie toute spirituelle, comment il a essayé de nous infiltrer son venin. Cette étude et cette expérience nous mettront à môme dans la suite d'échapper à ses pièges en les démasquant.
7° L'un et l'autre esprit s'approchent des âmes qui progressent dans la vertu, mais d'une façon tout à fait opposée. Le bon s'y insinue avec paix et douceur, comme la goutte d'eau qui pénètre une éponge en la touchant à peine; le mauvais se jette sur elle avec fracas et violence, comme une pluie d'orage qui tombe sur le roc. C'est le contraire dans les âmes qui s'enfoncent toujours plus avant dans le vice. La raison de cette différence est dans la proportion ou la disproportion de ces âmes avec l'esprit qui les sollicite; car si l'esprit rencontre dissemblance, antipathie, sa tentative est brusque, rude, bruyante, et il est aisé de la constater; mais s'il
trouve sympathie, conformité, son entrée est paisible et inaperçue comme celle du maître dans une maison qui lui appartient et lui est toujours ouverte.
8° Quand la consolation n'a point eu de cause naturelle, quoique alors elle vienne de Dieu et ne puisse être sujette à l'illusion, ainsi qu'il a été dit, il faut pourtant distinguer et séparer avec une particulière attention le premier moment, celui de la consolation, des moments qui suivent et où L'âme est encore dans l'ardeur prolongée et l'expérience sentimentale de faveurs célestes qui ont déjà cessé ; car, dans ce second temps, il nous arrive souvent, soit habitude, soit manière personnelle de penser et déjuger, soit inspiration du bon ou du mauvais génie, de former des résolutions et des desseins qui, ne venant pas immédiatement de Dieu, ont besoin de beaucoup d'examens avant d'obtenir notre assentiment et d'être mis à exécution.
Ajoutons encore ici, comme explication et comme commentaire, quelques règles tirées du P. Achille Gagliardi et du cardinal Bona.
1° Il y a trois sortes de consolations. La première, appelée ferveur de charité, est cette douceur, ce goût et cette délectation qui suivenfc l'acte du divin amour ; elle va souvent jusqu'aux sens, et peut venir de Dieu, du démon ou de la nature : on discerne son origine par ses effets. La deuxième, qui accompagne l'acte même de la vertu, est cet accroissement de vertu et de force que l'âme reçoit et sent au dedans d'elle-même ; elle est toute spirituelle, et son principe est toujours divin. La troisième, qui est la plus excellente, est la paix et le repos de rame dans le bon plaisir de Dieu ; elle réside dans la pari ie supérieure, et son origine est infailliblement céleste.
La deuxième peut être sans la première, et même avec la désolation qui lui est opposée. La troisième peut être sans les deux autres. Les deux dernières sont ordinairement le partage des parfaits et de ceux (jni profitenl ; Dieu se sert de la première pour dégoûter les imparfaits des consolations terrestres.
2" Il y a aussi trois sortes de désolations, opposées aux I rois sortes de consolations: la tristesse d'âme et les divers mouvements qui en résultent; la diminution de vertu et de force qui se fait sentir à la volonté par la langueur et d'autres impressions pénibles ; enfin l'inquiétude et l'inconstance de la volonté et de l'âme. Les deux dernières sont toujours l'opération de l'esprit mauvais. La première vient quelquefois du démon, et alors elle obscurcit l'intelligence, endurcit la volonté, jette dans l'impatience, l'irrésolution, et. à moins d'une résistance extrême, pervertit les notions pratiques du bien et pousse au désespoir. Quelquefois aussi elle vient de Dieu par soustraction et d'une manière permissive, et alors, sans troubler les lumières de la raison ni frapper la volonté d'impuissance, laissant l'âme docile à la direction et ouverte aux bons conseils, elle ne fait que diminuer les forces communiquées par la ferveur sensible et se termine toujours par quelque consolation et le retour de la paix.
3° La consolation qui a le démon pour auteur rend superbe, arrogant, présomptueux, indocile, opiniâtre, impatient, faux et double ; elle attache aux intérêts particuliers, fait chercher la consolation par wnc sorte de sensualisme, et engage insensiblement dans les délices charnelles ; elle dégoûte de la vocation» éloigne des vertus de Jésus-Christ et des pratiques de l'Eglise catholique. La consolation divine, au contraire, rend humble, souple, patient»
pacifique, simple et droit ; elle substitue ài'égoïsmo l'esprit d'abnégation et de mortification, la charité, le zèle, le dévouement au bien commun ; elle affectionne à la vocation, fait imiter Jésus-Christ et embrasser de cœur tout ce qu'enseigne et recommande son Eglise ; on ne veut que le bon plaisir de Dieu : c'est moins à la consolation qu'au Dieu qui la donne qu'on est attaché ; on craint de se tromper et de faillir ; on consulte, on prie, plein de confiance en Dieu et toujours disposé à soumettre son jugement à celui des Supérieurs.
4° Il y a des larmes excitées par l'Esprit saint ; il faut recevoir ce don avec reconnaissance, humilité, détachement, se souvenant que l'abondance des larmes ne rend personne juste, et que leur absence ne rend personne pécheur. D'autres sont excitées par l'esprit mauvais; elles inspirent l'orgueil, l'hypocrisie, et font tirer aux pécheurs cette conclusion, que la contrition ne leur manquera pas au dernier moment. Quelques-unes sont l'effet d'un naturel doux €t tendre ; elles sont stériles et tarissent bientôt,
5* Les consolations qui vont jusqu'aux sens, et que Dieu accorde quelquefois, sont sujettes aux illusions et aux séductions de Satan. Les personnes accoutumées à la sensualité doivent extrêmement prendre garde que ces consolations n'aboutissent à îles mouvements charnels qu'elles seraient peut-être tentées de rapporter à Xotre-Seigneur ou à la sainte Vierge, ce que saint Bonaventureditêtreun affreux blasphème. Au reste, les consolations qui s'arrêtent -à l'âme sont toujours plus solides, accompagnent, la vertu déjà exercée et font croître la charité. Toutes celles qui ne font pas avancer, surtout dans l'humilité et la défiance de soi-même, doivent être suspectes.
6° Lo démon jette quelquefois dans l'âme, pendant les exercices de piété, des consolations trompeuses, afin qu'elle y contente son amour-propre, qu'elle s'en vante avec orgueil, qu'elle se repose dans sa tiédeur ou ses vices, abusée par cette apparence de sainteté, ou bien que, ces consolations lui étant enlevées, elle trouve de plus grandes difficultés au service de Dieu et finisse par tout quitter.
7° Il peut arriver, quoique rarement, que le démon envoie des désolations aux méchants et le bon esprit aux justes, et que le bon esprit envoie des consolations aux méchants et le démon aux justes ; niais alors la désolation du bon esprit a toujours pour terme le repos, la consolation intérieure, la sanctification, et celle du démon j'angoisse, L'inconstance, une diminution de vertu. De même pour la consolation : celle du bon esprit tend au. bien, celle du démon au mal.
8° Les opérations de Dieu dans les âmes et la paix intérieure qui en procède ne sont pas de longue durée ; on doit donc tenir pour suspect l'esprit de ceux qui se glorifient de jouir sans interruption de ces faveurs.
9° La marche du bon esprit est droite et simple ; il procède avec discrétion et mesure, s'accommode à l'âge, à la condition, au caractère, fait monter par degrés l'échelle de la perfection, pousse du bien au mieux et du mieux au plus excellent. Il faut donc confronter les pensées et les mouvements d'une âme avec la conduite habituelle de l'Esprit saint sur elle, avec la vocation qu'il lui a faite, la voie par où il la mène, la grâce, la lumière, les impressions par lesquelles il l'attire et la fait agir ; car, constant et fidèle dans ses desseins, il y adapte et subordonne toutes ses opérations.
10 La marche du démon est cachée et tortueuse; il ne garde ni ordre ni gradation; il persuade de négliger les petites choses, afin de faire déchoir peu à peu ; il donne des ferveurs inconsidérées, véhémentes et à contre-temps, afin que l'âme, les voyant bientôt s'évanouir, s'attriste et se décourage'; il Dousse à des abstinences et à des veilles excessives, irises oraisons sublimes, à de hautes mais stériles considérations, avant qu'on ait déraciné les mauvaises habitudes, afin qu'on y fasse consister toute la sainteté et qu'au moindre choc, tout ce fragile échafaudage se démente et s'écroule.
11° L'Esprit de Dieu opère d'abord à l'intérieur, et n'opère plus tard à, l'extérieur, pour l'édification du prochain, qu'après avoir posé le fondement d'une solide humilité. Satan, au contraire, débute par l'extérieur, pressé d'en venir à ce qui fait du bruit et jette de l'éclat ; il fomente le zèle pour des individus fort éloignés, il fait courir eu imagination après les infidèles, afin que l'âme perde la paix, s'oublie ellemême et glisse dans le piège.
12° Les mouvements qui poussent à une vie singulière, à des actions moins conformes à la condition, doivent être suspects. Ceux qui poussent à des choses grandes et merveilleuses viennent de Dieu, si la personne a une éminente sainteté, si l'impulsion est forte et efficace, si l'exécution exige la pratique de la vertu dans un degré héroïque. Parfois Dieu met dans une âme de saints désirs, de pieux projets, sans vouloir qu'elle y donne suite, uniquement dans le but de la dégoûter du monde et d'avancer le travail de sa perfection ; parfois aussi il porte deux âmes à des manières d'être ou d'agir entièrement opposées, par des motifs différents. On ne doit donc ni louer ni blâmer les actes ou les états en
eux-mêmes, mais les considérer dans leur principe.
13° En inspirant des choses difficiles et hautes, Dieu communique à l'âme une confiance qui croît dans les difficultés, et comme une expérience anticipée de sa Providence sur elle. Que s'il lui envoie quelques secrètes terreurs, ce n'est qu'afin de lui rappeler sa faiblesse, et il ne tarde pas à lui restituer la paix. Quand le démon inspire ces mêmes choses nu il ne fait pas sentir cette confiance, ou il la retire bientôt, exagérant les obstacles et s'efïoreant de tenir l'Ame dans l'inutilité, l'irrésolution et la deliaih e.
I i (Test le propre de l'esprit malin d'exciter vivemeiil à une vertu, puis d'en donner une aversion profonde ; de seconder son acquisition, mais en, faisant négliger toutes les autres ; de mettre un des côtés de la vertu dans tout son jour, et de laisser dans l'ombre les autres côtés, qui ne lui sont pas moins essentiels.
IjE CINQUIEME JOUR
Méthodes pour faire un bon choix.
La Religieuse institutrice est appelée à faire usage de ces méthodes, d'abord pour elle-même, quand l'objet de la délibération concerne sa propre sanctification, ensuite pour ses élèves, quand elles étudient leur vocation.
1° Méthode pour faire un box choix, s'il s'agit de la Religieuse institutrice délibérant pour sa propre sanctification.
Qu'est-ce que Dieu demande actuellement de moi ? Quelles résolutions, relatives à ma perfection ou à l'avancement de mes élevés, dois-je prendre? Tel est le point essentiel et pour ainsi dire le nœud des exercices, dont la fin n'est pas seulement de réparer Le passé, mais encore et surtout de préparer l'avenir.
Il y a trois temps propres à faire un bon choix: le premier, quand Dieu touche tellement le cœur, qu'il ne reste pas le moindre doute que ce ne soit une impulsion divine ; le deuxième, quand l'impression de la grâce, sans être aussi forte, l'est cependant assez pour donner une espèce d'assurance que c'est i'Esprit saint qui nous parle ; le troisième, quand l'âme, éclairée des lumières de la foi et exempte des troubles qui peuvent pervertir ses jugements,
est en état de bien délibérer et de bien résoudre. Alors l'on emploie l'une de ces méthodes.
Première méthode.
\° Proposez-vous le sujet dont il s'agit.
2" Envisageant la fin de la création et de la vocation de Religieuse institutrice, qui est la gloire de Dieu et l'éducation chrétienne des enfants, tenezvous dans un parfait équilibre touchant l'objet en question, ne penchant ni d'un côté ni de l'autre, et prête à vous porter pleinement et sans délai du côté OÙ vous reconnaîtrez le plus grand intérêt de la gloire de Dieu, de votre perfection et du salut des enfants qui vous sont confiées.
3° Suppliez la bonté divine d'éclairer votre esprit et d'incliner votre volonté vers le parti qu'il convient de choisir et néanmoins cherchez, à l'aide du raisonnement, quel est ce parti.
4° Pesez exactement et tour à tour, dans une sorte de plaidoyer, les avantages et les dangers, les moyens et l'obstacle, les ressources et les difficultés de chaque parti, le tout relativement à votre fin. Vous pouvez m-ttre par écrit, sur deux feuilles séparées ou deux colonnes en regard, les motifs qui militent pour ou contre.
5° L'examen fini, comparez l'un et l'autre parti, et sans écouter les suggestions de la chair, adoptez celui qui vous paraît le plus raisonnable.
6° Recourez aussitôt à la prière, et offrez à Dieu votre résolution, décidée à la suivre s'il Ta pour agréable.
Pour employer cette méthode et la suivante avec succès, il faut: 1° purifier sa conscience, car le péché, surtout le péché mortel, obscurcit la raison et éloigne la grâce ; 2° choisir un moment de calme et
do tranquillité où l'àmen'étant ni abbattue par quelque adversité, ni enivrée par un excès de plaisir, ni agitée par différents esprits, mais laissée à elle-même, exerce librement ses forces naturelles; 3° s'établir dans l'indifférence, retranchant toute inclination qui solliciterait la volonté, toute décision prématurée, tout préjugé, et se tenir prèle à suivre la volonté de Dieu. Surtout il faut imposer silence aux passions; car. par leur influence sur le cœur et par l'influence du cœur sur l'esprit, elles plaideraient, non en faveur de la vérité et de la justice, mais en faveur de la cupidité et de la convoitise. 4° Se retirer loin du bruit et des occupations ordinaires, pour être seule avec Dieu, dans le recueillement et la solitude.
Seconde méthode.
Comme l'attrait ou l'inclination qui nous détermine doit venir de Dieu, assurez-vous si tout ce que vous sentez d'attrait ou d'inclination, peu ou beaucoup, à l'égard de la chose soumise à la délibération, vient réellement de Dieu seul.
Cette méthode, qui est comme la contre épreuve de la première, consiste à se placer sous les yeux de Dieu, comme un enfant sous les yeux de son père, lui présentant, avec un filial abandon et un désir siucère de lui plaire, tantôt un parti, tantôt un autre, le priant d'éclairer notre esprit et d'incliner notre volonté vers ce qu'il désire, et cherchant à découvrir, par ce qu'on éprouve, ce qui lui serait le plus agréai) le.
Pendant que vous vous tiendrez sous les yeux de Dieu, le consultant et le priant, peut-être agira-t-il sur vous par un mouvement intérieur qui éclairera votre esprit et inclinera votre volonté. Si ce mouvement intérieur qui vous poite vers un parti plutôt
que vers un autre est reconnu bon clans son principe, sos progrès et ses résultats ; s'il est pur et surnatureî dans son motif; s'il s'annonce par le calmé et s'il laisse Le calme après lui ; s'il l'ait éprouver à votre âme je ne sais quelle confiance surnaturelle qu'elle surmontera tous les obstacles, se sanctifiera et glorifiera Dieu en suivant ce parti ; s'il se tait sentir alors que vous êtes plus unie à Dieu et plus fidèle à la grâce, ou si, interrompu dans un temps <lti péché ou de tiédeur, il revit avec la ferveur et la grâce : les garanties sont presque arrivées au plus haut degré de certitude ; vous pouvez sans crainte vous abandonner à cet attrait. 11 serait suspect si quelques-unes de ces conditions manquaient. Cette méthode est plus noble, mais moins sûre que la première ; elle procède par la volonté, tandis que l'autre procède par l'intellect. Il est bon de contirmer l'élection laite selon la première méthode, eu la soumettant encore à la seconde. Si la seconde confirme la première, les garanties sont complètes. Si la première combat la seconde par des raisons fortes et claires, la seconde cède à la première. Mais si les raisons de la première contre la seconde sont faibles tandis que tout semblait garantir la seconde, la première méthode cède à la seconde. Votre attrait se dirige-t-il, tantôt avec une impétuosité toute naturelle vers un parti qui n'est pas sans danger, tantôt avec moins de force, mais avec des motifs plus raisonnables, vers un parti moins périlleux, choisissez ce dernier parti. Votre attrait est-il faible, et le motif tiré delà foi et de la raison très lort, avancez sans crainte, et comptez sur la grâce.
Troisième méthode.
Outre ces deux méthodes principales, saint Ignace veut qu'on s'adresse encore les questions suivantes ; 1° Si un inconnu, à la perfection duquel néanmoins je m'intéresserais, se trouvait dans la situation où je suis et m'exposait son doute, quel conseil lui donnerais-je pour son plus grand bien spirituel ? Ce conseil est précisément celui qu'il faut suivre moi-même. 2° Au moment de la mort, de quelle manière voudrais-je avoir agi dans ie cas présent ? Je ne dois pas balancer à prendre la réponse pour règle de ma conduite. 3° Citée au tribunal de Dieu, quel choix voudrais-je avoir fait? C'est ce choix, seul propre à me rassurer alors, que je dois faire maintenant.
Votre résolution prise, offrez-la à Dieu pour qu'il daigne l'agréer et la bénir.
2° Méthode pour faire un bon choix, s'il s'agit
des élèves étudiant leur vocation.
La vocation est cet acte de la volonté divine qui, pour le maintien de l'Eglise et de la société, destine chaque personne à tel ou tel état, lui donnanten conséquence l'intelligence pour discerner et comprendre les devoirs que cet état impose, le goût et l'attrait pour les aimer, l'aptitude et la force pour les accomplir, la constance et la fermeté pour vaincre les obstacles, toute la série des grâces qui doivent consommer sa sanctification dans cet état et en grande partie par cet état.
Quand une élève veut faire le choix d'un état de vie et vous demande à la guider, il faut 1° lui montrer l'obligation d'étudier sa vocation, 2° lui enseigner les méthodes de l'étudier.
1° Obligation d'étudier sa vocation,
1 )ieu et le propre intérêt imposent cette obligation.
1° Dieu, dont il faut reconnaître la Souveraineté et seconder la Providence.
1° Reconnaître la Souveraineté. Vous étiez restée toute une éternité dans les abîmes du néant, vous y seriez restée encore toute une éternité, s'il n'eût plu à Celui gui est de vous en faire sortir. Qui donc a le droit de vous assigner votre poste et votre emploi, si ii' n'est Celui qui vous a faite et dont le souffle à chaque instant vous vivifie ? Le sculpteur n'est-il pas libre de tirer du bloc de marbre la statue d'un berger ou la statue d'un prince ? Que feriez-vous en disposant de vous et de votre existence au gré de vos désirs? Vous attenteriez sur la Souveraineté de Dieu, vous usurperiez ses droits les plus inaliénables ; et comme l'affaire de la vocation embrasse une foule de devoirs, le détail de la vie entière, vous refuseriez d'un seul coup à Dieu une infinité de services, et vous lui feriez une infinité d'outrages.
2° Seconder la Providence. Non, le monde n'est pas une agglomération d'êtres isolés et indépendants, qui se groupent au hasard et courent pêle-mêle se précipiter dans le chaos. Tout y est fait avec poids et mesure ; tout y est lié et coordonné ; tout y a ses qualités propres, ses fins particulières subordonnées aux fins générales ; depuis le soleil jusqu'au brin d'herbe, tout a son importance, ses usages. Et l'on pourrait se persuader que, dans ce plan magnifique, le plus noble de tous les êtres, l'homme, naîtrait seul sans destination, chercherait seul vainement sa place, ignorerait seul où et comment il doit exercer l'activité de son intelligence et les forces de son corps ? Donc, quand Dieu donne la vie à un homme,
c'est qu'un emploi attend cet homme, sa présence est en quelque sorte nécessaire pour l'harmonie universelle ; s'il se déplace, il hrise les desseins et Bouleverse la marche de la Providence.
Au dire de saint Paul, l'Eglise est un corps composé de plusieurs membres ; mais ajoute-t-il, « si oc tout le corps était œil, où serait l'ouïe? s'il était tout ouïe, où serait l'odorat ? » (I Cor., xn.)
2° Le propre intérêt, temporel et éternel.
1° Temporel. Au défaut d'élection se rapportent: 1° l'incapacité: on aurait eu de l'aptitude pour un état, et Ton est dans un autre : 2° les revers : les devoirs pressent, les difficultés se multiplient, et l'on ne trouve des ressources, pour se soutenir, ni dans les lumières de l'esprit, ni dans l'énergie de la volonté ; 3° l'inconstance : on essaye de toutes les professions, et l'on ne prend racine nulle part; 4° la honte : c'est celle du nautonnier qui s'était mis en mer sans avoir pris sa boussole, et qui se voit contraint de rentrer dans le port ; 5° le découragement : on est liée par des nœuds indissolubles, on se repent, mais trop lard.
2° Eternel. Celle qui est dans sa vocation peut compter : 1° sur la grâce dans ses dangers : Dieu doit et ne manque jamais de donner à cette servante fidèle les moyens de remplir sa mission ; 2° sur la consolation dans ses peines : c'est Dieu qui lui envoie ces peines, pour l'éprouver, non pour la punir; 3° sur une ample récompense à la fin de sa vie : elle a fait ce qu'elle devait faire, elle a marché dans la voieque Dieu avait ouverte devant elle.
Celle au contraire, qui manque ou perd sa vocation, ne peut compter 1° que sur une grâce commune, générale; 2° sur des consolations rares ei faibles ; 3° sur une récompense médiocre.
On est quelquefois surpris de voir tomber en décadence certaines familles; on s'en prend au hasard, aux ennemis, aux concurrents. Qu'on remonte au principe: on verra le plus souvent que c'est la malédiction divine qui poursuit tantôt ce pèredont la passion a été le seul mobile dans l'affaire la plus importante, tan loi cette mère que les desseins de Dieu appelaient à un état tout autre.
Conclusion. Nécessité donc d'étudier avec soin votre vocation. Entre la grâce du baptême et la grâce d'une bonne mort, c'est la grâce de Ja vocation qui détermine et résume presque toutes les grâces. D'où l'on peu! affirmer que le moment redoutable qui déride de votre éternité est moins en un sens celui de la mort que celui où vous délibérez sur un état de vie, comme le succès d'un voyage dépend plus de la route qu'on a constamment suivie que du dernier pas que Ton fait.
Nécessité d'étudier votre vocation, d'autant plus urgente que Dieu vous a départi plus de talent. « On demandera beaucoup à celui à « qui on a beaucoup donné, » (Luc, xn.) Avec cette intelligence, cette activité, cette surabondance de passion et de vie, il faut que vous deveniez une grande sainte ou une insigne réprouvée.
Nécessité d'étudier de bonne heure votre vocation. Le cœur est plus propre à recevoir les impressions d'en haut ; le jugement n'a pas encore été perverti par les préjugés et les passions ; on commence à diriger vers un môme but tous ses travaux, à concentrer sur un même point toutes ses forces. Lorsque le temps fuit avec rapidité et nous emporte avec lui, n'est-ce pas un immense, un irréparable malheur de perdre dix-huit et vingt ans dans l'ignorance ou l'oubli de son avenir ?
2° Méthodes pour étudier sa vocation.
Ces méthodes sont les mêmes que celles exposées plus haut. Seulement, en expliquant la première, dites à l'élève qui délibère : Imaginez que vous tenez une balance dont chaque bassin représente un des deux états entre lesquels vous hésitez. Trois poids doivent être jetés alternativement dans chaque bassin : votre fin, votre attrait, votre aptitude.
1° Votre fin. C'est un premier principe, que l'homme n'a été et n'a pu être créé que pour glorifier Dieu et sauver son àme. C'est un second principe, que la vie présente et les différents états n.e sont, dans l'ordre de Dieu, que des moyens qui doivent nous conduire à notre fin. Or, les moyens n'étant bons et estimables qu'autant qu'ils aident à obtenir la fin, les différents états ne doivent être appréciés et embrassés qu'autant qu'ils nous servent à glorifier Dieu et à sauver notre àme.
On vous parle d'un état où vous apercevez mille dangers pour vous, du côté des obligations délicates qu'il impose, du côté des scandales au milieu desquels il va vous jeter, du coté des habitudes qu'il va réveiller, du côté des préoccupations absorbantes qu'il entraîne : c'en est assez, une réponse intérieure vous avertit de rejeter cet état et d'en choisir un où vous trouverez plus de garanties pour votre salut ; car votre salut, c'est votre fin, et partant, tout, pour vous.
2° Votre attrait. Il est difficile de réussir quand on ne su>l pas son instinct : la nature se ressent toujours de la contrainte ; malgré nos efforts, elle nous trahit tôt ou tard. Au contraire, le goût facilite et adoucit tout ; il rend ingénieux et adroit, laborieux et infatigable. Aussi remarquons-nous que
la Providence donne à chaque personne l'inclination et L'attrait pour L'état auquel elle la destine.
3° Votre aptitude. Consul lez vos talents, votre vertu et vos forces. Un oiseau vole-t-il sans ailes? Un vaisseau vogue-t-il sans voiles ? Ce serait une témérité de tout entreprendre, une folie de se croire propre à tout. Cet état exige une vertu héroïque, la vôtre chancelle : celui-ci demande un courage à toute épreuve, vous êtes sans énergie et sans cœur; cet autre n'admet que des âmes nobles et élevées, la voire est basse et vulgaire. Ne vous faites pas illusion : l'ambition aveugle, l'intérêt suggère mille trompeuses ressources, la passion se croit toute puissaule.
Conclusion. Donc elles s'abusent et courent à leur perte, celles qui, d^ns le choix d'un état, prennent pour règle : 1° La cupidité. Je deviendrai riche, heureuse. — On, mais vous sauverez-vous? Et, sans le salut, à jtoi peut vous servir la fortune ? 2° La. coutume ou la convenance de la famille. Dieu, l'attrait, la conscience, ne peuvent-ils pas vous appeler ailleurs? 3° Le hasard. Un parti se présente, saisissons l'occasion. — Mais ètes-vous faite pour cet état? Ce parti vous convient-il? 4° L'exemple. Je vais imiter ma compagne, mon amie. — Autant vaudrait-il prendre les mêmes habits ou les mômes remèdes. 5° Une passion indomptée. Vous serez bientôt punie par où vous avez péché. 6° De vaines promesses. Partout on vous montrera des fleurs, des avenues riantes ; mais attendez ; les épines ne tarderont pas à se montrer. 7° Le dépit et le caprice. On a été contrariée, on a éprouvé une déception ; on se jette là par étourderie et comme pour se venger. 8° La confiance présomptueuse en une vertu encore débile ou un talent superficiel. Eprou-
vez-vous sérieusement, soulevez le fardeau, faites* vous justice. 9° L'appréhension excessive des premières difficultés. Si Dieu est l'auteur de votre vocation, il ne manquera pas de vous donner les moyens de la remplir. 10° Les mauvais conseillers. Une affaire si grave, si décisive, demande pour guide et pour conseiller un homme eompiMement désintéressé dans la question, sage dans sa proivre conduite, expérimenté dans les voies de Dieu et le discernement des esprits, éclairé sur le point dont il s'agit, aiïranchi de passions et de préjugés, qui nous connaisse et s'intéresse sincèrement à notre bonheur. La Providence veut que nous soyons aidés les uns par les autres ; nous ne sommes pas de bons juges dans notre propre cause. Au reste, le concilier ne fait pas la vocation, il ne l'impose pas ; il se borne à la constater, à aider à la trouver; il juge de son côté les raisons pour et contre, il signale les points de vue qui avaient échappé, il contrôle la détermination. Sans vouloir témérairement pousser à l'état religieux, ni surtout attirer en aucune manière à votre Congrégation, vous pouvez citer cette parole de saint Ignace, laquelle, bien méditée et compiise, peuplerait les Communautés et le ciel : « Il faut des mar- « ques plus particulières pour décider que Dieu ap- « pelle une personne à l'état séculier, où l'on observe c seulement les préceptes, que pour décider qu'il « l'appelle à l'état religieux, où l'on observe les con- « seils évangéliques ; et cela pour deux raisons : la « première , parce que Jésu^-Christ a vivement « exhorté tout le monde à la pratique des conseils ; a la seconde, parce qu'il a démontré qu'il y avait de c grands danaers dans la pratique des seuls précep- « tes. » Evidemment, pour dire à Notre-Seigneur : « D'une part, vous m'invitez à la pratique des con-
« seils ; de l'autre, vous m'avertissez que je cour.; « d<^ grands dangers dans la pratique des préceptes : « n'importe, je ne me rends point à votre invitation, a et je prends !o parti le plus chanceux pour le salut,» '\ faut avoir des raisons spéciales.