‹ La religieuse en retraiteChapitre 9 sur 45 · LE QUATRIEME JOUR · texte numérisé non relu

LE QUATRIEME JOUR

Confession et satisfaction.

1° Confession.

g Telle est, dit le concile de Trente, la vertu « propre et l'efficacité du sacrement de Pénitence : « il produit la réconciliation du pécheur avec Dieu, « grâce qui de temps en temps est accompagnée, « dans le cœur des personnes pieuses qui reçoivent « l'absolution avec ferveur d'une grande paix et séa rénité de conscience, et d'une consolation spiri- « tuelle vivement sentie. » (Sess. xiv.)

Si vous désirez retirer de vos confessions ces heureux fruits, ne les faites jamais avec négligence, à la hâte, par habitude ; mais préparez-les, à l'oraison du matin ou dans la visite au Très-Saint-Sacrement, avec application et diligence, comme vous prépareriez une affaire grave de la vie où vous auriez intention et intérêt de ne pas vous tromper.

Mettez-vous en la présence de Dieu et adorez-le. Figurez-vous que la confession que vous allez faire est la dernière de votre vie, et qu'un ange vient vous dire : Mettez ordre à votre conscience, car vous allez mourir. Demandez la grâce nécessaire pour connaître, détester et accuser vos péchés ;pour cela, récitez le Veni Sancte.

Vous avez deux excès à éviter : vous contenter d'un examen superficiel, et insister trop longtemps

sur l'examen, consacrai) I à peine quelques instants à l,i partie essentielle du sacrement, qui est la contrition. On a satisfait à son devoir sur ce point, quand on a taché de bonne foi et de son mieux d'y satisfaire par une recherche sérieuse et raisonnable - péchés, selon la lumière qu'on a reçue de Dieu. Pour les personnes habituées à l'examen journalier el dont les confessions sont assez rapprochées, quelques mi nu les suffisent.

Réservez le double de temps pour vous exciter à la contrition par l'un des motifs suivants : En péchant, 1° j'ai mérité l'enfer; 2° j'ai crucifié de nouveau Jésus-Christ ; 3° j'ai outragé le meilleur des père- : i ' je me suis révoltée contre un Dieu. infiniment grand.

Lorsque vous n'aurez à confesser que des fautes es dont vous n'auriez peut-être pas assez de douleur, il sera bon d'accuser en particulier un péché plus considérable de la vie passée, ou en général les péchés commis contre les vœux ou telle vertu chrélienne.

Au lieu de vous épuisera détailler quinze ou vingt petites fautes dont vous n'avez pas le moindre re- •:i i, séparez-en trois ou quatre principales sur lesquelles porteront votre contrition et votre ferme propos.

Que votre accusation soit nette et simple ; pas un mot inutile : J'ai menti, f ai parlé contre la charité, fax murmuré tant de fois. Notre-Seigneur nous recommande la brièveté, quand il nous dit : « Exprimez-vous « ainsi : Cela est, cela n'est pas ; tout ce que « vous ajoutez de plus ne vaut rien. » (Matth., v.) Soit faute de justesse dans les termes ou de précision dans l'esprit, soit scrupule ou timidité, quelques-unes se noient dans d'interminables dé-

tails : redites, histoires, digressions, explications sans but et sans fin, conversations avec demandes et réponses, avec motifs et sentiments, rien ne leur échappe ; et le confesseur ne sait ni ce qu'elles ont voulu dire, ni ce qu'il leur doit dire ; il lui semble même qu'elles ont tout dit, excepté ce qu'il eûtfallu dire. D'autres proposent un doute déjà cent fois éclairci. Celles-ci l'ont les découragées pour exciter l'intérêt et la compassion. Celles-là affectent l'indifférence ou la crainte, afin qu'on les prévienne ou qu'on les adoucisse.

Ne confondez point la confession avec la direction. Quand vous voudrez rendre compte de votre intérieur, deux ou trois fois l'an, bornez-vous au nécessaire : la meilleure direction fut toujours la plus courte. D'ailleurs une Religieuse formée au noviciat, nourrie dans la spiritualité, à part certaines décisions théologiques, pourrait au besoin diriger son directeur.

Ne perdez point de vue ces avis donnés par les saints : <s De tous les commerces inutiles, celui « avec le confesseur est le plus dangereux. Les bons « confesseurs ne voient leurs pénitentes qu'au con- « fessional ; dès qu'ils se familiarisent, ils perdent « grâce et talent pour la conduite spirituelle. Une « Religieuse qui veut toujours se confesser et se « faire diriger, à qui il faudrait, ce semble, un con- € fesseur perpétuellement à ses côtés, est un petit « esprit qui cherche l'amusement dans la piété « même. » (S. Vincent de Paul.)

« Ayez peu de commerce avec les hommes, fût-ce « même avec les plus grands saints ; Dieu vous ins- « truira lui-même. Les longues et fréquentes con- « versations, quelque spirituelles qu'elles soient, ne c sont pas d'ordinaire d'une grande utilité : elles

« font même' sou venl perdre l'estime qu'on avait « pour les personnages les plus vertueux et les plus « recommandables. Après que, par une confession <i simple et courte, vous avez satisfait à votre cons- <( ci en ce, vous recevrez mille fois plus de profit de <y vous entretenir avec Dieu que de converser avec i le confesseur. » (Ste Thérèse.)

Sainte Françoise de Chantai fait exactement la même recommandation à ses iilles.

2 Satisfaction.

Votre confession terminée, faites votre action de grâces, et, s'il se peut, accomplissez aussitôt votre pénitence. Ne vous tenez pas quitte envers Dieu, après cette pénitence d'ordinaire si légère; ayez un saint empressement de satisfaire à sa justice par tous les moyens possibles.

Or, en supposant le péché déjà remis quant à la coulpe, ces moyens sont :

1° Le saint sacrifice, qui, par l'application du prix et des mérites du sacrifice de la croix, expie la peine temporelle directement, et plus ou moins, selon la volonté de Dieu, toujours libre dans la dispensa tion de ses dons, et aussi, jusqu'à un certain point, selon les dispositions de celui qui l'offre et de celui qui y assiste.

2° Les sacrements 1° de Pénitence, qui, par sa vertu propre, remet une partie de la peine ; 2° d'Eucharistie, qui la remet indirectement, par la charité qu'il excite dans l'Ame. Cette remise est proportionnée aux dispositions, lesquelles pourraient être si excellentes que la remise tut entière.

3° Les indulgences attachées par le Saint-Siège à la plupart des exercices de piété et des œuvres de miséricorde spirituelle et corporelle : Actes de foi,

d'espérance et de charité. — Litanies de la sainte Vierge. — V Angélus. — Baiser le crucifix. — Faire la génuflexion au Très-Sdint-Sacrement, le signe de la croix, les stations. — Invoquer et faire invoquer les saints Noms; incliner la tète en les prononçant ou en les entendant prononcer. — Incliner la tète au Gloria Patri. — Faire l'oraison, l'examen. — Visiter les malades, les prisonniers. — assister les pauvres — Faire le catéchisme, etc.

4° Les œuvres satisfactoires, qui sont de trois sortes : la pénitence sacramentelle, dont la vertu est spéciale, comme partie intégrante du sacrement; les mortifications volontaires, que chacun est libre de s'imposer à soi-même ; et les afflictions de toute espèce acceptées avec résignation et endurées en esprit de pénitence.

5° Les sacramentaux. Ce sont ou des bénédictions : du Très-Saint-Sacrement, de Tévèque, d'un prêtre. Ou des objets bénits; eau, pain, rameau, encens, cierge, cendres, cloches, etc. Ou des cérémonies : se frapper la poitrine ; faire le signe de la croix ; les inclinations et les génuflexions dans l'église ; les processions. Ou des/» ières recommandées par l'Eglise: Pater, Conflteor, Benedicite et grâces, itinéraire, la prière au son des cloches, l'invucation des saints Noms, etc. Ou des prières faites solennellement dans l'église : Veni Creator, Te Deum, Miserere, Parce Domine, Pange lingua, etc. Toute ■prière récitée dans une église consacrée. L'aumône.

Les docteurs nous enseignent que les sacramentaux ont trois effets précieux: la rémission des péchés véniels quant à la peine et quant à la coulpe, par le mérite de celui qui opère, comme s'expriment les théologiens, pour distinguer teurs effets de ceux des sacrements ; et, quand Dieu le jug,e conve-

nable, la délivrance dos incommodités temporelles, et l'éloignement de l'esprit malin. Les sacramcnlaux ne remettent la peine due au i)éché et même les péchés véniels quant à la coulpe, qu'en excitant en nous les dispositions de contrition qui méritent cotte remise de la peine duc au péché et des péchés véniels quant à. la coulpe. C'est l'Eglise qui, par les prières laites en les instituant, leur a obtenu la vertu d'exciter notre foi, notre espérance, notre charité, surtoul notre contrition.

0° L'acte de contrition, toujours nécessaire sans doute pour la rémission dos péchés quant à la coulpe et quant à la peine, mais qui, arrivé à un degré d'intensité que Dieu seul connaît, peut mériter une rémission absolue et totale.

7° Toute bonne œuvre faite en état de grâce ; car, outre la vertu sanctifiante et impétratoire» l'œuvre faite en état de grâce a une vertu satisfactoire plus ou moins grande, selon son excellence et ta charité qui anime celui qui la fait.

Ces divers moyens de satisfaire à la justice divine' étant plus au pouvoir de la Religieuse que de tout autre, quelles actions de grâces ne doil-elle pas à Dieu, et avec quel soin ne doit-elle pas en faire usage?

Que si vous avez fait l'acte héroïque en faveur des âmes du purgatoire, rassurez-vous. Cet acte de renonciation par lequel on se démet entre les mains de la sainte Vierge, au profit des âmes qu'elle veut soulager et délivrer, de toutes les œuvres satisfactoires qu'on fera soi-même ou dont l'application pourra être faite par d'autres, est si noble et si héroïque, qu'au dire des théologiens, il obtient à celui qui le fait tout le fruit qu'il cède et un fruit bien plus grand encore.

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