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RETRAITE DU MOIS LE FÉVRIER

PREMIER EXERCICE

Marie présente Jésus au temple

Premier prélude. « Lorsque les jours prescrits par « la loi de Moïse pour la purification furent accom- « plis, ils portèrent l'Enfant au temple pour le pré- <( senter au Seigneur. » (Luc, n.)

Deuxième prélude. Se représenter le temple, le vieillard Siméon, Anne, les deux tourterelles, Marie, Joseph, l'Enfant Jésus.

Troisième prélude. Demander la grâce de comprendre l'héroïsme de Marie et celle de l'imiter.

Tout, dans ce mystère, fait ressortir l'héroïsme de Marie.

1° Ses humiliations.

En se soumettant, pour l'édification commune, à la purification légale, en se confondant avec les femmes ordinaires, Marie semble avouer publiquement, solennellement, qu'elle ne se distingue point des autres mères ; elle prend en quelque manière le caractère de pécheresse, elle laisse oublier ses privilèges les plus glorieux, les plus légitimes, les plus chers à son cœur : sa prérogative à' Immaculée, sa qualité de Vierge, son titre de Mère de Dieu, sa dignité jàe'Reine,

Qu'a-t-elle de commun avec le péché, Celle qui a été préservée même de la tache originelle ? Quelles souillures a pu contracter un corps aussi intègre

pendant l'enfantement qu'avant et après? Encourton une sorte d'excommunication qui interdise l'entrée du temple et le contact des choses saintes, pour avoir mis au monde et touché Celui qui est le Saint par excellence et le temple vivant de la Divinité ? Est- on assujetti aux lois de la terre, quand on a le sceptre du ciel et l'autorité que de la maternité sur V Auteur et le Consommateur de la loi ?

Le monde, il est vrai, ignorait les grandeurs de Marie ; mais elle les connaissait, et c'était assez pour que la cérémonie de la purification inspirât à cette âme si noble et si pure un profond sentiment de confusion. Rien ne déshonore plus l'homme de cœur que d'être traité de lâche, le docte que d'être réputé ignorant, les fiers empereurs que d'être jetés parmi les esclaves.

2° Son offrande.

C'est Jésus qui est son bien. Le titre de Mère de Jésus résume tous les droits que la nature donne aux autres mères sur leurs enfants ; et le titre de Mère de Dieu, loin d'affaiblir ces droits, les double en quelque sorte, puisque, Marie ayant conçu par l'opération du Saint-Esprit, et Jésus n'avant point de père parmi les hommes, le Fils appartient exclusivement à la Mère, et la Mère jouit du Fils sans partage. Qui jamais remplit mieux ce précepte: « Honorez le Seigneur de votre substance » ?(Prov.,. in.)

Jésus qui est son bien le plus cher. L'amour d'une telle Mère pour un tel Fils n'est pas un amour unique, mais un double amour réuni sur le même objet : amour d'une mère pour son fils, dit Bossuet, amour d'une vierge pour son Dieu ; amour naturel que forme le sang, amour surnaturel que forme la grâce, et l'un et l'autre élevés à la plus haine puis-

sance. Marie aîmc Jésus comme homme, elle l'aime aussi comme Homme-Dieu. Dans son amour il y a du respect el de la tendresse, des caresses et des 5 adulations. Comme créature, Marie adore son Fils qui est Dieu ; comme mère, elle embrasse Dieu qui est son ImIs. C'est le l'ère éternel qui, en associant Marie à sa divine fécondité, l'a aussi associée à son amour pour le Verbe t'ait chair.

Jésus qui est tout son bien. Une illustre princesse priée de découvrir ses joyaux si renommés : « Les a voilà, dit-elle en montrant ses enfans, je n'en « connais point d'autres. C'est là toute ma fortune,. « c'est là toute ma consolation. » A combien plus juste titre Marie pouvait-elle dire : « Jésus, voilà « toute ma fortune: Jésus voila toute ma consola- « tion ! » Un Fils qui est son unique ! un Fils-Dieu! quelle fortune ! quelle consolation ! Et si saint Paul affirme que le Père éternel, en nous donnant son Fils, nous a tout donné avec lui, Marie, en redonnant au Père éternel ce même Fils, ne lui a-t-elle pas fait une oblation égale non seulement à ses bienfaits, mais encore à ses grandeurs?

3° Ses douleurs.

Offrir leur premier-né au Seigneur et le racheter aussitôt à un prix assez modique, pour le reporter chez elles environné de l'auréole de la consécration, ce n'était là pour les femmes d'Israël qu'un témoignage de leur bonne volonté qui ne les engageait à. rien, une pure cérémonie qu'elles accomplissaient avec plaisir. Mais .Marie, trop certaine que Dieu exige d'elle une oblation réelle et irrévocable, leconsentement formel et définitif à la mort de son Fils, offre Jésus sans espoir de le racheter, donne Jésus sans le reprendre. Si elle le rapporte dans sa maison, ce n'est que pour rélever ; si elle le retient,.

ce n'est qu'à dessein de le livrer au temps marqué. Quoiqu'elle ne s'en dessaisisse pas, elle n'en rentre pas en possession.

C'est peu : elle offre Jésus avec la prévision deson supplice, elle donne Jésus pour être crucifié. En ordonnant autrefois à Abraham d'immoler Isaac, Dieu lui dit: « Prenez votre tils unique que vous aimez, » afin d'exciter sa sensibilité par ces paroles, votre fils unique que vous aimez; il l'envoie sur une montagne fort éloignée, afin que, durant le chemin, les émotions de la tendresse paternelle deviennent déplus en plus vives et impétueuses ; il permet qu'Isaac lui demande avec anxiété où est la victime, comme pour remuer, bouleverser toutes ses entrailles.

Dieu ne semblc-t-il pas avoir tenu la même conduite à l'égard de Marie? Pendant quarante jours elle a le loisir de contempler les amabilités de son unique et de son bien aimé, de lire et de méditer ce que les prophètes ont prédit de sa Passion douloureuse; elle-même porte à Jérusalem cette victime trop faible encore pour marcher, et ses yeux découvrent de loin le Calvaire ; elle traverse ces mêmes rues, elle pénètredans ce même temple, théâtre des futures ignominies de son Fils ; elleentend le vieillard Siméon lui parler des contradictions qui attendentle Fils et du glaive qui transpercera la Mère. ODleuî que réserve-t-on à cette tète, à ce visage, aux pieds et aux mains de mon Jésus? En attendant l'allïeux gibet, mon sein est donc l'autel vivant où il s'immole tous les jours, mes bras la croix animée où il s'exerce et prend ses mesures en se jouant ! Celui que je rachète au prix de deux colombes sera donc vendu trente deniers ! C'est ici le sacrifice du matin, la victime est trop tendre et n'a pas encore assez de

sang pour le répandre, mais viendra le sacriûce du

soir.

Colloques: 1° Avec Marie. Qu'elle m'offre avec Jésus mon offrande sera bien reçue de sa main.

2° Avec Jésus. Qu'il mette dans mon cœur le dévouement qui animait le sien. Tout ce que j'ai, tout ce que je suis, tout ce que je puis, je L'offre à Dieu pour sa plus grande gloire. J'ignore ce qu'il me réserve d'humiliations et de souffrances, je baisse la tête, je me résigne, disant avec Jésus : « Voici que a je viens, ô mon Dieu, pour faire votre volonté. » (Iîebr., x.)

DEUXIEME EXERCICE

Tentation.

1° Avant la tentation.

1° N'ayez pas de la tentation une crainte exagérée, pour deux raisons :

La première, c'est l'impuissance du démon. Il peut aboyer, mais il est enchaîné, dit saint Augustin. H tend des pièges comme l'araignée, dit saint Gésaire, mais il dépend de nous de nous y engager. Il montre le fruit défendu, dit Rodriguez/mais il ne contraint pas de le manger. Il rôde au pied de la tour, nous invitant à lui ouvrir la porte, dit saint Franrois de Sales ; mais nous sommes libres de rester où nous sommes et de le laisser où il est.

La seconde, ce sont les avantages que nous pouvons en retirer. Dans les desseins de Dieu qui permet, c'est un moyen de nous punir, de nous humilier, de nous détacher, de nous purifier, de nous aguerrir, de nous instruire, d'augmenter notre mé-

rite. C'est le soufflet qui réprime l'orgueil, l'éperon qui tient en haleine, le creuset où l'or s'épure ; c'est l'orage qui apprend au matelot à prier, la difficulté du voyage qui fait soupirer après la patrie, l'épreuve qui nous fait reconnaître ce que nous pouvons par nous-mêmes ; c'est le couteau qui émonde la vigne, le combat qui multiplie nos couronnes, souvent l'apprentissage dans l'art de conduire les âmes ; car, dit l'Ecclésiastique, que sait celui qui n'a pas été tenté ? (C. xxxi v.)

2° Soyez attentive aux ruses et aux manœuvres du tentateur.

Tantôt il met un bandeau sur nos yeux, en justifiant par de spécieux sophismes ce qui est blâmable : 11 n'y a point autant de mal qu'on veut bien le dire.

— Veux-tu être de pire condition que les autres?

— Pourquoi a-l-on ordonné ceci, défendu cela ? — Oh ! si tu savais ce que tu sacrifies !... Aujourd'hui il nous inspirera des sentiments de présomption : Dieu est si bon, le pardon s! facile !... Demain il nous poussera au désespoir : Ton péché est trop grand, il n'y a plus de miséricorde pour toi... Tantôt il nous agite de scrupules, de désirs bizarres et opposés cherchant à nous rendre le joug de la vertu intolérable. Il nous fait jeter l'une après l'autre nos armes spirituelles, abandonner nos pratiques de piété: Ne peut-on pas être une bonne Religieuse sans toutes ces minuties ?... Il a bien soin de demander peu d'abord, pour obtenir successivement davantage. Il a même le secret de nous porter au bien pendant quelque temps, mais à un bien moindre ; ou à un bien plus grand, mais impossible ; ou à un bien qui ne convient pas à notre état ; ou à un bien qui n'est pas tel qu'en apparence. Surtout il fait les derniers efforts pour nous isoler de notre directeur,

de peur que nous ne soyons deux contre un. Parfois il imite le général qui t'ait semblant de lever le siège (l'une ville, et qui revient brusquement lorsque les habitants onl mis bas les armes. Souvent aussi il s'abstient quelque temps du inoins, de demander des choses graves, se contentant de retenir, par quelque faute légère mais habituelle, dans la médiocrité de la vertu, comme un enfant qui fait grâce à l'oiseau de ses ailes après lui avoir passé un 111 au pied.

2° Pendant la tentation.

1° N'accordez rien à la tentation, pas le plus petit consentement, repoussant avec énergie la pensée du mal, retranchant sans délai ce qui est ou peut devenir une occasion de péché. Quelle folie, dit saint Jérôme, de laisser grandir un ennemi qu'on peut tuer lorsqu'il ne fait que de naître ! Peu importe au démon le temps et le mode : il consacrera vingt ans, s'il le faut, à miner notre àmepar un travail sourd et continu. S'il ne peut nous écraser sous un rocher, il nous étouffera sous un monceau de cendres ; s'il ne peut nous foudroyer par l'apoplexie, il nous éteindra, comme à notre insu par la consomption.

2° Ne mettez point en question si vous lâcherez pied sur quelques points de vos résolutions. Ce n'est pas le moment propre à la délibération. Tout homme fatigué cherche à se soulager : or, dans la tentation, nous souffrons du travail de la lutte ; pour peu que nous délibérions sur ce qu'il faut faire ou omettre, nous ne manquerons pas de décider en faveur de la liberté et de la nature.

3° Varie/ les moyens de défense selon la nature de la tentation. Si elle a pour objet un scrupule, fhassez-Ia d'un geste dédaigneux. Si elle a pour ob- \ i la peine, ce qui coule, combattez-la de front, ■ n faisant les actes de la vertu opposée. Si elle a

pour objet le plaisir des sens, la gourmandise, le vice impur, fuyez comme autrefois Loth, et multipliez les actes d'humilité, de patience, d'amour de Dieu.

4° Redoublez de confiance en Dieu appuyée sur la parole de l'Apôtre : « Dieu est fidèle, et il ne souf- « frira pas que vous soyez tenté au dessus de vos « forces. » (I Cor., x.) En permettant la tentation qu'il tempère et proportionne, Dieu, dit saint Jean Chrysostôme, se comporte comme un joueur de luth, qui pince ses cordes assez pour en tirer un son harmonieux, mais non de manière à les rompre (Hom. 4 ad popul.) ; comme un potier, dit saint Ephrem, qui met au four des vases de différents calibres, et qui, sûr dans ses calculs, y laisse davantage lesgraads, moins de temps les moyens, moins encore de temps les petits.

5° Ne vous repliez point avec anxiété sur vousmême pour examiner ce que vous voyez, ce que vous entendez, ce que vous ressentez, si vous consentez ou non, si vous commettez un péché mortel ou véniel. Vous risqueriez ainsi de rentrer plus avant dans la tentation, surtout si elle a pour objet la sensualité. Le plus sûr est d'imiter l'enfant à qui l'on montre une bète horrible ; il se rejette aussitôt dans le sein de sa mère. « C'est dans les blessu/es « de Jésus-Christ que je m'enfonce à l'aspect du dé- « mon, » dit saint Augustin.

3° Après la tentation.

1° Si vous avez été victorieuse, remerciez Dieu ; l'action de grâces est un titre pour recevoir des faveurs nouvelles et préservatif contre la vaine gloire. Visez aussi à profiter de votre avantage, en redoublant de vigilance, de peur que le démon ne revienne bientôt avec sept esprits plus méchants en-

eore ; en recherchant les motifs qu'a pu se proposer Dieu dans cette tentation, afin de vous y conformer ; en constatant par quels moyens vous avez réussi à la dissiper, pour les employer en pareille circonstance.

2° Si vous avez été vaincue, relevez-vous au moment mémo. « Quand nous avons failli, dit saint « François de Sales, demandons aussitôt à notre « cœur s'il n'a pas toujours vive et entière la résoluce tion de servir Dieu et j'espère qu'il nous répondra « qu'oui, et qu'il souffrirait plutôt mille morts que « d'abandonner cette résolution. « Pourquoi donc « bronches-tu ? pourquoi es-tu si lâche » Il répondra: « Je ne sais comment, j'ai été surpris, ma pesan- « tour m'accable. » Hélas l il faut lui pardonner ; ce « n'est pas par infidélité, c'est par infirmité qu'il pè- « che. 11 faut corriger doucement tranquillement, « et non pas le courroucer et le troubler davantage. « Eh bien ! mon cœur, mon ami, au nom de Dieu, « prends courage, cheminons, prenons garde à nous, « élevons-nous à notre secours et à notre Dieu. » « (Esprit.)

Que penseriez-vous d'un homme ivre qui, s'étant relevé deux ou trois fois de ses chutes, prendrait le parti de rester étendu sur le chemin, sous prétexte qu'on a beau se relever, on retombe toujours ?Àvezvous compris cette leçon de l'Esprit saint? « Pares- « seux, va-t-en à la fourmi. » (Prov., vi.) C'est que non seulement la fourmi fait en été ses provisions pour l'hiver, comme nous devons durant la vie présente faire nos préparatifs pour l'éternité, mais elle ne cesse point de construire son nid, à mesure qu'on le démolit ; démolissez-le cent fois, cent fois elle le reconstruira, et toujours avec la même activité.

4* De quelques tentations extraordinaires.

Les principales sont : 1° des impressions de déscspi.ii-. Celui qui subît celte tentation, tout en aimant Dieu très parfaitement, se croit réprouvé; il entend une voix intérieure qui lui dit : « Tue toi, fi- « nis une vie misérable. » 2° Des doutes sur la foi. Tous les mystères n'apparaissent plus, que comme des rêveries et des fables ridicules ; il vient à l'esprit des objections en apparence insolubles; on ne peut pas dire seulement: Je crois; on se regarde comme un païen et un athée. 3° Des désordres impurs. L'imagination est fascinée, les sens emportés ; c'est à peine si la volonté peut se rendre compte de sa liberté et de sa résistance. 4° La haine, de Dieu, au point de trouver ses délices dans les outrages qu'on fait à Dieu, de détester ceux qui s'appliquent à servir Dieu. On trouve dans son esprit, quelquefois sur ses lèvres, des formules de blasphèmes et d'imprécations exécrables. 5° L'aversion pour la Supérieure ou pour d'autres Religieuses. En elles, tout choque, discours, actions, visage, démarche, son de la voix; on interprète tout en mal, on transforme leurs vertus en vices ; on ne voit en elles que des ennemies ou des hvpocrites. 6° Le dégoût de la vocation et une indicible horreur des choses saintes: oraison, sacrement, prédication, ministères de charité et de zèle. Tout ce qu'on aimait jusque là, tout ce qu'on estimait de plus sacré, parait détestable : on ne se traîne qu'à regret aux exercices ; on ronge sa chaîne, on voudrait en être débarrassé pour toujours.

Trois choses sont nécessaires à la Religieuse soumise à ces épreuves : 1° la confiance. « La rage de « Satan suppose que vous êtes les amis de Dieu, <c disait saint François de Sales, et ses plus violents « assauts indiquent que votre vertu est très parfaite ;

« car les chiens n'aboient qu'aux étrangers, et Ton « ne déploie les formidables batteries que contre les « citadelles bien fortifiées. » 2° Le mépris du tentateur et de la tentation. « Le démon étant essentielte-

« nient un. esprit d'orgueil, dit encore saint François e de Sales, rien ne le chasse plus efficacement et ne « dissipe plus prompte ment ses suggestions, que le « dédain qu'il ne peut souffrir: d'autant que cornac battre un ennemi est un signe qu'on fait état de « >a forée, niais le mépriser est une marque qu'on « le tient pour vaincu, l'ne abeille se pose sur « votre visage : vous y portez le doigt, elle vous pi- « que : vuus ne hongez, elle s'envoie. » 3° L'obéissame aux avis du directeur, qui a grâce et mission pour conduire. Il reconnaîtra que la volonté reste pure à ces marques : lorsque la sainteté de la Religieuse est peu commune et sa régularité exemplaire ; lorsque, la tentation passée, elle a horreur de ce qu'elle a éprouvé ; lorsqu'elle ne donne à la tentation aucun occasion et prend volontiers les moyens indiqués pour se prémunir ; lorsqu'elle est surtout assaillie dans les exercices et les lieux les plus saints ; Lorsqu'elle s'est offerte à Dieu comme victime de sa justice en laveur des pécheurs.

TROISIEME EXERCICE

Actes de vertu héroïques.

«Le royaume du ciel souffre violence, et les in- « trépides le ravissent de vive force. » (Matlh., xi.) « Celui qui voudra sauver son âme sera disposé à « perdre la vie ; car celui qui perdra la vie pour moi 4 sauvera son âme. » (Luc. , ix.) Le ciel est à ce prix :•

il faut l'escalader, remporter à la pointe de l'épée, el sauver son âme en perdant la vie. Le saint, le religieux sont nécessairement des héros, et s'ils ne font pas toujours des actes héroïques, ils sont du moins toujours prêts à en faire au besoin.

1° Qu'est ce que l'acte de vertu héroïque?

C'est celui qui, vu la grandeur de l'objet, des difficultés ou des répugnances de la nature, exige un effort suprême de la volonté, comme le géant l'emporte sur l'homme ordinaire, le bond du lion sur le pas de la brebis, et le diamant sur toutes les perles, ainsi l'acte héroïque sort de la ligne commune, s'élève à une prodigieuse hauteur, et par son éclat, éclipse tous les autres actes. C'est, du coté de l'homme, un tour de force de sa volonté, et, du côté de Dieu, un chef-d'œuvre de sa grâce.

La sainte Vierge se tient debout devant la croix, Abraham n'hésite pas à immoler son cher lsaac, Madeleine aux pieds de Jésus brave les railleries de la foule, saint Gualbert embrasse le meurtrier de son frère, sainte Chantai passe sur le corps de ses fils pour voler où Dieu l'appelle, sainte Elisabeth baise les ulcères des malades, saint François Xavier se prive de dire un dernier adieu à sa mère. Qui ne voit dans chacun de ces traits le sublime de la force, le courage poussé à son apogée, le coup le plus violent porté à la nature, ou plutôt la nature elle-même prise d'assaut?

2° Quelles conditions exige cet acte ?

1° Une âme grande et énergique: car c'est la magnanimité et l'élévation qui caractérisent le héros. L'entreprise est ardue, la résistance sera terrible, n'importe ; on s'élève au-dessus de soi-même, on se précipite tète baissée, on risque le tout pour le touL

2° Un ardent amour pour Jésus-Christ ; car cet

amour est plus fort que la mort. On a dit du diacre saint Laurent : « Le feu extérieur qui le consumait « ne put vaincre le feu intérieur qui le dévorait. La (,< flamme du bourreau n'eut d'autre effet que d'atliser la flamme de la charité ! celle-ci eut même la .< propriété d'éteindre celle-là. Oh ! combien l'amour a esl puissant ! » (S. Léo ; Gornel. a Lap.) — 3° Une grâce extraordinaire et de choix ; car si aucun acte de verdi n'est possible sans la grâce, l'acte le plus haut et le plus surhumain le serait-il sans une grâce spéciale ? Gel!" grâce, pour n'être pas toujours sensible, n'en est pas moins victorieuse et toute puissante ;et, pour l'être quelquefois, elle n'en laisse pas moins à l'acte tout son mérite, le mérite se trouvant dans l'acceptation.

3° Gomment doit-on apprécier Phéroïcité d'un acte ?

Tout acte héroïque est grand sans doute, sinon toujours à raison de l'objet, du moins a raison des difficultés et des répugnances qu'il faut vaincre. Toutefois, parce que la grandeur des difficultés et des répugnances se mesure d'après les individus et les circonstances, c'est relativement aux individus et aux circonstances, et non d'une manière générale et absolue, qu'il faut apprécier l'héroïcité. Pour le pêcheur de Galilée, quitter une barque et des file Is fut certainement un acte héroïque au plus haut, degré. Notre-Seigneur n'a-t-il pas dit du denier de la veuve, sa dernière ressource : « En vérité, je vous le dis : « cette veuve pauvre a déposé dans le trésor plus que personne ». (Marc, cap. xiv.) De deux Religieuses faisant ensemble la même chose, il peut arriver que l'une s'élève jusqu'à l'héroïsme, tandis que l'autre n'accomplit qu'un acte très vulgaire.

4° Quelles occasions s'offrent en religion de faire des actes de vertu héroïques ?

Se montrer humble dans les succès, brillants et inébranlable dans les contradictions ; lutter contre des abus invétérés ou des tracasseries incessantes; supporter sans murmure une grave calomnie, un reproche injuste, une disgrâce non méritée ; prier pour les persécuteurs et faire pour les gagner les premières avances ; quitter, sur un ordre de l'obéissance, un poste où l'on a ses habitudes et ses affections ; rester dans tel emploi ou dans la société de telles compagnes, malgré les soulèvements de la nature , exposer sa santé et sa vie, plutôt que de compromettre une œuvre de zèle ou de contrarier les vues d'une Supérieure ; combattre les assauts d'une tentation furieuse ou prolongée; fuir brusquement un lieu, une compagnie où la chasteté court des risques ; s'imposer des austérités qui font frémir la délicatesse de la chair ; se jeter aux genoux d'un confesseur, lorsque la confusion est extrême ; accepter avec résignation les infirmités, la maladie, la mort, la perte d'un parent, etc. Et parce que ces occasions peuvent persévérer longtemps ou se renouveler fréquemment, la Religieuse est souvent non seulement dans le cas de faire des actes héroïques, mais dans un état presque habituel et permanent d'héroïeité.

5° Comment se prépare-t-on à produire ces actes au besoin ?

1° En faisant bien, sans distinction d'agréables ou de pénbles. toutes les actions ordinaires. Par ce moyen, la volonté s'aguerrit et la source de la grâce augmente. 2° En s'exerçant journellement à la pratique de ce qui coûte le plus. C'est tailler dans le vif de la nature et se raidir contre toutes les répugnances. 3° En multipliant les actes héroïques intérieurs, par l'acceptation généreuse et spontanée de tout ce qu'il plaira à Dieu d'envoyer. On se familiarise ainsi

avec l'idée des plus rudes épreuves, et on se facilite les plus insignes victoires.

6° Quels fruits précieux en retire-t-on?

1° Ils méritent à La Religieuse qui les l'ail les grâces actuelles les plus signalées. Tous les actes de vertu, même les plus communs, donnent droit à des grâces actuelles ; or ceux-ci, par leur excellence, ravissent le cœur de Dieu.

2° Us attirent sur les emplois une surabondance de bénédictions, et Dieu a coutume de récompenser en confiant une plus vaste administration, des œuvres plus en rapport avec la magnanimité de l'àme.

3° Us lancent tout d'un coup au faîte de la sainteté et souvent y fixent pour toujours: soit parce que nohlesse oblige, et que, porté si baut par un élan sublime, on rougirait de se ravaler et de descendre; soit parce que la volonté prend dans ces actes une vigueur, une trempe, une impulsion et une confiance qui la rendent invincible ; soit parce que la faiblesse de certaines difficultés qui arrêtaient jusque là est mise à nu : comme l'enfant peureux qui, après un premier acte de courage, ne craint plus d'affronter les lieux obscurs ou écartés où son imagination lui faisait autrefois apercevoir des spectres et des monstres. Aussi voyons-nous que la plupartdes saints ont débuté par un eoup d'éclat.

7° Pourquoi Dieu permet-il que la Religieuse soit dans le cas de faire ces actes ?

1° Pour raffermir dans sa vocation. De même que le chêne se consolide par les tempêtes qui, en ébranlant le sol, donnent de nouvelles issues aux racines, de même la Religieuse s'enracine dans sa vocation par les épreuves qui, en sollicitant sa volonté de retourner en arrière, l'obligent à s'élancer en avant et à s'attacher au devoir avec plus de force que jamais.

2° Pour la rendre plus vigilante ; car Dieu pouvant demander ces actes au moment où elle s'y rttend le moins, malheur à elle si elle est surprise !

3° Pour lui faire racheter le temps perdu, expier ses fautes, réparer ses négligences. Les actes héroïques ayant plus de prix qu'un grand nombre d'actes ordinaires, la Religieuse appelée à les multiplier a bientôt satisfait à la justice divine, restitué à sa couronne les perles qu'elle en avait arrachées et atteint la perfection propre de son état.

4° Pour en appliquer le fruit à des âmes dont la Religieuse désire la conversion ou la sanctification. Celte conversion ou cette sanctification exigent une grâce extraordinaire ; la Religieuse, par un acte de vertu héroïque, mérite cette grâce, et Dieu, se conformant à ses intentions bien connues, la reporte sur ces âmes.

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