RETRAITE DU MOIS DE MARS
PREMIER EXERCICE
Saint Joseph patron ot modèle des instituteurs.
Premier prélude. L'heureuse et sainte é lucalion d'un Enfant-Dieu, dont Joseph s'est si bien acquitté, a valu à ce glorieux patriarche le patronage des jeunes frères du Verbe incarné et de leurs instituteurs jusqu'à la lin des siècles.
Deuxième prélude. Je me représente, dans la modeste maison de Nazareth, l'Enfant Jésus et sa sainte Mère obéissant à Joseph, Jésus comme à son père, Marie comme à son époux, et ne faisant rien qu'avec sa permission et sous sa dépendance.
Troisième prélude. Mon Dieu, placez-moi sous le patronage immédiat de saint Joseph ; je ne dois pas paraître étrangère dans sa famille, puisque Marie est ma mère et Jésus mon frère, et que je continue par vocation l'œuvre qu'il a inaugurée dans l'Eglise.
1° Joseph est le patron spécial et dévoué des insti tuteurs.
1° Spécial. Qu'il ait sur l'Eglise un patronage général et universel, nul n'en saurait douter. « Le Sei- « gneur l'a constitué le maître de sa maison, le dispen- « sateur de tous ses trésors. » (OIT. du patron.) « Différent en cela des autres saints, dont le pou- « voir ne s'étend qu'à certaines causes, à tel ou tel a besoin, Joseph est chargé de veiller à tous nos in-
« téfêtS, a reçu grâce pour tous et pour tout, Notre- « Seigneur voulant nous faire entendre par là que « de même qu'il lui fut soumis sur celte terre d'exil, « reconnaissant en lui l'autorité d'un pure nourricier « et d'un gouverneur, de même il se plait encore à « faire sa volonté dans le ciel, en exauçant toutes ses « demandes. » (S.Berx.; Ste Ther.)
Mais Joseph a, de plus, sur les instituteurs un patronage particulier, inaliénable, qui lui revient de droit; dont il ne saurait être dépouillé, alors même que tous les autres lui seraient enlevés. Dès lors qu'il a contribué à tout ce que Jésus a fait d'admirable dans sa jeunesse, le nourrissant et le dirigeant il est censé avoir préparé tout ce que les enfants chrétiens feront d'admirable à l'imitation de Jésus. Ces enfants et leurs vertus étaient renfermés dans Jésus comme le ruisseau est renfermé dans sa source, la fleur dans le germe, la moisson dans les prémices, Nous grandissions en Jésus, et c'est Joseph qui nous nourrissait ; nous croissions en sagesse et en grâce, et c'est Joseph qui secondait l'action divine et s'y adaptait.
0 Joseph, vous êtes le premier instituteur chrétien, puisque le christianisme a commencé en Jésus. le plus nol}le instituteur, puisque vous avez élevé Jésus ; le plus habile des instituteurs, puisque Dieu le Père vous a jugé propre à faire l'éducation de Jésus. A vous donc le patronage des instituteurs le ciel vous en fait le don, la terre se plaît à le reconnaître, et nous qui remplissons les mêmes fonctions, nous mettons notre gloire et notre bonheur à en réclamer les bienfaits.
2° Dévoué. Comme père nourricier de Jésus, qui est notre frère, et comme époux de Marie, qui est notre mère, il regarde tous les fidèles comme ses en-
fants. Son désir le plus ardent est donc de protéger et de combler de biens ceux que Marie aime si tendrement et pour <|wi Jésus est mort. « Je nemesouv< viens pas, dit sainte Thérèse, de lui avoir jamais « rien demandé jusqu'à ce jour qu'il ne me l'ait aee cordé. » « Quand saint Joseph prie au ciel, dit saint « Bernardin de Sienne, il ordonne; et Jésus, qui « voulut être son (ils, lui obéit toujours. » « En ef- « l'et, ajoute Gerson, la prière d'un époux ou d'un « père, pour son épouse ou son (ils, est une sorte de « commandement. »
Toutefois, ainsi qu'il arrive entre gens qui ont exercé la même profession, couru les mêmes dangers et souffert ensemble, le cœur de saint Joseph se tourne naturellement vers les instituteurs de la jeunesse chrétienne. Apres la sainte Vierge, nul ne souhaite plus que lui de les voir réussir dans une profession qui fut la sienne, à laquelle il s'intéresse toujours et plus que jamais, dont il connaît les difficultés, et qui lui a mérité la gloire immense dont il jouit. Qui plus que lui apprécie l'importance de l'éducation, aujourd'hui surtout, au milieu des dangers et des séductions dont l'enfant est environné ? N'entend-il pas les lamentations d'une multitude de mères, plus malheureuses mille fois que celles des Innocents, qui pleurent leurs enfants égorgés sous leurs yeux par l'impiété et le libertinage? Ne voitil pas des vides immenses se faire dans le ciel, tandis que renier se remplit, grâce aux principes pervers inculqués dans les écoles et les collèges?
Puisque l'Eglise, de nos jours, a tout à craindre ou tout à espérer de l'éducation, et que l'éducation bonne ou mauvaise est (Mitre les mains des instituteurs, que les instituteurs qui veulent travailler à sauver l'Eglise comptent sur le patronage de saint
Joseph. C'est à eux, comme h ses collaborateurs et ses associés, qu'il réserve ce qu'il a de plus tendre dans ses affections, de plus efficace dans son secours.
2° Joseph est pour les instituteurs un modèle de douceur et d<> zèle.
1° De douceur. « Ceux que Dieu destine à quel- « que emploi, dit saint Thomas, il les en rend capa- « blés, donnant les qualités qui répondent à la mis- « sion qu'il confie. » Gerson, faisant l'application de ce principe, ajoute : «Dieu mit en Joseph tout ce « qui pouvait le rendre digne de ia société de Jésus « et de Marie, digne de leur amour et de l'autorité « qu'il exerça sur eux. ■» « Joseph, comme un soleil, « réunit la splendeur de tous les saints, disent d'au- « très auteurs ; les vertus des quatorze patriarches « de l'ancienne loi, dont le sang coulait dans ses <( veines, ornaient sa sainte âme. En grâce et en « gloire, il surpasse les apôtres et Jean-Baptiste ; car, « dit Suarez, il est plus grand d'être le père et le « gardien du Christ que d'en être le héraut ou le pré- « curseur. »
Néanmoins Joseph reste à une distance infinie de Jésus et à une distance incommensurable de Marié. Comment osera-t-il commander, selon sa charge, à Jésus et à Marie? Les Pères et les Docteurs affirment que le supérieur devrait l'emporter en sainteté sur ses inférieurs autant que le docteur l'emporte sur le disciple, le pasteur sur ses brebis le moule sur la matière informe qu'on y jette, le sceau d'or sur la cire où il laisse son empreinte. Origène nous peint en deux mots Joseph partagé entre l'humilité qui le retenait, et le devoir qui le sollicitait: «II « commandait en tremblant. »
Sans doute, une institutrice dans sa classe ne peut
éprouver le même embarras que saint Joseph en présence de Jésus et de Marie. Non moins qu'en autorité, elle surpasse ses élèves en sainteté, et le contraste est plus propre à l'enhardir qu'à l'intimider. C'est ce qui explique comment, avec le temps, le pins souvent même des le début dans la carrière, on s'irrite, on oublie l'inflrmitéde l'enfance, on ordonne avec hauteur, on menace, on punit à chaque faute.
Pour conserver la patience et acquérir un peu de douceur, que faudrait-il ? A l'exemple de saint Joseph, se considérer soi-même et considérer celles auxquelles on commande. Parmi ces enfants, ne s'en trouve-t il point qui, par leurs vertus, leur simplicité, leur humilité, leur innocence, leur obéissance, ressemblent à ceux que Jésus nous propose pour modèles ? Et dans son propre intérieur ne découvre-t-on pas des infractions à la règle, des fautes contre les vœux, des conversations où la charité est blessée des exercices spirituels faits sans dévotion ? Si l'on mettait dans l'un des bassins de la balance les péchés de l'institutrice, et dans l'autre ceux d'une élève prise au hasard, de quel côté serait le plus lourd fardeau ?
Donc modération dans le commandement, suavité dans les reproches, indulgence dans les punitions, support maternel. La miséricorde dont nous avons nous-mêmes besoin, accordons- la généreusement aux autres.
2° De zèle. Tci il faudrait raconter toute l'histoire de saint Joseph. C'est pour Jésus qu'il se rend à Bethléem où l'attend la plus extrême détresse, pour Jésus qu'il va chercher en Egypte un abri contre la fureur d'Hérode, pour Jésus qu'il revient à Nazareth où sa vie s'écoulera obscure et ignorée, pour Jésus qu'il continue pendant trois jours ses perquisitions
dans Jérusalem au milieu des plus vives angoisses* pour Jésus qu'il se condamne à un travail constant et pénible, pour Jésus qu'il garde inviolablement un secret dont la manifestation eût fait sa renommée et peut-être sa fortune, pour Jésus qu'il est attentif à tous les desseins de Dieu le Père sur son -ils et prompt à les seconder, pour Jésus enfin qu'il consent à mourir avant les merveilles dont la Judée devait être témoin et avant que le ciel fut ouvert aux âmes justes.
Quel exemple donné aux institutrices chargées de former Jésus dans le cœur des enfants ! Aux yeux de la foi et dans le sens seul vrai, n'est-ce pas pour amplifier le corps mystique de Jésus, préparer à Jésus des membres dignes de lui, qu'elles ont embrassé leur sainte vocation et l'ont préférée à toute autre? Oh ! c'est Lien la pensée, le but, l'espérance qui les ont soutenues dans le sacrifice de leur forlune, de leur liberté, des plaisirs du monde. Si elles veulent réaliser leur noble dessein, qu'elles ne le perdent jamais de vue. Qu'elles se disent souvent à elles-mêmes : En tout et partout, en classe, en élude en récréation, au catéchisme, à l'église, il s'agit de Jésus dans la personne des enfants qui sont ses membres. Combien dois-je me tenir unie à Dieu, pour connaître et accomplir sa volonté, pour démêler dans ces jeunes cœurs ce qu'il faut réprimer et ce qu'il faut développer ! La surveillance ne perdral-elle pas ses ennuis, et le travail n'aura-t-il pas pour moi des charmes, si je me regarde comme un autre Joseph, proposé à la garde de Jésus ?
Colloque. 1° Avec Jésus : Votre père, pour être moins indigne d'exercer l'autorité sur vous et sur son épouse, ne cessait d'étudier, afin de les retracer en lui-même, les vertus qui s'étalaient sous ses yeux.
Faites-moi la grâce, ô Jésus, de contempler et de reproduire avec, le même soin vos exemples, ceux de votre Mère, el aussi les qualités heureuses de mes élèves, afin qu'en moi la sainteté soit toujours au ni* veau de l'autorité.
2° Avec Joseph et Marie, Ah ! si j'osais vous demander la faveur que vous avez accordée aux bergers de Bethléem ! ah ! si je pouvais avoir entre mes bras l'Enfanl Jésus! je le presserais d'abord contre mon cœur, je le ferais passer ensuite à chacune de mes élèves ; toutes ensemble nous le conjurerions d'imprimer en nous ses traits et son image, afin que les anges nous voyant s"enl redisent : Voilà les sœurs de Jésus et tes enfants de Marie et de Joseph.
DEUXIEME EXERCICE
Oraisons jaculatoires
C'est un pieux élan de l'âme ; un soupir que la Foi, L'amour, le repentir, la confiance, ou tout autre sentiment religieux tire du cœur ; une exclamation, une parole fervente, un cantique, l'invocation des saints Noms; un salut à Marie, à Joseph, au bon ange ; un regard tendre sur le crucifix, une image, le (ici ; le souvenir des défunts accompagné d'un secret suffrage; des moments de récollection qu'on se ménage dans la journée, etc.
On les appel h1 tantôt affections, c'est-à-dire mouvements de la volonté vers Dieu ; tantôt aspirations, pour signifier l'extrême besoin qu'a Pâme du secours d'en haut et la condition de sa vie surnaturelle ; quelquefois élévations de cœur, attendu qu'en les faisant, l'homme trop souvent appesanti prend
un instant son essor vers le ciel ; le plus ordinairement oraisons jaculatoires, parce que, décochés aevc la rapidité d'un trait, elles vont percer de coups redoublés le cœur de Dieu, pour en faire jaillir des ruisseaux de grâces.
Elles doivent être vives et courtes, pour que, promptes messagères, elles portent en un clin d'œil nos vœux au ciel, et que, fréquemment renouvelées, elles puissent satisfaire la piété, sans préjudicier aux occupations : affectueuses et ardentes, puisqu'elles sont un fruit spontané de la charité, une flamme qui se détache d'elle-même du cœur, une caresse furtive échangée entre l'enfant et son père ; appropriées aux dispositions présentes de joie ou de tristesse, à l'oraison, à l'examen, à une grâce sollicitée, etc. « Les meilleures, dit saint François de « Sales, sont celles que l'amour nous suggère sur- « le-champ, »et que l'Esprit de Dieu forme en gémissements inénarrables.
Les oraisons jaculatoires suppléent aux longues prières, et Cassien affirme que les solitaires de l'Egypte les leur préféraient ; car, outre qu'elles sont en général plus ferventes, leur brièveté ferme l'accès aux distractions, et leur multiplicité attise sans re- lâche le feu sacré : le cœur n'est jamais complètement refroidi, ou il est promptement réchauffé. On sait les prodiges qu'obtinrent celles de saint Pierre, du publicain, de l'aveugle de Jéricho, du bon larron, de l'enfant prodigue.
A la vérité, ces oraisons sont une floraison éphé- ! mère; l'instant qui les voit naître les voit périr; mais leur fruit demeure, car ce fruit n'est autre que le bon désir incessamment ranimé d'être à Dieu. Or le bon désir est une prière permanente, un cri prolongé vers le ciel.
« Il n'est point à propos de toujours les diversifier. « De même que j'aime mieux la résolution d'une « seule chose prise quatre l'ois que quatre résolulions différentes prises chacune une fois, ainsi j'aime « mieux une même oraison jaculatoire répété centfois « que ceni dites chacune une fois. » (S. Franco! s de Sales.) Chaque saint en avait une favorite dont il m servait pour ranimer sa dévotion : l'habitude de rtpéter la môme, en la gravant dans le cœur et la mémoire, la rendait plus familière.
« Je voudrais que ces oraisons fussent aussi fré- « queutes que l'aspirer et le respirer. » (Idem.) Car ce que l'air est au corps et l'eau au poisson, Dieu l'est à l'àme : elle ne peut vivre qu'à la condition de demeurer en Dieu, de retourner à Dieu dès qu'elle l'a quitté, d'appeler Dieu de toute véhémence de ses désirs. « Sans elles, la vie contemplative n'est qu'oi- « siveté,et la vie active n'est qu'embarras. » (Idem.) Alors même qu'on n'en peut produire que detièdes, il faut les continuer ; elles finiront par s'enflammer.
Que s'il est doux autant qu'essentiel de respirer, il n'est pas moins facile qu'indispensable de trouver. Celui qui est notre élément, notre, centre, notre unique nécessaire. « La nuit, le jour, à la ville, à la « campagne, au foyer, sur la place publique, sans « interrompre nos labeurs, sans nous transporter à « l'église, sans demander audience, sans craindre « d'importuner, en tout temps, en tout lieu, dit « saint Jean Chrvsostôme, nous pouvons nous mettre « en rapport avec lui. » Il est en nous et nous sommes en lui : l'âme juste est le royaume, le sanctuaire, le ciel de Dieu.
Pour l'àme attentive et recueillie, surtout pour l'àme qui aime, tout est occasion, motif de s'élever
à Dieu : les œuvres de création, les bienfaits reçus, les événements publies, la vue de tant de scandales, les tentations et les fautes, L'aiguillon de la douleur, les difficultés du travail, le passage d'une action à l'autre, l'heure qui sonne, etc. Nous pouvons parler de tout à notre Père céleste ; rien de ce qui nous touche ne saurait lui être indifférent.
On peut distinguer trois principaux effets de ces oraisons, qui sont en même temps pureté, lumière et amour.
Le premier est de purifier l'Cune, en attirant sur elle la grâce et l'Esprit saint, si souvent comparés à une eau vive et à un feu dévorant: les taches de l'âme sont lavées par celte eau, la rouille et les scories qui s'attachent à l'àme sont consumées par ce feu. Notre âme passe ainsi par L'eau et par le feu.
Le deuxième est d'éclairer l'âme, qui, une fois purifiée, devenue comme un cristal limpide, est capable de réfléchir les splendeurs du Verbe, de les reproduire par une divine et merveilleuse photographie. Elle contracte insensiblement l'habitude de la prière et de la présence de Dieu, qui renferme un antidote souverain contre le péché, facilite la pratique des vertus, inspire la résignation dans les peines, dégoûte des choses terrestres, surnaturalise tout ce qu'on fait, et devient ainsi le secret delà sainteté. « 11 faut toujours prier et ne jamais se lasser. » Luc, xvni.) « Marchez devant moi et soyez par- « faits. » (G en., xvn.)
Le troisième est d'unir VCime a Dieu, en la remplissant de son amour ; car ces oraisons ont pour principe l'amour, pour progrès l'amour, pour terme l'amour. Or l'amour est la possession de Dieu, la jouissance du souverain Bien, possession et jouissance imparfaites ici-bas, consommées et complètes
clans les cieux. A mesure < j lie l'âme parle à Dieu, écoule Dieu, elle le connaît, l'admire davantage,
elle se poric vers lui avec plus d'ardeur ; et parce que Dieu est essentiellement communicatif, d'une part il descend jusqu'à s.v créature, de l'autre il fait monter sa créature jusqu'à lui. Autant d'oraisons jaculatoires, autant d'aliments nouveaux donnésàla tlamme de l'amour, qui croît, s'étend et arrive bientôt à ce degré d'activité et d'intensité qui s'appelle ferveur.
Nous trouvons, déplus, clans ces haltes et colloes, tout ce qui délasse, rafraîchit, désaltère. « L'esprit en revient tout parfumé des perfections c divines. » (S. Fraxçois de Sales.)
Quoi de plus excellent qu'un exercice regardé par es saints comme le chemin le plus simple et le plus court à la perfection ? Saint Bonavenlure déclare qu'aimer Dieu, c'est l'embrasser et Vélreindre inefl'ahlement ; saint Augustin, qu'on est ce que l'on aime, Dieu si l'on aime Dieu, terre si l'on aime la terre; saint Paul, que quiconque s'attache au Seigneur devient un même esprit avec lui. Qui donc refusera, par ces oraisons jaculatoires, d'embrasser et d'étreinclre Dieu, d'ouvrir et de dilater son cœur pour se remplir de Dieu, de s'unir à Dieu esprit à esprit, de se transformer en Dieu? « Par « elles, dit saint François de Sales, on se retire en « Dieu et l'on attire Dieu en soi ; » et ce n'est pas lentement et par degrés que l'âme s'élève, mais d'un bond, comme ravie et transportée. Se retirer en Dieu, quelle demeure pour Pâme ! Attirer Dieu en soi, quel hôte pour l'àme ! « 0 trois fois heureux, « s'écrie saint Ignace, celui qui s'efforce de tenii € habituellement son âme en Dieu et Dieu dans « son àme ! » Jeter son àme dans le sein de Dieu,
retenir Dieu dans le centre de son âme, quelle vie ! quelle félicité !
Abandonne-toi donc ô mon âme, au souffle de l'Esprit saint ; accepte les ailes qu'il t'offre pour prendre ton vol ; entends sa voix qui incessamment te crie : Le cœur en haut ! le cœur en haut ! Viens au Père ! viens au père ! Il y fera bon pour toi. Tu feras une courte apparition au milieu de la cour céleste, tu t'assiéras par anticipation sur ton trône, tu essayeras ta couronne, tu prêteras un moment l'oreille aux accents des séraphins, tu mêleras déjà ta voix à la leur pour chanter le Sanctuset V Alléluia éternels, tu respireras un instant les suaves émanations des parfums brûlés devant l'autel de l'Agneau, tu promèneras tes regards sur les palais de la cité sainte qu'habitent tes frères, tu t'élanceras jusqu'à ton Sauveur pour baiser ses plaies, surtout celle de son divin côté ; tu placeras, comme dit l'Apôtre, ta conversation dans le ciel, et tu cacheras ta vie avec Jésus-Christ en Dieu.
TROISIEME EXERCICE
La paix.
Quel bien que cette paix, annoncée par les anges aux hommes de bonne volonté, donnée par Jésus- Christ à ses apôtres quand il les abordait, souhaitée conjointement avec la grâce par saint Paul aux fidèles dans ses Epîtres, enumérée parmi les douze fruits du Saint-Esprit, qui surpasse tous les sentiments les plus délicieux et fait inefiablement tressaillir nos cœurs !
Pour L'entretenir et la conserver,!0 purifiez incessamment votre conscience, ne permettant jamais à la moindre faute d'y séjourner. L'esprit saint une fois contristé, l'âme n'éprouve plus au même degré ces témoignages intérieurs, ces caresses spirituelles, ces consolations sensibles qui sont la récompense d'une fidélité pleine et entière.
2° Converse/ beaucoup et familièrement avec Dieu. Il est le Dieu de paix, il donne la paix à ceux qui s'approchent de lui, comme un ami fait bientôt partager son humeur, son caractère à son ami. N'estce pas ce que vous avez mille fois ressenti après une retraite, une communion, une oraison bien laite?
3° Fuyez les entretiens inutiles: on se repent presque toujours d'avoir trop parlé, car ou ce qu'on nous a dit a froissé notre amour-propre, ou ce que nous avons dit a blessé quelque vertu chrétienne ou religieuse, et dans les deux cas le trouble prend la place de la satisfaction que nous nous étions promise.
4° Tenez votre cœur libre de toute affection déréglée. Outre le déchirement qu'opérerait tôt ou tard une rupture reconnue nécessaire, vous ne trouveriez dans la créature, quelque aimable qu'elle paraisse, que le néant, la vanité, le mensonge, l'ingratitude, l'égoïsme. C'est tout ce qu'elle a et c? qu'elle peut donner.
5° Modérez vos désirs. Il en est qui favorisent le vol de l'âme vers les célestes régions ; vous ne sauriez en avoir trop. Il en est d'autres qui mettent aux ailes de l'âme de la glu, pour la retenir vers la terre ; vous ne sauriez trop tôt les retrancher. « Je « veux peu de choses, disait saint François de Sa- « les, et ce que je veux, je le veux fort peu. »
6° Occupez-vous du présent, exclusivement du
présont : faites ce que vous faites et failes-le bien. L'avenir qui n'est pas encore et le passé qui n'est plus vous montreraient l'un et l'autre, en pure perte, de nombreux sujets d'ennui. « A chaque jour « suffit sa peine, dit le Sauveur ; pourquoi vous in- « quiélez-vous du lendemain ? »
7° Occupez-vous de vous-même, exclusivement de vous-même ; fermez les yeux sur la conduite de ceux dont vous n'êtes pas chargée, surtout sur celle de vos Supérieurs. En les voyant agir contrairement à vos vues, vous ne pourriez manquer d'être en proie à l'esprit de critique, au murmure, et bientôt après au remords.
8° Faites les choses par foi et par raison, non par goût ou recherche inquiète des consolations. Le goût peut défaillir, les consolations peuvent être enlevées ; mais les motifs de foi et de raison restent toujours les mêmes. C'est au cri de Dieu le veut t qu'il faut marcher et combattre. « Mon juste, dit « saint Paul, vit delà foi. »
0° Portez toute la charge, sans distinction sans retranchement. Si Jésus-Christ promet la paix de l'âme à ceux qui prendront son joug et son fardeau, si ce joug doit leur être doux et ce fardeau léger, c'est à cette condition qu'ils prendront le joug entier, qu'ils laisseront le fardeau tel qu'il esl.
10° Choisissez le moindre en tout, abandonnant volontiers aux autres ce qu'il y a de mieux. Regardez-vous comme ia dernière, vous estimant heureuse d'être oubliée et méconnue. Préférez la volonté des autres à la vôtre : vous couperez court à la jalousie et ne pourrez qu'être agréablement surprise.
1 1° Attendez-vous à être d'autant plus harcelée par le démon que vous serez plus fidèle à Dieu. Le ser-
pent ne dit rien à qui le laisse en paix, mais il se dresse contre celui qui le presse du pied. Le pirate n'attaque pas le pécheur qui n'a que des poissons dans sa barque, mais il se jette sur le navire qui regorge de richesses.
12° Attendez-vous à être d'autant plus persécutée que vous serez plus zélée pour voire perfection. C'est la conduite ordinaire de Dieu sur ses saints. Mais il faut en rire avertie par avance, pour n'être ni troublée ni surprise. Dans ce but, Jésus-Christ prédisait à ses apôtres tout ce qui les attendait»
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