RETRAITE DU MOIS D'AVRIL
PREMIER EXERCICE
Jésus perdu et retrouvé.
Premier prélude. Jésus étant venu célébrer la Pàque à Jérusalem à l'âge de douze ans, demeura dans le temple pour préluder à sa mission, tandis que ses parents désolés le cherchaient de tous côtés.
Deuxième prélude. Se représenter l'hôtellerie où Joseph et Marie demandent Jésus le soir du premier jour, le chemin de Jérusalem qu'ils reprennent le lendemain. le temple où ils le retrouvent le troisième jour assis au milieu des docteurs.
Troisième prélude. Demander la grâce de bien saisir l'esprit du mystère.
1° Joseph et Marie conduisant Jésus à Jérusalem, modèle de parents chrétiens.
« Or son père et sa mère, dit saint Luc, allaient « tous les ans à Jérusalem à la fête de Pâques. « Lorsque Jésus eut atteint sa douzième année, ils « l'y menèrent avec eux. » (h.) La loi n'était que pour les hommes et les enfants mâles, Marie se fait un devoir de suivre son époux. Il suffisait de passer un jour ou deux à Jérusalem, Jésus, Joseph et Marie attendent la fin de l'octave. Qui pourrait peindre la religion, le recueillement de la sainte Famille, son assiduité au temple, sa fidélité à observer les moindres observances ? Dites-nous, ô Jésus, quels sentiments vous animaient, lorsque, un bâton à la
main, les reins ceints d'une corde, la chaussure aux pieds, vous mangiez L'agneau Pascal, figure de voire corps immolé et mangé en mémoire de noire passage de la servitude du péché à la véritable Terre promise ?
Oh! avec quel soin les mères et les institutrices doivent-elles faire entrer louis enfants dans l'esprit drs fêles, leur en expliquer le mystère, les y préparer à l'avance 1 Comme il importe, dès le premier à ne, dé fixer leurs veux sur les cérémonies et les objets du culle ! Voici l'autel où Jésus s'offre à son Père pour vous, les fonls sacrés où vous avez reçu le baptême, la table sainte où vous recevrez un jour votre Dieu, le tribunal où vos péchés vous seront remis, la chaire d'où descendront sur vous les paroles de salut. Entendez les prières et les cantiques que le prêtre fait monter vers le ciel...
2° Joseph et Marie cherchant Jésus, modèles des âmes éprouvées.
« Les jours de la fête passés, lorsqu'ils s'en re- « tournaient, l'Enfant Jésus demeura à Jérusalem, « sans qu'ils s'en aperçussent ; et, pensant qu'il se- « rait avec ceux de leur compagnie, ils marchèrent « durant un jour. Et ils le cherchaient parmi leurs « parents et ceux de leur connaissance ; mais ne le « trouvant pas, ils revinrent à Jérusalem. » Si Joseph et -Marie perdirent Jésus, ce fut par un dessein formel de la sagesse divine, nullement par leur faute. Ils ne doutaient point qu'il ne lut dans quelque groupe de voyageurs, comme il s'y était trouvé en venant, pour entretenir la charité et céder aux désirs des Nazaréens qui se disputaient le bonheur d'être avec lui. Sans cesse ils regardaient devant eux, impatients de le rejoindre ; ils mesuraient l'espace qui les séparait du rendez-vous convenu, et
s'encourageaient par la pensée de prendre avec lui le repas du soir. Mais lorsque, arrivés à l'hôtellerie, après L'avoir demandé, ils n'en eurent aucune nouvelle, quelle désolation ! quelles alarmes ! Où ètesvous, ô Jésus? Qu'êtes-vous devenu? Avez-vous pris une autre route ? Etes—vous tombé entre les mains d'Archélaûs ? Au moins, dans notre fuite à travers le désert, partant pour l'exil, nous vous possédions, et vous adoucissiez nos peines...
Avant l'aurore, ils reprennent le chemin de Jérusalem, le demandant à ceux qu'ils rencontraient, donnant au besoin son signalement: enfant de douze ans, grand pour son âge, simplement vêtu, d'une modestie angélique, en front serein, le visage plein de grâce, des yeux célestes... Chaque voyageur aperçu de loin faisait naître une lueur d'espérance qui s'évanouissait bientôt. Le soir, ils rentrent dans Jérusalem : nouvelles perquisitions, toujours inutiles. Apres une seconde nuit plus cruelle encore que la première, ils recommencent leurs recherches.
0 Jésus, fils le plus aimable de la plus aimante des mères, vous qui comptez ses pas, ses sueurs, ses larmes, qui entendez ses soupirs, ses gémissements, ses lamentations, laissez-vous enfin toucher, laissez- vous enfin trouver.
Dieu éprouve quelquefois les âmes intérieures par la soustraction de ses grâces sensibles, pour les punir de leurs négligences, les purifier, reconnaître leur fidélité, augmenter leurs mérites. Bientôt il les console, pourvu qu'à l'exemple de Joseph et de Marie, elles le cherchent avec empressement, dans le temple, par d'ardentes prières.
3° Jésus au milieu des docteurs, modèle des eniants jaloux de s'instruire.
« Trois jours après, ils les trouvèrenl dans le te n> « pie, assisau milieu des docteurs, les (''coulant et « les interrogeant. Tous ceux qui l'entendaient « parier étaient ravis en admiration de sa sagesse « et de ses réponses. » Saint Bernard demande qui, durant ce temps, lui a fourni le lit et la table ? A-til mendié son pain de porte en porte? Est-ce quelque docteur ou l'un des assistants qui lui aura offerl son logis, pour le montrer à sa famille et s'entretenir avec lui plus à loisir ?
A certains jours, les dot leurs se réunissaient dans l'un des vestibules extérieurs du temple, sur des sièges rangés en demi-cercle, et dans l'enceinte se pressait une foule nombreuse pour écouter leurs leçons el soumettre ses cloutes. C'est là, dans la maison de son Père, au lieu delà prière, et non sur les places publiques et dans le tumulte, que fut trouvé Jésus. Profitant de la liberté d'interroger, par des questions ingénieuses il engageait les docteurs à lui en faire à leur tour, et de là prenait occasion, sous prétexte de leur répondre, de leur signaler les principaux traits du Messie. « La prop phétie de facob annonçant que le sceptre ne sera « plus aux mains de Juda quand le Désiré des na- «c lions viendra, et celle de Daniel avertissant de « compter septante semaines à partir de l'ordre fart meux donné par Cyrus, ne seraient-elles pas ace corn plies ? Celui que nous attendons ne doit-il pas « naître d'une vierge, d'après Isaïe : à Bethléem, « d'après Michée ; être nommé Nazaréen, d'après « toutes nos Ecritures ; avoir un précurseur qui lui « préparera les voies ? Ne sera-t-il pas à la fois Dieu, « puisque David l'appelle son seigneur, et homme, « puisqu'il sera de la race d'Abraham ? Comment « sera-t-il rejeté par son peuple, vendu trente de-
aniers par son ami, crucifié et traité comme un «scélérat, ainsi que le déclarent les prophètes? « Pourquoi son sépulcre est-il dit glorieux ? Le « Christ doit donc mourir et ressuciter ? C'est donc « sa nation qui le conduira au supplice? » On se soulevait dans l'auditoire pour mieux voir et entendre cet enfant ; chacun, à l'issue de la séance, s'informait de son nom, de sa famille, de son pays, de son éducation ; on s'étonnait que le fils d'un charpentier à douze ans joignit aux charmes de sa personne, à la modestie de son maintien tant de sagesse et de savoir. Quel est le maître qui vous a si bien instruit ? Queiie est la mère qui vous a si bien élevé ? Et l'on disait tout haut : Que pensez-vous que sera plus tard cet enfant ?
Hélas ! combien d'enfants dont on peut dire à l'avance : ils seront la désolation de leurs parents et le scandale de leur paroisse ! S'ils échappent à la surveillance, ce n'est pas pour se rendre à l'église ou au catéchisme, mais bien dans les théâtres et les fêtes mondaines. Aussi quels vices précoces ! quelle ignorance irréméd able !
4° Jésus répondant à Joseph et à Marie, modèle des âmes consacrées à Dieu.
« Lorsqu'ils le virent, ils furent remplis d'éton- « nement. Et sa Mère lui dit : Mon Fils, pourquoi « avez-vous agi ainsi avec nous ? Voilà votre père « et moi, qui vous cherchions fort affligés. Pour- « quoi me cherchiez-vous ? leur répondit-il. Ne sa- « viez-vous pas qu'il faut que je sois occupé en ce « qui regarde le service de mon Père?» Quelle joie et quelle surprise, lorsque pénétrant dans le vestibule du temple, au milieu d'une foule silencieuse, après avoir prêté l'oreille à cette douce voix et cherché des yeux Celui sur qui étaient fixés tous les
regards, Joseph et Marin reconnurent Jésus ; lorsqu'ils l'entendirent l'aire des questions savantes, développer le sens des Ecritures, répliquer aux réponses des docteurs d'un ton à la fois modeste et assuré, simple et sublime ! L'instruction terminée, ils s'approchèrent de lui. Ce fut Marie pressée par un senlimenl plus vif et usantde son droit de mère, qui, en son nom et au nom de sun époux qu'elle met sur la même ligne, se plaignit avec une tendresse respectueuse. Ce ne fut pas un reproche, mais l'effusion d'un cœur affligé et l'expression de l'étonnement. Bien qu'ils sussent que Jésus fût la sagesse incréée, ils ignoraient qu'il voulût la manifester.
La réponse de Jésus, qui est sa première parole connue, montre que s'il dépend de ses parents pour les actions purement humaines, telles que marcher, grandir, travailler, il n'en dépend en aucune façon, ni pour les opérations purement divines, comme créer, conserverie monde, produire le Saint-Esprit, ni pour les opérations à la fois divines et humaines, telles que prêcher sa doctrine, faire des miracles, choisir et former ses apôtres. Ce qu'il vient de faire, il l'a fait pour jeter dans Jérusalem et au sein de toutes les nations qui s'y trouvent représentées à la fêle de Pâques, la semence des enseignements qu'il développera dix-huit ans plus tard, en présence de ce même peuple, de ces mêmes docteurs, qui n'auront pu les ouhlier ; il l'a fait pour lancer de loin, comme le soleil à son aurore, quelques rayons de l.i vérité dont il doit illuminer le monde ; il l'a fait pour faire constater et toucher du doigt l'apparition prochaine du Messie, appeler l'attention sur les prophéties, familiariser les oreilles avec sa parole surhumaine et donner un avant-goût de ses mystères.
Dans l'état religieux et dans l'état ecclésiastique,
la vocation une fois reconnue, toutes les considérations humaines et les tendresses du saag doivent céder à la force de cette parole : « Il faut que je sois ■occupé au service de mon Père. »
Colloques : 1° Avec Joseph et Marie. Qu'ils nous apprennent à célébrer pieusement les fêles, et à chercher ardemment Jésus, quand il s'est retiré de nous.
2° Avec Jésus. Qu'il nous donne le goût des divines Ecritures et le saint détachement des parents, quand il s'agit de la gloire de Dieu.
DEUXIEME EXERCICE
Gouvernement et correction.
Dans votre classe, vous êtes reine et juge, vous gouvernez et vous corrigez, vous devez donc connaître les conditions d'un bon gouvernement et d'une bonne correction.