‹ La religieuse en retraiteChapitre 38 sur 45 · RETRAITE DLT MOIS RE MAI · texte numérisé non relu

RETRAITE DLT MOIS RE MAI

PREMIER EXERCICE

Dévotion au Saint Esprit.

Premier prélude. « Le dernier jour de la fête des « Tabernacles, qui était très solennel, Jésus, se te- « nant debout dans le temple, disait à haute voix : Si « quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive. « Il sortira, selon la parole de l'Ecriture, des fleuves « d'eau vive du cœur de celui qui croit en moi ; ce « qu'il entendait de l'Esprit que devaient recevoir «ceux qui croiraient en lui. » (Joan., vu.)

Deuxième prélude. Se représenter Jésus entran dans le temple avec une noble et magnanime intrépidité : Il se tient debout, il élève la voix, il parle avec autorité; ses ennemis frémissent, et le peuple l'écoute en silence.

Troisième prélude. Parlez à mon cœur, ô Jésus, parlez-lui d'une voix forte ; révélez-moi les fruits précieux que je puis retirer de la dévotion de votre divin Esprit pour ma propre sanctification et pour la sanctification de mes élèves.

1° Fruits de la dévotion au Saint-Esprit pour notre propre sanctification. Dans son discours sur la montagne, Jésus avait dit: « Bienheureux ceux qui « ont faim et soif de la justice, parce qu'ils seront <( rassasiés. » Ici il ajoute : « Si quelqu'un a soif qu'il « vienne à moi et qu'il boive. » Et l'évangéliste fait le commentaire : « Ce qu'il entendait de l'Esprit que « devaient recevoir ceux qui croiraient en lui. »

Donc 1° l'une des béatitudes est la soif de la justice, < 'est-à-dire de la perfection ; 2° c'est le Saint-Esprit qui étanche et entrelient cette soif heureuse et délectable ; 3° on puise d'autant plus abondamment à la source qu'on s'unit plus étroitement à Jésus par la foi.

La grâce sanctifiante, l'amour de Dieu, l'union avec Dieu, monàme avec Dieu, Dieu avec mon âme, p* ;st-ce pas là ma noblesse, magrandeur, ma beauté, ma richesse ? Près de ce bien intrinsèque et inhérent à mon être régénéré, éternel de sa nature et incorruptible, tous les autres biens peuvent-ils exciter en moi autre chose que le dédain et le dégoût? Et puisque la soif de cette grâce, de cet amour, de cette union, augmente cette grâce, cet amour, cette union, el les augmente en proportion de son intensité, cette soif n'est-elle pas heureuse, souverainement désirable ? et ioute mon étude ne doit-elle pas être d'étancher toujours cette soif en l'entretenant toujours? et n'est-ce pas déjà une grâce, et la première des grâces, que cette soif et le désir incessamment rallumé de cette soif? En désirant de vous aimer, o mon Dieu, et -Je s'unir à vous, déjà l'on vous aime et l'on s'unit à vous. Heureux désir, qui est la possession du bien qu'on désire !

Or la grâce sanctifiante, la lumière, la consolation, le feu, la charité, l'onction, les sept dons, tout ce qui confère ou alimente la justice, tout ce qui est l'objet de la soif spirituelle, c'est l'Esprit saint qui en possède la plénitude et qui en a la dispensation. Amour substantiel du Père et du Fils, il lui appartient de consommer l'union des âmes avec Dieu. Par sa présence intime et personnelle, il les pénètre de la divinité comme le parfum qui embaume le tissu, dit saint Athanase ; il les recouvre de la divinité

comme d'une céleste dorure, dit saint Cvrille ; il imprime en elles le cachet vivant de la divinité, dit saint Basile; il leur communique que la nature, divine les fait resplendir d'un reflet tout divin, les divinise dans leur être, leurs facultés et leurs opérations, disent les théologiens. Apeinea-t-il touché l'àmepour étaneher sa soif, que la soif de cette âme s'irrite et s'embrase ; il lui faut encore de cette eau vive, de nouvelles lumières, de nouvelles consolations, de nouvelles grâces, et elle crie plus fort que jamais : « Venez, mère des pauvres ; venez, distributeur des « dons ; venez, lumière des cœurs. »

Allons donc, ô mon âme, à Jésus ; allons à celui qui donne le Saint-Esprit, dès qu'on s'approche de lui par la foi. Mais, à mon âme, crois-tu d'une entière foi que Jésus t'a promis le Saint-Esprit, qu'il est mort pour te le mériter, qu'il est monté aux cieux pour te l'envoyer ? S'il en est ainsi, viens, ô mon âme, en toute confiance ; crois, espère et aime. Plus vivement tu croiras, plus fermement tu espéreras, plus ardemment tu aimeras, et plus abondamment tu boiras aux sources du Saint-Esprit. La foi, l'espérance et la charité, tels sont comme les trois tuyaux mystérieux, susceptibles de s'élargir et de se dilater sans cesse, par lesquels on peut puiser et boire à longs traits. Approche donc tes lèvres, colle-les sur les plaies de Jésus, et puise et bois sans mesure.

2° Fruits de la dévotion au Saint-Esprit pour la sanctification des âmes. Le Saint-Esprit et la Religieuse institutrice agissent comme de concert dans une classe ou un pensionnat ; tels, que deux habiles artistes, ils accomplissent le même travail de sanctification, contribuent à la production du même chef-d'œuvre. Que peut le Saint-Esprit sans la Religieuse? et que peut la Religieuse sans le Saint-Es-

prît? Sans doute, c'esl le rôle du Saint-Esprit d'assouplir L'âme •!•'> enfants aux mouvements de La Li-.i' e, de Leur donner L'intelligence des vertus chrétiennes, de Les retirer du péché en les justifiant, de Les diriger par ses bonnes inspirations et ses clartés célestes, de prier en elles, comme s'exprime saint Paul, de pousser en elles des gémissements inénarrables, et de les exciter à appeler Dieu leur Père, .Mais aussi c'est la mission de la Religieuse de disposer l'âme des enfants à ces divines opérations, d'écarter Les obstacles, d'encourager dans les difficultés, de guider les pas chancelants, de tendre la main après tes chutes.

Oh ! combien la Religieuse institutrice doit-elle se tenir unie au Saint-Esprit pour étudier et seconder ses desseins, et sur une classe en général, et sur chaque élève en particulier ! Qui l'avertira de l'impulsion qu'il faut donner à son petit peuple, des vertus qu'il convient de recommander, des vices et des abus qu'il est urgent de combattre ? Qui lui suggérera les moyens à mettre en œuvre, lui inspirera tantôt la fermeté, tantôt la condescendance, toujours la charité ? Oui la soutiendra au milieu des contradictions, la consolera dans ses chagrins, sera son conseil et sa lumière dans ses doutes ? Oui lui donnera ce regard pénétrant et scrutateur dont elle aura souvent besoin pour découvrir une faute, une passion secrète, à la seule inspection du visage, au geste, à l'embarras, à l'altitude ? Qui mettra sur ses lèvres ces paroles toutes célestes et marquées au coin d'une divine sagesse que réclament des enfants placées au bord du précipice ?

Etonnante promesse, sublime oracle de Jésus- Christ ! « Du cœur de celui qui croit en moi il sortira des ileuves d'eau vive, » Cette eau vive dont la

foi ouvre la source et creuse le canal, après avoir rempli le cœur, déborde, s'épanche, non comme une rosée qui tombe goutte à goutte, ni comme une pluie; qui baigne la terre, mais comme un fleuve qui; inonde et submerge, comme une multitude de fleuves dont les flots larges et profonds portent au loin la fertilité et l'abondance. Elle vient du ciel et y retourne, elle remonte de toutes l'impétuosité avec laquelle elle est descendue ; car c'est de celte eau qu'il est dit qu'elle rejaillit jusqu'à la vie éternelle. Mais elle ne remonte pas seule, elle emporte avec elle les âmes qu'elle a vivifiées sur son passage. Des âmes à rafraîchir, des âmes à désaltérer, des âmes à purifier, telle est, après la soif de sa propre sanctification, la soif non moins brûlante que fait naître cette eau dans le cœur de la Religieuse institutrice qui s'y plonge. Partout cette soif la tourmente, et plus elle cherche à l'apaiser par l'exercice du zèle, plus son ardeur redouble.

Colloque : Avec Jésus- Christ. Puisque Isaïe m'y invite par ces paroles : « Vous puiserez les eaux « avec joie aux fontaines du Sauveur » (xn), je m'approche de vos cinq plaies, o Jésus surtout delà plaie de votre côté ; j'y colle mes lèvres, je bois l'Esprit et la vie, je vous dis avec la Samaritaine : Ah ! Seigneur, donnez-moi de cette eau.

2° Avec l'Esprit saint. Vous êtes donc en moi pour m'enchainer à Jésus-Christ, pour me dédier comme votre temple, pour vous faire de mon cœur un trône de miséricorde ! Comme saint Ignace martyr, je puis dire que je m'appelle Porte-Dieu. Ah ! je tends vers vous les bras ; je dilate toutes les puissances de mon âme ; je me prosterne, attendrie et confuse, devant L'hôte admirable que je renferme et que je porte.

DEUXIEME KXERCICE.

Pratiques pieuses envers Marie.

A l'exemple des saints, adoplez quelques pratiques de piété envers Marie ; au besoin, variez-les, et conseillez-en l'usage à vos élèves.

1° Conversez familièrement avec Marie, comme un enfant avec sa mère ; exposez-lui vos ennuis vos craintes, vos espérances, convaincue qu'elle vous écoute avec le plus vif intérêt. Le bienheureux Berchmans et saint, Slanilas Kostka lui écrivaient des lettres qu'ils portaient sur leur cœur au moment de la communion.

2° N'entreprenez rien que sous la protection de Marie et après l'avoir consultée ; si elle fait son affaire de la vôtre, quelles que soient les difficultés, le succès est assuré. Sainte Euphrasie, à l'heure de la mort, vit la sainte Vierge, en lui montrant plusieurs couronnes brillantes, lui disait: « Voilà le prix « de votre travail que vous m'avez tant de fois offert.

3° Faites à Marie hommage de tout ce qui est à votre disposition, cellule, livres, habits, etc., pour n'en user que selon son bon plaisir. Etablissez-la reine dans votre classe et souveraine maîtresse chez vous. Sainte Thérèse portait chaque soir les clefs du monastère aux pieds d'une statue de Marie, la reconnaissant comme la première Supérieure.

4° Dans les tentations, ronouvelez à Marie votre consécration absolue et irrévocable. Quand votre ferveur se ralentit, dites-lui : Voici que celle que vous aimez est malade. Après vos fautes, demandezlui pardon de l'avoir contristée, et croyez que son Filt, ratifiera le pardon qu'elle vous aura accordé.

5° Soyez tout cœur pour le cœur si aimant et si aimable de Marie, dirigeant là vos plus pures affections et vos plus ferventes prières. Je vous donne mon Cœur, ô Marie, donnez moi le vôtre ; faites que mon cœur soit semblable au vôtre. Saint Bernard ajoutait : « O ravisseuse des cœurs, vous m'avez « ravi mon cœur ; quand me le rendrez vous. ? »

6° Après une grâce reçue, offrez à Jésus tous les battements du cœur de Marie pour lui, et à Marie tous les battements du cœur de Jésus pour elle. Quel présent délectable ! Comme votre reconnaissance sera bien acquittée. C'est Jésus lui-même qui enseigna celte pratique à sainte Melchtiide.

7° Puisque le bcnbeur d'une mère est de* vivre dans ses enfants, et que la gloire d'un peintre est de voir tirer quantité de copies de ses chels-d'œuvres efforcez-vous d'entrer dans les sentiments et les dispositions de Marie, d'agir, d.' parler, de prier à son imitation et en union avec elle. Voilà le secret, di saint Bonaventure, de plaire à Marie.

8° S'il y avait quelque part une statue magnifique dont les traits se reproduissisent sur quiconque viendrait poser devant elle pour la contempler et l'admirer, de quelle foule nombreuse ne serait-elle pas entourée ? Cette statue parfaite, vivante, reproductible, c'est Marie ; appliquez-vous à contempler et à admirer ses vertus dans vos oraisons.

9° Associez-vous aux joies, aux douleurs, aux triomphes de Marie, en méditant chaque jour ses mystères dans la récitation du chapelet ; c'est à cela qu'elle réconnaîtra que vous n'êtes avec elle qu'un cœur et qu'une âme. Elle se plaignit un jour à sainte Brigitte que si peu de chrétiens s'occupassent du mystère de sa Compassion.

10° Ah ! si Marie-Madeleine fût entrée chez vous,

faisant la quête pour payer les dettes de la Mère de Dieu, avec quelle joie vous auriez livré tous vos biens ! La dette contractée, c'est celle de la reconnaissance envers l'auguste Trinité. Aidez-lui à l'acquitter reciiant le Matjnificat, assistant au saint sacrifice, faisant la communion à cette intention.

11° Remerciez Marie d'avoir contribué pour une si Large part à votre salut et àcelui du monde. C'est elle qui a donné le eonsenlemeut nécessaire pour l'Incarnation, elle qui a fait croître et grandir par ses soins le Messie, elle qui du plus pur de son sang a formé la chair de la divine Victime.

12' Ayez habituellement sur vous le scapulaire, le chapelet, une médaille, et, dans votre cellule et votre classe, une image ou une statue de Marie. L'amour veille sans cesse, et quand il ne peut voir la personne aimée, il veut au moins coutempler son portrait ou quelque objet qui en rappelle le souvenir.

13° Propagez et encouragez tout ce qui se rattaehe'a son culte: faites chanter ses cantiques, décorez sa chapelle et son autel, visitez ses sanctuaires et conduisez-y vos élèves, érigez des congrégations en son honneur, préparez-vous par des neuvaines à ses fêtes principales, célébrez avec pompe le mois de Marie.

14° Célébrez aussi avec une tendre dévotion la fête de saint Joseph, celles de saint Joachim et de sainte Anne, d'Elisabeth sa cousine, de l'archange Gabriel, du Précurseur, de Marthe et de Madeleine ses compagnes, de Jean son tils adoptil'. Ses parents sont nos parents, ses amis sont nos amis.

15° Priez spécialement pour les défunts et les pécheurs auxquels elle s'intéresse davantage : remettez à sa disposition tout le mérite de vos œuvres.

Elle ne laisse pas d'être la mûre des défunts retenus dans le purgatoire, et sa couronne dans le ciel se compose surtout de pécheurs convertis.

16° Pendant la journée, adressez-lui quelques oraisons jaculatoires : Marie, vous êtes notre douceur et notre vie ! — Vous êtes une fournaise d'amour ! Vous êtes le trésor des dons du Saint-Esprit ! Votre cœur est le paradis des huit béatitudes ! — Vous êtes la vive image de Jésus, le chef-d'œuvre du Créateur.

17° Demandez-lui quelquefois sa bénédiction, en vous agenouillant devant elle, avant une action importante, telle que la confession, la communion, en partant pour un voyage, en rentrant dans la Communauté, L'Ecriture nous dit que la bénédiction des parents consolide la maison des enfants.

18° Saluez-la par une inclination, quand vous rencontrez son image ; et même, à toute heure, le jour et la nuit, vous pouvez lui dire : Je vous salue, Marie. Du haut du ciel, elle ne manquera pas de vous rendre le salut. Un jour que saint Bernard saluait une statue de Marie, il entendit cette voix : « Je te salue, Bernard. »

19° Invoquez et faites invoquer par vos élèves le doux nom de Marie ; gravez-le profondément dans votre esprit, clans votre cœur ; servez-vous en comme d'un irrésistible appât pour retirer les âmes du vice ; mettez-le sur les lèvres des mourants comme un passe-port pour l'éternité bienheureuse.

20° Pour lui prouver votre amour et obtenir par son intercession la grâce d'une bonne mort, examinez quel est le sacrifice qui lui plairait le plus, et ce sacrifice, faites-le généreusement et sans hésiter. Que peut-on refuser à une Mère si aimable, à une Reine si auguste ?

Interrogé sur ce qu'il fallait faire pour s'assurer la faveur de Marie, Berchmans répondit: La plus petite chose, pourvu qu'on la fasse constamment.

TROISIEME EXERCICE

Secours mutuel.

Il est écrit dans l'Ecclésiastique que Dieu nous a confiés les uns aux autres (cap. xvn), et dans l'Epîtreaux Galates, que notre charité doit s'exercer principalement sur les fidèles (cap. vi) ; c'est-à-dire que i les hommes, les chrétiens surtout, sont obligés de s'entr'aider spirituellement et corporellement, selon le besoin et dans la mesure de leurs ressources. Ce secours mutuel étant plus strict en religion que dans le monde, il convient de considérer par qui, à qui et pour quoi il est recommandé.

1° Par qui le secours mutuel est-il recommandé en religion ?

1° Par l'Eglise. Après nous avoir enfantés à la grâce par le baptême, elle ne nous perd plus de vue ; nous sommes à elle, et elle est à nous ; nos intérêts sont les siens. Mais l'Eglise n'est pas un être chimérique, insaisissable, dont on entend parler partout et qu'on ne trouve nulle part. L'Eglise est la société des fidèles qui professent la véritable religion de Jésus-Christ sous l'autorité des pasteurs légitimes. Quelque part que deux fidèles se rencontrent, au foyer domestique, dans les champs, sur un navire, aux extrémités du monde ils communiquent avec l'Eglise, et leur titre de chrétien leur donne droit à un secours spécial. L'Eglise, qui leur a livré son symbole, ses espérances, son esprit, sa vie, leur en-

joint de s'assister, elle les confie et les recommande l'un à l'autre : Au nom de votre commune mère et de votre commun père, aimez-vous, secourez-vous mutuellement, comme deux frères ; c'est à cette marque qu'on vous reconnaîtra pour enfants de l'Eglise.

mutile de dire que cette recommandation s'adresse aux Religieuses comme aux simples fidèles.

2° Par la famille des Religieuses. Tant qu'elles vécurent sous le toit paternel, leur famille dut remplir à leur égard les obligations que Dieu et la nature lui imposaient, obligations telles que, pour suppléer au défaut du père et de la mère, l'Egiise avait l'ait choix d'un parrain et d'une marraine. Ces obligations, pour être moins rigoureuses quand l'enfant atteint l'âge de majorité, sont loin de s'éteindre. Pas plus pour l'état religieux que pour le mariage, les parents ne peuvent se dessaisir de leur fille sans garanties suffisantes. En remettant leurfilleaux mains d'une Congrégation religieuse, ils transmettent à cette Congrégation leur autorité et leur cœur, ils comptent que cette Congrégation les remplacera avantageusement, et si quelque chose les console au moment si douloureux de la séparation, c'est ie secours mutuel que les Religieuses sont toujours disposées à se prêter dans leurs besoins spirituels et corporels.

3° Par la Congrégation. En assumant les obligations de l'Eglise et de la famille qu'elle représente et personnifie, la Congrégation a, déplus, à remplir les obligations que contracte toute société envers ses membres. Par là même que la Professe est admise k voyager avec el;e, à habiter sous son aiic à vivre de sa vie, elle adrou, pour Pâme et le corps, aux bienfaits de sa charité ; pour les obtenir, elle peut invo-

quer son titre de chrétienne, son titre d'enfant, son titre de Religieuse. Sous quelque point de vue qu'elle s'envisage, elle s'attend légitimement à voir arriver le secours ; et tel est le sens qu'elle attache à ces paroles de Jésus-Christ, qu'on lui a tant répétées au noviciat et qu'elle a dû prendre au sérieux : « Qui- « conque quittera sa maison, ou ses frères, ou ses « sœurs, ou son père, ou sa mère, ou sa femme, ou « ses enfants, ou ses terres pour l'amour de moi, « recevra le centuple des maintenant, dans le temps « présent. » (Malth., xix ; Marc, x ; Luc, xvm.)

2 ' A qui le secours mutuel est-il recommandé en religion ?

1° A la Supérieure. Elle n'a reçu l'autorité qu'à titre onéreux ; on l'a jugée plus prudente, plus compatissante, pius dévouée que les autres, et par là même plus propre à remplir le rôle de directrice, d'ange consolateur, de servante. Jésus-Christ n'a-t-il pas dit : « Si quelqu'un veut être le premier, qu'il « se fasse le dernier de tous et le serviteur de tous ? » (Marc, ix.) Le Souverain Pontife, son Vicaire, ne signe-t-il pas : Le serviteur des serviteurs de Dieu? Et peut-on imaginer une servitude plus absolue que celle des parents à l'égard de leurs enfants ? Puisque la Supérieure est le représentant le plus direct, le plus immédiat de l'Eglise, de la famille des Religieuses et de la Congrégation, c'est donc à elle d'abord qu'est recommandé le secours mutuel. Toutes les lumières de son esprit, toutes les affections de son cœur, les forces et les moyens dont elle dispose, appartiennent à la Communauté en général et à chaque membre en particulier.

'2 Aux différentes Officières. Elles ne sont investies d'une portion de l'autorité qu'en faveur de leurs Sœurs. Ce que sont les principaux organes dans le

corps humain par rapport au chef, les Officières îe sont dans la Communauté par rapport à la Supérieure, au nom de laquelle elles agissent ; et de même que ces organes veillent au bien-être du corps et se tiennent prêts à exercer au besoin leur fonction respective, ainsi les Officières, attentives et vigilantes, distribuent le secours avec promptitude et générosité, dans les limites et les attributions de leur emploi, dès qu'on le réclame, sans attendre même qu'on le réclame.

3° A chaque Religieuse. Il faut donner pour être en droit de recevoir; toutes travaillent pour moi, il est juste que je travaille pour toutes. Concevrait-on dans une société quelconque un membre, objet de la sollicitude universelle, qui, se renfermant en luimême, ne voudrait contribuer en aucune façon au bien commun? Saint Paul, dans sa seconde Epître aux Thessaloniciens, ne déclare-t-il pas à ceux qui refusent le labeur qu'ils n'ont pas le droit de manger (Cap. m.) Puis donc que la Religieuse reçoit de toutes ses Sœurs, de la Supérieure, des Officières, de la Communauté entière, c'est à toutes sans exception qu'elle est redevable.

3° Pourquoi le secours muAuel est-il recommandé en religion ?

1° Pour la direction spirituelle. Ce que la Religieuse s'est promis avant tout en quittant le monde, ce que l'Eglise et la Congrégation se sont engagées à lui fournir, ce sont les moyens efficaces d'atteindre à une sainteté éminente : une conduite sûre, les sages conseils, les exemples entraînants, les avis publics et privés, la correction même. Tout ce qu'elle voit, tout ce qu'elle entend, d'une manière éloignée ou prochaine, doit la porter à la perfection : et, dans cet ensemble de leçons et d'encouragements, il ne

faul pas que l'édification lui vienne seulement de sa Supérieure et des différentes Officières, mais encore de chacune de ses Sœurs. Deux Religieuses, dans un emploi, en voyage, à la promenade, ne peuvent oublier qu'elles se doivent mutuellement le secours spirituel; qu'elles se représentent Tune à l'autre l'Eglise, leur famille, la Congrégation ; qu'en certains cas elles pécheraient grièvement, si elles ne donnaient à propos un avertissement salutaire.

2° Pour la consolation dans les peines. C'est là encore un bien que la Religieuse revendique à bon droit. Si elle était restée dans le siècle, un père, une mère, des frères, des sœurs eussent versé le baume sur ses plaies et essuyé ses larmes. Qu'elle se rassure : des cœurs non moins affectueux, des mains non moins bienveillantes l'attendent dans le cloître. Une Communauté entière est là pour adoucir son chagrin en le partageant, relever son courage, aplanir les difficultés, prier pour elle ; et, sur ce point comme sur tous les autres, elle recevra un secours d'autant plus prompt qu'on la verra elle-même plus empressée à le donner dans l'occasion.

3° Pour les soins corporels, en tout ce qui peut se concilier avec les vœux. Qui est plus digne de recevoir ces soins que la Religieuse? Elle est à la fois pauvre, puisqu'elle a tout quitté ; orpheline, puisqu'elle n'a plus ni père ni mère ; enfant adoptive de la Congrégation, puisqu'elle s'est jetée entre ses bras. Aussi, dans tous ses besoins, voit-elle sa Supérieure et ses Sœurs lui venir en aide. Faut-il veiller à son chevet, pousser le dévouement jusqu'à l'héroïsme, sa Supérieure et ses Sœurs ne reculent pas, leur charité ne se dément pas. Ah ! c'est qu'une pensée leur est toujours présente : Nous personnifions auprès de cette Religieuse l'Eglise, sa famille,

la Congrégation ; or. l'Eglise, sa famille, la Congrégation, sont en même temps lètc pour diriger, cœur pour aimer, main pour porter secours ; n'épargnons donc ni conseils, ni consolations, ni services.

Quel motif de bénir Dieu, qui nous fournit si libéralement le secours ; de nous oublier nous-mêmes, puisque tant d'autres pensent à nous ; de nous dévouer pour une Communauté qui ne cesse de se dévouer pour chacun de ses membres !

Page 1