RETRAITE DU MOIS DE JUIN
PREMIER EXERCICE
Jésus récompense la virginité de saint Jean.
Premier prélude. C'est à sa pureté virginale, disent les Pères, que saint Jean dut la triple Faveur de reposer sur la poitrine de Jésus, d'être donné pour fils à Marie, et de porter son vol au sein de la Divinité même.
Deuxième prélude. Se représenter tour à tour la Cène, où Jean occupe la place d'honneur ; le Calvaire, où il reçoit le plus précieux des dépôts ; l'adorable Trinité, où il plonge son regard.
Troisième prélude. Demander la grâce de bien comprendre l'estime qu'a faite Jésus de la virginité, et celle de participer aux prérogatives dont il l'a récompensée dans la personne de saint Jean.
1° Jésus donne à saint Jean son cœur à la Cène, et saint Jean traite dès lors avec Jésus comme l'ami avec son ami.
« L'un des disciples que Jésus aimait étant couché « sur la poitrine de Jésus, Simon-Pierre lui ht signe «c de demander à Jésus qui était celui dont il parce lait, Ce disciple donc, se penchant sur le sein de « Jésus, lui dit : Seigneur, qui est-ce ? Jésus lui ré- 4 pondit: C'est celui à qui je présenterai un mor-
« ceau de pain trempé. » (Joan., xm.) Saint Jean raconte lui-même le trait, et il le raconte avec une simplicité touchante.
Un ami ne sait rien cacher à son ami : ce sont deux âmes fondues en une seule âme. Ni saint Pierre qui se sert de saint Jean pour découvrir un secret de Jésus, ni saint Jean qui s'adresse avec une liberté respectueuse à Jésus, ni Jésus qui répond confidentiellement à saint Jean, n'ignorent cette loi inviolable de l'amitié. Et où trouver un gage d'amitié comparable à celui que reçoit ici saint Jean ? Non content de l'admettre sur le même lit autour de la table où il mange au même plat, où il boit à la même coupe, Jésus veut encore qu'il se penche et se repose sur sa poitrine, qu'il se réchauffe aux ardeurs de son cœur, qu'il en sente toutes les palpitations brûlantes, tous les battements impétueux, qu'il y puise l'amour, comme à sa source. Aussi n'est-ce plus que par ce!: amour que ean se nomme et se désigne; c'est le seul titre qu'il se donne et dont il fasse cas. Le disciple que Jésus aimait : telle sera désormais sa signature.
0 virginité, voilà ton ouvrage ! « Jésus aimait € Jean, dit l'Evangile, parce qu'une prérogative spé- « ciale de chasteté l'avait rendu digne d'un plus « grand amour. » (Offîc.) Les âmes pures ont un merveilleux instinct pour se reconnaître et un irrésistible penchant à s'aimer. Rien ne les sépare, et tout les rapproche. C'est le même dégoût des choses charnelles, la même aspiration vers les délices spirituelles, le même tempérament, la même constitution, si l'on peut s'exprimer ainsi, la même vie. Telle la colombe cherche l'innocente colombe. Telle la. flamme s'unit à la flamme et monte avec elle dans les aii's. Jésus trouve la virginité, quelque part
qu'elle soit ; et, à son tour, ta virginité ne peut manquer de trouver Jésus.
2° Jésus donne à saint Jean Marie sur le Calvaire, et saint Jean est désormais avec Marie comme l'enfant avec sa mère.
c Jésus voyant donc sa Mère, et auprès d'elle le a disciple qu'il aimait, dit a sa Mère : Femme, voilà «voire lils. Puis il dit au disciple : Voilà votre « mère. Et depuis cette keure-là ce disciple la prit « chez lui. » (Joan., xix.) C'est encore saint Jean qui écrit ces choses, et qui les écrit sous la dictée de l'Esprit saint.
Marie et saint Jean assistent ensemble à la mort de Jésus, peur y recevoir, avec la tendresse du dernier adieu, les présents qu'il a à leur faire. Ma»6 que leur donnera-t-il, nu, dépouillé commme il est? L'un et l'autre sont là pour lui dire : Nous sommes à vous. Voilà tout le bien qui lui reste, et dont i! peut disposer par son testament. 0 amour ingénieux de Jésus ! 11 faut leur donner, donnons-les l'un à l'autre. Jean, je vous donne Marie, et je vous donne en même temps à Marie : Marie est à saint Jean, saint Jean à Marie. Vous devez vous rendre heureux l'un l'autre par une mutuelle possession. Et lui qui tourne les cœurs ainsi qu'il lui plaît, et dont la parole est toute puissante, opère en eux tout ce qu'il leur dit. et fait Marie mère de Jean, et Jean fils de Marie.
C'est ici un second prix de la virginité : Sur le « point de mourir, dit encore l'Eglise dans l'office t de saint Jean, Jésus recommanda sa Mère vierge à « ce disciple vierge, parce que, vierge au moment « de son élection, il demeura toujours vierge. » Tout ce que l'amour de Jésus avait de tendre et de respectueux pour sa sainte Mère devait vivre à l'avenir dans l'héritier de cet amour ; or un cœur vierge
était seul capable de ces respects et de ces tendresses. De plus, cet amour de Jésus pour sa Mère l'obligeait à lui laisser en se retirant, son portrait si vif et si naturel, qu'il put charmer et presque tourner en douleur ; mais quel autre qu'un disciple vierge eût offert à Marie cette image vive et parfaite de Jésus ? C'est la virginité qui fait succéder saint Jean à Jésus, l'honore de sa ressemblance, et lui fait tomber en partage une mère vierge.
3e Jésus donne à saint Jean son regard profond, son regard d'aigle dans son Evangile, et aussitôt saint Jean parle de la Divinité comme le Fils parlait du Père.
« Au commencement était le Verbe, et le Verbe ce était en Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au <( commencement en Dieu. » (J., i.)
Les saints Pères, voyant saint Jean s'élever à une telle hauteur, ne se bornent plus à l'appeler le Benjamin du Christ, l'enfant adoptifdela Mère de Dieu, le disciple vierge et Immaculé, les délices des fidèles; ils l'appellent l'aigle des évangélistes, le chérubin et le séraphin de Dieu, l'abîme de la sagesse, le prince des théologiens et des prophètes, le soleil de l'Eglise, le foyer de la charité, la foudre du ciel, le tonnerre qui retentit dans l'univers, Y alpha et Y oméga, le secrétaire du Verbe éternel, le trésorier de tous ses dons et de toutes ses richesses. « Les autres évangé- « listes, dit saint Augustin, marchent sur terre avec <( l'Homme-Dieu ; mais lui. dédaignant la terre, s'é- « lève, dès l'exorde de son discours, au dessus de la « terre, et des nues, et des cieux, et de la milice des <( anges, et de toutes les puissances invisibles créées, « pour parvenir à Celui par qui tout a été fait, débu- « tant ainsi : « Au commencement était le Verbe. » [In Joan., xxxvi.)
N'est-ce pas encore là la gloire, ô virginité? C'est toi qui as donné dos ailes à saint Jean pour prendre son essor, toi qui as épuré son regard, toi qui l'as associé aux plus sublimes séraphins, toi qui lui as permis de plonger au sein de la Divinité. « Il parle « de la Divinité, dit encore saint Augustin, comme <( nul autre n'en a parlé. Au reste, il ne fait qu'é- « pancher ce qu'il avait puisé à la source ; car ce « n'est pas en vain qu'on raconte qu'il avait reposé « sur la poitrine du Seigneur. » (Ibid.) Et qui pourrait dire l'abondance de lumière et de grâce que Marie attirait sur lui tous les jours, comme elle échauffait son cœur par la communication des ardeurs du sien, l'impression que faisaient sur son âme ce regard modeste, cette conversation plus qu'angélique ?
Colloqufs : 1° Avec Jésus. « Voici que je viens à « vous que j'ai aimé, que j'ai cherché, que j'ai tou- « jours désiré. » (Offre. S. Agnetis.) « O vous qui « marchez au milieu des lis, qui êtes environné d'une « couronne de vierges, qui êtes l'Epoux glorieux et « beau entre tous, et qui êtes vous-même la récom- « pense de vos épouses ! » (Offic. Vlrg.) O Roi des « vierges, amateur de la chasteté, éteignez dans ma « chair les ardeurs de la concupiscence par la rosée « de vos célestes bénédictions, atin que mon corps « et mon âme gardent toujours l'intégrité et la pu- « reté. » (Orat. S. Ambras.)
2° Avec Marie. Ob!enez-moi la pureté, afin que, moi aussi, je puisse me dire et m'appeler L'amie de Jésus et V enfant de Marie.
3° Avec saint Jean. Puisque la virginité vous a mérité le cœur, la Mère et les lumières de Jésus, obtenez-moi la pureté, et avec elle l'amitié de Jésus, la protection maternelle de Marie, et une plus claire vue de Dieu dans le temps et dans l'éternité.
DEUXIEME EXERCICE
Imitation du Cœur humilié de Jésus.
(Maximes de la B. M. -M. Alacoque
Voulez-vous savoir qui entrera plus avant dans cette sacrée demeure du Cœur de Jésus? Ce sera l'àme la plus humble et la plus méprisée. La plus dénuée de tout sera celle qui Le possédera davantage. La plus mortifiée sera la plus tendrement caressée. La plus charitable en sera la plus aimée. La plus silencieuse en sera la mieux enseignée. Enfin la plus obéissante sera celle qui y aura le plus de crédit et de pouvoir.
Il n'y a que le cœur humble qui soit capable d'entrer dans le Cœur de Jésus, de l'aimer et d'en être aimé. Nous n'avons qu'une chose à faire, qui est d'aimer Dieu, nous oublier, nous éteindre et nous anéantir, pour vivre pauvres, cachées, anéanties dans le sacré Cœur de Jésus, afin qu'il établisse son règne d'amour sur notre anéantissement.
Vous ne pouvez être associée parfaitement à ce! état de victime de Jésus-Christ qu'autant que vous vous dépouillerez entièrement de tout ce que vous affectionnez naturellement, que vous triompherez de ces vaines inclinations d'aimer, d'être aimée, estimée et applaudie des créatures. L'Ami qui vous reçoit dans son Cœur est aussi libéral qu'il est tendre ; il vous dira : « Tout ce qui est à moi est à toi. « mes mériles, mes plaies, mon sang, mes douleurs: « l'amour rend tous ces biens communs entre nous;
« mais la libéralité doit être réciproque, et je veux « aussi te posséder tout entière sans tant de réserve et de partage. «
Le Cœur adorable de Jésus veut que les cœurs qui scint à lui soient détachés de tout et d'eux-mêmes. Si vous voulez posséder Jésus-Christ, soyez dans la disposition de ne rien posséder avec lui et d'être contente de lui seul. Ne vous réservez que le désir de lui plaire et de l'aimer en toute chose.
Souvenez-vous que vous avez un Epoux jaloux, qui veut tout votre cœur, autrement, il n'en veut point du tout. Si vous n'en bannissez la créature, il eu sortira avec son amour; si vous ne la quittez, il vous quittera et vous retirera son Cœur. Point de milieu : il veut tout ou rien. Son Cœur vaut bien le vôtre pour le moins. N'avez-vous pas confusion de lui disputer un bien qui lui appartient ? En vérité, je ne puis comprendre comment il ne s'est pas encore lassé de vos résistances : il faut qu'il ait un grand amour pour vous. Cependant rien ne se fera sans vous. Pensez-y sérieusement, et ne lui refusez plus ce qu'il vous fait connaître vouloir de vous.
Comme Jésus est jaloux de votre cœur et qu'il veut le posséder lui seul, il faut aussi que vous sovez jalouse du sien, en l'aimant plus que personne, sM est possible. Faites tout pour l'amour du divin Cœur de Jésus, et il fera tout pour vous. Quiltezvous vous-même, et vous trouverez Dieu ; oubliezvous vous-même, et il pensera à vous ; abîmez-vous dans votre néant, et vous le posséderez. Un cœur qui ne veul que Dieu le trouve partout, Mais qui fera tout cela ? L'amour que vous trouverez dans le sacré Cœur.
En qualité de servante fidèle de Jésus-Christ,il vous
faut travailler comme lui, s'il était possible, autant que lui, comme si vous pouviez le soulager dans les immenses opérations de son Cœur. Comment réussirez-vous ? Par l'amour. L'amour suppléera à tout et vous dictera ce que vous avez à faire selon les desseins de votre Bien-Aimé. « Aimez, et faites tout ce « que vous voudrez, » dit saint Augustin ; car qui a l'amour a tout et fait tout par l'amour dans l'amour et pour l'amour ; et c'est l'amour qui donne le prix à tout.
Parce que le sacré Cœur vous aime, il vous fournira souvent des occasions de vous crucifier, soit par les créatures, soit par vous-même ; mais, de quelque manière que ce soit, n'y répondez que par votre silence et votre soumission, disant : C'est mon Père céleste qui l'a fait ; cela me suffit. Il veut vous associer à sa rovauté en vous plaçant sur la croit: vous y serez glorieuse avec lui, si vous portez comme lui toutes les croix qui vous seront présentées, sans vous lasser ni vous plaindre de leur pesanteur et de leur durée.
Embrassez amouTe use ment ce qui vous anéantira le plus aux yeux des créatures, comme ce qu'il y a de plus propre et de plus nécessaire à votre perfection. Là croix est bonne en tout temps et en tout neu, pour nous unir a Jésus-Christ soutirant et mourant. Il importe peu de quel bois elle soit composée, pourvu que ce soit une croix et que l'amour de Celui qui y est mort nous y tienne attachés.
Chérissez et honorez ceux qui vous humilieront ou vous mortifieront ; regardez-les comme vos plus grands bienfaiteurs, bien plus utiles à votre perfection que ceux qui vous flattent. Soyez toujours disposée à tout faire, à tout porter, à tout souffrir, sans vous plaindrejamais, ni croire qu'on vous fasse tort.
Lorsqu'on vous accusera, pensez que Jésus-Christ ne sfest pas excusé ; qu'à son exemple VOUS ne devez pas ie faire, quand même vous ne seriez pas coupable de ce dont on vous accuse. S'il arrive qu'on vous loue, dites en vous-même : Je ne mérite pas ees éloges. Au contraire, lorsqu'on vous méprisera, dites en vous-même : Voilà bien ce qui m'est dû ; si l'on me connaissait, on verrait bien que j'en mérite bien davantage.
Sans vous amuser à regarder les créatures et les causes secondes, regardez toujours Dieu dans tous les événements ; cela vous fera recevoir également de sa main adorable le doux comme l'amer, les consolatious comme le» mortifications, le bénissant en tout. Ne vous suffit-il pas que la croix vous soit présentée par un Ami dont le Cœur tout amoureux vous l'avait destinée de toute éternité, pour faire de vous une victime immolée et sacrifiée à tous ses desseins adorables ? Son Gœur paternel ne permettra jamais à sa divine main de rien exécuter à votre égard que par rapport à sa gloire et à votre sanctification.
Disposez-vous à tout faire et à tout souffrir dans le silence d'un âme parfaitement soumise. La croix est un baume précieux qui perd sa bonne odeur dès qu'il est éventé ; c'est pourquoi il la faut cacher et porter amoureusement en silence autant que nous le pourrons.
Ne souhaitez pas la délivrance de vos peines ; bénissez-en Dieu, puisque la croix est le trône des amis de Jésus crucifié ; oubliez-vous vous-même, et le Gœur de Jésus vous fera voir qu'il n'est pas moins aimable dans les amertumes du Calvaire que dans les jouissances du Thabor. Les plus grandes amertumes ne sont que douceurs dans l'adorable Cœur de Jésus, où tout se change en amour.
Regardez-vous comme un arbre planté dans le jardin du Père céleste : plus l'arbre est battu des vents, plus il enfonce ses racines en terre ; de même enfoncez-vous d'autant plus dans le sacré Cœur de Jésus, que vous serez battue par le vent de la tribulation. Portez-y vos petits chagrins; tenez-vous-y comme dans un fort assuré : tout y sera pacifié. Si vous êtes dans un abîme de misères et de rechutes, allez au Cœur de l'aimable Jésus, il est un abîme de miséricorde. Prenez dans ce Cœur les vertus contraires à vos penchants mauvais ; vous trouverez dans ce Cœur le remède à vos maux, la force dans vos faiblesses et le refuge en tous vos dangers.
Le sacré Cœur de Jésus est le trésor de toutes grâces, et la confiance en est la clef.
TROISIEME EXERCICE
Jésus ami.
Au dire de saint Augustin, la vie serait un fardeau insoutenable à quiconque n'aurait pas un parfait ami. Il faut à l'homme quelqu'un qui le console dans ses chagrins, qui partage ses joies, qui réponde à ses doutes et soit l'objet de ce penchant inné que nous avons tous à l'amour. La plus terrible imprécation des païens était celle-ci : « Qu'il n'aime point « et ne soit point aimé ! »
Aine religieuse, dis quel ami tu désires, les qualités que tu voudrais rencontrer dans un parfait ami.
Je voudrais un ami qui me ravit par ses charmes. Je suis unie à des sens et me laisse prendre par les
son?. D'ailleurs, la branlé du corps indique et suppose quelquefois la beauté de l'âme.
Jésus n'est-ii pus le plus beau des enfants des hommes, el la grâce n'est-elle pas répandue sur ses lèvres ? Les peuples, frappés de ses amabilités, se sentaient comme irrésistiblement entraînés sur ses pas. Un rayon de sa face consomme la félicité des éius ; et si, à travers les voûtes du firmament, il se découvrait à nous, même avec la rapidité de l'éclair, nous ne voudrions plus rien voir, la terre nous deviendrait un ciel, et nous oublierons toutes les rigueurs de l'exil.
Je voudrais un ami noble et puissant. La noblesse porte avec elle des traditions d'honneur et des sentiments élevés. Et puis, il rejaillit presque inévitablement sur l'ami quelque éclat de la gloire de son ami.
0 Jésus, Roi des rois et Seigneur des seigneurs, vous êtes le plus grand, le plus illustre des potentats. Comme Dieu, votre génération est inénarrable. Comme homme, vous comptez parmi vos aïeux tous les rois de Juda et les patriarches depuis le berceau du monde. C'est vous qui avez posé votre empire à travers les siècles et dit de toute éternité : Je règnerai là et jusque là. Vous êtes avant tout, et vous êtes de tout le principe et la fin. Autour de votre trône mille millions d'anges ne cessent de chanter : Ah ! qu'il est grand ! qu'il est puissant ! qu'il est majestueux ! A lui la gloire, à lui l'empire aux siècles des siècles !
Je voudrais un ami qui déposât sa majesté pour se rendre familier avec moi. L'amitié, dit-on, n'existe bien qu'entre égaux : on souiïrirait trop dans le contraste humiliant de l'élévalion de son ami et de sa propre bassesse.
De peur de nous éblouir, Jésus a voilé les rayons de sa gloire ; de peur de nous intimider, il est descendu de son trône inaccessible: témoin la crèche, iémoin Xasareth. 0 admirable invention de son amour ! Pour vivre avec nous et s'adapter à nos usages, il a pris un corps comme le nôtre, uue àme comme la nôtre ; il a eï" la nature divine avec la nature humaine ; le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous, semblable à l'un de nous, conversant avec nous, mangeant et buvant avec nous, ne se distinguant pas de nous.
Je voudrais un ami qui eût expérimenté la douleur; car dès lors je saurai qu'il est le consolateur des affligés, puisqu'il ressentit l'affliction : prompt à soulager la misère, puisqu'il fut misérable.
Jésus n'a-t-il pas été savant en douleurs, couvert d'infirmités, éprouvé par la tentation ? Na-t-il pas connu la faim, la scif, le sommeil la lassitude, les longs ennuis, les cruelles appréhensions, l'ingratitude, les calomnies atroces, la mort même ? Oh ! qu'il aura d'inclination à nous secourir, nous qu'il voit battus des mêmes orages dont il a été assailli autrefois sur la terre ! Qu'il fera bon lui adresser nos soupirs, quand nous avons entendu ses sanglots, verser nos larmes dans son sein, quand nous avons vu couler les siennes ! Il a tout enduré comme homme, il guérira ou consolera tout comme Dieu ; et en portant sa croix, il portait tous ses amis qui devaient y être attachés après lui.
Je voudrais un ami qui fût toujours près de moi, à qui je pusse dire à chaque instant ce que je pense. Que peuvent avoir de caché l'un pour l'autre deux amis ? N'est-ce pas une àme en deux corps différents ?
0 Jésus, vous nous parlez par vos divines lumiè-
res et les touches intimes do votre grâce. Toute vérité surnaturelle est une confidence que vous nous avez faite, un secret que vous avez puisé dans le sein du Père que vous avez eu hâte de communiquera vos amis. Nous n'avons qu'un pas à faire pour arriver jusqu'à votre tabernacle, vous habitez quelquefois sous le môme toit que nous, et jamais vous ne vous plaignez ni de la durée ni de la fréquence de nos visites. Nous avons pleine liberté, le jour et la nuit, de vous offrir nos vœux, d'échanger avec vous nos pensées. Sans qu'il soit nécessaire de remuer nos lèvres, vous voyez jusqu'aux moindres frémissements de notre àme. Il ne vous échappe pas un seul Je crois en vous, un seul J'espère en vous, un seul Je vous aime.
Je voudrais un ami qui supportât mes froideurs; car si mon ami me délaissait à la moindre infidélité, bizarre et inconstant comme je suis,je n'aurais bientôt plus d'ami.
Comme Jésus nous supporte avec une inaltérable patience ! Gomme il excuse et pardonne nos rebuts et nos trahisons ! Chaque péché grave est une rupture de notre part, chaque absolution est une réconciliation de la sienne ; et, au lieu que les réconciliations humaines n'égalent jamais ou presque jamais les amitiés saines et entières, qu'il y reste toujours un fonds d'aigreur ou du moins certains nuages, Jésus nous rend toute son amitié ; il ajoute des faveurs nouvelles, des faveurs plus grandes, jusqu'à piquer de jalousie les justes eux-mêmes. Trois foiscomme saint Pierre, nous avons dit : «Seigneur, « vous savez que je vous aime. » et trois fois il nous a répondu, pour nous réintégrer dans les droits et privilèges de notre vocation d'institutrice: « Paissez
Je voudrais un ami qui eût des parents près desquels je fusse toujours bien venu. Il faut être chez son ami comme chez soi, être traité comme un enfant de la maison.
En ce point encore, Jésus va au devant et au delà «le nos désirs. Il n'a transmis un pouvoir sans bornes à Joseph, son père nourricier, qu'en faveur; de ses amis. 11 nous a tous substitués à lui-même dans le cœur si tendre et si généreux de Marie sa Mère, lorsqu'il lui a dit en lui montrant saint Jean : <s. Voilà votre fils. » Il nous a ordonné d'appeler son Père céleste notre Père. En terminant son discours après la scène, il s'écria: « Mon Père, je veux que «ceux que vous m'avez donnés soient avec moi, « dans le même royaume, et que l'amour que vous « avez eu pour moi, vous l'ayez pour eux. » Et, au moment de sa résurrection, il s'empressa de confier ce message à Marie-Madeleine :« Allez dire à mes « frères : Je monte vers mon Père, vers leur Père, « vers mon Dieu et vers leur Dieu. » Nous sommes ses frères, ses cohéritiers; sa maison est la nôtre, c'est une même famille par adoption et par grâce.
Enfin je voudrais un ami qui me permît de puiser dans ses trésors, qui se donnât lui-même et ne fit plus qu'un avec moi. Entre amis tout est commun, et l'amitié tend toujours à l'union, ou plutôt à l'unité.
Jésus n'a-t-il pas pris miséricordieusement tout ce que nous sommes, nos misères, notre servitude, pour nous donner surabondamment en retour tout ce qu'il a et tout ce qu'il est : son corps, son sang, son àme, sa divinité son Esprit, sa vie, sa grâce, ses mérites, son trône et sa couronne ? A la crèche il s'est fait le compagnon de notre pèlerinage, au cénacle noire aliment, sur la croix notre rançon et
dans le ciel il sera notre récompense. Nous sommes en lui ei il est en nous par l'Eucharistie; nous sommes aussi en lui parla grâce sanctifiante, et sa personne adorable, unie à celle du Père et du Saint- Esprit, est eu nous. De quoi se plaint-il, sinon de nos lenteurs à demander? « Demandez, nous dit-il « et vous recevrez Jusqu'ici vous n'avez rien demandé. »
Ah ! voilà bien le cœur d'un ami, le cœur dont j'avais besoin dans mon exil et que réclamait mon cœur. Puisque vous réunissez, ô Jésus, toutes lès conditions d'un parfait ami, soyez mon ami, je serai le vôtre, à la vie et à la mort. Mettez le comble à vos bienfaits, en me rendant digne d'une si belle amitié ; donnez-moi la générosité et le dévouement ; que, par les élans d'un amour toujours plus vif ; j'aspire sans cesse à m'unir à vous, à m'identifier avec vous, ô Jésus ; et puisque, d'après l'oracle même sorti de votre bouche, sacrifier sa vie pour son ami est la plus haute marque d'amitié, je veux sacrifier a mienne pour vous, ô bon, ô tendre, ô incomparable ami 1