‹ La religieuse en retraiteChapitre 4 sur 45 · METHODES UTILES · texte numérisé non relu

METHODES UTILES

1° Méthode de s'examiner.

Pour faire avec fruit l'examen avant la confession ordinaire ou la revue annuelle ; 1° recueillezvous un instant sous l'œil de Dieu ; 2° demandez la grâce de connaître vos fautes et celle de les bien détester ; 3° faites une courte considération sur L'excellence de chaque exercice pieux, de chaque vœu, de chaque vertu religieuse, et sur l'utilité que vous en pourriez retirer ; 4° dites-vous à vous-même :

Comment me suis-je comportée par rapport à cet exercice, à ce vœu. à celte vertu ? 5° faites l'acte de contrition pour réparer le passé, et récitez l'Oraison dominicale pour attirer des grâces sur l'avenir.

Même marche à suivre sur tous les points, avec cette différence qu'en arrivant aux défauts, vous ferez porter la considération sur leur difformité et leurs suites funestes.

On termine par un colloque où l'àme répand dans le sein de Dieu ses sentiments de componction, de ferme propos, etc.

2° Méthodes de prier.

Elles peuven* se réduire à deux, l'une et l'autre fort utiles à la Religieuse en retraite.

La première consiste à réciter une prière quelconque, en s'arrètant sur chaque parole aussi longtemps qu'elle fournit des lumières et des aifections.

Moment de récollection et oraison préliminaire, comme dans la méthode de s'examiner. Ensuite, assise ou à genoux, et môme en vous promenant, arrêtez-vous sur le premier mot de la prière adoptée, tachant d'approfondir tous les sens, et exprimant par le raisonnement tout le suc qu'il renferme. Faites la même chose successivement sur les autres mots, observant toutefois que si deux ou trois suffisent à éclairer et nourrir abondamment voire esprit et votre cœur, vous ne vous mettrez point en peine de passer outre.

En terminant, on récite couramment toute la prière, et l'on s'entretient dans un colloque affectueux avec la personne à qui elle s'adresse, pour demander une vertu ou une grâce dont on sent plus vivement le besoin.

La seconde consiste à réciter une prière lentement, de façon à pouvoir mettre entre chaque mot l'intervalle d'une respiration, ct, pendant cet intervalle, à considérer le sens du mot prononcé, ou la dignité de la personne à laquelle on parle, ou notre bassesse et la différence qui existe entre elle et nous.

Dans cette seconde méthode de prier, il y a, comme dans la première, le moment de récollection, et l'oraison préparatoire du commencement, et le colloque à la tin. Elle a ce précieux avantage de nous habituer à réciter avec attention et ferveur nos prières ordinaires, où s'introduisent trop souvent les distractions, la précipitation et la routine.

3° Méthode de méditer.

Elle, renferme 1° les préludes. Après vous être recueillie, en vous représentant Notre-Seigneur pré- ;>;, en lui témoignant votre respect par quelque a< Le intérieur ou extérieur d'adoration, en offrant l'usage de vos facultés pour sa plus grande gloire, 1° rappelez-vous sommairement les points de la méditation préparée d'avance ; 2° faites la construction du lieu, afin de fixer l'imagination ; 3e demandez une grâce spéciale, appropriée au sujet, qui vous fasse connaître et vouloir.

2° Le corps de la méditation. Ici s'exercent les trois puissances de Pâme. 1° La mémoire : elle remet la vérité sous Ips yeux avec toutes ses circonstances, cessant d'agir aussitôt et aussi longtemps que l'entendement possède la lumière qu'il cherchait. 2° L'entendement : il réfléchit sur les preuves, les conséquences, de manière à opérer dans la volonté la conviction et la persuasion. Aux uns il faut plus

de raisonnement ; aux autres moins, à quelques-uns pas du lout. 3° La volonlé: c'est ù elle de produire des atïections ; il importe de les prolonger, de les ranimer par de petits élans, afin d'en rendre l'impression plus vive, plus profonde, plus durable. Les meilleures sont celles qui,, naissant d'ellesmêmes du sujet, s'adaptent à nos besoins spirituels.

3° Les colloques. Ce sont des entretiens avec Dieu ïePèro, Jésus-Christ, l'Esprit saint, Marie, Joseph, l'Ange gardien, etc., où l'on s'épanche en toute liberté et en toute confiance, comme un ami, avouant ses fautes, exposant ses doutes, sollicitant des faveurs, offrant ses résolutions, etc. Ce n'est souvent qu'un mot prononcé de cœur ou de bouche, mais un mot enflammé qu'on ne se lasse point do goûter et de savourer. Les colloques étant la partie de l'oraison où l'àme s'échauffe et se détermine, on ne doit jamais les omettre ni craindre d'y donner trop de temps ; et parce qu'ils supposent un interlocuteur, il faut les entremêler de pauses durant lesquelles on écoule Dieu, dont la voix se révèle par les pensées, les désirs, les sentiments qu'il inspire.

En terminant, après avoir pris vos résolutions, examinez si l'oraison a été bien ou mal faite et pourquoi.

4° Méthode de contempler.

Elle a de commun avec la précédente les préludes, les colloques et l'examen ; mais elle en diffère par le corps de l'exercice, qui est plutôt une application de l'imagination sur un mystère sensible qu'une discussion de l'entendement sur une vérité abstraite.

Dans tout mystère, généralement parlant, il y e des pej sonnes qui figurent, des paroles intérieures

ou extérieures prononcées, des actions bonnes ou mauvaises qui s'exécutent. Le corps de la contemplation consiste : 1° à considérer les personnes, 2° à écouter les paroles, 3° à observer les actions, dans le but de s'instruire, de s'édifier.

Inutile d'avertir qu'il n'est pas nécessaire de parcourir en détail et dans le même ordre ces trois points. Si le premier me suffit, je ne passe pas au deuxième ; si une seule personne, une seule parole, une seule action m'occupe saintement, je m'y arrête sans aller plus loin. Inutile d'avertir encore que si mon entendement veut réfléchir sur les causes et les motifs, les effets et les fruits du mystère, quoique ce ne soit point ici précisément son rôle, je n'aurai garde de m'y opposer.

Rien n'est plus avantageux, pour exprimer plus entièrement le suc d'une vérité ou d'un mystère, que de faire une ou plusieurs ibis la répétition de la même méditation ou de la même contemplation. L'àme alors, toute pénétrée de la vérité qu'elle a considérée à loisir, peut donner un plus libre cours aux affections.

Quant à l'attitude du corps, si l'on est seule dans sa cbambre ou ailleurs sans témoins, elle doit être la plus favorable au but qu'on se propose, observant toutefois deux choses: la première, que si, à genoux, debout, assise, prosternée, ou dans toute autre position, on trouve ce qu'on cherche, le recueillement, la componction, etc., il faut s'en tenir là, sans chercher mieux ; la seconde, que, dans les colloques où le cœur s'approche de Dieu et s'entretient avec lui, il convient de ne point oublier le respect que commande, surtout alors, la présence de Dieu».

5° Résolutions»

Cest un ferme propos de faire une chose que Dieu demande de nous ou d'en éviter une autre qu'il nous défend. Il y en a de trois sortes ; de générales, telles que celles de fuir le péché et de pratiquer la vertu ; de particulières, telles que celles de ne plus médire et d'exercer la charité; et de très particulières, préférables aux deux autres, telles que celles de ne jamais murmurer contre sa Supérieure et de rendre dans la journée un bon office à une compagne déterminée.

Pour se souvenir de ses résolutions, on peut emplover les moyens suivants : i° en prendre peu, une ou deux, et n'en changer qu'après s'être suffisamment corrigée d'un défaut ; 2° se prescrire quelque signe de convention, par exemple, un nœud à son mouchoir, un pli à ses habits, une marque à son travail ; 3° prier l'Ange gardien de nous avertir au moment opportun ; 4° se recueillir de temps en temps pour les rappeler en s;i mémoire.

Il est aussi quelques moyens de s'y rendre plus fidèle: 1° ne prendre que les résolutions que nous pourrons et que nous voulons accomplir ; 2° ne pa~ les fonder sur une ferveur passagère, un goût sen* sible, mais sur des raisons mûries devant Dieu et avec le directeur ; 3° s'adresser de sévères roproches et se punir, quand on a fan un trait de lâcheté ; 4° s'appuyer non sur sa bonne volonté, comme saint Pierre, mais sur le secours du Dieu tout puissant.

Alors même qu'on n'exécute que rarement ses résolutions, il ne faut pas laisser d'en prendre ; c'est au moins une protestation, un point d'arrêt, et tôt ou tardJJa grâce et la honte donneront l'énergie nécessaire.

6° Lecture spirituelle.

Quand vous priez, vous parlez à Dieu, et quand vous lisez ou entendez lire un livre pieux, c'est Dieu qui vous parle. Rien de plus propre que la lecture spirituelle à remplir l'âme de joie, à lui adoucir la pratique de la vertu, à l'accoutumer insensiblement aux pures délices de l'esprit, à la dégoûter des plaisirs des sens, à l'affermir dans ses bons desseins. Au dire de saint François de Sales, la lecture spirituelle est l'huile de la lampe de l'oraison ; c'est aussi le trésor où l'àme, à chaque instant du jour, peut puiser une fouie de saintes pensées. Un livre bien choisi vaut un prédicateur ; quelquefois même vous sortirez plus touchée d'une lecture que d'un sermon.

Assistez à la lecture spirituelle : 1° avec uneintenr tion droite.

a Dans nos lectures, dit Y Imitation, nous devons « chercher l'utilité plutôt que la délicatesse du lan- « gage ; nous devons lire aussi volontiers les livres « simples et pieux que les livres profonds et subli- « mes. Ne vous prévenez pas contre l'auteur ; mais, « sans vous inquiéter s'il a peu ou baucoup de « science, que le pur amour de la vérité vous porte à « le lire. Considérez ce qu'on vous dita non quel est « celui qui le dit. » (Lib. I, cap. v.)

2° Avec un vrai désir d'en profiter*

Ne vous laissez point aller à l'assoupissement ni à des pensées de classe. Remplissez-vous le cœur et l'esprit de Le qu'un lit ; n'en laites l'application

qu'à vous-même. Figurez-vous que îe livre qu'on ouvre devant vous est une lettre venue du ciel pour vous faire connaître les volontés de Jésus-Christ ; écoutez le divin Maître comme s'il ne parlait qu'à vous, et que vous soyez seule obligée de lui rendre compte un jour de ses grâces et de ses leçons.

Quand vous ferez une lecture pieuse en particulier, observez deux choses :

La première, de choisir un bon livre. Il ne faut ni se montrer trop difficile pour le choix, ni prendre le premier qui tombe sous la main. Règle générale : on doit préférer ceux qui touchent le cœur à ceux (\m flattent la curiosité de l'esprit. La perfection d'un livre serait d'unir la solidité à l'onction. Dans Jîe doute, priez votre directeur de vous désigner celui qui vous convient le mieux.

La seconde, de lire avec fruit. Pour cela, lisez peu à la fois, lentement et à loisir ; réfléchissez beaucoup, et faites par intervalles des pauses pour écouter ce que vous dit la voix de Dieu au fond du cœur ; et après avoir lu un ouvrage avec ordre du commencement à la fin, surtout s'il est petit et portatif, relisez-le encore pour mieux vous pénétrer de sa substance. Les lectures trop prolongées lassent et fatiguent, les lectures superficielles ne laissent aucune trace, et les lectures mêlées n'aboutissent qu'à mettre de la confusion dans les idées.

Entre tous les livres, la sainte Ecriture commentée est sans contredit celui qui tient le premier rang. Pour nous en donner le goût, saint Jean Chrysos- 16 me a recours à une foule de comparaisons pleines d e vérité et de charme. L'Écriture, dit-il, c'est un jard in émaillé de mille fleurs odoriférantes et immor- 1 elles, où se mêlent des fruits dont la saveur entretient les vertus et les lumières de l'âme. C'est une

mer féconde en perles précieuses, qu'il faut fouiller jusque dans ses entrailles, se souvenant que les moindres parcelles, étant souvent d'un prix infini, doivent être soigneusement examinées et recueillies. C'est un champ où jaillissent à chaque pas des sources d'autant plus abondantes, que l'àme s'ouvre davantage pour en recevoir les ondes salutaires. C'est le courant des eaux dont parle le Psalmiste, proche duquel l'arbre, toujours couvert de feuilles et donnant son fruit en son temps, n'a rien à craindre de l'intempérie des saisons. C'est une nuée bienfaisante qui, laissant tomber la pluie goutte à goutte, pénètre l'àme tout entière et lui communique une merveilleuse fécondité. C'est un faisceau d'aromates qui veulent être broyés pour répandre au loin leur parfum. C'est un banquet divin qui nourrit et exalte l'âme ; un antidote souverain et universel contre le vice de la langue, les défaillances de l'esprit, les chagrins du cœur et les pensées mauvaises. C'est un docteur qui instruit, un feu qui amollit, une armure qui protège, un port où l'on se garantit du naufrage, une inénarrable volupté, un charme qui tient en suspens et endort toutes les passions. Ce saint ajoute: La source de tous nos maux, c'est d'ignorer la sainte Ecriture.

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