‹ La religieuse en retraiteChapitre 5 sur 45 · R: '..LES POUR LA DECOUVRIR · texte numérisé non relu

R: '..LES POUR LA DECOUVRIR

1° Analysez votre tempérament, lequel, au dire îles a>cè'es et des médecins, exerce sur nous une immense influence. Le sanguin est sensuel, v dissipé, caustique et railleur, inconstant et superficiel, enjoué et enclin aux affections humaines. Du reste, il est facile, souple, confiant, agréable, généreux et bon. Le bilieu v est ambitieux et fier, brusque et emporté, jaloux, dissimulé, opiniâtre dans ses idées, prompt à vanter son habileté et à ravaler ce qui t'offusque. Avec cela, il est doué d'une haute conception, d'une activité persévérante, du talent de gouverner les autres et d'une énergie singulière pour se vaincre lui-même. Le nerveux est impressionnable et susceptible à l'excès, inégal, soupçonneux, quinteux, toujours avide d'émotions. On lui reconnaît pourtant un cœur excellent, plein de gratitude,un esprit lucide et très apte aux sciences. Le lymphatique est sans cœur et sans énergie, ami de ses aises, insouciant, crédule, d'un commerce fade et insipide, irrésolu dans le projet, faible dans la poursuite, facile à se rendre au sentiment du

contradicteur et se rebulant au moindre obstacle. Mais il est doux, économe, simple et droit, d'un** prudence cl d'une modération qui le rendent propre aux vertus paisibles et au maniement des affaires communes. Le mélancolique est taciturne et rêveur, profond et entêté, méfiant et vindicaiif, chimérique et exailé, scrupuleux, ingrat et avare, ruîîe et grossier. Toutefois il esl sérieux, ami de la solitude, contemplatif, persévérant, exempt des vices grossiers, sage et discret.

2° Rappelez les exemples que la première éducation mil sons vos yeux et les inclinations naissantes qu'elle développa. L'enfant est essentiellement imitateur; il apprend à vivre comme il apprend à parler, en copiant ceux qui l'entourent; dès le premier âge, il se fait un système d'idées, il se trace sa voie ; et, s'il est vrai que nous suçons le venin avec le lait, il ne l'est pas moins que nous le suçons avec î 'éducation, et que nous retrouvons plus tard en nous la plupart des vices de nos parents et de nos maîtres.

3° Examinez vos pensées les plus ordinaires, celle qui se présente tout naturellement à votre esprit quand il est calme, dès le réveil, à votre coucher, pendant vos excercices spirituels et vos emplois, en songe même. « Là où est votre trésor, dit Jésus-Christ, c là aussi est votre cœur. » (Matth., e. xn.)

4° Remontez à la source de votre plus grande joie et de votre excessive tristesse, à l'occasion de vos dépits et de vos fausses démarches, à l'objet de vos craintes tes plus vives et de vos désirs les plus violents. C'est la passion dominante qui, contrariée ou satisfaite, fait dans votre cœur le trouble ou la paix, le calme ou la tempête ; c'est elle qui vous rend susceptible, imprudente, à charge à vous-même et insupportable aux autres.

5° Revenez sur certaines paroles qui vous échappent à votre insu, certaines maximes dont vous n'apercevez pas toute la portée, certains proverbes jetés au hasard et qui trahissent l'homme tout entier : « La bouche, dit Jésus-Christ, parle de l'a- €. bondance du cœur » (Matth., c. xn), dans ces moments surtout où le cœur s'épanche en toute liberté, à table, au jeu, dans une conversation amicale et prolongée.

6° Rappelez à votre souvenir les avertissements de vos parents et de vos maîtresses, et surtout les observations qui vous ont été laites au noviciat, les bruits et les soupçons qui circulent sur votre compte, les invectives et les paroles piquantes de celles qui vous ont haïe ou jalousée. Consultez celles qui vivent habituellement avec vous, une amie sincère, et, en premier lieu, votre confesseur, ayant soin toutefois d'entendre à demi-mot, de substituer une expression plus forte à une moins forte, beaucoup à un peu, souvent à quelquefois. Qui ne sait de quels ménagements un confesseur est obligé d'user? Crainte de révolter et par là de tout perdre, il doit toucher si légèrement les points délicats, adoucir tellement les couleurs, qu'à peine la pénitente puisse se reconnaître.

7° Recherchez le principe secret qui vous fait agir et parler, vous disant à vous-même : Quel est mon motif déterminant, mon intention intime, le ressort qui me pousse? La passion dominante, par des voies couvertes et imperceptibles, se mêle à tout, décide de tout, préside quelquefois à nos œuvres de zèle et à nos exercices da piété, se fait Pâme et l'arbitre de notre conduite.

8° Comptez et pesez les fautes que vous eommettez chaque jour, chaque semaine, chaque année, assurée

que la passion dominante revendique pour s?s i ru ils propres les plusgrièves et les plus nombreuses. C'est L'arbre dont le terrain de notre cœur favorise le plus le développement et la culture.

9° Surprenez l'Esprit saint parlant à votre cœur à l'oraison, à la messe, à l'examen, devant le Saint- Sacrement. Ce qu'il s'efforce surtout de combattre c'est la passion qui s'oppose le plus à ses desseins, rend inefficaces les grâces et vous fait courir les plus grands risques. Sur quoi portent ses avis et ses reproches intérieurs ?

10° Observez le point où le démon dirige le plus souvent et le plus vivement ses assauts. Dans sa tactique habile, il s'applique d'abord à découvrir le côté par où nous sommes plus accessibles, les habitudes qu'il pourra seconder, le défaut de caractère d< 1)1 il lui sera facile de tirer parti ; et parce que la passion dominante, à considérer la longueur du temps qu'elle nous tyrannise, l'accroissement de ses forces, le peu de succès qu'ont eu nos résistances, est évidemment la plus impérieuse, la plus enracinée, la plus inguérissable, c'est avec celle-là qu'il se met d'intelligence et agit de concert. Puisqu'il nous connaît à fond, profitons de son étude et de ses expériences.

11° Rendez-vous compte des manœuvres de quiconque est intéressé à gagner vos bonnes grâces. Il faut prendre chacun par son faible, dit-on, flatter la vanité de celui-ci, entrer dans les antiphaties et les jalousies de celui-là : les passions humaines veulent être apprivoisées ; on ne réussit que par là. On appelle cela savoir son monde, posséder le secret de s'ouvrir dans les cœurs un chemin facile et de les tourner à son gré. Désirez-vous vous connaître ? Démêlez ce mystère de séduction dans vos élèves,

clans vos compagnes, dans les séculiers. Quelle arme va-t-on prendre dans votre cœur pour vous soumet- Ire ? Quel penchant caresse-ton de préférence par des louanges ou des promesses ? Comment se sert-on de vous contre vous? Nous nous voyons de trop près pour nous bien voir, dit Bossuet, l'œil se confond avec l'objet ; mais les autres, placés à distance, saisissent bientôt le travers qui nous caractérise, et découvrent au dedans de nous ce que nous n'y découvrons pas nous-mêmes.

12° Adressez-vous cette question : Quelle est la passion que j'attaque le plus mollement, que je cherche à défendre avec plus de chaleur, à justifier par plus de prétextes, dès qu'on y veut toucher ? C'est la passion dominante, l'endroit sensible, l'idole, en un mot. On rompt avec quiconque ose la contredire. Tout le reste dont on veut nous dépouiller, dit Fénelon, ne lient pas; ce sont des habits qui ses lèvent du bout du doigt ; mais essayer de nous enlever cette passion ; c'est arracher la peau, c'est nous écorcher tout vifs, c'est nous déchirer jusque dans la moelle des os. La Comunauié a beau parler, les Supérieurs ont beau avertir, tous les docteurs se réuniraient, on n'avoue rien, on ne cède rien : preuve non équivoque qu'on a juré à cette passion une éternelle fidélité, qu'on y tient comme à sa propre vie.

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