C. /. L., VI
(6) Voyez au sujet de ce temple : Jordan, dans Hermès^ VI, p. 314 et suiv. Dans sa révision de la ROm, Myth, de Preller, M. Jordan cite augsi une inscription de Brindisi où il est fait mention d*un prêtre de la déesse Syrienne.
(7) Suétone, Nero, 56.
dans des fêtes très licencieuses, la Vénus de Chypre, une véritable patronne de la prostitution, à laquelle ses adorateurs oiTraient comme à une courtisane une pièce de monnaie en échange d'un phallus (1), représentaient sous d'autres noms la même divinité syro-phénicienne que nous avons retrouvée dans la Déesse syrienne. Elles personnifiaient les forces génératrices, la fécondité, les ivresses de Tamour sensuel, Tépanouissemeni de la vie luxuriante; c'étaient les Alergath et les Astarté de la société romaine.
L'autre face de l'ancienne divinité féminine de la Syrie n'avait pas disparu non plus. La déesse, de nature chaste, à l'aspect farouche, au caractère belliqueux, que les Grecs avaient assimilée à leur Pallas Athéné tandis que la première était devenue leur Vénus, TAnath syrienne ou la Tanith carthaginoise, comptait de nombreux adorateurs dans toutes les parties de l'empire. A Laodicée de Syrie, jusqu'à l'époque d'Adrien, on sacrifiait une jeune fille vierge à Pallas Athéné, nous dit un auteur du n® siècle cité par Eusèbe; et lorsqu'Adrien mit un terme aux sacrifices humains, la vierge fut remplacée par une biche (2).
Mais ce fut surtout la déesse de Garthage qui se répandit dans la société romaine sous les noms de Dea, Virgo ou Juno cœlestis qui rappellent encore sa signification primitive. G'était originairement une déesse du ciel nocturne, reine de la lune et des étoiles. A Garthage même et dans les localités africaines avoisinantes, elle semble avoir été adorée à la fois sous le double aspect de la déesse austère et de la déesse lascive (3). Cependant la première acception est celle qui lui convient le mieux : elle est représentée, en effet, assise sur un lion avec les attributs de la foudre dans la main droite et la lance dans la main gauche, auprès d'une roche d'où jaillissent des eaux vives (4). Son culte avait été transporté à Rome par Scipion pendant la troisième guerre punique; les Romains pensaient
, (4) Clément d'Al., ProlrepL, II. li (Ed. Potter, p. 13) ; Arnobe, V, 19 ; Firmicus Maternus, De err, prof, rel,, 10; Laclance, I, i7.
(2) Eusèbe, Praep, cv., IV, 16. 7 et 27 ; IV, 17.
(3) Augustin, De Civ, i)., II, 26.
(4) Eckhel, D. N.. VII, p. 183.
avoir tout intérêt à se concilier une déesse dont les adorateurs avaient mis Rome à deux doigts de sa perte (1). Lorsque, sous l'empire, Carthage reprit un nouvel essor, lorsque des compatriotes d'Annibal revêtirent la pourpre des Césars, TUranie carthaginoise acquit un prestige considérable parmi la société romaine. De nombreuses inscriptions attestent la propagation de son culte (2); on la retrouve en particulier assez souvent figurée sur les médailles des Sévères (3). Les proconsuls romains ont Thabitude de s'adresser à ses prêtresses pour connaître l'avenir (4). Elle inspire des oracles, elle opère des guérisons, elle distribue les pluies fertilisantes (5). Bref, elle compte parmi les divinités les plus considérées de l'empire romain (6); carpelle est h la fois sévère et bienfaisante.
(1) Servius, In Aeneid., Xïï, 84t.
(2) C. I. !.. VI, 77 à 80 (à Rome); VII, 759 (en Angleterre) ; III, 993 en Dacie), etc.
(3) Eckhel, i). iY., VII, p. 183-4; p. 204. Elagabal la choisit comme compagne de son dieu.
(4) Capitolin, Macrin^ 3.
(5) Tertullien. ApoL, 23.
(6) Ulpien, Excerpta ReguL, fr. XXIÏ, 6 (elle figure parmi les divinités qui peuvent être instituées en qualité d'héritiers).