‹ La religion à Rome sous les SévèresChapitre 9 sur 41 · C. I. L, VI · texte numérisé non relu

C. I. L, VI

(3) CL L., VI, 420 et suiv.

gauche (1). Nous avons déjà signalé la popularité de Jupiter Dolichenus parmi les légions. Il est représenté comme un jeune guerrier ou comme un homme barbu, la tête entourée de rayons, debout sur un taureau, tenant à la main une hache à deux tranchants et les emblèmes de la foudre (2). Il possède au moins deux temples à Rome avec de nombreuses inscriptions votives en Thonneur des Sévères, probablement aussi avec une sodalité et une hiérarchie sacerdotale analogues à celles que nous avons déjà rencontrées autour des sanctuaires dlsis ou de la Grande Mère (3). A côté de ces Jupiters orientaux surgit le dieu d*Emèse auquel nous consacrerons une étude spéciale. Il n'y a pas jusqu'aux dieux de Palmyre, Malakbelus (c'est-à-dire le roi ou le seigneur Bel) entre autres, qui ne s'affirment au cœur même de Rome (4). Tous ces dieux ne sont que des personnifications différentes d'une même divinité solaire; ils ne se distinguent que par les noms de leurs sanctuaires les plus renommés. Celui qui a conservé le caractère le plus complètement syrien est Elagabal, qui devait un instant être le dieu officiel de Rome.

Les déesses syriennes conservèrent davantage leur originalité. Ce sont les héritières de l'Atergath des anciennes mythologies syro-phéniciennes. La plus connue est la Dea Syra de Hiérapolis en Syrie. Lucien a consacré un traité entier à la description de son principal sanctuaire; grâce à lui nous pouvons nous représenter ce qu'était le culte d'une de ces divinités syriennes à la fin du n« siècle.

C'est, dit-il, le plus grand, le plus beau et le plus riche des temples de Syrie. Les offrandes y affluent de toutes parts, d'Arabie, de Phénicie, de Babylonie, de Cappadoce, même de Cilicie et d'Assyrie. Aux jours de fête il y a grand concours des populations avoisinantes qui amènent leurs dieux mêmes en pèlerinage (5). Le temple décrit par Lucien est situé sur une colline, au milieu de la ville ; il est entouré d'une double

(1) Macrobe, Sat,, I, 23, 10 et suiv. Cet auteur l'assimile au dieu syrien Adad. Cfr. Eckhel., D. iV., III (les monnaies d* Héliopolis),

(2) Voyez Touvrage déjà cité de F. Hettner, De Jove Dolicheno^ Bonn, 1877.

(3) D après C. LL,, VI, 406 et 407.

(4) C. I. I., VI, 51 et 710; C. J. G., 4480 et 6015.

(5) Lucien, De Dea Syra y 10 et 49.

enceinte. La façade est dirigée vers le Nord. Dans la conr intérieure, Bacchus revenant des Indes a dressé deux colonnes d'une grande élévation — deux phallus ; — un homme y monte deux fois par an pour y demeurer sept jours sans dormir, car s'il dort il risque de tomber. A cette hauteur on croit qu'il est plus à même de s'entretenir avec les dieux et d'appeler leur bénédiction sur la Syrie. Aussi les stylites de la déesse syrienne jouissent-ils, bien avant leurs imitateurs chrétiens, d'une grande considération; on leur apporte des cadeaux aGn qu'ils prient pour les donateurs (I). Le temple proprement dit est du style ionien; il est construit sur une saillie du sol. A l'intérieur règne le plus grand luxe, l'or ruisselle de partout, l'air est saturé de parfums pénétrants qui imprègnent les vêtements des visiteurs. Au centre, sur une élévation spéciale, se dresse le sanctuaire, le lieu saint, réservé aux prêtres de haut rang; c'est là que siègent les dieux, la déesse que Lucien appelle Junon, portée par des lions, et son compagnon assis sur des taureaux (2). On reconnaît aisément ici les deux principales divinités syriennes, les personnifications de la fécondité et de la puissance fécondante. Entre leurs deux statues s'élève une stèle en or au haut de laquelle repose une colombe d'or, symbole de l'amour fécond spécialement consacré à la déesse. La première place à Iliérapolis appartient à la divinité féminine. Elle tient le sceptre d'une main, de l'autre un fuseau; sur la tête entourée de rayons, elle porte une couronne crénelée et elle éblouit ses adorateurs par la profusion d'or et de pierres précieuses dont elle est recouverte. Même la nuit l'une de ces pierres attire les regards par ses reflets éclatants (3). La déesse n'est pas exclusive. DilTérents dieux sont honorés dans son temple. Lucien en cite plusieurs qu'il aiïuble naturellement de noms grecs ou latins, par exemple Atlas, Mercure, Eilithuïa. En véritable reine, elle a sa cour composée d'un millier de statues représentant des rois ou des prêtres. Il y a un trône du soleil sans statue, parce qu'il ne convient pas de représenter le soleil ni la lune qui se montrent quoti-

(1) 28 et 29.

(2) 30 et 31. Cfr. C. l L., VI, 116 et 117.

diennement aux hommes dans leur réalité vivante. Toutefois, dans une autre partie du temple se trouve une statue d'Apollon, un Apollon barbu et vêtu qui émet des oracles célèbres. Les prêtres le portent sur leurs épaules et, d'après la direction qu'il leur fait prendre, on peut connaître sa réponse aux questions qui lui sont adressées (1). Autour du temple, dans les bois sacrés, vivent en liberté les animaux voués à la déesse, des bœufs, des chevaux, des oiseaux, spécialement des colombes, des ours et même des lions domptés. Le nombre des prêtres attachés à son service est très considérable. Lucien en a vu plus de trois cents réunis pour le sacrifice. Ils sont vêtus de blanc, avec un turban de même couleur sur la tête. Seul, le grand-prêtre, qui change chaque année, a la pourpre et la tiare d'or. Ils ont des fonctions distinctes; les uns sont préposés aux sacrifices répétés deux fois par jour, les autres sont chargés de répandre les parfums, tandis qu'une foule de serviteurs en sous-ordre, joueurs de flûte ou de chalumeau, eunuques et femmes, contribuent de leur côté à Téclat des cérémonies (2).

Outre les sacrifices quotidiens ils célèbrent des fêtes particulièrement solennelles : les descentes vers le lac au milieu duquel s'élève un autel qu'il faut gagner à la nage; les descentes à la mer d'où l'on revient au temple avec des vases scellés renfermant de l'eau de mer qui doit être répandue dans le temple; là, elle s'écoule dans le trou par lequel s'écoulèrent les eaux du déluge (3). Les dieux font naturellement partie des processions organisées dans ces différentes occasions. Enfin, les plus grandes fêtes, comme dans tous les cultes analogues, sont celles du printemps. On y brûle en présence des dieux de grands arbres, aux branches desquels on a attaché des chèvres, des moulons, des vêtements, des objets d'or et d'argent, à peu près comme de nos jours aux arbres de Noël. C'est alors aussi que les Galles se couvrent de blessures et de coups de fouet au son étourdissant des tambourins, des flûtes et des cantiques sacrés. Quand l'exaltation atteint son

paroxysme, les jeunes gens saisissent, pour se mutiler, des glaives spécialement destinés à un pareil usage, ils parcourent la ville en tenant à la main ce qu'ils se sont coupé, jusqu'à ce qu'ils le jettent dans une maison quelconque dont les habitants seront, par le fait même, obligés de leur fournir des vêtements et des ornements féminins (1). Dès lors ils sont devenus Galles, et ils seront "recherchés par les femmes qui considéreront le fait de s'unir à eux comme une œuvre pie (2).

Les pèlerins venant faire leurs dévotions à Hiérapolis se rasent la tète et les sourcils; ils font des libations, présentent la victime — une brebis le plus souvent — à Tautel, mais ils la ramènent vivante, pour la dépecer au domicile des habitants qui les hébergent, ou bien ils la précipitent enguirlandée du haut du péristyle. Au dire de Lucien il y en a qui immolent ainsi leurs propres enfants après les avoir enfermés dans un sac. A la même occasion ils se font des incisions aux mains et au cou, et c'est même là ce qui explique la fréquence des stigmates chez les Syriens (3).

Comme Isis, comme la Grande Mère ou Bellone, la Déesse syrienne a son clergé ambulant que nous avons dépeint d'après Apulée dans les pages précédentes. Son culte peut, à bon droit, être considéré comme l'un des types les mieux caractérisés des cultes orientaux pratiqués par la société romaine au début du m" siècle. Nous avons déjà relevé jusque dans la Grande-Bretagne des inscriptions où elle est nommée (4). On en a trouvé également à Rome (S), où elle possédait un temple (6). Déjà Néron Tavait honorée de ses hommages (7), et plus tard Tavènement des princes syriens lui attira sans doute de nombreux adorateurs.

La Mojtima d'Antioche, honorée à Ostie et en divers ports

(4) C. /. I., VII, 759;cfr. 272.

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