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nellement, que l'auteur s'en sert au contraire pour illustrer l'histoire des mesures législatives consacrées par l'empereur à la répression de l'adultëre.
Spartien nous paratt avoir reproduit des bruits qui coururent dès le début du règne de Caracalla sur le compte de la reine-mère ; car Hérodien nous raconte que déjà pendant le séjour du prince à Alexandrie les habitants malicieux et bavards de cette ville donnaient à Julie le surnom de Jocaste, plaisanterie qui leur coûta cher (i). Les scènes dramatiques qui se déroulèrent au palais impérial après la mort de Sévère, la réconciliation quelque peu scandaleuse de Julie avec Caracalla après que celui-ci eut assassiné Geta, suffisent à expliquer l'origine des racontars relatifs à un prétendu inceste entre la mère et le fils, d'autant plus que les calomnies antérieures de Plautien avaient créé dans le public friand de pareils scandales des présomptions fâcheuses pour l'héroïne du drame. Spartien d'ailleurs s'embrouille lorsqu'il parle des relations de Caracalla et de Julie. A ses yeux Julie n'est que la seconde mère du prince ; Caracalla, pour lui, est fils de Sévère, mais d'un premier lit (2) ; en s'unissant à Julie il aurait donc eu dos
(1) Hérodien, IV, 9; Cfr. Suidas, s. v, Antoninus.
(2) Carac.j 10. — Quelques auteurs ont commis la même confusion que Sparlien, d'autant plus facilement qu'elle offre au premier abord une certaine vraisemblance. Toutefois dans les biographies que nous a laissées cet auteur il y a des contradictions. Il raconte qu'après la mort de Marcia, Septime Sévère épousa Julie qui le rendit père tout de suite (Seo., 3), et au chapitre suivant il mentionne la naissance d*un second fîls. Selon toute vraisemblance il s*agit ici de Caracalla et de Geta, tous deux fils de Julie. Au contraire, il cite plus loin (ch. 20) un fragment de l'historien JEVms Morus, d'après lequel Caracalla serait le fîls d'un premier lit, tandis que Geta serait né de Julie, et au ch. 10 de la vie de Caracalla il appelle celle-ci la belle-mère ou marâtre de Caracalla {noverca). Dans la biographie de Geta il présente ce prince non seulement comme le fîls préféré de Julie, mais comme son seul véritable fîls, à Texclusion de Caracalla (surtout aux ch. 1 et 5). Il assigne, d*autre part, quarante-trois années de vie à Caracalla (ch. 9). Or> comme ce prince est mort en 2)7, il serait, d*après ce témoignage, né en 174, et par conséquent il ne pourrait pas être fîls de Julie qui n'épousa certainement pas Sévère avant Tan 179 (commandement de Sévère en Syrie). Dion, témoin contemporain delà mère et du fîls. et bien placé pour savoir la vérité, n'assigne que vingt-neuf années de vie à Caracalla (LXXVI II, 6), et dit de lui en tout autant de termes : « il était plein d'ardeur et de frivolité en toute chose; en outre il avait la fourberie de sa mère et des Syriens parmi lesquels elle était née » (LXXVII, 10). Et Philostrate, le sophiste familierde Julia
rapports, non pas avec sa propre mère, mais avec la veove de son père. Le crime, dans ces conditions, devient, sinon moins odieux, du moins plus compréhensible.
La vertu d'une princesse qui a vécu au m* siècle et sur laquelle nous n'avons que des renseignements insuffisants, est un sujet d'appréciation fort délicat. Il importe néanmoins de l'examiner pour juger Tesprit religieux dont son entourage et elle-même étaient animés. Les uns en font une véritable Messaline(l); les autres en appellent à l'élévation habituelle de ses pensées pour la disculper des odieuses accusations dont elle fut la victime (2). Nous croyons avoir démontré que, selon toute vraisemblance, ces derniers se rapprochent davantage de la vérité. Julia Domna était avant tout ambitieuse ; elle était avide de pouvoir et d'honneurs ; pour satisfaire son ambition elle était capable de tendre la main à l'assassin de son fils préféré, non pas de commettre des infamies qui l'eussent à tout jamais discréditée auprès de ceux qu'elle désirait dominer.
Jamais encore une femme n'avait affiché d'aussi hautes prétentions. Non contente d'être parvenue au plus haut rang, elle aspirait au pouvoir suprême ; elle voulait gouverner, être vraiment reine, par l'esprit dans son salon, par la fermeté de son intelligence et la hardiesse de ses projets dans la politique. Comme Caracalla elle reçoit les hommages des principaux citoyens ; dans les lettres au Sénat son nom figure à côté de ceux de l'empereur et de l'armée ; dès qu'elle le peut elle s'empare des registres impériaux et fait main basse sur la
Domna, parlant de l'empereur, dit : « C'était Antonin, le 61s de Julia la philosophe >»(Vies des Soph.^ II, 30, vie de Philiscus). De pareils témoignages nous semblent décisifs. Ils sont confirmés par Oppien(De Venat.t I, 4), autre contemporain, et par les nombreuses inscriptions où Julie porte le nom de Mater Augg., tandis que le témoignage de Spartien n'est corroboré que par des auteurs de date postérieure, tels que Orose, Eutrope, Aurelius Victor. On ne s'explique pas davantage, dans toute autre hypothèse, pourquoi Caracalla aurait et»? gratifié du nom de B^issianus (Spartien, Car,, 1 ; 10, etc.), C'éiaitlà, en effet, le nom du père de Julia Domna (Eckhel, Vil, p. 244). — Voyez encore à ce sujet le même Eckhel, VII, p. 1^, l'excellente note de Bayle, Dict. hist. et erit,, II, 1, p. 201, et Tillemont, Hist. des Emp., III, note 6 sur Septime Sévère.
(1) Par exemple, M. de Ceuleneer, Ouvr. cité. p. 134.
(2) V. Duruy, Hist, des Rom,, Vï, p. 92.
correspondance (1). Elle réclame les mêmes titres et les mêmes honneurs que l'empereur, et d'abondantes inscriptions attestent qu'elle savait se faire obéir. Elle s'appelle Julia Pia, Félix y Augusta, Mater Augg,j Mater Senatus, Mater Patriœ^ Mater Castrorum ; les revers de ses médailles portent ordinairement les types de la Concorde, de TAbondance, de la Chasteté, ou bien de Cérès, Junon, Vénus, Vesta; il y en a même où Ton célèbre la Liberalitas de Timpératrice. Ailleurs la Mère des Augustes est représentée sous forme de Cybèle* la Mère des dieux, ou bien elle porte le croissant lunaire comme une véritable déesse (2). Elle a des temples à Aphrodisias en Carie et à Emèse, en attendant d'être déifiée à Rome ; à Lampsaque aussi elle est traitée de « Nouvelle Demeter », tandis qu'à Lacine elle est la « Nouvelle Hera Romaine (3) ». On lui élève des statues un peu partout (4).
La grandeur de son ambition se révèle jusque dans sa mort. Au moment où son fils Caracalla fut assassiné près de Carrhae, elle était à Antioche» veillant à la gestion des affaires, tandis que l'empereur guerroyait (5). C'est là qu'elle apprit la funeste nouvelle. Sans doute, nous raconte Dion dans un fragment malheureusement mutilé (6), elle n'aimait pas son fils ; mais elle éprouva une si grande douleur d'être de nouveau réduite à la condition privée, qu'elle résolut de se laisser mourir de faim. Cependant, lorsqu'elle apprit que le nouvel empereur, Macrin, consentait à lui laisser sa garde royale, elle ne tarda pas à reprendre courage. Forte de l'affection que les troupes avaient pour Caracalla, elle intrigua auprès des soldats afin de se faire décerner le pouvoir suprême, et leur
(L) Dion, LXXVII, 18.
(2) Eckhel, D. iV., VII, p. 195 à 197 et p. 220 ; C. L L., II, 259, 2661 ; III, 138; VI, 354, 461, 1035, 1039,1040, 1047 à 1049, 1063, 1071 ; VIII, 1856, 4322 et 4323, 5699, 9032 et 9033. — Voyez aussi la médaille qui représente Julia Domna montant au ciel, assise sur un paon (Millin, Galerie mythologique, pi. CLXXIX, n» 683.
(3) De Ceuleneer, Ouvr. cité, p. 158. Cfr. C. I. G., 2815, 3642, 3956 6.
(4) CL X., II, 810; III, 1376; VI, 1047, 1049, 1872; C. /. Q., 1216 [Argolide), 3771 (Nicomédie), 4343 (Pamphylie). —Voyez aussi de Ceuleneer, p. 173, 177 et 186.
(5) Dion, LXXVIII, 4 ; Hérodien, IV, 13.
f6) Dion, LXXVIII, 23.
rappela à cet oiïet les glorieux souvenirs d'une Sémiramis el d'une Nitocris (i). Voilà quelles étaient les pensées de celte hardie princesse, au moment même où son pouvoir s'écroulait, alors que sa santé était minée par un cancer au sein. Macrin ne lui laissa pas le temps de mener ses intrigues à bonne fin. Elle comprit que la partie élait perdue, et, plutôt que de survivre à sa déchéance, elle reprit son premier projet, elle se laissa mourir de faim. Mais jusque dans la mort la grande ambitieuse conserva le rang suprême auquel elle tenait si fort. GrAce à la sollicitude de sa sœur, Mœsa, ses cendres furent déposées dans Tenceinte consacrée aux Antonins, tandis qu'elle allait rejoindre dans le Panthéon impérial ceux qui, avant elle, avaient été les maîtres du monde (2).
La souveraineté de Julia Domna, contestée sur le terrain politique, ne s'exerça complètement que dans le domaine des lettres. Évincée par Plaulien dans les conseils de Septime Sévère, obligée de lutter de ruse avec Caracalla pour faire prévaloir ses volontés, elle ne fut vraiment reine que dans son salon où les littérateurs, les philosophes, les savants, les artistes se groupaient volontiers autour de son sceptre. On prétend qu'elle s'adonna aux lettres par dépit, lorsqu'elle vil que Plaulien l'emportait sur elle en influence auprès de l'empereur (3). Colle explication est fort plausible ; Julia ne serait pas la seule qui aurait cherché dans la philosophie ou l'étude liltéraire la consolation des échecs politiques. Mais il y eut dans sa détermination plus qu'un simple caprice. Elle avait le goût des lettres, une intelligence cultivée, l'esprit délié; elle aimait le commerce des gens les plus distingués, en sorte que même plus tard, lorsque la farouche insouciance de Caracalla lui laissa un pouvoir politique assez étendu, elle continua néanmoins ses réceptions littéraires (4).
Ce fut un véritable salon que l'impératrice organisa, dans
(1) Le succès de la tentative analogue entreprise un peu plus tard par Julia Mœsa montre que Domna aurait parfaitement pu réussir. (2; Dion, LXXVIII, 24.