‹ La religion à Rome sous les SévèresChapitre 5 sur 41 · C. /• L., III, 1351, 3650 ; VI · texte numérisé non relu

C. /• L., III, 1351, 3650 ; VI

(3) Voyez, p. ex., Lactance, înst. div.,, 1, 20.

(4) Cette indétermination se manifeste surtout dans les inscriptions dédiées à une qualité d'une personne spéciale, p. ex. à la Sapientia ou à

La croyance aux Démons et le culte des Génies n'étaient cependant pas l'apanage exclusif de la foule superstitieuse. Jamais la philosophie ne s* en était autant préoccupée. Elle aussi affirmait l'existence d'un monde d'esprits intermédiaires entre la divinité suprême et les hommes. La théorie des Démons est le centre de toute sa théologie, et les philosophes ne sont pas les derniers à prêcher le culte de ces dieux entre ciel et terre. Maxime de Tyr, l'un des continuateurs de Plutarque, esprit profondément religieux et bien qualifié pour témoigner des tendances qui prévalent parmi les hommes cultivés, les considère comme des dieux secondaires, serviteurs des dieux supérieurs et surveillants des hommes, semblables aux inte^ prêtes qui servent de truchement entre les Grecs et les barbares. Ds apparaissent aux hommes et leur procurent ce que ceux-ci demandent aux dieux. Les uns sont médecins, les autres conseillers dans les circonstances embarrassantes; les uns sont les messagers des choses cachées, d'autres collaborateurs de noire travail ou compagnons de route. Il y en a qui sont préposés aux cités ou aux champs; il y en a pour les mers et pour la terre ferme. Souvent des corps humains leur sont assignés comme résidence, par exemple, les corps de Socrale, Platon ou Pythagore. Certains Démons sont terribles, d'autres bienfaisants; les uns sont civils, les autres militaires. Bref, autant il y a de natures d'hommes, autant il y a de Démons (1). Ailleurs le même auteur déclare positivement que les âmes, après s'être détachées du corps au moment de la mort, deviennent des Démons (2).

A la même époque à peu près, le philosophe platonicien Celse compare les Démons aux satrapes des Perses ou aux proconsuls des Romains (3), et reproche aux chrétiens de ne pas consentir à les adorer. N'est-ce pas honorer Dieu lui-même que de rendre un culte à ses agents (4)? De même TertuUien

la Providentia Principis, Il ne s'agit pas du Génie du prince, ni du Oèniede la qualité abstraite, mais d'une manifestation particulière de cette qualité rattachée à la personne du prince el considérée comme un génie particulier.

(1) Maxime de Tyr (éd. Didot), Dissert., 14 (le démon de Socrate), §8.

(2) Ibid,, 15, 6.

(3) Origène (Ed. Lommatzsch), Contra Celsum, 8, 35.

(4) ]6irf., 7, 68.

affirme que pour les philosophes les Démons sont des dieux de second ordre (1). Apulée, dont nous avons déjà reproduit la doctrine touchant les Démons ou Génies propres à chaque individu, professe des idées analogues à celles de Maxime de Tyr et de Celse sur les fonctions des Démons comme intermédiaires entre les dieux et les hommes. Mais il nous apprend en outre qu'ils réclament des formes diverses de culte suivant leurs goûts particuliers. Les uns veulent être adorés de nuit, les autres de jour; tantôt ils exigent des hommages publics, tantôt une dévotion secrète. Tous les détails de ces cultes sont réglés d'après les usages de chaque localité; lorsqu'on les néglige, les dieux expriment leur mécontentement par des songes ou des oracles (2).

Il y a plus. Ce ne sont pas seulement des philosophes de second ordre, comme Celse ou Maxime de Tyr, ou des rhéteurs, comme Apulée, qui accordent aux Démons une place importante dans leurs spéculations théologiques. A Rome même, vers le milieu du ni* siècle, en présence d'un auditoire d'élite, l'un des plus vigoureux penseurs que l'humanité ait produits, le véritable fondateur de la grande école néoplatonicienne, Plotin, peuple les sphères intermédiaires entre ciel et terre d'une légion de Démons, éternels comme les dieux, participant à la matière comme les hommes, entretenant des relations directes avec les âmes des hommes après leur mort, capables d'entendre et d'exaucer les invocations qui leur sont adressées (3). On sait quels prodigieux développements la doctrine des Démons a pris chez les disciples de Plotin, à commencer par Porphyre et Jamblique. Dans l'histoire de Plotin, par Porphyre, nous lisons que les amis familiers de l'illustre penseur ne doutaient point que son Démon individuel ne fut de nature supérieure. Porphyre raconte gravement qu'un prêtre égyptien, ayant évoqué le Démon de Plotin, vit apparaître, non pas un Démon ordinaire, mais un dieu supérieur (4). Il

(1) ApoL, 46.

(2) Apulée, De Deo Socr,, p. 152.

(3) Erméades, III, 5, 6, éd. Didot, Paris, 1855 (ou p. 296 de l'éd. de Bâle, 1580) ; VI, 7, 6 (ou p. 699 B) ; IV, 4, 43 (ou p. 437-438) et 3, 18, in fine.

(4) Porphyre, De Vila Plot. (éd. Westermann, Didot), p. 108.

oublie malheureasement de nous dire à qooi le Ihaumatm^ reconnut qu'il avait devant lui plus qu'un Démon vulgaire.

Du haut en bas de la société romaine du m* siècle, chez les penseurs les plus éminents comme chez les ignorants les plus superstitieux, la croyance aux Génies et aux Démons règne d'une façon absolue. On leur rend un culte, on les invoque, on les consulte, on les conjure, on leur attribue des oracles, on leur prête toute espèce d'actions mystérieuses^ on justifie par leur inter\'ention les superstitions les plus invraisemblables, on les voit en songe: bref, on vit en perpétuelles relations avec eux. Les chrétiens eux-mêmes reconnaissent la réalité de leur existence et de leur action; mais à leurs yeux ce sont de mauvais Génies, des acolytes de Satan; c*est l'armée du mal qui combat la lumière du christianisme, s*efforce de retarder le triomphe définitif du Christ, et qui mène riiumanité à sa perte {!). Un tableau de la religion romaine au m^ siècle où Ton ne tiendrait pas le plus grand compte de cette croyance universelle aux démons, aurait à peu près la même valeur qu'une description du christianisme au moyen âge, dans laquelle il ne serait pas fait mention des anges, du diable, des démons et des saints.

(1 ) Tertullien, Ap'A., '22, 23, JT, 37 : ad Sot^.y 2 : i>»' prxser. hacr., 40 ; Lactance, />ir. Insf., -. 14; Eusèlx». Pi-xp. fi., IV, 17, 5 et 6; V, \. I.

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