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INTRODUCTION. XXXIX

le même district, vivent côte à côte le sauvage, le barbare et le civilisé, l'anthropoïde et Ykomo sapiens. L'assentiment donné par des centaines de millions d'hommes à certaines formules religieuses n'a supprimé nulle part les données les plus naïves de Tillusien première. Ce n'est qu'un trompe-l'œil. Vainement brahmanisme, bouddhisme, christianisme, islam, même déisme rationnel — qui, d'ailleurs, se poursuivent d'un mépris et d'une haine réciproques, couvrentils de leur nom les débris des paganismes vaincus ! Ils les ont si peu anéantis qu'ils les utilisent en les démarquant. Ils les renient, mais ils en sont nés, ils en sont faits. Toutes les religions, celles qui s'arrogent respectivement ce titre comme celles qui en ont été dépossédées tour à tour, proviennent d'une même substance, diversement dosée, condensée, subtilisée ou raffinée : la conception anthropo-anirnique des êtres et des choses, en un mot la religion.

Le sentiment que la plupart des mortels croient éprouver encore en face de l'Inconnu, de l'Infini, de l'Au delà, de la Justice suprême, et autres mots plus creux que profonds, c'est l'écho affaibli de cette horreur sacrée qui assaillait nos aïeux, proches ou lointams, devant le jungle où veille le tigre, devant la caverne hantée des esprits ou des serpents, devant l'abîme des lacs ou des mers, devant la flamme des Volcans ou le triple dard de la foudre. Les effets de l'appréhension et de l'ignorance antiques se sont prolongés jusqu'à nous sous les voiles plus ou moins

transparents, sous les broderies, les enjolivements de Tart et de la raison. La prière n'a point changé de but; à peine a-t-elle changé de forme. Grands et petits dieux, tous ont joué le même rôle, tenu la même place, reçu la même fonction ; ils sont de la même lignée. Entre eux, rien ne diffère que le milieu dont ils gardent le reflet.

Nous allons essayer déranger dans un ordre métho- 'dique, aussi conforme que possible à la marche de l'esprit chez les divers groupes humains, les objets, quels qu'ils soient, animés et inanimés, concrets et abstraits que l'anthropisme et l'animisme, aidés du langage, ont fait entrer dans le monde surnaturel, et qui ont exercé la crédulité, la folie ou la sagesse des hordes^ des peuples, des poètes et des philosophes. Nous suivrons chacun de ces éléments mythiques dans l'espace et dans le temps, chez toutes les tribus et toutes les nations ; car il n'en est pas un dont le •culte ne se soit perpétué en se transformant; pas un qui n'ait laissé quelque vestige dans les plus ambitieuses théodicées. Vingt trouées parallèles, ou plutôt ^convergentes, à travers les races et les âges, à travers les zones enchevêtrées de l'animisme diffus, condensé, sublimé par la métaphysique, perceront à jour l'immense forêt où l'homime s'est égaré dix mille ans. A chaque pas nous nous arrêterons pour indiquer ou frayer les sentiers, les traverses qui relient les routes principales, les jonctions, les carrefours où les végétations voisines se mêlent et s'amalgament et se

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