MYTHOLOGIE Z00L06IQUE
des chevaux; la seconde avait reçu la semence du taureau primitif, unique^ premier être vivant créé par Aura-Mazdâ. Quand ce taureau succomba sous les coups d*Âhriman, son àroe se réfugia au ciel, et devint, sous le nom de Drvaçpa (aux chevaux vigoureux), une divinité protectrice des troupeaux et des hommes. Mithra, ciel aux yeux sans nombre, lumière incréée, premier Yazata, vainqueur des démons, compagnon d'Ormuzd — comme le Mitra védique était l'inséparable associé de Varouna(Ouranosj— est encore comparé à un taureau. Nous lisons, dans le Yast ou chapitre qui lui est consacré (traduction Hovelacque] : t La vache entraînée par ses ravisseurs l'appelle à son secours : quand donc Mithra nous mènera-t-il aux vastes pâturages, comme un taureau vers Tétable, nous pressant par derrière ? )> Dans une période plus récente, lorsque, sous le nom de culte mithriaque, seT répandit en Occident un mélange de fables persanes et syriennes, Mithra est représenté comme un jeune homme qui frappe un taureau abattu. Il immole à Jupiter-Sabazios le taureau rédempteur dont le sang procure la régénération universelle.
Dans la mythologie gréco-romaine, où sont amalgamées les traditions de TÂsie et de l'Egypte, Zeus se fait taureau pour enlever Europe. Héra-Boôpis a été exhumée par Schliemann des tombeaux de Mycènes sous forme de petites vaches en grossière poterie; lo est génisse; Ârtémis porte le diadème cornu d'Hator. Tous les fleuves ont les cornes d'Apis : la corne d'abondance sous-entend la vache féconde et le taureau bienfaisant. Quant au Minotaure, tué par Thésée comme le taureau par Mithra, c'est peut-être un dieu sémitique, quelque Moloch apporté en Crète par les Phéniciens. Le taureau prend place parmi les constellations. Hermès vole les bœufs d'Apollon. Apollon lui-même garde les bœufs d'Admète. Héraclès, dieu solaire, que M. Michel Bréal a si habilement distingué de l'Herculus champêtre des Utins, ressaisit les vaches qu'il avait amenées d'Ibéric et que Cacus lui avait dérobées. Sous ces fables, très embellies ou très déûgurées, à peu près incompréhensibles dans leurs détails, on
entrefoit des lambeaux Tédiques, on devine nn écho des lattes sans fin qui éclatent entre les dieux de la lumière et les génies des ténèbres. Homère» attribuant à de simples mortels les aventures des dieux, nous montre les compagnons d'Ulysse châtiés pour avoir porté la main et la dent a sur les belles vaches au large front, sur les troupeaux de Hélios-Hypérion, les bœufs du dieu rayonnant, du Soleil qui voit et entend tout ».
Le Tarvos Tricaranus sculpté sur l'autel des Nantes parisiens, et jusqu'au Taureau bleu des contes recueillis par Paul Sébillot permettent d'affirmer que le culte et le symbolisme du bœuf n'étaient point étrangers aux Celtes et aux Gaulois.
Enfin, le christianisme, qui a pris de droite et de gauche les éléments de sa symbolique, a reçu d'Assyrie, par l'intermédiaire delà Bible juive, tout un troupeau de bœufs ailés à face humaine, dont il peuple son paradis, après les avoir toutefois réduits et subtilisés en archanges.
Après le taureau, le bélier. L'Egypte a fait du bélier l'emblème de la force, la figure du grand dieu thébain. Ammon est un sphinx criocéphale, au corps de lion, à la tète de bélier; entre ses cornes rayonne le disque solaire. Les Grecs nous disent que Zeus s'est déguisé en bélier pour fuir en Egypte. Les Argonautes conduits par Jason dérobent à Golchos la toison d'or du bélier Phryxus. Les brebis noires étaient consacrées aux dieux infernaux. Qui ne se rappelle ce passage d'Homère : Ulysse creuse un fossé, il immole les brebis, et les âmes qui se pressent autour de lui boivent le sang qui leur rend une apparence de vie.
Les chrétiens ont élevé des autels à l'agneau pascal des Hébreux ; ils en ont fait l'emblème et le synonyme du plus grand de leurs dieux.
Le bouc, la chèvre et le cerf, pour en finir avec les ruminants, ont aussi tenu quelque place dans la faune sacrée. En Egypte, le bouc fut adoré à Mondes. Associé au soleil, il devint, sous le nom de Mandou-Râ, le dieu de la guerre et de la volupté. Chez les Grecs, les divinités champêtres, d'humeur capricante, furent montées sur des pattes de bouc ; et leur chef, le pasteur d'Ar-
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cadie, Pan, grâce à Thomophonie^ se trouva transformé en dieu suprême, en synonyme du grand Tout.
Hazazel^ ce bouc émissaire que les Hébreux chargeaient de leurs péchés, aurait dft être considéré comme une figure du rédempteur. Les chrétiens rougirent sans doute d'un tel précurseur; ils virent en lui le compagnon et le représentant de Diabolos, un véritable dieu du mal. C'est pourquoi, lorsque les libres penseurs du moyen âge prirent pour patron l'adversaire du dieu catholique, ils en appelèrent au bouc démoniaque et païen ; ils personnifièrent dans le bouc du Sabbat la nature et la science traquées par la théologie.
La chèvre a donné à la monstrueuse Chimère une de ses trois têtes. La biche aux pieds d*airain, blessée et prise par Héraclèsi avait quatre sœurs qui formaient l'attelage d'Ârtémis. Le cerf^ compagnon de cette déesse, a partagé ses autels ; il figure au revers des médailles antiques^ frappées par Ëphèse et autres villes consacrées à Diane. Ces paroles d'un psaume : a Comme le cerf désire la source, ainsi mon âme désire Jahvé, » ont suggéré au symbolisme chrétien Thiéroglyphe du cerf à la fontaine, emblème du baptême. Le moyen âge a fait du cerf l'ennemi du serpent, l'image du Verbe. Le cerf qui^ au septième siècle^ apparut à Hubert, l'évêque chasseur^ avec une auréole et une croix sur le front, ressemble, toute proportion gardée, au bélier Ammon, coiffé du disque et de la croix ansée.
Le rôle du cheval a été aussi brillant dans la mythologie que dans la vie humaine. Quels sentiments inspira sa vue, quel enthousiasme dut exciter sa conquête, on peut l'inférer d'un épisode des guerres de Cortez. Quand les Indiens criblés de balles, terrifiés par la fumée et le fracas de l'artillerie, virent paraître les chevaux espagnols, ils attribuèrent leur défaite à ces êtres inconnus, dieux irrités qui lançaient les éclairs et la foudre mortelle. Une de leurs tribus recueillit un cheval blessé et l'entoura d'honneurs divins. Mille et mille noms d'hommes et de héros perses, grecs, gaulois, etc. : Kereçaçpa, Gustaçpa, I^rvaçpa, Hippocrate, Hippolyte, Hippias, Hipparque, Epona,
Éponine, témoignent assez de Tantique noblesse du cheval. Homère a donné la parole aux chevaux d' Achille.
Du service de l'homme^ le cheval passa naturellement à celui desdieux. Commentnepasleurfaire part de la plus noble conquête, du bien le plus précieux queThomme eût encore rencontré? On ne pouvait admettre que les dieux fussent moins favorisés et moins riches que leurs adorateurs. Us devaient donc posséder des chevaux, et même en donner, comme ils possédaient et procuraient de nombreux troupeaux. Aussi, dieux célestes, dieux marins, dieux infernaux, en furent-ils généreusement pourvus^ le Soleil avant tous; son disque pouvait éveiller l'idée d'une roue éblouissante ; une roue suppose un char et un attelage. Puis^ sitôt que les hommes eurent appris à monter à chevali l'astre du jour devint bon cavalier^ et ses amis suivirent son exemple; on célébra les chars et les chevaux de Sourya, d'Indra^ de Mitra^ de TAurore, des Açwins, des Dioscures, de Phébus et de Phaéthon; on les honora même du nom de coursiers de rétendue, on les affubla d'une tête de cheval. Les Gandharvas» musiciens célestes, compagnons des dieux solaires, sont ainsi coiffés; il fallut Part grec pour rétablir Téquilibre des proportions» pour traduire le lourd Gandharva en élégant Kentauros, où l'animal n'est plus que l'appendice obéissant d'un torse humain.
Le soleil étant un cheval, l'animal le plus digne, après Thomme, d'être immolé au dieu lumineux, c'est sa propre image, son emblème. Hérodote rapporte que les Massagètes, bien proches voisins des anciens Bactriens, sacriûaient des chevaux au SoleU. Dans l'Lide, le sacrifice du cheval, rAçvamédha,était une solennité tout à fait exceptionnelle et d'une signification très haute, aussi bien que très vaine. L'Açvamédha remplaçait d'anciens sacrifices humains; des prêtres ingénieux proclamèrent que le cheval par excellence, le Soleil rédempteur^ se sacrifiait lui-même pour le salut des hommes; c'était de quoi donner carrière au mysticisme. Le cheval, dirent les théologiens de Tlnde, c'est une figure de la mort et de l'immortalité, du feu qui s'éteint et se rallume, de la vie qui se décompose et se reforme, du soleil
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qui se couche et se lève. C'est le soleil, c'est Àgni sacrifié, etc.
Ou lit dans le Brihadaranyakam le grimoire suivant : « Le
jour naquit dans la grande étendue devant le cheval ; la nuit
naquit dans le vaste espace qui est derrière le cheval. Ces deux
grandes étendues coexistent et entourent le cheval. L'océan est
la borne de sa course ; l'océan est son origine . » Tout cela pour
dire que les habitants d'une péninsule voient le soleil se lever
et se coucher dans la mer. Des confusions analogues ont hanté
le génie grec. Les Ioniens attribuèrent la création du cheval au
dieu des mers, Poséidon, comme ils avaient fait naître la beauté^
Aphrodite, de Técume des eaux. Les Mille et une nuits ont gardé
trace d'une pareille croyance chez les peuples de l'Orient. Sind-
bad rencontreles cavalesdu roi Mihrage, liées sur la rive, pour être
fécondées par des chevaux marins. Mentionnons, pour mémoire,
les chars et les chevaux que les rois de Juda avaient consacrés
au Soleil, à la porte même du Temple, et que Josias fit détruire*
Le mythe du cheval était donc accepté chez les Sémites comme
chez les Aryas. S'il manque à TÉgypte, c'est que le cheval n'y a
été amené que vers le seizième siècle avant notre ère, lorsque le
panthéon était déjà plus que rempli.
Pégase, en sa qualité de cheval volant, va nous introduire
maintenant dans le monde des oiseaux. A vrai dire, nous nous
reprochions presque de n'avoir pas commencé par là notre
voyage. Une sorte de respect pour la classification zoologique
nous a retenu longtemps chez les quadrupèdes, les mammifères.
Mais les mythes relatifs aux oiseaux doivent être comptés parmi
les plus anciens; ils n'ont imposé à rimagination aucun efTort.
l-' atmosphère, le ciel, sont le domaine des oiseaux; l'homme n'a
pas eu besoin de les y transporter. C'est à eux qu'il a eu recours
pour s'enlever de terre, pour alléger les âmes, les génies, les
^eux, même les lourds animaux attachés ou retenus par les
iQers pesantes. C'est grâce à leurs ailes, si vainement imitées
par Dédale et par Icare, c'est grâce à leur vol, constant objet
de notre admiration et de notre envie, que la mythologie a pu
s'emparer de l'espace, des nuées et des astres. Il n'est pas de
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langue, il n'est pas do religion qui ne soit leur tributaire. Ils ont inspiré l'art et la science elle-même. La musique est née de leur chant, et l'œuf, qui a si longtemps attiré les philosophes et les inventeurs de cosmogonies, est venu révéler aux physiologistes le secret de la génération.
Bien avant la naissance des sentiments religieux, le sens visuel a été frappé par la taille, la force, la rapidité prestigieuse et les couleurs diverses des oiseaux. L'origine lointaine de certains mythes doit être cherchée dans les temps préhistoriques, oii l'oiseau ne s'était pas encore séparé du reptile. La race ima- ': ginaire des dragons volants, des serpents ailés, procède de : l'archéoptéryx, dont on peut voir l'empreinte au Muséum, et ' dont quelque représentant avait pu survivre à l'âge tertiaire. ^ L'aipyornis, dernier débris d'une espèce géante, récemment ' éteinte, a certainement suggéré toute l'histoire fabuleuse de Toiseau Roc, populaire encore au dixième siècle dans la Malaisie mahométane et dans tout l'Orient, comme en témoignent les Mille et une nuits et les Merveilles de rinde, si agréablement traduites par notre ami regretté Marcel Devic. Garouda, l'oiseau ' fulgurant, compagnon d'Indra, doit appartenir à cette lignée, i Ailleurs, c'est le condor, l'aigle, le vautour qui ont hérité de la même fonction. La légende de Toiseau-lumière, Toiseau-foudre, est répandue dans le monde entier, depuis les montagnes Roeheuses et les Andes jusqu'à l'Himalaya et aux terres océaniennes. Mais avant de signaler quelques-unes des fables qui . ont trait aux qualités si diverses des oiseaux, reportons-nous . au début même de l'animisme, quand l'homme fut arrivé à se | persuader que les esprits survivent aux corps. !
Tout d'abord, les âmes sont des oiseaux, ou passent volontiers l dans certains oiseaux ; et il le faut bien, puisqu'elles volent à n travers les espaces. Le métaphysicien qui nous parle des ailes i de l'âme en est toujours au régime mental des sauvages Abipones | qui vénèrent et saluent au passage, dans certaines bandes de | petits canards, les âmes des morts en route pour les régions bien- | heureuses. La même croyance règne en Polynésie et dans beau- '
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coup de pays civilisés ; les variantes sont nombreuses^ mais ie fond est identique.
Si les âmes ne sont pas des oiseaux, elles s'y incarnent. Si les génies^ et plus tard les dieux ne sont pas des oiseaux, ils leur empruntent les ailes, ou par abstraction^ la faculté du vol. L'aile pousse spontanément^ par deux et par quatre, sur le dos des dieux mexicains, assyriens^ perses, grecs, chrétiens, voire aux talons de Mercure et aux roues des chariots entrevus par Ezéchiel. Eschyle nous montre les Océanides voltigeant autour de Prométhée.
Ces conceptions fécondes en mythes de toute sorte et de toute valeur reposent uniquement sur la qualité générale et typique de Foiseau, son privilège d*être ailé. Beaucoup d'autres sont tirés de ses habitudes^ de ses formes, de ses couleurs.
Les rapaces de haut vol, l'aigle aux serres puissantes, le faucon à l'œil perçant, l'épervier qui regarde le soleil en face, sont des formes^ des compagnons et des emblèmes des météores, des vents, des dieux fulgurants et solaires ; les moins nobles, vautours, milans, sont honorés comme préposés à la voirie dans les climats chauds.
Le corbeau est sombre et méditatif; c'est le conseiller d'Odin, qui en porte toujours deux sur ses épaules; c'est aussi un être malfaisant, un dieu de la mort. Le hibou est triste et sage; chez les Peaux-Rouges aussi bien que chez les Athéniens, c'est le génie de la sagesse. Avant que l'art donnât des traits humains à Pallas Athéné, le hibou représentait la déesse elle-même.
Le cygne, chez les Finnois et chez les Grecs, est le héros de charmantes aventures. C'est Ukko, c'est Zeus déposant dans le sein de Léda le germe d'une conception sans douleur, amendement heureux à Thistoire naturelle.
La colombe amoureuse, oiseau de Sammouramith et d'Aphrodite, passant de l'autel d'Aschéra à celui d'Iahvé, est mêlée de très près aux origines du christianisme.
Le colibri, pierrerie volante, mouche batailleuse et courageuse, représente aux yeux des Aztèques le dieu farouche de la guerre
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et du printemps, HuitzilopochtU. Le perroquet ne reçoit pas de moindres honneurs dans la personne de Quetzalcoat].
La caille a l'habitude de se rouler dans la poussière. Les Hindous ont donné son nom au soleil, Vartikâ, parce qu'ils supposent que Tastre se roule sous les flots pour reparaître au jour. On voit de quelles faibles analogies se contente rimagination mythique.
Le paon, oiseau de Héra, au col bleu, à la queue ocellée, n'est autre qu'Argus aux cent yeux, Ouranos aux mille regards, la voûte étoilée.
D'autres dons recommandent aux Tahitiens le martin-pècheur et le pivert, aux Gaulois l'alouette, à Térée Philomèle, ou Bulbol à Saadi.
Dans le panthéon égyptien, tous les oiseaux se jouent, s'entrelacent, imbriquent leurs plumes, échangent leurs becs, pour exprimer le caractère des dieux, pour échafauder les coiffures des déesses. Ce ne sont que pintades, ibis, aigles, vautours, phénix» éperviers solaires. Nous en sommes réduits à deviner le sens de ces rébus mythiques; mais il est à croire que chaque volatile sacré a eu sa légende, comme Gycnus et Goronis et le latin Picuâ, comme les Stymphalides, les Harpyies ou les oies du Capitole.
Uu des attributs de l'oiseau, c'est d'annoncer les saisons, les heures du jour et de la nuit, les pluies, les orages et les changements de température. Ces coïncidences ont été étendues à tous les événements proches ou lointains. Autant et plus que les autres animaux, objets ou phénomènes, compagnon et messager des dieux célestes, dieu lui-même, l'oiseau connaît et révèle tous les secrets de la destinée. Un coq annonce à Ëpaminondas la victoire de Leuctres. Douze aigles en couronne donnent la royauté à Romulus et la mort à Kémus.
Le corbeau sert pour le présage ;
La corneille avertit des malheurs à venir.
De ces remarques et de ces illusions est née la science augurale. Qu'on s'adresse à la Chine, à l'Inde, au Pérou, à l'Afrique
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centrale ou à l'antique Egypte, à l'Orient des Mille et une nuits^ au moyen âge chrétien, aux princes de la Renaissance, à toutes les campagnes du monde ciTilisé, partout les épopées, les histoires, les monuments, les contes populaires révéleront les mêmes superstitions puériles, mais nulle part plus puissantes qu'en Italie et dans la Rome républicaine. L*art augurai fut là, non un accessoire de la religion, mais une institution à la fois religieuse, civile et politique qui rejetait bien loin au second plan les vaines cérémonies du culte. Rien n'est plus curieux que la séduction exercée sur le génie sec et positif des Latins par un moyen d'information aussi saugrenu. Gens pratiques, ils trouvaient dans un fait matériel les éléments d'une décision rapide; gens dévots» •l'obéissance à Taugure les mettait en règle avec les dieux. Le droit de prendre les auspices (inspection du vol des oiseaux) fut le dernier privilège retenu par les patriciens. La plèbe était admise au consulat, que les auspices lui étaient encore interdits.
Les poulets sacrés, comme on le sait, furent, à Rome, des prophètes plus respectés qu'ils ne le sont encore chez les nègres d'Afrique. Ajoutons qu'ils savaient très bien venger leurs injures. Ua amiral irrévérencieux^ Claudius, les ayant consultés sans succès, les fit jeter à la mer : ails ne veulent pas manger, dit-il; qu'ils boivent. » La plaisanterie était bonne, mais la bataille fut perdue.
11 y avait un collège d'augures, réglementé par de nombreuses lois. Élus à vie, inviolables, les augures passaient leur vie en banquets magnifiques et dans une douce familiarité. Cicéron, qui fat de la troupe, avoue qu'on ne pouvait s'y regarder sans rire. Mais la foule continuait à prendre au sérieux la calotte à pointe 6t la crosse ou 2i<uzi^ ; peuple et soldats contemplaient bouche bée le geste des augures dessinant un carré dans le ciel et un autre sur la terre, attendant le passage d'un pic martius ou fero- ^*««, d'un aigle, d'une orfraie, d'une corneille ou d'un corbeau, ïïii temps d'Auguste, à quelque trente lieues de Rome, les bons provinciaux d'Iguvium, en Ombrie, pouvaient lire, et avec quel sérieux, sur les murs de leur chapelle, un mandement qui débute
ainsi '.«Que Ton commence le sacriGce par Tobservation des oiseaux dans Tordre suivant : Tépervier et la corneille venant de derrière Tobservateur, le pivert et la pie venant vers lui, les oiseaux chanteurs venant vers lui... Que Fobservateur, après s'être arrêté au lieu consacré^ ne remue ni n'interrompe l'acte commencé^ ni ne se retourne^ jusqu'à ce que Tobservation soit complète... etc. »
Il y avait toute une bibliothèque sur ce ton. Par bonheur on n'en possède que des bribes qui sufûsent amplement.
L'attention que nous avons accordée aux oiseaux, et ils la méritent, nous forcera de brûler la politesse au crocodile Sevek- Rây à la tortue Unamis, des Mohicans, qui porte le monde, à la grenouille Ammon^ à l'immortalité Scarabée, à Tabeille qui. prête son aiguillon à Kama, Tamour indien, au taon de la vache lo, à la fourmi, aïeule des Myrmidons et du bouillant Achille.
L'innombrable tribu des dragons et des serpents nous réclame. Nous avons vu le culte direct rendu aux serpents inoffensifs par les Achantis. Ces reptiles ont gardé chez d'autres peuples ce caractère de bons génies, d'agathodsmones ; citons le serpent des temples d'Athéné, celui des sanctuaires d'Asclépios, du charlatan Alexandre, au temps de Lucien, de la couleuvre de nos contes, forme transitoire des fées ; nous allions omettre le serpent d'airain élevé dans le désert par Moïse, pour la guérisondè son peuple. Le plus souvent, le serpent est un personnage inquiétant, mystérieux, redoutable ; il garde les pommes des Hespérides, il s'enroule autour du frêne Ygdrasill, de l'arbre cosmogonique. Aisément transporté dans les cieux, au milieu des nuages, qui semblent tantOt les replis, tantôt les ailes des dragons, le serpent est Tennemi-né des dieux de la lumière; toutes les mythologies sont pleines des luttes acharnées, renaissantes, d'Indra, de Sourya, de Zeus, d'Apollon, d*Héraclès, contre les Nagas, les Danavas, Ahi, Vritra, Typhée, Python, l'Hydre. Le serpent de l'Éden, le plus rusé des animaux, celui qui parlait à Eve et qui, en dépit du Père Éternel, trouvait un refuge dans l'arbre de la science, a été, pense-t-on, vaincu par Jésus ; mais nous atten-
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dons encore que la femme lui ait mis le pied sur la tête. N'est-il pas Satan lui-même, le prince de ce monde, le dieu du mal, admis avec une inconséquence extrême par une religioii qui se dit monothéiste? Le polythéisme grec n'avait pas, du moins, accepté ce dualisme ; Zeus, après dix ans de guerre et de vicissitudes cruelles, avait mis fin à cette rébellion des ténèbres, des Titans désordonnés, par l'écrasement du dieu-serpent, dernier fils de l'abîme, Typhée, <c dieu fort, aux mains vigoureuses, aux pieds infatigables, aux cent tètes d'affreux serpents se léchant de leurs langues noires ». Ainsi chante le vieil Hésiode : u Chaque tête avait sa voix, ô prodige ! Tantôt elles parlaient la langue des dieux ; tantôt elles lançaient le mugissement du taureau superbe ou le cri du lion au cœur indompté ; tantôt elles aboyaient ou, de leurs hurlements, faisaient retentir les vastes montagnes. Le fils de Kronos lance la foudre ; la terre, au loin, résonne d'horreur, et le ciel au-dessus, et les courants de l'Océan, et les abîmes souterrains ; et, sous les pieds des immortels, tremblait le haut Olympe, ébranlé par Teffort du roi suprême. Les cent têtes du monstre prennent feu. 11 tombe sur la terre, qui se lamente, et roule aux profondeurs du Tartare. v Cette peinture magnifique nous révèle un caractère du serpent, qui a été symbolisé volontiers par les Mexicains. Typhée est un dieu de la foudre et du vent, du cyclone. Beaucoup de dieux aztèques ou toltèques manient des serpents ou en sont coiiïés; ce sont des dieux atmosphériques et fulgurants.
Avant de terminer, une lacune me frappe. Que sont devenus, dans la phase mythique, ces baleines succulentes, ces précieux phoques, qui jadis ont éveillé aux idées religieuses les Esquimaux «t les Aléoutes ? Ils ne fréquentent guère les mers plus douces tiu bord desquelles s'est épanouie la pensée des Sémites et des Aryas. Ils sont confondus sous le nom de Cété, qu'ils ont gardé, <laQ8 le troupeau de Prêtée ; et par ce nom seulement ils se rattachent à la mythologie. Kétu, un monstre céleste de l'Inde, transformé en Kéto^ divinité marine grecque, épouse le Titanide Phorkys et le rend père des Cétacés. Quelques membres de cette
famille ont cependant joué leurs rôles : le dauphin de Vénus et celui d'Arion ; le cachalot, moins aimahle, qui comptait se repaître d*Àndromède. Enfin les dieux et déesses de la mer, les SirèneSy les Néréides, les Tritons soufflant dans leurs conques, et jusqu'aux chevaux de Poséidon, doivent aux élèves de Prêtée leurs nageoires et leurs queues écailleuses. Nous verrons plus tard que les personnages marins, chez les Grecs, ont été empruntés à l'atmosphère et naturalisés dans Tonde salée, seulement après que les Hellènes, venant du nord-est, eurent atteint le rivage des mers. C'est en basse Ghaldée qu'il faut chercher de véritables dieux cétacés ou poissons. Les anciens ne distinguaient pas. Le Dagan de Babylone, le Dagon des Philistins et leur épouse Dercéto étaient des poissons. Plus fameux est Aan, Cannes, dont Bérose a laissé le portrait suivant : « Il avait tout le corps d'un poisson, mais par-dessous sa tète de poisson une autre tête, ainsi que des pieds d'homme qui sortaient de sa queue ; il avait la voix humaine ; cet animal passait la journée parmi les hommes, leur enseignant lettres, sciences de toute sorte, géométrie, agriculture... Au coucher du soleil, il se plongeait de nouveau dans la mer et y passait la nuit ; car il était amphibie. » Oannès est à la fois marin et solaire. Les Polynésiens n'ont pas des conceptions si hautes, mais ils ont excogito cependant une croyance assez originale : selon les Carolins d& rile dTap et les Maoris, deux petits poissons, affrontés au foD^ d'un étang, tête contre tête, assurent Téquilibre de la terre ^ dérangés par quelque imprudent, ils laisseraient vaciller 1^ monde.
Il s'en faut que nous ayons embrassé tout le cycle animal ; il ï faudrait des volumes. A ceux auxquels le sujet pourrait plaira ^ je recommanderai l'ouvrage de Gubernatis : La Mythologie zo€^ logique. J'espère, toutefois, laisser au lecteur une idée bien nett^ du rôle capital joué par les animaux dans l'évolution intelle(?^ tuelle et industrielle de l'homme.
Ce sont nos éternels créanciers. Ils nous doivent peu et nou^ leur devons tout, la vie, d'abord, et, ce qu'on oublie trop, un^
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foule d'exemples et d'idées. Le chien, le bœuf, le cheval^ le mouton, l'oiseau, un grand nombre de bêtes sauvages sur terre et sur mer^ ont été les compagnons, souvent les victimes, et toujours les instruments de notre grandeur. Comme notre corps, notre intelligence s'en est nourrie. Notre langage est plein de termes, de comparaisons implicites, de nuances^ empruntés à leurs formes et à leurs mouvements, à leurs aptitudes, à leurs services et à leurs mœurs.
Quand on a décrit leurs espèces^ disséqué et reconstruit leur squelette et leur musculature, quand on les a retournés en tous sens au point de vue de la zoologie, de Téconomie sociale et de la statistique, il s'en faut qu'on ait retracé leur histoire. Ils ne sont pas revendiqués seulement par la science ; les religions, les philosophies^ les arts, ne se sont point passés d'eux. Les ani* maux ne vivent pas seulement dans la nature ; ils ont vécu et vivent encore dans l'humanité en dieux, en mythes, en idées, en symboles, où s'est égarée, mais où s'est exercée la raison. A côté de leur histoire réelle, ils ont leur histoire idéale.