CHAPITRE VI
Le besoin, antérieur à Pamoar. — Admiration de l'homme pour les organes et r&cte génésiques symbolisés par divers monuments, naturels ou factices. ~ Les pierres mâles et femelles. — Impureté de la femme. — La couvade, affirmation de la paternité. — Divinités de la gestation et de l'accouchement. — Les dieux sexués par le langage; les adultères divins.— Le couple primordial.
— Chthonisme ou culte de la fécondité, du principe humide, de la terre, de la lune. — Ouranisme ou culte du principe mâle, céleste, igné. — L'Amour, éros, dans la théogonie d'Hésiode. — Culte du genius, principe vital et générateur. — La paternité divine. — Le dieu du monothéisme garde le privilège elles droits de la paternité. — L'Amour, subtilisé par la métaphysique, livre l'homme à la servitude de la Grâce.— Antagonisme de la Justice et de l'Amour.
— Conséquences sociales et politiques du culte de la génération.
La théorie évolutive et transformiste domine les sciences morales comme les sciences naturelles, le monde imaginaire comme le monde réel. De même que, de Tétat colloïde, du simple agrégat albuminoïde, les seize ou dix-huit éléments premiers qui constituent les corps vivants se sont élevés par d'insensibles transitions^ par des combinaisons infiniment variées, jusqu'aux formes les mieux adaptées à des milieux sans cesse modifiés, jus- (ju'aux organismes les plus complexes, les plus harmoniques, dont ils restent cependant la base nécessaire ; de même les éléments mythiques, s'accommodant aux divers régimes intellectuels et sociaux, passant de Tétat brut à l'état construit, se sont affinés et fondus en conceptions de plus en plus épurées, sans cesser d'en être l'origine et le fonds.
Nous avons vu comment les animaux, les plantes, les pierres, les eaux, le feu, après avoir obtenu Thommage de l'appréhension, de la crainte ou de la reconnaissance, avaient concouru à la formation de mythes ingénieux, de doctrines cosmogoniques naguère encore acceptées ; et nous avons constaté non pas seu-
leraent dans les superstitions locales, mais aussi dans les habitudes de l'esprit et du langage, la ténacité des sentiments qui s*en sont inspirés.
Plus durable encore a été l'influence des besoins et des instincts génésiques. La glorification toute bestiale des sexes a préludé aux illusions les plus séduisantes, comme les plus vaines, sur les rapports des personnages divins entre eux et avec les hommes. Jamais Hésiode n'eût célébré TAmour, le plus jeune et le plus antique des dieux; jamais les théistes de tous les temps n'auraient invoqué un ou plusieurs pères célestes, si le fait matériel de la génération et les circonstances qui l'entourent n'avaient excité, parfois jusqu'à la folie furieuse, et cela dans tous les coins du monde, les groupes humains parvenus à une certaine période mentale.
Bien longtemps sans doute, le mâle préhistorique se contenta de poursuivre et de dompter la femelle plus ou moins docile à ce que nous appelons le vœu de la nature. Sa rage assouvie, insoucieux de Tavenir, il retournait à la chasse et au combat, attendant une nouvelle occasion ou un nouvel assaut du désir. L'amour chez l'homme, la pudeur chez la femme, étaient choses absolument inconnues. Les enfants, qnand ils n'étaient pa^tués ou abandonnés, vagabondaient autour de leurs mères, puis prenaient part, selon leurs forces, aux exercices et aux entreprises de la horde. Il est douteux que les hommes eussent une idée nette de la paternité; tous leurs droits sur les jeunes étaient fondés sur la force. Cette absence du sentiment paternel a laissé des traces dans un état plus avancé ; c'est à elle qu'il faut faire remonter, en effet, l'institution si répandue du matriarcat, ce régime où la mère était le centre de la famille, où les seuls parents de l'enfant étaient ses oncles maternels.
Mais, à mesure que l'attention du sauvage s'éveillait sur le monde et sur lui-même, les conditions et les conséquences du rapprochement sexuel devaient naturellement exciter son admiration. Ce qui semble l'avoir d'abord frappé, enorgueilli dans son parfait égoïsme, c'est la spontanéité, l'autonomie pour ainsi
dire du sixième sens ; il se complut dans certaines pensées, dans certaines comparaisons, auxquelles le culte des pierres vint donner un caractère religieux. L*adoration des roches pointues, des pierres |levées^ suggéra celle des monuments dressés de main d'homme. £n traitant de la litholâtrie, nous avons vu que tous les peuples ont eu leur époque mégalithique, leurs tumulus ou dolmens consacrés aux ancêtres, leurs menhirs et peulvans consacrés au sexe masculin, les uns à la mort ou plutôt à la vie d'outre-tombe, les autres à la vie présente. Sans doute, des croyances d'autre nature, des mythes fulgurants, solaires, se mêlaient déjà à ces préoccupations génésiques, mais sans les étouffer. Dans tous les pays où l'on en constate la présence, ces pierres-fiches gardent une influence génératrice.
C'est ainsi qu'à Fougna, dans les îles Mariannes, un rocher, au moyen de*ses éclats^ donna naissance à l'humanité; que chez nous, en France, presque partout on trouve des pierres debout auxquelles on attribue un pouvoir magique sur la fécondité et la force virile, et que les filles et les femmes stériles vont embrasser en cachette. Telle est, au village de Saint-Ours, dans la vallée de TUbayette (Basses -Alpes), la roche sacrée sur laquelle les filles se laissent glisser pour obtenir un mari; telles sont dans le Jura, une autre pierre autour de laquelle on fait des rondes, le menhir du Bourg-d'Oueil, que femmes et filles embrassent d'une certaine manière, et la pierre de Poubeau, qui tenait lieu à bien des couples de maire et de curé, et qu'on honorait le mardi gras par des danses expressives.
Ces rocs, bruts ou plus ou moins équarris, abondent dans toutes les parties ou régions du monde, en Polynésie, en Malaisie, à Timor, Célèbes, Sumatra, Java, Madagascar, dans l'Inde, anaryenne, chez les Khonds, chez les Asagas du Maïsour, les Chamars du Tineveily, et près de Delgaum dans le Dekkan, dans i'Europe, l'Afrique et l'Amérique entières. Partout leur signification antique a été connue et acceptée par les races supérieures, Aymaras, Quiches, Toltèques, Malais, Sémites, Aryas, qui ont recouvert plus ou moins les anciennes populations de la pierre
polie. Bien plus, leur culte a trouvé place dans les mythologics, surtout dans les liturgies; ils se sont installés dans les temples du Mexique et du Pérou, de TËgypte, de l'Asie antérieure et de la Grèce. Souvent un art, très grossier d'abord, a accentué leur figure, soit qu'il les plantât — en pierre ou en terre cuite — sur les bords du Mississipi, dans les sanctuaires du Mexique et de l'Amérique centrale, ou bien de Syrie^ de Chypre, de Pessinunte> d'Éphèse, sur les places d'Athènes et de Lampsaque^ dans les jardins de Rome, soit qu'il les sculptât sur les parois des monuments à Panuco, au Nicaragua, dans l'Yucatan; jusque dans les forêts germaniques, sous le nom de Fricco, dieu des noces; ou bien enfin qu'il les détachât en grosses et menues amulettes portatives, pour les processions égyptiennes, pour les jites asiatiques, et pour les colliers des femmes guaranis, ou des dames pieuses de l'Inde, de Rome et de Naples.
C'est encore à des préoccupations génésiques qu'il faut rap — porter certaines mutilations bien connues, sanctionnées par lesreligions. Dans l'ancienne Egypte, et chez les Abyssins, la cir — concision était obligatoire; selon Hérodote, elle a passé d'Egypte^ en Judée, en Phénicie, en Syrie, en Arabie, et les Hébreux la»pratiquent encore, ainsi que les Musulmans de toute race eC: de toute couleur. Les Éthiopiens l'ont enseignée, vraisemblablement, à nombre de tribus africaines, aux Cafres, par exemple. Des usages quelque peu différents existaient au Mexique, en Polynésie, en Australie, et chez les Mélanésiens. Les femmes elles-mêmes ont subi des opérations de ce genre, également sacramentelles.
Le sexe féminin n'a pas eu moins de part que l'autre aux divagations humaines. N'est-il pas l'occasion et la cause des phénomènes que l'homme avait admirés? N'est-ce pas grâce à lui que la femme, si subordonnée, si maltraitée dans les sociétés primitives et inférieures, a conquis rapidement une certaine puissance, a exercé peu à peu sur ses maîtres égoïstes et farouches une action bienfaisante et civilisatrice? Source de plaisir et de vie, il a par son attrait retenu et apprivoisé le rude chas-
senr, le pâtre barbare; il a plié leurs âmes à des sentiments plus doux, à des affections durables, à la pitié, à l'amour; il leur a enseigné la paternité.
L^homme, qui voyait dans les pierres levées^ les menhirs, les obélisques, etc., la représentation de la virilité, reconnut aux pierres arrondies^ plates ou striées^ un caractère féminin. La célèbre Caaba de la Mecque appartenait à cette catégorie, où il faut faire rentrer la plupart des pierres rondes arrosées de sang et de libations diverses par les Sibériens, les Peaux-Rouges, les Anaryens de Tlnde. Dans la grande île Viti-Lévou, on considère comme du sexe féminin et Ton adore une sorte de meule noire ornée d'une ceinture, qu'on nomme Lovékavéka. Ailleurs, un roc mâle a pour femmes deux pierres voisines. Toutes les grandes déesses de TAsie antérieure et de la Grèce ont commencé par être des météorites, des pierres coniques et des cippes grossiers où les artistes hiératiques ont gravé ou sculpté les attributs sexuels.
En Ghaldée et dans TAsie Mineure, les bois sacrés, les dépressions marécageuses, les gouffres, ont été associés au culte de la femme.
Enfin l'union des sexes a été plus d'une fois représentée sur des stèles et sur les murs des temples. A Tlascala, une pareille image était Tobjet d'un culte. Dans Tlnde, le sacrifice est à la fois la commémoration de la découverte du feu et Taccomplissement idéal de l'acte générateur. Le lingam, cette amulette révérée des çivaïstes, très antérieure à la secte brahmanique qui l'a prise pour symbole, en est une figure toute matérielle. Bien plus significatives encore sont les pratiques sacrées décrites par Hérodote. Une fois dans leur vie, les femmes de Babylone devaient attendre dans le temple de Mylitta le bon plaisir du premier venu; les Lydiennes, avant leur mariage, accomplissaient dans l'Hagnéon le sacrifice de la chasteté ; les filles de Chypre se rendaient au bord de la mer, en Thonneur d'Aphrodite. Ce qui n'était dans ces divers lieux qu'une exception solennelle devenait dans rinde un office quotidien pour les bayadères, femmes
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tion, à Taffirmation d'une paternité, jusque-là fort incertaine et fort indifférente.
Quand l'homme eut un foyer, quand il se sentit véritablement l'époux et le père des femmes et des enfants qui constituaient Tune des parts les plus précieuses de sa propriété, il était déjà bien loin de la bestialité primitive, mais combien barbare encore, combien étranger à toutes ces mièvreries subtiles qui exercent la minutieuse patience de nos romanciers ! U s'intéressa tout d'abord à ce que nous laissons dans Tombre; il préposa des divinités, non seulement à la délivrance, comme Ilitbyia, Lucina, et les déesses mexicaines Tzintéotl, Gihuatcoatl, Maquilxochiquetzal, mais à tous les préliminaires de la gross^'.sse^ et aux débuts de l'enfant dans la vie. Les Latins sont remarquables entre tous dans l'invention de ces menus dieux ou esprits attachés à toutes les actions humaines. Ils ont, pour faire bien venir l'époux, Murcia, Libentina, Cloacina ; pour protéger la femme, Dea Prema, Pertunda, Perfica, Mutunus Tutunus, Subigus, qui président à la conception, puis Lucina qui remet l'enfant à toutes sortes d'autres génies mâles et femelles, tels que Potina, Educa, Cuba qui le couche, Ossipago et Statànus qui sont chargés d'affermir les os et de guider les premiers pas. Il ne serait pas difficile de retrouver ces attributions transportées par la foi populaire aux saints et aux saintes, qui ont remplacé les fées et les dieux païens.
Parmi les croyances et les coutumes qui se rattachent au culte delà génération, quelques-unes auront paru singulières, d'autres peu décentes, et quelques-unes tout à fait répugnantes et basses. Quant aux premières, elles s'expliquent, avons-nous dit, par l'extrême lenteur de révolution intellectuelle, par l'indécision et la faiblesse du sentiment de paternité; les autres sont, ou innocentées par leur naïveté, ou motivées par un symbolisme qui passait pour le dernier mot de la science. En adorant et en figurant les sexes, répétons-le, l'homme n'avait aucune intention vicieuse ou immorale; il n'avait encore inculqué à la femme aucune idée de retenue et de pudeur, choses que
lui-même ignorait absolument et qui ne convenaient ni à la promiscuité, ni à la nudité des hordes primitives. Pour ce qui est des pratiques syro-babyloniennes, juives et autres, elles sont le commentaire en action d'une grande doctrine, fausse d'ailleurs, le culte de la fécondité.
En sexuant au hasard les êtres et les choses, le langage, interprète de Tanthropisme inconscient, obéissait déjà aux suggestions du sens génésique. L'homme étant la mesure de toute chose, ses dieux, quels qu'ils soient, participant de la nature, des besoins et des passions de l'humanité, il s'ensuit que les aspects et phénomènes de l'univers ambiant, les puissances qui les dirigent, les catégories où l'abstraction les range, en un mot tous les personnages surnaturels, se mêlent, se croisent, engendrent, tout comme ils mangent, boivent ou combattent. Entre eux se nouent toutes les relations que l'on observe chez les vivants. En vertu d'analogies superficielles, ils deviennent à la fois et tour à tour, amants, époux, pèrçs, mères, sœurs et frères. Ajoutez que le même dieu, mâle dans une langue ou sous un nom, peut être femelle dans un autre dialecte ou sous un autre nom. De là cette confusion de rapports, ces inextricables enchevêtrements d'adultères et d'incestes métaphoriques, texte commode aux railleries des sceptiques et aux graves déclamations des sages. Nous ne soiigeons pas à contester que les aventures mythiques fussent d'un médiocre exemple pour les sociétés qui en avaient perdu le sens et la clé. Lucien avait raison d'en rire. Mais, ce que nul, dans l'antiquité, ne paraît avoir soupçonné, c'est qu'en principe les créations du sentiment religieux sont antérieures et étrangères à ce que nous appelons la moralité, et qu'elles retardent toujours sur les époques où la raison se trouve assez forte pour les juger.
L'homme adorait dans ses dieux les facultés qu'il leur avait prêtées. Les organes qu'il avait admirés en lui-même se transfiguraient en attributs divins. Le culte matériel des sexes fut de très bonne heure un hommage rendu à l'énergie fécondatrice et à la vertu fécondante des génies ou dieux mâles et femelles. En
même temps, la répétition constante et universelle du même procédé, des mêmes résultats, dans le monde vivant et dans le monde surnaturel, conduisait l'homme à voir dans la génération animale l'origine de tout ce qui est. Dans la plupart des cosmogonies, création fut synonyme de procréation. Quand le Boschiman rencontre trois chariots, il est convaincu que le plus petit est le fils des deux autres. Il n'est pas capable d'achever le raisonnement et de conclure à l'union sexuelle des deux grands chariots; mais ce raisonnement, des peuples mieux doués l'ont fait; cette conclusion, ils l'ont tirée à leur manière. On vit partout des couples générateurs et des produits de leur union. Tantôt on racontait qu'un chien ou un lion, un serpent, un oiseau, un arbre ou un rocher, un lac ou un fleuve, accouplés à d'autres êtres ou objets quelconques, avaient engendré ou enfanté (selon le sexe réel ou fictif) des dieux, des hommes, la nature entière. Tantôt c'était le nuage et la foudre, le soleil et la lune, le ciel et la terre, le chaos et la nuit, qui, pour parler le langage d'Hésiode, n mêlés dans Tétreinte amoureuse », avaient donné la vie à tout ce qui existe. Toutes les^ dyades et triades procèdent du culte de la génération. Quand les Égyptiens essayèrent d'ordonner leur immense personnel divin^ ils le classèrent par trinités équivalentes, toutes calquées sur la famille humaine réduite à ses éléments les plus simples, deux époux et un eufant, Osiris, Isis et Horus, Âmmon, Bouto et Khons, et chacun à son tour entrait dans une famille nouvelle^ époux de la déesse qui tout à rheure était sa mère^ ou père du dieu dont il avait été le fils. Cette conception n'est pas particulière à l'Egypte, mais elle est moins répandue cependant que la religion du couple primordial. Celle-ci nous arrêtera quelque temps.
Nous venons d'en exposer les données principales : Tunion sexuelle a produit toutes choses, par la conjonction de deux organes complémentaires l'un de Tautre, du principe masculin ou igné, du principe féminin ou humide; il y a donc deux premiers parents du monde. Qui sont-ils? L'un quelconque des couples naturels ou divins, peu importe; mais à coup sûr un
màie et une femelle; entre tous, Je ciel et la terre, le premier homme et la première femme. Il vous semblera peut-être qu'une telle généralisation appartient au temps du symbolisme meta* physique. Il n'en est rien, ou plutôt^ .elle prouve seulement la très haute antiquité de la métaphysique et du symbolisme. Si Ton met de côté quelques peuplades infimes, on la rencontre chez tous les groupes humain s^ corollaire inséparable du cnhe de la génération.
M. Girard de Rialle incline à penser que la divinisation du ciel est antérieure à celle de la terre ; il ne voudrait pas affirmer par exemple que tous les nègres africains aient connaissance de ce qu'il appelle le grand fétiche terrestre. Il cite cependant les noirs Âkouapim qui, après avoir invoqué le ciel, s'adressent ensuite à la terre. Mais aucun doute n'existe pour la Polynésie, encore moins pour TAmérique et l'Asie. La plupart des Peaux- Rouges considèrent le ciel ou le soleil comme leur créateur, la terre comme la mère commune. « Dans une occasion grave, un chef shawni déclara à un général américain qui se donnait visà-vis de lui le titre de père, qu'il n'avait d'autre père que le soleil et d'autre mère que la terre. » Chez les Algonkins^ la terre est Okki, grand'mère de toutes choses. De même chez les Gomanches, chez les Caraïbes et les habitants des Antilles. Les anciens Péruviens adoraient Viracocha, dieu atmosphérique, et Pacha-Mama, la terre mère. La mythologie mexicaine abonde en divinités telluriques. Les Anaryens de l'Inde font des sacrifices, très souvent humains, à la terre, et ne révèrent pas moins les puissances de l'air ou du ciel. Or, tous ces peuples, comme nous l'avons vu, ont adoré et figuré les organes sexuels. Selon Castrèn, toutes les races du Nord, depuis les Chinois jusqu'aux Lapons, n'ont pas eu pour la terre une moindre vénération que pour le ciel.
Dans la vallée du bas Euphrate, le culte de la mer et de Peau s'était trouvé naturellement associé à l'adoration du ciel et de la terre ; il arriva que les Chaldéens, malgré leur admiration pour les astres et leur mythologie planétaire» furent beaucoup
plus sensibles aux mérites de la terre humectée par les eaux, qu'à la brillante clarté du Grmament.
La ^ertu prolifique du principe humide^ qui éclatait aux yeux^ aussi bien dans la production des plantes que dans la génération des animaux^ l'énergie souterraine qui crée les richesses métallurgjiques, qui donne et résorbe la vie, le mystère de Tabime où les morts s'affinent et se divinisent en mânes, en démons, en génies innombrables; enfin cette chaleur profonde qui se révèle par les vapeurs malignes, les exhalaisons du soufre et du bitume, les laves enflammées, et que l'embrassement du mâle suprême dépose, incessamment renouvelée, dans les entrailles de l'éteruei féminin, tous ces éléments amalgamés constituèrent la grande déesse, bonne et terrible, mère des voluptés fécondes et malsainés, reine de la végétation et des trésors cachés, de la terre, des eaux et des enfers, de la mort et de la vie; tantôt unique, tantôt multiple et divisée en autant de formes que ses attributs comportent d'aspects et de noms divers; tantôt et surtout femelle, tantôt mâle, selon le hasard des mots et des filiations divines, tantôt androgyne ou conçue comme un couple indissoluble. C'est Istar, c'est cette Mylitta babylonienne à laquelle les femmes devaient une fois dans leur vie Thommage de leur corps; c'est TAstarté de Sidon, laBaalat, l'Aschéra de Judée, TAhtar des Arabes, et encore Zarpanit, Atergatis ou Dercéto à Karkémisch, Tanit à Carthage; c'est, en Syrie, l'amante de Thammuz et d'Adonis; la Cotytto de Thrace, la Cybèle de l'Asie Mineure, avec son cortège de mutilés, avec ses congénères, Atys, Sabazios, Pnnpe, et tout ce que la Phrygie et Tlonie comptent de bonnes déesses cuirassées de mamelles sans nombre.
Le chthonisme, c'est le nom donné à ce système qui réserve au principe et au sexe féminin le premier rôle dans la cosmogonie et dans le culte, le chthonisme s'empara de la nature entière, des hauts lieux parce que la terre s'y unit au ciel, des vallons, des marécages, des bois, des sources parce que la terre y dérobe aux yeux ses organes secrets et le travail de ses entrailles saintes; il s'appropria le vieux culte des pierres; à
côté des stèles et des pieux masculins, les blocs carrés ou coniques, les astérolithes d'Ëmèse ou de la Mecque^ sans perdre leur caractère céleste, fulgurant ou solaire, se prêtèrent au symbolisme chthonien, aux divagations lubriques ou sanguinaires d'un éréthisme qui épuisait le corps et dégradait la pensée.
Partout où le chthonisme a dominé, il a conduit les peuples à rénervement et à Timpuissance. Il s*est montré sans doute compatible avec un certain degré de civilisation ; plus d'une parmi les races au sein desquelles il a pu se développer a fourni une brillante carrière, et plus d'une a commencé l'éducation commerciale, industrielle, esthétique, même scientifique, de rhumanité. Mais toutes, à un moment de l'histoire, sont tombées pour ne se relever jamais. C'est que, chez toutes, un régime social approprié aux pratiques d'une religion dépressive avait tari les sources de la vie. Tel a été le sort des vieux éducateurs de l'Asie et de l'Europe, Chaldéens, Assyriens, Lydiens, Phrygiens, Pélasges, Étrusques.
Qui mesurera le mal fait au genre humain par une telle conception, et surtout par les coutumes qui en dérivent, soit quand les Hellènes, en pleine jeunesse, reçurent de l'Asie leur Artémis d'Éphèse, leur Aphrodite cypriote, le Dionysos orgiastique, le cynique Hermès^ et le fond même des mystères de Samothrace et d'Eleusis ; soit quand cette Asie vaincue, par une terrible revanche, déchaîna sur le monde gréco-romain fléchissant ses théurgies déplorables, ses extases et son mysticisme ?
Les races supérieures qui, depuis trois mille ans, ont pris et gardé, à travers de nombreuses vicissitudes^ la direction du monde, ont toutes été plus ou moins infectées du virus chaldéophénicien. Ce n'est pas à dire qu'elles aient eu grand effort, grand dégoût à surmonter, pour s'assimiler les théories, et surtout les liturgies voluptueuses du chthonisme. Elles n'ont pas été, par elles-mêmes, exemptes du symbolisme génésique, encore moins des idées spécieuses si grossièrement interprétées par les antiques civilisateurs de l'Asie.
Quand on voit l'Inde^ la Grèce et l'Italie si facilement dévotes
au Lingam, aux Hermès et aux Termes ; quand on voit les Germains dans leurs forêts adorer le menhir Fricco, peut-être le mâle de Freya, il est difticile de douter que les ancêtres des peuples indo-européens n'aient apporté ce genre de fétiches dans leurs bagages.
Lorsque Homère appelle Océan et Téthys <t les vénérables parents du monde », le mythe, que sans doute il emprunte à des traditions phéniciennes, s'intercale sans disparate dans sa mythologie. La puissance du principe humide n'était nullement inconnue aux Aryas.
Si Hésiode^ en proclamant la terre « siège stable à jamais des dieux et des hommes », mère du ciel avant d'en être l'épouse, obéit, peut-être sans le savoir, à l'influence des doctrines phrygiennes et proto-ioniennes, son histoire d'Ouranos, mutilé par la faux de Kronos au moment où il se prépare à féconder la Terre, malgré un certain mélange d'éléments étrangers, paraît bien appartenir au fonds indo-européen. On en retrouve des fragments épars dans les Védas,
Mais, quelque matérielle et grossière que les Aryas aient imaginé l'union du ciel et de la terre, ils avaient très anciennement reconnu et ils ont toujours conservé aux puissances célestes la prééminence. L'ouranisme leur est propre, autant que le chthonisme aux Chaldéo-Syriens. Même avant les migrations, et quand la grande dyade Dyâvâprithivyau, le ciel et la terre, était encore , (Célébrée et honorée comme le couple inséparable, les a grands I parents du monde )>, le premier rang appartenait à-Dyaus. Celuij ci, dans Tlnde, il est vrai, a cédé peu à peu ses honneurs à I d'autres personnages d'ailleurs également célestes, Varouna, Mi- ' tra, Aryaman, Indra, Pradjapati, etc. ; mais il s'est au contraire i inaintenu chez les Grecs et les Romains à la tête de l'armée di- ^ine,et avec l'épithète significative de père : Dyaushpitar,Z8u;waTTip, Diespiter. Que la force virile fût l'attribut et l'essence de la divinité, c'est ce qu'établit la personnification de l'homme, du mâle, Pouroucha, et le sexe de tous les grands dieux védiques. L'élé- •ment féminin tient peu de place dans les hymnes du Rig-Véda ;
ai cependant, à Tépoque où ils furent composés, entre le quinzième et le cinquième siècle avant Jésus-Christ, la femme occupait dans la société un certain rang. La monogamie, du moins officielle, avait fait de Tépouse la maîtresse de la maison, des serviteurs, Dasapatni, comme Tépoux en était le maître, en grec Despotes et Despoina. Mais elle était comme absorbée dans son mari, et la déesse se confondait avec le dieu. Si Ton excepte l'Aurore, source des plus riches fantaisies métaphoriques, les Apsarâs ou nymphes célestes, Dhanou, la mère des démons, que Ton peut assimiler soit à la terre, soit plutôt à la nuée, Yak, l'entité liturgique, la parole sainte, enfin une divinité abstraite, Aditi, qui paraît correspondre à la lumière ou à la substance universelle, les déesses, comme Indranî, Varounanî, ne sont d'ordinaire que le dédoublement ou le synonyme féminin des dieux. Enfin, bien que le symbolisme du sacrifice et les qualifications du Sôma témoignent d'un ancien culte de la génération, nulle part on ne voit dans le Rig-Véda les pensées et les pratiques répugnantes des religions chthoniennes. C'est plus tard, après Finstallation des Aryas dans l'Hindoustan, qu'ils empruntèrent aux races conquises le lingam et les monstruosités du çivaïsme. De même, c'est des peuples côtoyés ou recouverts que les Hellènes et les Latins ont reçu les mythes et les dieux chthoniens, les cérémonies orgiastiques.
Nous avons déjà désigné quelques-unes des innombrables divinités féminines, si fort embellies par le génie grec, mais dont la plupart conservent la marque voluptueuse et impure de la vieille Asie. Au-dessus de ces anachronismes enchâssés dans les broderies de l'art hellénique, au-dessus du symbolisme raffiné d'une merveilleuse culture, plane toujours le vieux concept de la filiation, de la génération des choses, mais épuré, comme on devait s'y attendre, par une métaphysique déjà subtile. Ce n'est plus le brutal instinct^ c'est le sentiment qui s'en est lentement dégagé, c'est l'Amour, maintenant, qui va présider à ce même instinct et à ce même acte dont il procède.
£n même temps qu'il suggérait une sorte de philosophie gén&-
raie, le concept et le culte de la fécondité, le besoin sexuel développait les sentiments esthétiques, le goût de la parure^ qu'on voit poindre chez certains oiseaux dans la saison des amours, ridée de la beauté, Thabitude chez la femme d'une certaine réserve ntile^ qui est devenue la pudeur^ enfin Tamour même avec tout son cortège de passions, de maux et de bienfaits. Oui, d'une seule et même source ont découlé les ivresses des phallophories et des fêtes d'Adonis ou de Bacchus, et les plus nobles inspirations du ccBur et de l'art, les grandes forces motrices de la civilisation. La racine plonge et rampe dans la fange, et la fleur s'ouvre vers le ciel. La Vénus Agria, sauvage et vagabonde, et la Vénus Uranie, qui règle l'harmonie des sphères, sont deux faces d'une même divinité. Déjà^ au temps d'Homère et d'Hésiode^ cette double conception, à la fois réelle et chimérique, se fait jour dans la pensée grecque, mais confondue en un seul personnage abstrait, Éros.
a Tout au commencement, dit Hésiode, exista le chaos ; puis, ensuite^ la terre au large sein, siège stable à jamais de tous les immortels qui habitent les cimes du neigeux Olympe et les Tartares brumeux dans les profondeurs spacieuses de la terre ; puis £ros, le plus beau des immortels, qui chasse le souci et^ dominateur des dieux et des hommes, maîtrise en leurs poitrines la prudence et la volonté. » L'amour a paru, tout va naître.
Dans une autre cosmogonie, d'origine tbrace peut-être, attribuée au fabuleux Orphée, et encore inconnue d'Hésiode, son rôle est le même ; il sort, avant toutes choses, d'un oeuf qui flottait sur les eaux primordiales. La suite, dans Hésiode, «st des plus curieuses. Il est impossible de n'y pas voir le chthonisme intercalé dans la mythologie grecque, et, au moment où il risque de la faire dévier, finalement éliminé par le triomphe des divinités eélestes.
L'Amour, Éros, sans qu'on sache d'où il vient, s'est manifesté, il etiste. Et cependant c'est d'elle-même, « sans amoureuse union », que la Terre produit les montagnes et les abîmes de la mer ; bien plus, « elle enfante d'abord le ciel, Ouranos aux yeux
sans nombre, égal à elle-même^ afin qu'il Tenvironnât tout entière. » Ensuite, unie avec Ouranos — le terme est plus vif dans l'original — elle donne naissance aux Titans. Ces fils haïssent leur père, qui les enfermait dans le sein de leur mère et ne leur laissait pas voir le jour. La Terre, lasse de son époux, machine le terrible complot : elle arme Kronos, son dernier né, d'une faux éclatante, et — nous avons fait allusion plus haut à la fin de Taventure — des gouttes fécondes qui tombent de la blessure céleste naîtront les Érinnyes, les géants, les nymphes, et aussi une vierge nommée Aphrodite, fruit de la semence céleste et de rélément humide. C'est encore une forme du mythe de la génération. Enfin Zeus, comme on sait, livre aux Titans, aux dieux chthoniens^ le suprême combat ; et sa victoire assure enfin le triomphe du Ciel^ du principe mâle, et la subordination de toutes les puissances terrestres et féminines. Dans d'autres légendes moins compliquées, c'est Zeus lui-même qui est Tépoux de la Terre, Démèter, conformément à la vraie tradition aryenne ; mais la conclusion est pareille : le Ciel commande. Quant à Éros, il devient le fils de Zeus^ tout en demeurant le maître des dieux et des hommes, le plus impérieux et le plus ancien des dieux ; son prétendu père n'est pas à l'abri de ses traits, et devient Tamant, Tépoux de toutes les déesses et, souvent, des mortelles. Notez qu'en ce point Zeus reste fidèle à son rôle de Ciel mâle et de fécondateur universel. Toute sa cour l'imite. Seul Éros, jusqu'au jour où il rencontrera Psyché, l'âme pure, innocente et fidèle, assiste impassible ou souriant au jeu des passions qu'il gouverne à son gré. Il est resté en dehors du débat, comme virtualité éternelle, incréée ; et ni puériles allégories, ni métamorphoses, ni inventions galantes des poètes, ne purent lui enlever ce caractère auguste et sacré. 11 devint, comme nous le verrons tout à rheure, l'objet des méditations et des divagations de la théosophie. Mais que peuvent les théories de Platon et des autres contre ce simple renseignement de Pausanias : « Éros, dans son temple, à Thespies, était une pierre levée; » indice de son origine génésique et tout humaine.
La transformation du chthonisme en ouranisme, du besoin sexuel en amour, nous a entraîné un peu loin des époques primitives, et nous n'avons garde de nous en excuser, puisque notre but est de rattacher Tune à l'autre toutes les phases parcourues par chaque élément mythique. Mais il nous faut maintenant retourner sur nos pas pour saisir, à son point de départ, une autre série de croyances et de doctrines [également dérivées du culte de la génération.
Les visions du sommeil^ les apparitions transformées en fantômes et en revenants avaient conduit à l'appréhension des esprits et des morts. Sans effacer le caractère primitif de cet animisme initial, la préoccupation génésique a doublé d*un respect reconnaissant pour les ancêtres la crainte inspirée par les revenants. L'homme, tout autant que Tanimal, n'a jamais cessé de regarder la vie comme un bien. Passons vite sur ce lieu commun, odieux à Schopenhauer. Du plaisir de donner la vie au plaisir de l'avoir reçue, la transition est instantanée. Chaque individu, chaque groupe se prit à honorer, dans les auteurs de son existence et de sa race, la force génératrice qu'il tenait d'eux et qu'il transmettait à ses successeurs. Ces auteurs avaient quitté le pays des vivants, mais la mort n'avait pas atteint leur ombre, ce corps subtil^ cette âme qui garde les facultés et les énergies de l'orga* nisme disparu. L'un des noms que Ton donne à ces effigies impérissables atteste en elles la persistance de la vertu génératrice. Qeniusse rattache en effet à cette racine djan^ -yw, engendrer, qui a fourni tant de mots au grec, au latin et au sanscrit : djanitar^ Itve-nip, genitor et genilriXj ^évo;, -ytvàci), -^twYj, -jfcvtnî;, gens, genus, gentiliSi genre, gens, généreux (celui qui a de la race), enfin génération, et bien d'autres. Le Génie est le principe vital et générateur qui continue de résider dans les lares, les pénates et les mânes. On invoque en lui la force qui fait tout végéter et vivre ; il préside à la reproduction ; il est, comme le Férouër des Persans, le type^ l'essence de chaque être réel ou fictif, des dieux aussi bien que des hommes. Attaché à la naissance, au mariage, à la cité» à la patrie, le Génie, conservé par les chrétiens sous le nom
LA RELIGION. vv
à'ange gardien et de palron^ obtint souvent un culte^ consacré par des f^ee privées et publiques.
Ce qui se pissait à Rome avait lien parte«l ; les ancêtre^ qu'on les nommât Férouêra ou Pitris^ Grënies ou Pénates, furent aéorés en tant que générateurs* Les pères illustrés par quelque exploit^ quelque tradition de famille ou de tribu, tinrent le pins haut rang dans la hiérarchie ; le premier des aïeux, réel ou so^ posé, fut le héros éponyme ou le héros fondateuv de la maisin ou de la cité, véritable dieu domestique. Bementaat pins haut encore, on fut an^né à concevoir un premier coupàe, père et mère d'une nation ou du genre humain tout entier ; tu Pérou, Manco et Mama-Oello ; en Grèce, Deoealion et Pyrrha ; et comme, parallèlement au coke des ancêtres^ le culte des esprits terrestrès, atmosphériques^ célestes, aboutiasait de même à la reconnaissance de grands couples primordiaux, tels que le Ciel et In Terre, le Soleil et la Lune ou tke mtm, une fi^ion aisée a- opéra entre ces deux lignées également issues de Tillusion animiste. U y eut assimilation complète entre le premier couple ancestral et le premier couple divin. Tous les dieux et toutes les déesses adultes prirent les noms de pères et de mères, et Ton n'eut plus qu'à choisir ses aïeux dans le monde surnaturel. Rien ne hâta plus que de telles chimères le passage des dieux à la figure humaine, ce qu'on appelle justement Tanthropomorphisme. Pères et mères des hommes, ils devaieoyk posséder les mêmes organes et la même forme. Dès lors toutes les mythologies, d'accord avec la vanité et l'intérêt politique^ admirent et célébrèrent la naissance divine des demi-dieux et des héros. Partout, on tint à grand honneur le viol» la séduction ou Tadultère, qui avaient fait entrer dans les familles un dieu, ime déetise, une nymphe, voire une simple fée.
Donc point de mort illustre qui, déjà dieu par lui-même en aa qualité d'ancêtre et de générateur, ne descendit de quelque Olynapien. Et de plus, par une conséquence inévitable, point de vivant glorieux ou puissant, Pharaon,^ guerrier, conquérant, révélateur, qui ne fût déclaré et ne se déclarât fils et représentant d'une
LK CULTB ]^& LA. (HtNÉRATION. |fl
diviaité, i*iuu en plus toules BaUurelleaievt, puis da dieq «a* psène on luûfaB : cchb depuis Menés, Saiyoukia et Foo-hi, jnsqnfà Akoandce, César et Héilo^baiev depûs Héraclès^ Thétéaj Ulyist» |asq«'à i)]^lhmtnsde Tyane. En des temps un peu moiiM aféàvûm, hi simple impiretioB, on ht protection spéettle, reiQr pitçn fai fiiialioB dioecâe* Tel est le cas des pre^hètes, veyente^ nb^es, des saints^ des p«pes e4 lames., de teus les reif par h, ffitA ée IMen^ sens oïdiHer Maliofnel, Jeë SniUi^ le Bàk, et Ions ks H aMs passés et £alurs.
Geii'eet pas ici une dîgresBÎeii hors de prepos. Les racconicîaeai lear utilité qnand ils permetleait d'embrasser d'un coup d^ssii et de fond en oomide répanowssseMent d'une même enteor. D'cdt pcocMe^ en e£fet^ cette théogenèse, ce perpétuel roeouars à la palenislé diiinc? D'usé confosioai nécessaire entre h eeisple aoceiÉral immeim dirittisé et tel couple sidéral ou cosmique, générateur de l'autre ; ds fassimilatMQ, parfois complète, psf* £bâs JEntermhtsnte de l'orgaBe TiriJ et du premier homme, ciTili" satonr, fondateur, législateur^ à Touragan, à Tocéan^ au ciel, au sot^ (lorsqve le langage en faisait des mâles), tandis que k pre? nsère femme et Torgane féimmin derenaietti la fondre, la mer, la terre ou la Inné.
La rencontre des deux euHea, celui des ancêtres etLcelui des esprits puis des dieuaico6miqu.es, resserra siogullèrement les relations entre les dieux et les hommes, en fit des rapports de famiilej, (W file à père. Comment se fait-il donc: qu'elle n-ait pas assuré ^ces fils de parents si haut placés des faveurs pareilles> une soLlieitade à peu près égale? Pouirqiaoi quelques-uns, parmi les luHanïes et parmi les peuples, se sentais réservé tous les Jiénéilfes de cette parenté, se sont-ils taillé un privilège exeriÉtaat dans te lot commun ? Car, i>t a^ a pan à dire, si ks ideux «de lliomBM^ sont fils des dieux, AUacaindre n'est pas plus le fils d'Ammon que le dernier de ses sujets ; et les dieux, qui ne sayent à ^i entendre, ne peuvent manquer d'être iniques, . puisqee, fltôme sans le vouloir, ils fafonsentron au détriment des aigres. Ce problème est purement imaginaire, et ne vaudraitpas d'êtrs
164 LA RELIOION.
résolu^ s'il n'était encore une des préoccupations de l'humanité.
C'est Ëros qui Ta, je crois, nous donner la solution, non plus Éros^ pierre le^ée, pi même TÊros qui accompagne Aphrodite sortant de Fonde^ Tamour digne de ce nom, qui n'oublie aucun de ses attributs et de ses fonctions tout humaines, non ; mais un certain amour, vidé de tout organisme, sans réalité et sans objet, sans sexe même, le concept métaphysique de Tamour. Ce concept, nous Tavons dit, est fort ancien ; malgré toute la crédulité de rimaginatiotn primitive, il ne fut pas longtemps possible d'accepter tout à fait comme une réalité l'union sexuelle du ciel et de la terre, ce ne pouvait être qu'un à peu près ; le sentiment qui rapprochait les deux éléments du couple céleste était bien du même ordre que l'amour humain, mais avec on ne sait quoi de plus général, de plus idéal. De pareilles rêveries durent hanter les Empédocle et les Platon. En fait, de leurs cerveaux, Tamour sortit exsangue, subtil, réduit à Tétat de pure entité ; il n'est plus ni conjugal, ni paternel, ni filial ; il est cosmique, il est le régulateur des choses et le lien entre les hommes et les dieux. Les philosophes et les mystiques espéraient beaucoup de cette neutralisation de Famour; mais, hélas ! ils avaient oublié la nature propre de cette antique divinité, et ils n'ont pu la lui ravir. Qui dit amour^ dit choix, préférence, et souvent inconstance, caprice, jalousie, haines folles, antipathies inexpliquées. Donner pour attribut au dieu le plus froid l'amour le plus incolore, c'est encore lui faire un présent dangereux ; ce dieu étant suppléé par des ministres^ ceux-ci lui conseilleront toujours d'aimer, avant tout^ les plus forts et les plus riches, sûrs que les malheureux l'en aimeront d'autant plus pour fléchir sa colère ou vaincre son indifférence. Quelle qu'en soit la cause, il en a toujours été ainsi; ces dieux pères et ces déesses mères ont toujours donné à leurs adorateurs infimes des marques non dissimulées de la plus parfaite ingratitude.
Nous n'en avons pas fini avec la paternité des dieux. De croyance fondamentale, nous allons la voir passer à l'état d< simple survivance.
Tant quMl y eut des déesses, des Junon^ des Gérés, des Isis, des Cybèle et tutte quante, même après le triomphe définitif du ciel et du principe masculin dans la personne de Zeus, père des dieux et des hommes, les religions demeurèrent logiques en pleine déraison. Mais un dieu unique s'accommode peu de la paternité. S*il u toujours été seul, il n'a point engendré ; s'il a engendré autrefois et n'engendre plus, c'est ou que sa force est éventée, ou que ses compagnes ont péri ; sans femelle, point de paternité. Un dieu unique n'a droit à aucun sexe.
Rien ne prouve mieux que cette épithète de père, accolée à certains dieux, et que le caractère masculin du dieu suprême, M lente élimination dont le monothéisme est la résultante.
Au temps où s'est formée la légende chrétienne, le monde païen sentait encore la nécessité d'une ou de plusieurs femmes à côté d*un dieu père. Force fut donc au monothéisme chrétien d* obéir à la logique païenne. La femme, d'ailleurs, n'était pas à oublier , c'était sur ses attendrissements et ses nerfs que comptaient le plus les apôtres d'un dieu d'amour.
Au grand scandale des fidèles Hébreux, le vieillard Jahvè sortit de sa gravité farouche. 11 résolut, puisqu'il le fallait, a d'imiter la. nature et d'êlre père » une fois. Je m'arrête, comme dit La Fontaine,
et tiens qu'il faut laisser Dans les plus beaux sujets quelque chose à penser.
Mais admirez le pouvoir de la logique et comme, tôt ou tard, elle reprend ses droits. Vainement les premiers adeptes laissèrent volontiers dans l'ombre la mère de i'homme-dieu (luimême l'avait négligée); il fallut faire sa place à la vierge théotokos. Nous la voyons siéger aujourd'hui entre le père et le fils; et la Trinité, qui n'a plus rien d'obscur, est enfin ramenée à la simple triade calquée sur la famille humaine, Osiris^ Isis et Horus. Ainsi le culte de la génération a su s'imposer à la doctrine qui place avant toute autre vertu le célibat. En somme, l'un des dieux chrétiens, grâce à l'invention ci-
166 lA aELIfilOK.
Cessai, peut «oewâ, i la ligoeuv^ léoUnnr le nom de père et des offrandes fittito.
liais le dîen abstMt, iapecseMiel, 4e«]BéÉiqpbjiMcie«s el Àa déistes, le dieu saut eerps et saas épouse, i.<|sei titre retienêrfl obslinémeot eette paleimité ^ convena^ aux dieux fisitsi i'inige de rhooime? Quel est ce père céleste,. Tokmtiersisvo^ par Rousseau, mêae par Voitaitef Ls «iei B'exi^ paa.^ e4 1» dieu fu*on y loge, ^ant déf«urT« de^ tout: organe, ne pe«l rkn engendrer. £t cependant^ l'idée de ^ébeaetlHdée^ef^BératîiMyAs pateruité» demeureaÉ iasépaiaiiles«. Aktsîse psolouf eut e» siir- TÎtances vides les nytiies éunouta. Oa n0 sauxatt nî«UL ies comparer qu'à ces organea rudMMflirtairM <|ui pormetteut à li'anar tomie comparée de retrouver chez L'iMauneb trace de ses ancêtres atiimaux, A^ee leur iraiserabladMe et lent utiAité paesagites^ ils oat perdu leur gdce et leur weita; mais ie principe mer» bide qu'ils oui déposé daas la pensée eoulânna de Yîeier lia raison*
En lui donnant les dieux poocancê^res» Imwseoké de rheMSM lut a imposé tous ks devoirs d'un» aounissîon filtaie. Ajoutée la puissauce paternelle à l'arbitram diwii^ c'était appesantir le joug des religions, llvrar le dévot pieds et poii|^ liés au despotisme théocratique et politique. Aujourd'hui, l'autorité du père est limitée par le droit de l'enfant; les droits du père ont pour mesure exacte l'accomplissement de sm devoirs. La paternité antique était un absolu pouvoir^ un droit sans contrepoids, droit de vie et de mort, întfiseutable et souf erain. Et que n'ont pas fait, pour cetiserver à ta paternité dî*vine ce caractèfe rigoureux, fe sacerdoce crt la royauté, la tliéologie et ia tbéadicée?
On a coutume de tanter les bienfaifs de la croyance à une origine divine ; la dignité humaine accrue, la confiance dans la protection d'un ami teut-puissant, la résignation et le coorage en face de Tadrersité, la crainte salutaire du châtiment, les voluptés de l'obéissance, la sainteté reconnue des préceptes promulgués] au nom du suprême législateur: apologie mêlée de
LE CULTE n U GÉNÉRATION* tê7
et d'timurs^ Il est certain que le respect d'un père éternel foi voit tfHity sait tout^ entend to«t, a fêfMB détourné du ▼iee et da cône des àenmas ëletéa dans ce reaped par d!*autres koflRnes ludnles ou sincères. Mais M esttcmt auasl vfai qws, pies ma^mêâ encore, ces pieiax sentiments ont Éi^piré les actions èm plus fnnestes et donné carrière aux pkts lienteQaes ptsaieiM.
Pimî leurs conséquences las moîna itoaHeusesy en pent ranger la iernlisé^ rhypooiisie et le fanaCisme* Si le bea Samuel a «»§ des prÛHNmiers entre deui planchies ; si les fils d*Âlkh, de Sabêotà^ ete,, ont, avec atantage, remplacé iessaerîfices ImiiiaîBs par des bécatonbes réciproques de paiens, de musnlmans et de elMrdCîens; sifutikodoxie et l'hérésie, l'inquisftiott et h FOjnuté^ •nt oou«Fert de sang et de ruines l'Europe, rAmériqne et te monde entier; si la routine saintes cembattK la science parle 1er, par le hm^ par )a geôle et Texcommunicatiett, c'est en rhonneur du père commun» pour la plus grande gleit« de Diefo, de ses Tîcaires et de ses représentants privilégiés. Le bien est ce q«e le père commande; le mal ce que le père réprouve; le meaitre^ la perfidie, s'il les ordonne, deviennent un suprême aiérile. Ainsi les reHgîons ont ébranlé Tordre qu'elles ont pré^ tendu établir sur une fiction. Ainsi rinveation d*tm premier coople aneestrai résorbé en on père céleste a iTieié la morale.
Mais qu'est donc devenu ce mutuel amour qui doit présider aux rapports du père et des enfents, et des enfants' entre eux? II est devenu, comme vons allez voir, le brandon de discorde, la tause du mal.
La théologie, qui fait profession de mépriser la réalité de Tamoar, en divinise le concept. L*amour, Tamitié, toutes les affections, très distinctes, qu^eHe confond dans une demi^cen- <famnation, elle ne les confond pas moins dans un culte mystî- <IQe. L'amour de Dieu pour les hommes est la raison d*ètre de l'snivers. L'amour des hommes pour Dieu et pour ses semblables, mais en Dieu seulement, est le principe de la vertu et la formule du salut. Dante donne pour couronnement à sa mythologie chrétienne « le suprême amour ». Dieu est amour.
Eh bien, ce lieu commun, adopté et ressassé par toutes le: sectes spiritualistes, n'est pas inoffensif. 11 livre l'univers ai caprice, rtiumanité à la grâce. Il subordonne Tordre intellectue à Tordre affectif, la liberté à Tautorité. Certes, Tadlsur, Tamitié. la fraternité, comptent parmi les plus puissants mobiles des actes moraux et du progrès social; mais si, les W^chant à leu] sphère réelle et exclusive, l'organisme individuel et coUectif^^ on les transplante dans la nature et dans Tespace, où ils n'oni que faire, on les met en contradiction avec l'expérience la pli simple; si, des hauteurs illusoires où on les a portés, on les ra^r mène sur la terre comme régulateurs absolus de la vie et de 11 société, on les érige nécessairement en ennemis du vérifabl^ principe de Tévolution sociale. Ce principe, est*il besoia da dire? c'est le concept de justice. Or, le pro^F^iicnoral précisément en raison directe de la prédominance de fa jastic^^ sur Tamour, sur la grâce et Tarbitraire.
Et n*allez pas croire que la Vénus céleste de Platon, Tarnoofl^-^ chrétien, et Tamour des théodicées qui se croient indépendant soient d'autre essence que la pierre levée du Dacotah, que TIsl ou la Cybèle d'Asie, quel'Éros d'Hésiode. Tons sont liés par descendance ininterrompue; ce sont les formes diverses d^ même illusion primordiale qui transporte à Tensémble des choi les faits, les facultés, les idées qui n'ont de réalité que dani Torgnnisme vivant, animal ou humain : produits équivalents du vice que nous avons nommé anthropisme.
Le culte de la génération a exercé des influences capitales et diverses sur toutes les phases de Tévolution religieuse, morale et sociale. Hypothèses cosmogoniques, adoration de la fécondité mâle ou femelle, passage de Tanimisme à l'anthropomorphisme, culte des ancêtres, du couple primordial, du père -céleste, concept de Tamour divin, de la grâce arbitraire, théocratie, absolutisme, déviation de la morale, tout en procède, et le monde s'en ressent encore.