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IV. CULTE DBS ANCÊTRES

Importance et uniTersalité da culte des m&nes en Polynésie, en Afrique, en Asie, en Amérique et chez les peuples historiques. — L'Egypte place les ancêtres immédiatement après les dieux. — Les ancêtres en Chine, au Japon, chez les Sémites, chez les Aryas de l'Inde et de la Perse, chez les Hellènes et lei Latins. — Les Mânes, Lémures, Pénates, Lares ; leur culte domestiqoe et public.

Les éléments mythiques ressemblent à ces notes qu'on ne peut faire vibrer sans éveiller les timbres harmoniques. En rompant le faisceau, l'analyse forcément brise les fils^ intercepte les résonances. Il importe donc, en isolant un groupe, d*en marquer la place dans la série, surtout lorsquHl se trouve être un de ces nœuds où se rencontrent et d'où s^irradient tous les chemins d'une vaste région^ toutes les ramiOcations d'un système.

Pris en lui-même, le culte des ancêtres nous apparaîtra tout d'abord comme le prolongement du culte des morts ; mais il n'est pas en connexion moins intime avec le culte de la génération^ du couple primordial et de la paternité divine ; la génération le rattache au culte génésique des pierres, à l'adoration de la vie et de la fécondité sous les espèces de l'eau et du feu. Il a sa bonne part du culte des animaux et des plantes. Par l'égale attribution du double k tous les êtres, à toutes les choses et à tous les concepts, il se confond avec le culte des esprits^ peu à peu ramenés à la figure humaine. Il comporte et il implique le culte des héros fondateurs, des patrons, des génies et des anges; enfin l'apothéose des morts conduit à celle des vivants, et la divinité du père dans la famille entraîne la divinité du roi, du chef ou de la puissance publique dans l'État. Est-ce àdire^ comme on l'a soutenu, que le culte des ancêtres soit la source unique des religions et des théocraties? Non, mais il n'y a pas un fait d'ordre religieux, pas une institution privée ou sociale dont il ne soit ou la cause, ou l'effet^ ou l'auxiliaire. Transition entre l'animisme et l'anthropomorphisme, il amalgame la nature à l'humanité, l'organisme vivant et pensant à l'impassible univers.

CULTE DES ANCÊTRES. ii9

Le culte des ancêtres est compatible avec l'état le plus fruste de rintelligence. Cook l'a constaté chez les Fuégiens^ qui» avant tout contact européen, paraissaient étrangers à tout sentiment religieux. Il est à peu près la seule croyance des Weddahs de Ceylan. Les indigènes de Sumatra^ qui ne connaissent, au dire d'explorateurs peut-être superficiels^ ni dieux^ ni démons» ni idoles, pe laissent pas de vénérer les tombes et les mânes. On peut en dire autant des Tasmaniens^ Australiens, Andamènes, Hottentots, et des peuples sauvages les plus infimes. Si nous passons aux groupes fixes qui, gardant au milieu d'eux les sépultures^ peuvent développer leur rituel funéraire, nous voyons établie partout la propitiation des esprits. Les Fidjiens placent leurs parents morts dans la famille des dieux; ils élèvent à leur mémoire des temples ou Buras. Chez les Tannais, le nom général qui désigne la divinité parait être Arumba, homme mort* AttuiSj AntiSf en diverses lies de la Polynésie, ont la même signification. Tahitiens, Samoans, Hawaïens, sacrifient aux mânes de leurs chefs; partout les Moraïs sont des tombeaux et des temples, des enceintes protégées par un tabou rigoureux.

Les Néo*Zéiandais, rapporte Eugène Véron, élèvent à la mémoire des morts des idoles près des lieux où ils sont enterrés. Et tel est le caractère des bustes informes et colossaux encore debout dans llle de Pâques. Les Néo-Zélandais s'entretiennent affectueusement avec ces simulacres. Ils leur donnent des vêtements^ et conservent en outre dans leurs cases de petites images en bois sculpté, dont chacune est dédiée à Tâme d'un ancêtre. Ce sont les khorwars des Papous. Le prêtre, en répétant certaines formules, oblige Tesprit à entrer dans Tidole, qu'il secoue, au moyen d'une ficelle attachée au cou de la poupée, pour attirer son attention. Parfois TAtua, ou Tii, refuse de pénétrer dans rimage, et passant dans le corps du prêtre, le fait tomber en convulsions et prononce des oracles par sa bouche. On rencontre de ces images, animées d'une vie intermittente, aux îles de la Société; à Bornéo, les Dayaks placent sur les chemins de grossières statues armées d'une courte lance en bois, coiffées

d'un bonnet d'écorce et munies d'un panier où l'on dépose des noix de bétel ; les ancêtres y résident.

Les fonctions des mânes sont partout les mêmes ; protecteurs des champs de tares et d'ignames, des patates et des arbres fruitiers, intercesseurs auprès des dieux^ ils veillent sur leurs familles et leurs tribus, ils dirigent les guerriers maoris et autres sur le sentier de la guerre^ et les suivent aux combats. Ils ne sont pas toujours propices, soit que leurs descendants se soient montrés tièdes à leur égard, soit qu'ils aient appartenu à des familles, à des races, jadis rivales et ennemies. A Madagascar, les Hovas se déûent des mânes d'une tribu qu'ils ont dépossédée, les Ouazimbas, et ne sont pas moins dévots à ces personnages irrités qu'à leurs propres morts. Ils graissent les pierres tombales des Ouazimbas et y apportent les cornes des bœufs qu^ils ont mangés, les têtes des moutons et des volailles.

L'Afrique est vouée tout entière à des croyances et à des pratiques semblables. Au Galabar, à la côte d'Or, au Congo, des mannequins de paille et de chiffon, des statues ou poupées, qu'on nomme Amagaiy Wong, Erdro, représentent les ancêtres, logent les esprits et inspirent les féticheurs. Le peuple d*Angola, dit Livingstone, est sans cesse occupé à détourner la colère des trépassés. Les Bambiris invoquent les parents et les esprits de la tribu. Les Balondas, les Wanikas élèvent les morts au rang des dieux. Dans toute la famille Bantou, Zoulous, Basutos^ Gafres, une hiérarchie s'est établie parmi les catégories d'ancêtres, morimo ou maléomo, suivant les dialectes. On distingue entre les mânes récents, ceux qu'on a vus vivre et mourir, et ceux dontla mémoire s'est conservée dans la famille, la tribu et la nation^ ce sont les héros fondateurs, les éponymes. La plupart de cei^ esprits affectionnent les formes animales et prennent l'âppa^ rence de buffles, d'hippopotames, surtout de serpents. Les Ouaherreros les nomment Kurus et savent que chaque village a le sien ; lorsqu'ils sacrifient aux Kurus, ils plantent autant de petits bâtons qu'il y a de mânes auxquels ils veulent s'adresser; et M. Fritsch nous apprend que ces baguettes sont coupées sur

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