MYTHES ET DIEUX DE LA PLUIE. MS
Tous les dieux conviés au sacrifice védique sont perpélnellement sollicités d*arroser la terre. Si on les abreuve de soaa, c'est pour qu'ils le rendent en amiita, en humide fécondité. A qui s'adresserait-on mieux tout d'abord qu'aux vents e^ aux nuages, à Tagile troupeau des Maruta et des Rudras, tant6t chevaux, taureaux, vaches ou serpents, tantôt cavaliers, héros infatigables qui font cortège àVayou,àRudra,leurâ chefs directs, ou à Indra lui-même. Indra, si fort déchu dans le brahmanisme, a été^aux temps védiques. Ton des plus grands^ sinon le premier^ parmi les dieux des tribus blanches qui envahirent les hauts bassins de Tlndus et du Gange ; il n'est pas de figure qu'il n'ait revêtue, pas de puissance qn*il n*ait assumée; fulgurant, solaire, lumineux, il est avant tout le maitre des eaux. On n'ouvrira pas le recueil des hymnes sans relever à chaque page des métaphores et des récits qui célèbrent les nombreuses victoires d'Indra sur les démons de l'aridité . a II a donné la mort à Souchna ; il a frappé Abi, Vritra, Bala, ces noirs dragons de la nue ; il a fendu le rocher, la muraille^ éventré la prison des vaches ; il a versé les eanx sur la terre, déchaîné les torrents des montagnes, rempli le lit des quatre fleuves, fait descendre les ondes qui répandent le bonheur; » et ailleurs, « il répand les aliments comme une bienfaisante rosée, et avec eux la vie, qui circule partout, comme Teau. » Citons encore : « Du sein du nuage voyageur, il fait jaillir une onde impétueuse ; il donne la pluie. C'est lui qui, s'emparant de la mamelle de la nue, l'ouvre et la ferme à son gré... Il ouvre l'océan des pluies, n Autour de lui, par essaims, les filles des eaux, les nuées humides, les nymphes Apsarâs, aux accords des Gandharvas, musiciens à tête de cheval et proches parents des Centaures grecs, dansent les pas voluptueux dont les modernes bayadères ont conservé le rythme traditionnel.
A côté d'Indra, son rival Agni, qui partage déjà tous ses honneurs, toutes ses victoires, et revendique toutes ses fonctions, sait aussi, dit le poète sacré, « faire du nuage un torrent qui arrose les airs ».
Il semble que ces deux maîtres de Peau et du feu — - si habituellement associés que leurs deux noms forment un seul mot mis au duel — il semble quMndra et Agni aient usurpé Tempire dévolu avant eux à un autre couple céleste^ Yarouna et Mitra, souvent unis avec Âryaman. Le nom de ce dernier, qui est le nom même de la race, donne à cette triade un caractère national ; rantiquité de Mitra est mieux établie encore ; n*est-il pas resté, dans la mythologie perse, comme un souvenir d'une période préhistorique de communauté indo-iranienne, à côté des types nouveaux, inventés ou altérés par le réformateur Zoroastre î Mais le vrai chef, ici, c'est Varouna — d'une racine vri ou var^ qui veut dire étendre, développer — et qui a fourni aux Hellènes leur antique Ouranos, le ciel nocturne aux yeux innombrables. Varouna, comme Indra lui-même, est depuis longtemps déchu. Le brahmanisme Ta réduit au rôle honorable et significatif de dieu des eaux ; cet emploi fait allusion encore à ses grandeurs passées. Déjà, aux temps védiques, il descendait^ avec le soleil couchant, vers les eaux et les mers, semblable luimême a à une mer immense » ; mais il en ressortait le matin avec Mitra, le soleil, Tami, tout humide de rosée, égal à Indra, et les poètes chantaient : a Mitra et Varouna sont les dieux qui accordent la pluie, qui versent la pluie et le bonheur. Gomme la pluie humecte un champ d'orge, ainsi Varouna, roi du monde, arrose la terre entière. De sa bouche coulent les sources des fleuves. Mitra et Varouna, la pluie est votre bien, faites tomber la pluie. 0 sage Varouna, tu es Indra, et tu as délivré les ondes! » Et Varouna disait, se rendant justice : « J'ai répandu les eaux purifiantes. »
Enfin, derrière ces divinités équivalentes, qui, tout en concourant h la même œuvre, gardent leur physionomie distincte, parce que chacune devait son origine à un groupe particulier de tribus voisines, on entrevoit dans l'éloignement, parmi les maîtres de la pluie, Dyaus, le dieu de l'étendue lumineuse, l'inséparable époux de la terre au large sein, Prithivî. Lui aussi a livré les combats contre les dragons de la nue ; lui aussi a
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versé sur sa compagne antique le lait des vaches délivrées. Mais il s'est retiré dans un auguste loisir. Toujours invoqué avant tous les autres dieux^ le couple ancestral se réjouit de voir ses enfants gouverner son empire ; exemple de cette vérité profonde, déjà exprimée plus d'une fois par les poètes du Big-Véda : • Toujours des dieux anciens naissent des dieux nouveaux. »
Sur le sujet qui nous occupe en ce moment, les hymnes sont inépuisables. Et je n'ai pu qu^effleurerici une richesse qui va jusqu'à la monotonie. Certainement les trois quarts de cet immense recueil sont consacrés à la gloire et à la production de la pluie. Que la prière s'adresse aux dieux que nous avons nommés^ ou à vingt autres, Vent, Foudre, Soleil, Aurore, Crépuscule, elle conclut comme l'invocation du Zoulou et de l'Abipone. Sous la complication des ornements, des légendes bizarres, des descriptions éclatantes, dans la confusion des attributs sans cesse échangés entre les personnages du panthéon atmosphérique, toujours apparaît un même besoin, un même souci, une même louange. La pluie est la condition de l'abondance, de la santé et de la vie. Mais bientôt, dans les pages que nous consacrerons au mythe des Titans, nous aurons à puiser plus largement dans ce vaste trésor de la pensée indo-européenne.
Les ancêtres des Hellènes et des Latins se sont détachés du tronc aryen avant que les Iraniens et les futurs conquérants de l'Tnde s'éloignassent du berceau commun ; mais déjà s'étaient répandues de proche en proche, dans la vague région qui va du Pamir à la Caspienne et au Pont-Euxin, des idées et des croyances aussi rapprochées entre elles que les idiomes et les dialectes issus de la langue mère, la langue aryenne primitive,qui adisparu, ma--^ .r.i:7it toiijDurs dans ses filles et leur descendance. Chaque groupe de tribus émigrantes a donc emporté, pour les développer selon son génie propre et les combiner avec les éléments nouveaux rencontrés sur sa route, la langue et la religion de la patrie première, dans l'état où elles étaient parvenues au moment du départ. C'est ce qui explique à la fois les affinités intimes et les divergences très nombreuses que l'on ïevûa:tQj\^
entre les vocabakires et les mythes de races qui ont véca plus ou moins longtemps côte à c6te avant rhistoire.
De là fient que nous retrouvons chez les Grecs une foule de mythes presque tous faits et qui reparaissent, plus ou moias achevés, dans les hymnes indiens, mais non pas tous les dieux créés par l'imagination védique ; ils ne furent pas embarrassés, d'ailleurs, pour en inventer ou en emprunter des centaines d'autres. Partis avant Tavènement d'Indra et d'Âgni, de Rudia et de Yichnou, avant même que Yarouna — inconnu des Latias ~- se fût adjoint Mitra et Aryaman, quand le culte de Dyaus était dans toute sa force, ils ont gardé, il est vrai, le souv^iir de l'un et de l'autre^ mais ils ont interverti les rôles ; Varouna- Ooranos a été assez vite relégué dans l'honorariat ; Dyaus-Zeus, an contraire, est resté le dieu suprême des tribus helléniques et latines, d'autant plus aisément qu'elles le trouvèrent peutêtre installé déjà dans le Latium et à Dodone par leurs avantgardes, les Pélasges et les Ombriens, les Osques et les Étrusques.
Zeuâ réunit en lui tous les pouvoirs des dieux mâles supérieurs ; il assume le gouvernement de l'univers. Il n'est pas sans rivaux ; le soleil, la mer, la terre, et toute la race des divinités féminines, gardent une certaine indépendance. Mais il triomphe des rébellions et maintient son empire. Il sera toujours le maître, parce qu'il tient la foudre et le nuage. II est le ciel, Astéries^ couvert d'astres, il est népkélégéréta, l'assembleur de nuées, l'atmosphère ; il est l'époux de la nue. Rappelons ici la fable d'Ixion. Ixion, qu'à sa roue ardente on reconnaît pour le soleil, viole Héra, sous la forme d'une nuée ; la foudre punit aussitôt ce sacrilège. Ce vieux mythe est instructif, et aussi eelui de Phaéthon. Dans Tun et dans Tautre, la production de la pluie — qui en est le trait final — est considérée par Zeus comme une usurpation intolérable. C'est à Zeus seul que doit s'adresser l'universelle invocation : Husoriy Zeu, pleus, Zeus ! Et la pluie d'or, la pluie vermeille du printemps, ruisselle sur le sein de Danaê, la terre hellénique.
£n Italie, Jovis Pater, Jupiter, parfaitement identique par le