MYTHES ET DI£UX DE LA PLUIE. S
nom et la poissance au Zeus des Grees^ est tout à la fois le ciel, raUDospbère, et le diea qui les gouTerna. il partageait sans doute avec Janus, avec Mars printanier, avec Flora^ Vénus, Diana^ ai ec les divinités des saisons, les hommages des laboureun, altérés comme lears siUons^ et des pâtres qui voyaient dépérir leurs troapeaux; mais c*est lui, par exceilence, qui ma- Desavre la fondre el lance Taverse^ soit qu'il tonne ou pleuve hu-mème, de sa personne pour ainsi dire^ soit qu'il se serve des divers météores comme d'armes toujours sous sa main. On remarquera la nuance que j'indique, si Von compare une strophe d'Horace et un vers de Virgile :
Jam satis terris nivis, etc., Misit pater, jaculatus arces.
(Assez de neige et de grêle maudite le père a envoyé sur la terre^ assez sa droite flamboyante a criblé de ses traits la ville terrifiée.)
C'est le passage d'Horace. Virgile, lui, incorpore le dieu au phénomène :
L«to deseendal Japiter imbri.
(Qae Japiter descende en joyeuse pluie.)
Le sentiment parait un peu plus archaïque ; Virgile ne s'en est pas douté peut-être ; les deux poètes ne songeaient l'un et l'autre qu*à produire une image ; et il n'est même pas sûr que Tun ou l'autre crût à Jupiter. Mais la foi des masses était demeurée entière; le peuple croit fermement, comme dit Ënnius, que «i quand Jupiter rit, tout le ciel rit avec lui ». Dans les moments de grande sécheresse (Preller), le peuple de Rome, hommes et femmes, se rend pieds nus au Capitole pour y adresser à Jupiter de ferventes prières. De même qu'il y a un art d'attirer ou de conjurer les éclairs, il y a des procédés liturgiques pour appeler les nuages et les pluies. Le laboureur célèbre, aux changements de saisons, des festins arrosés de libations nombreuses, en rhonneur de Jupiter imbricitor, pluvius^ pluvialis, almus et frugifeTy dieu de la pluie, de l'abondance et des moissons.
Les peuples de la Chaldée et de l'Asie Mineure doivent être au moins cités dans cette nomenclature. On connaît le culte particulier qu'ils rendaient au principe humide sous diverses formes, généralement féminines. Istar, Aschera^ Astarté, Milytta, Baaitis, la grande mère de Pessinunte^ Artémis d'Éphèse, Junon de Sardes et de Samos, représentaient, sur la terre et au ciel, les puissances fécondatrices et fécondées ; elles attiraient et recevaient, à la fois, les eaux de l'atmosphère. Nous savons d'ailleurs, par les fragments de Bérose, de Sanchoniathon, et par la Bible juive, que la conception du ciel et des eaux supérieures était la même chez les Sémites que chez les Aryas, que chez les Polynésiens ou les Gafres. Rorate cœli desuper, disent les prophètes et les psalmistes, Gieux^ répandez votre rosée I
Quand le christianisme se forma d'une légende juive et d'idées néo- platoniciennes, il trouva le concept divin parfaitement établi des deux 'parts, et — si nous mettons de côté les dogmes et les mystères qui lui sont propres — il se contenta d'incorporer dans le Jéhovah biblique le Jupiter optimus maximus et le Zeus père des dieux et des hommes. Le ciel et Dieu ne cessèrent point d'être des mots synonymes et inséparables. Il n'est pas de religion^ plus ou moins monothéiste^ pour laquelle Dieu ne soit un ciel anthropomorphe, qui gouverne aussi bien le monde matériel que le monde moral, l'arbitre du temps, souverain maître de la pluie et des tonnerres. C'est, je pense, une doctrine dont il n*est pas besoin de prouver l'orthodoxie ; les Rogations la consacrent assez, et dans sa forme la plus primitive. Quand les prêtres s'avancent en chantant autour des récoltes, portant les ustensiles et les emblèmes sacrés, arrosant les champs d'une pluie artificielle qui tombe du goupillon bénit, ils résument tou les usages, toutes les croyances de l'humanité noire, jaune e^ blanche, sauvage^ barbare et civilisée. Enfin, les mêmes homme qui voient dans les inondations et les intempéries des marque évidentes de la colère céleste, ne sauraient contester aux orag^ bénins et aux pluies opportunes le caractère de faveurs divines Fléaux et bienfaits procèdent du même Dieu juste et bon.