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MYTHES ET DIEUX DE LA PLUIE. SOI

La divinité, d'ailleurs, est à ce prix. Qu*est-ce qu*un dieu qui ne pleut pas? qui n^intervient pas dans les événements les plus prochains et les plus essentiels à la vie ? Les déistes en ont fait Texpérience. Leur grand arcliitecte est, du moins ils le disent, auguste et sage, mais il ne passionne guère. La science et la raison lui ont enlevé la pluie et la foudre. La prière n*a plus de prise sur lui. C'est pourquoi les foules lui préféreront toujours, à défaut du Jupiter imbricitor et du dieu tonnant, les petits dieux locaux^ saints, génies, fées, talismans, qui ont conservé un pouvoir agissant et direct sur les menus phénomènes de la nature. £t le culte de la pluie unit par où il a commencé.

Gomme le culte des eaux terrestres, comme celui du feu, il est né d'un besoin impérieux et constant ; il a traversé toutes les phases de l'animisme, s^est amalgamé à tous les mythes, a toutes les manifestations du sentiment religieux ; il s'est imposé à toutes les grandes religions aryennes, sémitiques, européennes, et il leur survit. Pour l'immense majorité du genre humain, la pluie demeure inséparable de la puissance suprême. « Faire la pluie et le beau temps ! » n'est-ce pas encore l'expression la plus complète et le privilège de la force absolue ?

Le vent, la foudre, ont donné lieu à des mythes plus variés, plus éclatants que la pluie ; mais ils ont couru la même carrière et obtenu la même fortune. Partis des plus humbles degrés, ils ont rapidement conquis les grands emplois du polythéisme; ils se sont groupés autour des dieux suprêmes et, atteignant le sommet de la hiérarchie, sont entrés^ comme leur modeste sœur, <ians l'essence même de la divinité.

sot LÀ RELIGION.

Le Tent «rt l'haleine des génies ; le fiNidTe Mt U Toiz et Tanne des dieez de l'atmosphère. — Idées et croyances des Zoolous, des Nègres occidentaux, des Kamtchadales, des Samoyèdes. — Les huit esprits Pa-chta, en Chine. — Les esprits suscitent les tempêtes, chez les Tagals, les Pqpome, les AustraHees. •— Qienz célestes et marins des vents dans la Polynésie ; carême où Ifaiû enpcisonne les vents. — L'oiseau-vent, l'oiseau-tonnerre, chez les Ahts, les Odcotahs et les Caraïbes. — Dieux lanceurs de pierres, chez les Iroqnois et les Sioox.

— Mythe algonquin. — Dieux serpents et oiseanx de Ifexiqiie, de ITTaistaB, da GoatémaJa. — Abondance de dieux des vents et des tonnerres an Cnndinamarca, au Pérou, au Brésil et au Chili. — Les vents dans la mythologie chaldéenne. — V Esprit dans la Genèse, le Scmffle dans SaM^oniathoB, l'Air générateur et le Nous d'Anszagore» Pnemna, le Verbe et le Saint-JStprit, -> Les vents et les tonnerres dans le Véda, dans VAvesta, — Palais homérique et banquet des vents. — Famille des rafales et des trombes. — Éole et Poséidon.

— Zens résorbe «n lui toates les paissaDees de l'air. — Culte des-wvnts et des tempêtes en Italie. — Scienee étrasque de rHaruspicine. — Jupiter^ grand maître des vents et de la foudre. — Dieux et mythes finnois, slaves et germaniques. — Survivances.

Les yents intéressent directement le tact et l'ouïe; ils frappent la vue par leurs effets divers. Leur incalculable puissance s'est imposée tout d'abord à l'attention , à Tappréhension de sauvages peu vêtus et mal abrités. A ces corps tout ensemble évidents et mystérieux, il était impossible de dénier la vie et la volonté ; le mouvement dont ils sont animés, les sons qu'ils font entendre, leurs libres et soudains caprices, que la science d'aujourd'hui motive à grand'peine, rendaient invincible Tiliusion de nos ignorants ancêtres. Que dirons-nous de l'analogie inévitable entre le vent et l'haleine? Le souffle, la respiration, n'est-ce pas la vie même ? Il n'y a pas de langue qui n'ait consacré cette conclusion pour ainsi dire instantanée. Pour nous borner aux idiomes que nous connaissons tous, le sanscrit atma et le grec atmos, le grec et le latin anémos^ anima, pneuma, psuché^ spiritm, des expressions comme t à bout de vent, retenir son vent, instrument à vent», ne laissent aucun doute sur l'identité reconnue du souffle et du vent. L'animisme, et le mot lui-même le dit assez, s'empara de cette donnée ; il s'en servit pour expliquer l'origine

ie ces phënomènes inquiétants et pour indiquer les moyens de létoumer leur colère. Les vents furent le souffle des fantômes, les mânes et des génies ; et, comme tels^ à la disposition du «orner et du prêtre qui sait Tart de £tôchir les esprits et leurs repréientants, les fétiches. Rapidement condensés en dieux anthro- ;)omorphe8 et spéciaux, les vents du nord, du sud, de l'orient, de /ouest, la trombe, le cyclone, se rirent associés à des mythes anombrables, logés dans les cavernes terrestres et marines, ians les noages, dans les chambres de palais imaginaires, au* iessus et au-dessous du firmament Us deyinrent à leur tour iîompagnons et messagers des dieux supérieurs, enfin attributs inséparable de la divinité.

La destinée religieuse de l'orage a été sensiblement la même que celle du vent ; et il est arrivé plus d'une fois que ces deux §lénients mythiques ont été confondus dans la légende comme ils le sont dans la nature. Toutefois l'un a plus d'affinité avec es eaux et les pluies, l'autre avec le feu et les astres. La fou- Ire^ l'éclair, ont dû particulièrement frapper le spectateur épouiranté de la tempête, et donner lieu à des mythes, à des métaphores et à des personnifications spéciales, qui ont peuplé le 2iel d' éclairs-serpents, d'oiseaux-tonnerres, de chasseurs et de guerriers à l'épée d'or et aux flèches barbelées, montés sur des chevaux de feu, ou suivis de tigres et de dragons aux prunelles le braise. En même temps que ces fables, encore vivantes dans es traditions populaires, pullulaient dans mille et mille contrées, es tonnerres étaient réclamés pour serviteurs et pour armes contre les rebelles et les méchants par les dieux de l'air et du our; ils tombaient aux mains des démiurges à marteau ou à .rident, tels que Twachtar, Héphaïstos, Poséidon, Thor, Taralis, etc; finalement, ils étaient confisqués par les dieux suprênés, les Indra, les Zeus et autres dieux tonnants.

Tous les traits que nous avons sommairement indiqués et 'assemblés, nous allons les retrouver, épars ou diversement îonnbinés, dans notre voyage à travers les temps et les peuples.

Si nous omettons les Boschimans et les Negritos, qui — tout

en redoutant les démons et les sorciers — sont demeurés presque en deçà du cycle religieux, les nègres africains sont de beaucoup les plus pauvres en conceptions mythiques. Certes, ils redoutent les vents et les tonnerres ; ils les font conjurer par leurs faiseurs de plufe ; ils maltraitent les magiciens malencontreux qui ont attiré l'orage au lieu de le chasser; mais ils se bornent le plus souvent à considérer les intempéries comme un effet de la colère des esprits. Chez les Cafres, il est vrai, le chei des mânes, le vieux des vieux, UnkuluhulUy prend la place et fait rUlusion d'un dieu suprême; il s'identifie avec le ciel ; on lui donne même le titre de « maître du ciel », et la haute main sur les vents et les tempêtes. Quand le tonnerre est tombé sur une maison, c'est lui qui Ta lancé ; et personne ne peut plus entrer dans un lieu ainsi condamné et taboue par la vengeance ou la justice de l'esprit ; les habitants de la maison maudite restent en quarantaine jusqu'à Taccomplissement de sacrifices propitiatoires. Si c'est un homme ou un bœuf que la foudre a frappés, ceux qui ensevelissent ces corps sont impurs et s'abstiennent de lait jusqu'à ce que l'on ait offert pour eux une lustration complète. Les Zoulous, qui paraissent le spécimen 1^ plus intelligent de la race bantou, ont produit des contes popu — laires qui ne sont pas sans mérite, ni sans curieuses ressem — blances avec les fables des nations plus cultivées. Une de ce^ légendes nous montre une jeune princesse zoulou, captive a.^^ pays des demi-hommes, reprochant au dieu Ciel de n'avoir p»^ foudroyé ses ravisseurs : a 0 Ciel, s*écrie-l-eHe, prête-moi toï* attention, écoute ; le tonnerre ne fait pas entendre d'effroyables grondements. 11 ne tonne pas plus qu'à l'ordinaire. Que faitdoac la foudre ? Se fait-elle entendre seulement pour produire la plaî^ et les changements de saison ? » Alors le dieu est piqué au vi^- Les nuages s'assemblent en tumulte. La foudre gronde et frappa les demi-hommes, sans faire aucun mal à la princesse délivrée* Passage curieux qui nous permet de constater chez les nègres deux des croyances les plus répandues sur la terre entière. Tout autant que les Grecs, les Romains ou les Arabes, les Zoulous

regardent comme des monstres, des barbares, des demi-hommes, comme des êtres inférieurs, les peuples étrangers qui les entourent ; ils sont convaincus, en outre, de leur droit exclusif à la protection divine. En même temps, les paroles de la princesse révèlent une sorte de bon sens, un rudiment de science, puisqu'elle reconnaît que l'office ordinaire de la foudre est de produire la pluie et les changements de saison.

Les idées sont plus vagues dans TAfrique occidentale. Dans le Bonny et TAquapim, un seul nom, Yankupong, Nyankupon, désigne à la fois le ciel, le temps, les nuages et les météores. « La conception de ce dieu comme esprit suprême, disent Waitz et fiurton, est obscure et incertaine; on le confond souvent avec la voûte céleste et le monde supérieur qui est au delà de l'atteinte des hommes ; aussi ce même mot est-il employé pour désigner le ciel et même pour indiquer la pluie et le tonnerre. »

Les nègres du Congo et les Yorubas personnifient déjà plus nettement les phénomènes atmosphériques; les uns font du ^ent ou de la tempête un animal vivant, la monture de Boungie ; les autres ont un dieu du tonnerre, Shango, distinct du dieu céleste Olorun. Ils appellent aussi ce Shango Dzakuta, le jeteur <^e pierres; c'est lui qui a lancé d'en haut les haches de silex (dont les Yorubas ignorent Tusage) que l'on trouve dans le sol et <]ue Ton conserve comme des objets sacrés. Ils disent encore <iue, de temps à autre, pour terrifier les mauvais esprits, Suka- Mangé prend son tonnerre, puis rentre dans son repos.

Parmi les peuples qui, au point de vue religieux, n'ont guère <lépassé le niveau intellectuel de l'Afrique noire, il faut ranger les tribus sibériennes qui pratiquent le chamanisme, c'est-à-dire <iui attribuent tous les événements à des esprits ordinairement inalins soumis au pouvoir des sorciers ou chamans, énergumènes hallucinés par le jeûne, les contorsions et les vociférations les plus hideuses. Le Kamtchadale croit que Bumulkaï descend sur la terre et laisse sur la neige les traces de son char. Le grossier Samoyède appelle Num une vague puissance qui réside dans l'air

OU dans le ciel, avec les Teats et les tonnerres. Le Chinois dvilisé n'en sait guère plus ; le Y-King, son livre sacrée lui dit: « Le ciel et la terre s'ouvrent, et le tonnerre et la pluie prennent naissance. Les esprits sont les fonctionnaires du Chang-si, comme les mandarins, de l'empereur fils du ciel. » Et il fait des offrandes aux huit esprits Pa-chta, esprits du vent, du tonnerre, de la pluie, de la grêle, du froid, de la chaleur, des nuages et des insectes. Cela depuis plusieurs milliers d'années. Après tout, dira-t-il, qu'ont trouvé de plus les inventeurs brouillons de mythologies aujourd'hui délaissées ? Cette réponse a son mérite, et le cerveau chinois a sa valeur ausn ; mais un physiologiste y trouverait sans doute quelques cases absentes ou atrophiées.

Le monde malayo-polynésieh présente plus de variété; il semble que l'isolement des tribus dispersées au milieu des flots, des cyclones, des dangers de toute sorte, ait activé le travail de rimagination, d'ailleurs bizarre et incohérente. Faisons d'abord la part de l'animisme ; elle est grande, et, partout, nous trouverons les similaires des Antis ou Anitos (Philippines), mânes qui suscitent les tempêtes ; des Korwars papouas^ âmes enfermées en des Ggurines de bois, et qui commandent aux vents et à ia pluie ; des Fafniks, génies tempétueux cachés derrière les écueils ; des pierres sacrées que les Australiens du lac Macquarie regardent comme déposées ou lancées par le faucon-aigle. Mais ces mêmes Australiens savent déjà que le vmngj l'âme ou respiration, est de même nature que le souffle des vents; ils connaissent des constellations, groupes de chasseurs et déjeunes filles dansantes qui font trembler le ciel et déchaînent les orages.

Les Hawaïens ont imaginé et personnifié, comme pendant au cortège volcanique de Pelé, la famille céleste des Hiatas Noholani (habitants du ciel, saisissant les nuages) : Kamo-ho-ani, roi de la vapeur, Ta-poha-i-tahi-ora, explosion dans le lieu de la vie, Tane-hétiri, le tonnerre mâle, Teoahi-Tamatawa, fils de la guerre vomissant le feu.

Au-dessus d'un réservoir des pluies, d'un séjour des vents, les Néo-zélandais placent le dernier ciel, où réside Rehuo^ le meil-

lear des dieux, dieu des météores, qui répond par le tonnerre

aux prières de ses adorateurs. Ils racontent comment Maui (tour

à tour soleil, ciel, démiurge) peut chevaucher les vents ou les

emprisonner dans leurs cavernes; mais il ne peut atteindre le

vent d'ouest, ni trouver sa caverne pour rouler une pierre à

l'entrée. Voilà pourquoi règne ordinairement le vent d'ouest.

Cependant Maui le presse parfois si vivement qu'il se cache

dans son antre^ et cesse, pour un temps, de souffler. C'est ainsi

que Virgile nous représente Ëole emprisonnant les tempêtes

sonores. (Tylor, I, 413.) A Taîti, Maui est adoré comme vent de

l'est. A Tonga, c'est Alo-alo, le vanneur, qui préside aux vents

et aux saisons. Dans le mythe de Tangaroa, Tangaloa^ Taaroa,

commun à toute cette région de la Polynésie, les principaux dieux

des vents sont Veromatautoru et Tairibu, frère et sœur des

enfants de Taaroa. a Ils habitent, dit Ellis, près du grand rocher

sur lequel repose le monde. On suppose que les ouragans et les

tempêtes sont enfermés avec eux, et qu'ils les déchaînent pour

punir ceux qui négligent d'honorer les dieux. On croit que des

présents offerts à ces divinités ramènent le calme ; si la première

offrande est insuffisante, une seconde rend le succès infaillible.

On offre aussi des présents pour attirer la tempête ; mais on ne

réassit pas toujours. Cependant, chaque fois qu^me invasion

ennemie était annoncée, on ne manquait de demander secours à

ces protecteurs intermittents ; on les suppliait, en multipliant

les offrandes et les sacrifices, d'envoyer une tempête contre les

flottes redoutées. » En somme, le culte du vent et du tonnerre,

général en Polynésie, traverse les phases que nous avons indi-

<ïuées ; il s'adresse à la fois aux fantômes, aux mânes, aux fétir

ches, puis à certaines divinités spéciales engagées dans des

Mythes cosmogoniques, et tend finalement à remonter vers un

feu suprême, ciel ou soleil, Maui ou Taaroa.

^n La même progression se remarque dans les deux continents de

.' ^^Amérique. Si TEskimau» partant pour la pêche, se contente

**' û acheter au sorcier le vent favorable enfermé dans un sac (il se

°* rencontre, d'ailleurs, avec les héros d'Homère), l'imagination de

tous les peuples échelonnés des bords du Mackenzie à la pointe de la Patagonie s*est exercée, avec plus ou moins de puérilité, sur quelques données mythiques, faciles d'ailleurs à résumer. Il y a quatre vents^ quatre horizons, quatre frères plus ou moins jaloux Tun de l'autre, plus ou moins bienveillants pour l'homme. Les autres vents sont irréguliers, anarchiques, et sont forcés de se défendre en héros contre leurs chefs officiels. Le tonnerre est un dieu très puissant, parfois très secourable, qui habite l'étendue et lance des pierres ou des flèches d'or. Les éclairs sont des serpents, des guerriers qui luisent en passant ; ou bien vents et foudres sont des oiseaux, réels ou fabuleux, compagnons et messagers du ciel.

Cet oiseau-vent ou tonnerre est l'attribut du grand Manitou, comme i'aiglelest celui de Jupiter. Les Assiniboines disent l'avoir vu distinctement. Les Aths de Vancouver entendent le battement de ses ailes^ ils regardent avec crainte sa langue fourchue dardée par son bec entr'ouvert. Ils ajoutent une fable bizarre : autrefois quatre de ces oiseaux habitaient le pays ; ils se nourrissaient de baleines ; mais Quawteaht, un grand dieu, entra dans le corps d'une baleine; il attira les oiseaux-tonnerres les uns après les autres ; il les laissa s'abattre sur lui et leur permit d'enfoncer leurs serres dans ses chairs, puis il plongea jusqu'au fond de la mer et les noya. Trois d'entre eux périrent ; mais le dernier étendit ses ailes vigoureuses et gagna les hautes régions où il plane depuis (Tylor). Ou la légende est, comme beaucoup d'autres, dépourvue de sens, ou elle signifie qu'un seul dieu suffit et au delà pour manœuvrer les vents et les tonnerres ; c'est un effort naïf vers la condensation des puissances éparses dans la nature.

Plus bizarre encore, et de pure fantaisie cette fois, est le mythe raconté par les Dakotahs. « Le tonnerre est un grand et vieil oiseau, encore très rapide. En son vol, il tonne, il commence le tonnerre ; mais les grondements que l'on entend sur la terre sont produits par une foule infinie de jeunes oiseaux qui vont répétant le bruit paternel. Tout le mal vient de ces

étourdis jeunes tonnerres, pareils à ces méchants garçons qui ne veulent pas écouter les bons conseils. Quant au vieil oiseau tonnerre, il est sage et bon, ne tue personne et ne cause aucun dégât. » Est-ce une sorte d'apologue à placer dans un de ces discours imagés qu'affectionnent les chefs peaux-rouges; ou bien une allusion ironique à la distribution souvent peu judicieuse des éclairs et des tempêtes ?

Ces mêmes Dakotahs montrent ou montraient, dans un certain sentier de la foudre, près des sources du fleuve Saint-Pierre, les empreintes des pas de Toiseau-tonnerre, empreintes distantes parfois de trente kilomètres, comme celles des fameuses bottes de sept lieues.

Les Caraïbes attribuaient la pluie et le tonnerre à la mauvaise volonté du démon Maboya ; Torage leur causait une peur toute particulière ; à son approche, dit un voyageur d'autrefois — car cette race est éteinte depuis quatre-vingts ans — ils se retiraient dans leur hutte, assis autour du feu de la cuisine, les coudes aux genoux, la tête cachée dans les mains, pleurants, et s'écriaient dans leur patois créole : « Maboya mouch fâché contre Caraïbe. » Et ils ne bougeaient pas que la tempête ne fût terminée. Eux aussi connaissaient l'oiseau fulgurant, Savacou, ancien cémi, transformé en étoile et en maître de la tempête. Savacou est plus encore homme qu'oiseau, lorsqu'il produit l'éclair en soufflant dans un grand tube. (Mythe né après la connaissance du fusil.)

Hurakan, dont le nom même a passé dans nos langues, était le dieu le plus révéré dans les lies et sur les côtes du golfe du Mexique. « Cœur du ciel », tel était son titre, c'est-à-dire énerf^e céleste ; Hurakan a son oiseau, Voc, messager ou porteur de l'éclair.

Les Iroquois, les Delawares, les Sioux et le groupe algonkin, présentent un peu différemment leur mythologie atmosphérique. Les Iroquois croient que les vents sont tenus enfermés dans une caverne de montagne, à la disposition d'un grand manitou des tempêtes, qu'ils nomment Gàoh ; ils connaissent un dieu du ton-

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nerre bienveillant, Héno, qui parcourt les deux assis sur les nuées, fend les arbres et abat Tennemi à coups de pierre, assemble les nuages et verse les pluies. Le dieu tonnant des Sioux lance aussi des pluies de silex, des éclats de roche dont la chute produit et la lumière et le bruit de la foudre. Cette conceptioD, déjà signalée au chapitre Litholâtrie, devient de plus en plus générale à mesure qu'on avance vers l'Amérique du Centre et du Sud.

Les Algonkins^ comme les Delawares, révèrent quatre grands manitous de l'atmosphère : ce sont les quatre horizons, les quatre directions principales du vent. On a conté l'étonnemcnt . des premiers Espagnols débarqués dans une île du golfe, à l'aspect d'une grande croix de pierre dressée sur le rivage. Ils crurent que des navigateurs plus heureux les avaient prévenus, et que le christianisme était établi dans le nouveau monde. La croix était seulement un emblème des quatre vents. A ces vents, les Algonkins ont donné des noms et des personnes. Mudjukivis ou Kabéyun règne à l'occident ; il a trois fils, le vent de Test, Wabun, qui vole devant l'aurore, l'efféminé Ghawondesi, vent du sud, qui soupire pour la fille des prairies, aux cheveux d'or ; et le farouche vent du nord, Kabibonokka, qui s'efforce en vain d'arracher l'oiseau plongeur Chingebisàsachaude retraite d'hiver. Manabozho, autre fils de Kabéyun, mais bâtard, est le héros du nord-ouest. Enfin la trombe, Paupukkivis, mêle sa danse échevelée au cortège des vents. Une légende algonkine explique à la fois l'arrivée des vents chauds de l'été et la naissance d'une constellation, appelée le Pêcheur. « Jadis un hiver éternel sévissait sur la terre ; mais il existait au-dessus des cieux une autre terre, favorisée d'un éternel printemps. Or, certain jour, un joyeux petit animal, le martin-pêcheur, s'avisa de faire un trou dans la voûte du firmament, et par là s'échappèrent avec lui les vents chauds de l'été, oiseaux prisonniers dont il ouvrait la cage. Aussitôt les habitants du ciel criblèrent de flèches les fugitifs ; seul, le petit libérateur fut atteint, à la queue, seul endroit vulnérable de son corps ; et on peut le voir, traversé de

LE YENTy L ORAGE, LA FOUDRE. lit

la flèche fatale, fixé à jamais par sa blessure, dans la région septentrionale de la plaine céleste. »

Les dieux de l'atmosphère sont les plus anciens dieux da Mexique et de TAmérique centrale. Avant de prendre platie dans le panthéon mexicain^ chacun d'eux était le dieu national d'une tribu. Les Tlalocs et leur chef, dont nous avons parié, génies des vents, des éclairs, des nuages et des montagnes, étaient adorés par les Olmèques. La statue de Tlaloc, peinte de vert et de bleu, couleurs de Tair et des eaux, tient en main divers emblèmes de la foudre et des vents, serpents de bois oa d'or, javelot ou sceptre d'or pointu ; la croix figure parmi ses insignes. En décembre, aux premières pluies d'orage, on criait: « voici venir les Tlalocs ; et chaque famille recevait de petites poupées fabriquées par les prêtres en pâte de graine d'amaranthe, devant lesquelles on posait de petits plats et jattes remplis d'aliments et de breuvages. C'étaient les Tlalocs, ou Éhécatotontin (fils de l'air, Éhécatl). N'oublions pas d'autres offrandes plus sérieuses, enfants morts de faim, cœurs d'hommes et de femmes égorgés — en petit nombre toutefois; Tlaloc est doux, ses confrères ne se contentent pas pour si peu. De nombreuses sœurs épouses faisaient cortège à Tlaloc, entre autres Macuilxochiquetzal, divinité de l'air, de l'eau, des tempêtes, des tourbillons lacustres, patronne des naufragés.

Chez les Chichimèques, Mixcoatl, le nuage-serpent, est le dieu chasseur ; Camaxtli est le carreau de foudre, la trombe des tropiques. A Cholula, règne le fameux Quetzalcoatl, perroquet* serpent, nœud de couleuvres emplumées, qui lance des pierres et laisse sur les rochers la trace de ses pleurs. A Mexico, c'est le vampire, le colibri gaucher, Huitzilopochtli, dieu de la guerre, qui préside, comme le Mars latin, aux pluies et aux orages féconds du printemps. C'est à ce dieu tonnant qu'on sacrifiait par milliers des victimes humaines dont on lui présentait le cœur palpitant. L'arc-en-ciel est son page et son compagnon.

Dans rOajaca, des idoles teintes de sang humain habitaient une caverne profonde, faisant cortège au dku. d.^V^\i ^X^^t^s^

trombes, grosse émeraude ou gemme verte entourée d^un serpent qui lève la tête vers un petit oiseau. Les Zapothèques adoraient Wixepécocha, vieillard civil isateur, dont la croix est Tinsigne, qui disparut dans l'atmosphère à rapproche des dieux nouveaux ; et encore Huemac, héros à la main forte, compagnon de QuetzalcoatI, qui fait trembler la terre et les cieux.

Les Tzendals du Chiapas reconnaissent pour législateur Votan^ Odon, de la race des Ghan (serpents), dieu de la foudre, ou Teponatzli (autre nom du même), a arbre creux, tambour », rédacteur d'annales gardées par une prêtresse dans les souterrains de son temple. Yotan a fondé Tempire et la ville de Palenqué ou Nachan, « la cité des serpents ». Chez les Mayas de l'Yucatan, un perroquet-serpent, Cuculcan ou Gucumatz, fonde Chichen-Itza et Mayapan, visités par M. Désiré Charnay; Cuculcan, sous le nom de Zamna, Itazamna, « rosée du ciel ou des nuages », est le fondateur d'Izamal. Les Yucatèques adoraient encore Ahulneb, autre dieu de la pluie et des vents, figuré, dans rîle de Cozumel, par une croix, ailleurs monstrueux géant qui brandit une flèche.

Mêmes croyances et mêmes personnages chez les Quiches duB^ Guatemala et du Nicaragua. Ils n'avaient nul besoin d'emprun — ter aux Caraïbes Euracan, ou bien aux conquérants aztèque ^ Eécai, Écalchotlj mauvaise transcription d*Éhécatl, Tair ou L ^ vent. Ne possédaient-ils pas Gucumatz, déjà nommé; Quiatéot^dieu de Torage, à qui on sacrifiait de jeunes garçons ; Chiqui.— nau, Huéhé, le vieux, fils de Thamagastad, lequel aida s^^ parents à restaurer Tunivers gâté par le déluge ; et encox"^ Tohil, le grondeur, assisté de Hacavitz la foudre et d'Avilie: réclair ? Tohil, couteau de silex ou aérolithe, avait conduit les Quiches au pays des Sept Cavernes.

Bien que les mylhologies de l'Amérique du Sud aient gardé leur indépendance, il n'est pas difficile d'y trouver certains dieux fort apparentés aux précédents, sinon par le nom, du moins par la fonction. Les Muyscas de la Colombie conservaient le souvenir d'un dieu tonnant, esprit de feu, monstre à queue

de puma oa de jaguar, ancêtre des Caciques de Tundja. C'est Thomagata on Fomagata^ sans doute identique au Thamagastad quiche ; son histoire prête à un curieux rapprochement avec celle de TOuranos hésiodique. Botchica, autre dieu du ciel^ vainquit Thomagata et Témascula. Le même sens cosmogonique paraît se trouver au fond des deux mythes. Notons encore que la croix, en Colombie, marquait les quatre points cardinaux, personnifiés en quatre génies des vents, ancêtres démiurges créés par un dieu tricéphale, Nemtéréquétéba.

La prédilection des Péruviens pour le nombre quatre, la légende des quatre frères de la caverne (voir notre mythologie minérale), suffiraient à révéler une croyance antique à la. divinité des vents ; mais l'atmosphère et les eaux sont représentées dans la religion incasiquepar de très grands dieux, que la prééminence d'inti, le soleil, n'a pu reléguer au second plan. ï>'abord, le couple créateur Viracocha et Mamacocha, — prototypes de Manco-Capac et Mama-Oello. Viracocha est sorti, avant 2es derniers, du grand lac Titicaca; père d'une déesse des pluies, dont la foudre brise le vase céleste, toujours vide et-touours rempli, on le voit façonner et animer des hommes de :^ierre, sorte de Titans qu'il est obligé de combattre et de fôu- Iroyer. Dans les gorges des Andes, où l'écho du tonnerre est ^rrible, nous rencontrons Catequil, un des trois rochers qu'on i.dorait sur la montagne, dieu cruel et bienfaisant, friand d'hécatombes humaines et protecteur de la génération. Il est armé de la fronde et de la massue. De sa pelle d'or, il laboure la terre et en fait jaillir les hommes. Près de lui vole son frère, Son compagnon inséparable, Piguerao, l'oiseau brillant, l'éclair q^ui déchire la nue et, d'un trait d'or, féconde les campagnes. V.es deux frères étaient sortis de deux œufs pondus par une déesse chthonienne ou atmosphérique, sorte de Léda péruvienne. £n souvenir de cette origine, tous les jumeaux, aussi bien ceux des hommes que ceux des lamas, étaient consacrés et sacrifiés au couple fulgurant. Dans la religion solaire, Catequil est devenu Intiallapa, la foudre d'Inti. Mais il prend part, en personne,

aYec Yiracocha et Inti, à la grande fête du solstice d'été. Il entre même, avec Yiracocha, dans une sorte de trinité qui prélude au monothéisme : Iliatici (Catequil, lllapo), Yiracocha^ Pachamamac : vase du tonnerre, dieu du ciel, TÎvificateur du monde.

Deux autres dieux du tonnerre^ Tupan et Pillan^ compléteront la nomenclature sommaire des dieux atmosphériques dans TÂmérique du Sud. Tupan est le dieu suprême des Tupis, une des grandes races du Brésil^ et son nom signifie encore dieu. C'est un oiseau resplendissant^ Torage^ l'éclair. On lui doit la hone et l'art du labour. Pillan joue le même rôle au Chili, chez les Âraucans.

Nous nous sommes quelque peu étendu sur la mythologie atmosphérique du nouveau monde, parce qu'elle ofiEre, avec les fables classiques, les concordances les plus frappantes, sans qu'on puisse sérieusement attribuer ces rapports à des relations directes entre les Aztèques, les Muyscas^ les Aymaras^ les Iroquois ou les Àssiniboines, et les Aryas, les Grecs ou les Germains.

Le monde sémitique est loin de présenter pour le sujet qui nous occupe une aussi riche moisson de légendes, une telle foule de personnages animés et bruyants. La pauvreté relative de rima" gination, l'attachement presque exclusif de chaque ville, de chaque peuplade à son dieu national, n'ont laissé qu'un faible intervalle entre l'animisme diffus le plus puéril et la condensation de nombreuses apparences et forces de la nature en quelques figures divines sans intérêt et sans histoire, qui portent des noms d'astre ou de région, ou de dignité ; et cependant, il est possible d'y retrouver l'origine d'une croyance qui a tenu quelque place dans la métaphysique et dans une grande religion» Mais suivons l'ordre des temps.

Les premiers et- hypothétiques habitants de la Ghaldée, les Soumirs et les Accads étaient sans doute arrivés à la conception ordinaire du monde : le ciel, Anna, vaste calotte ou couverture, pivote, au-dessus de la terre, Ki, sur la montagne Khoursak- Kourra ; les étoiles fixes sont semées sur sa voûte ; entre ciel et terre circulent, grands êtres vivants, le soleil, la lune, Mars, Mer-

LE VENT, l'orage, LA FOUDRE. 115

cure, Jupiter et Saturne, puis les nuages, les vents, les foudres, les pluies. Mais leurs Téritables dieux, ce sont les Zi, les esprits^ mânes, forces, qui vivifient et stérilisent, qui règlent le cours des astres et des saisoQS ; c'est aux diverses espèces de Zi, Lammas (colosses)^ Alab (destructeurs), Maskim (tendeurs d'embûches) qu'on s*adresse, par l'intermédiaire des prêtres, des fétiches, idoles ou talismans, à l'aide de formules consignées dans un grand ouvrage dont le British Muséum possède de nombreux fragments. On peut voir au Louvre une statuette en bronze qui représente un démon au corps de chien, aux pieds d'aigle, aux bras armés de griffes léonines, à la queue de scorpion, à la tète de squelette et aux cornes de chèvre ; quatre grandes ailes éployées ombragent son dos. Une inscription tracée le long des reins nous informe que ce personnage est le démon du vent du sud-ouest, et qu'il suffit d'en placer l'image à la porte ou à la fenêtre d'une maison pour éloigner les mauvais génies. Mille et mille fétiches de ce genre représentaient les génies petits ou grands. L'usage s'en est conservé chez les héritiers des Accads, les Ghaldéens, les Araméens, les Hébreux ; chaque chef de famille avait les siens qu'il conservait dans son arche ou boîte à fétiches, fort semblables aux dieux troyens qu'Anchise portait sur les épaules du pieux Ënée, aux figurines funéraires des Égyptiens, aux pénates de l'Italie et aux saintes images ou médailles que nous connaissons.

Les dieux patèques, nains ventrus que les Phéniciens sculptaient ou attachaient à la proue de leurs navires, étaient évidemment de la même famille que notre ami le vent du sud-ouest. La mythologie chaldéenne^ mieux ordonnée que celle des Accads, comporte des triades où entrent, un peu au hasard, des dieux célestes ou sidéraux et des déesses chthoniennes. Dans la deuxième, en compagnie de Sin, le dieu-lune, et de Sumas, le soleil — « grand moteur, régent, arbitre du ciel et de la terre », siège Bin, l'atmosphère, — ministre du ciel, distributeur de l'abondance, seigneur des eaux, chef de la tempêle, du tourbillon, de l'inondation, tenant en main la foudre au quadruple

dard. Il faut rapporter encore au vent et à la foudre (du moins au feu de l'éclair) les deux colonnes dressées à Tyr par le dieu marin Ousôos, posées à Gadès par Melkarth, Hercule sémite, et données pour guides à Moïse dans le désert. Rappellerons-nous que le feu, le tonnerre et les nuées figurent parmi les attributs constants du dieu d'Israël, soit dans le buisson sacré^ soit sur le sommet du Sinaï ? <( J'ai invoqué le Seigneur, dit le psalmiste (XVII, 6) et mon cri est arrivé devant lui... Alors la terre a été ébranlée, parce qu'il était irrité contre elle... Alors s'est élevée la fumée de sa narine et sa face a dardé des flammes... Il a abaissé les cieux et il est descendu : un nuage obscur était sous ses pieds. Et il est monté sur un chérubin... il s'est élancé sur les ailes des vents. »

Nous avons fait allusion plus haut à une fonction notable du vent, glorifiée ps^r les cosmogonies sémitiques; le vent, en effet, y est assimilé à la vie, au souffle, soit personnifié, soit considéré comme émanation d'un dieu. « Et l'esprit flottait sur les eaux,» dit la Genèse, Cet esprit, Rouach, subtilisé par la traduction, n'est autre que le souffle, le vent ; on n'en doutera guère pour peu que l'on compare à la version biblique les fragments de Sanchoniathon. Sans doute, il faut se défier de ces débris recueillis et peut-être partiellement altérés par Philon de Byblos, par Porphyre et par le compilateur chrétien Eusèbe ; mais ici, aucun de ces philosophes ou écrivains n'avait d'intérêt à modifier sensiblement un texte confirmé par la Genèse.

(( Au commencement était le chaos... et le souffle flottait sur le chaos. . . Le souffle se prit d'amour pour ses propres principes (probablement pour les éléments des choses), et il se fit un mélange, et ce mélange fut nommé désir. Le souffle et le chaos se mêlèrent, et Mot, le limon, naquit, et Mot, père de toutes choses, avait la forme d'un œuf... Il y eut des êtres vivants et intelligents (mais encore engourdis...). Or l'éclat du tonnerre, dans la lutte de ces éléments qui commençaient à se séparer, éveilla les vivants comme d'un sommeil, etc. ».

Vent, air, souffle animé, désir, amour, n'est-ce pas la pro-

LE VENT, l'oRÂOE, LA FOUDRE. 117

gression qui aboutit à TAir générateur de Diogène d'ÂpoIlonie, au Nous d'Anaxagore, au Logos, Pneuma et Verbe des alexandrins, néo-platoniciens, gnostiquiBS, et finalement orthodoxes chrétiens. Spiritus Sanctus est donc, visiblement, le souffle de Dieu, et, dans Forigine, le vent « qui souffle où il veuti» (disent les Écritures), Plus tard, au moyen âge, sous le nom de pneumatologie, il s'est constitué une science chrétienne des anges, trônes, dominations et autres souffles — car l'Esprit saint n'est pas seul de son espèce — et (pour fermer cette petite parenthèse) on peut dire, je crois^ qu*il y a, dans tout cela, beaucoup de vent.

Nous venons enfin aux Indo-Européens. Ce sont eux qui, avec les Américains^ ont le plus richement développé les divers thô« mes suggérés par le vent et le tonnerre. Les hymnes du Rig-Véda célèbrent Vayou, fils de la terre et du ciel, Vayou qui reçoit le souffle des morts, Vayou qui prête à Indra ses coursiers, Dhâdicras et Pédou; Pouchan, le voyageur universel ; Roudra, Tarcher robuste, le grand chasseur des nuées, et ses compagnons les Rendras, les rugissants (un groupe de Tlalocs)^ et encore les Marouts, agiles, alliés d'Indra, qui attellent des daims à leurs chars. La pluie est la sueur de leurs coursiers. Us chantent Manyu, Téclair, et Pardjanya, le nuage fulgurant, généreux fils du ciel, fécondateur des plantes, maître des eaux, en qui sont les trois mondes et les trois atmosphères ; et Twachtar, Tantique forgeron de la foudre, et Toiseau Garuda, fils du soleil, qui ^ole aux côtés d'Indra, le dieu tonnant.

Indra toujours, souvent Varuna et Agni, se présentent sur un char ou sur des chevaux éclatants, parfois sous la forme de béliers, de taureaux, escortés des Roudras et des Marouts, lançant contre les démons et les serpents célestes leurs flèches vengeresses, leurs massues à cent pointes, leurs foudres de fer et d'or. Partout Indra prend sa foudre, brandit son javelot ; il frappe Yritra sur la tête, il perce et Sambara et Souchna et Bala, et le tortueux Ahi, ou bien tonne sur les quatre-vingt-dixneuf portes de la forteresse maudite.

Nul doute que les Iraniens n'aient connu la plupart de ces dieux et de ces légendes; et il serait curieux d*en recueillir les vestiges dans les traditions perses défigurées par la réforme zoroastrienne. On y reconnaît Ahi^ sous la forme Azidahaka, Zohak (le nom même du roi Astyage) et Yritra, dans l'épithète Verethragna, le meurtrier de Vritra. Yayou est l'un des Amschaspands. Dans les Gathas, partie ancienne diiZend-Avesta^ Max Muller relève ce passage : « Ce que je demanderai, dis-le-moi, ô dieu vivant! Qui soutient la terre et les cieux au-dessus d'elle) Qui a créé les eaux et les arbres de la campagne ? Qui est dans les vents et dans les tempêtes, pour que leur course soit si rapide ? » Il est facile de voir qu*Ahuramazda, comme Indra dans le Pendjab, a résorbé en lui toutes les puissances atmosphériques.

Ainsi vont faire le Zeus grec et le Jupiter latin.

Les Hellènes ont connu d'aissez nombreuses divinités des vents ; d'abord les quatre fils d'Astrée et de l'Aurore, Argestès, Zéphyre, Borée, Notos ; ceux-ci capables de violence, mais utiles aux hommes. Homère nous les montre réunis autour d'un festin dans le palais de Zéphyre, pendant qu'Achille fait des libations et offre des sacrifices à Borée et à Zéphyre, pour qu^ils viennent activer la flamme du bûcher où repose le corps de Patrocle. Iris, l'arc-en-ciel, proche parente des souffles aériens, messagère des dieux, a entendu la prière du héros et l'a portée aux vents. Ils la voient, tous quittent la table, et chacun d'eux la prie de s'asseoir auprès de lui. Ce sont de ces vents amoureux qui ont enlevé Orythie, Psyché et plusieurs autres. Mais ils écoutent la déesse compatissante et se rendent à l'appel d'Achille.

Hésiode connaît d'autres vents, nuisibles ceux-là : a ils enflent la mer, s'abattent sur le sombre océan ; fléaux des mortels, ils se jouent dans un tourbillon funeste ; ils soufflent en tous sens, déchirent les nefs, tuent les matelots ; il n'est point de remède au mal pour les hommes qui les rencontrent sur les flots. Ils envahissent aussi la terre immense, fleurie, emportent les travaux chers aux mortels nourris du sol, et troublent l'air de

poussières et de débris projetés au loio. » Ces vents qu'Horace engage Ëole à renfermer, vents qu'Éole donne à Ulysse, bien serréftdans des outres solides, c'est le terrible et insolent Typhée, époux de ia monstrueuse Ëchidna, ce sont' les Gorgones, les Harpyies Aello^Ocypétè, la Chimère, GéryoD,les Hécatonchires, les Anguipèdes, toute une famille de rafales et de trombes qui erre des deux aux mers, cachée tantôt dans les nuées orageuses, tantôt dans les tourbillons et les cavernes.

Éole n'est que le geôlier des vents ; il a un maître, un puissant dieu de Tatmosphère et des eaux, Poséidon aux cheveux azurés, fils de Kronos et de Rhéa, le propre frère de Zeus. Poséidon a soutenu Zeus contre les Titans, et obtenu pour récompense Tempire des mers» Il tient en main le trident, que les Cyclopes ont forgé pour lui. L'origine de cette arme en révèle la nature ; c'est une foudre réduite et pour ainsi dire figée, sceptre de parade que le dieu du ciel a bien voulu laisser à Tun des dieux atmosphériques, autrefois ses égaux. D'autres indices s'ajoutent au trident : le cheval que Poséidon offre aux Athéniens ; le char attelé de coursiers fougueux sur lequel il parcourt les mers ; char et chevaux sont des attributs des divinités célestes. Enfin, ce dieu, qui entoure et fait trembler la terre, a rendu la Gorgone Méduse mère de Pégase, monture ailée de Zeus et de Ghrysaor, le glaive flamboyant, l'éclair, arme puis épithète du même Zeus.

Zeus entend reprendre et assumer en lui toutes les puissances aériennes ; de même qu'il a délégué Poséidon au gouvernement des flots où pullulaient déjà pourtant dlnnombrables divinités, de même il renvoie aux forêts et réduit à la chasse terrestre l'antique Artémis, une déesse des vents, certes, puisque les Grecs lui sacrifiaient Iphigénie pour obtenir la brise favorable, m Tant h religion put conseiller de crimes! y> (Lucrèce, liv. 1.)

C'est ainsi encore que Zeus, domestiquant le vieux dieu du feu et des tonnerres, Héphaïstos, en fit le forgeron et le raccommodeur de la foudre. Dès lors ni dieu ni héros n'a le droit de toucher à l'arme sacrée. Que Persée ait son glaive, Ares sa large

épée (car le dieu de la guerre fut aussi un dieu des tempêtes); que la vierge Athéné se contente des serpents symboliques enroulés autour de l'Égide ! Mais seul^ le maître des cieux, le père des dieux et des hommes, gardera près de lui, sous la serre de son aigle, le faisceau fulgurant qui foudroie les Titans et fait entendre jusqu'au fond de Tabîme infernal les volontés suprêmes, les décrets du dieu tonnant.

Un mauvais plaisant, Salmonéc, s'avisa d'imiter la foudre en faisant galoper ses chevaux sur un pont d'airain. Il en pfttit. Salmonée avait eu de l'esprit trop tôt; il aurait dû attendre l'âge heureux où deux académiciens ont pu nous montrer sur la scène Ghalchas envoyant réparer son tonnerre.

En Italie, dit Preller, surtout dans les provinces occidentales, les vents et les tempêtes étaient l'objet d'un culte fréquent. Parmi les démons favorables, le plus aimé de tous était Favonius, qui rappelle, comme Faunus, le verbe faoere. C'est lui qui ramenait, vers le milieu de février, les hirondelles et le printemps. Tout au contraire, les vents du nord, Septentrio et Aquilo, aux ailes d'aigle, amenaient des montagnes les gelées tardives. On ne redoutait guère moins les vents du sud. Auster apportait en automne maints orages, et l'Africus était dangereux, surtout quand il venait à se rencontrer avec l'Aquilon et le vent d'ouest. On immolait aux vents bienfaisants des victimes blanches, aux vents funestes des victimes noires. On pensait, en Italie comme ailleurs, que les tempêtes pouvaient être excitées ou conjurées par des chants magiques. Dans les vignobles, on croyait se garantir contre les vents en plaçant entre les ceps l'image peinte d'une grappe de raisin. Auguste avait fondé, sur la côte gauloise, un temple à Circius, parce que ce vent purifiait l'atmosphère. Les quatre vents, puissances subalternes, étaient groupés autour de Jupiter, parfois autour de Mars printanier, ou de Janus, ou de Neptune, justement assimilé à Poséidon. Les généraux romains, sur mer, invoquaient les vents et les tempêtes, en consultant l'appétit intermittent des poulets sacrés. Souvent même, ils versaient, en leur honneur, des libations dans les

LE VENT, L ORAGE, LA FOUDRE. tSl

flots. Ces Tempêtes marines avaient, à Rome, près de la porte Gapène, un temple fondé en 259 avant Jésus-Christ par Lucius Cornélius Scipion. Minutieux observateurs des circonstances les plus humbles qui touchent à l'intérêt public et privé, les Romains avaient accordé la divinité à un souffle plus modeste, tout intime, et pourquoi non ? le petit dieu Crépitus.

«c Les orages sont fréquents à travers toute Tltalie, surtout au printemps et en automne. Les statistiques de prodiges que nous trouvons chez Tite-Live en sont remplies, et le culte de Summanus, dieu des éclairs nocturnes, celui de Jupiter Elicius, sur le mont Aventin, montrent clairement que les Étrusques n'étaient pas seuls à observer, à conjurer, à expier les éclairs, i» Le groupe national de Mars comprend plusieurs divinités fulgurantes : Mars d*abord, dieu du printemps et des forêts, désigné par ses armes célestes pour son office guerrier ; puis de vieux héros, Picus, Picumnus, Pilumnus, qui brandissaient le javelot, le pilum ou la massue. Mais il faut laisser aux Étrusques Thonneur d'avoir développé les usages superstitieux de Taruspicine. Leurs prêtres distinguaient différentes espèces d'éclairs, et ces différences servaient à distinguer le dieu qui les avait lancés. A Kome, les éclairs les plus malencontreux étaient ceux qui frappaient des endroits consacrés à un dieu ou aux affaires publiques. Cependant on discutait sur le sens des éclairs apparus dans un ciel serein. Le tonnerre à droite était généralement favorable. Virgile est d'un avis contraire : il a tonné à gauche, intonuit lœvum, dit-il pour marquer un présage heureux. Quand l'éclair avait pénétré dans la terre, le sol effleuré par le feu céleste était religieusement recueilli (fulgur condere)^ et la place consacrée par le sacrifice d'un jeune agneau, bidental; l'ouverture, disposée en puits, s'appelait puteaL Les personnes foudroyées sans être frappées de mort tiraient de cet accident le meilleur présage pour leur postérité. Cetle science, dite fulguriUyrum, conservée par écrit dans le temple d'Apollon palatin, était attribuée aux révélations du vieillard Tagès et de la nymphe étrusque Bégoé.

LA RBUGION. 21

Il est presque inutile d'ajouter que tous les pouvoirs atmosphériques, c'est la marche ordinaire, s'étaient de bonne heure concentrés aux mains de Jupiter urios, dieu des vents, f^ur, ftUminans, tonans, lapis, dieu du tonnerre. La dernière épithète nous reporte au cuite des pierres, au carreau de foudre. Jupiter lapis était un caillou sacré, sans doute une fulgurite, analogue au silex de Donar, au Miôlnir ou marteau de Thor. Les féciaax prêtaient serment sur ces fétiches, conservés d'ordinaire avec un bâton ou sceptrum Jovis dans le temple de Jupiter férétrien.

Les tribus gauloises, germaniques et slaves, trouvèrent le culte des vents et des tonnerres établi dans les pays qu'elles venaient occuper. Les Finnois, notamment, connaissaient t les paroles originelles du vent et de l'éclair >, c'est-à-dire les incantations qui les détournent ou les attirent. Leur dieu du ciel, Jumala ou Ukko, est le maître du tonnerre. Il parle à travers les nuages. Il porte pour vêtement la nuée orageuse et sanglante. Il écrase de son puissant marteau les pierres qu'il va lancer, il agite son épée, il tend son arc énorme, l'arc-en-ciel, pour darder ses flèches de cuivre. Ou bien, quand il fait nuit, dans la demeure céleste, il allume du feu, et l'éclair déchire la nue. Aujourd'hui encore, en Finlande, Torage est un Ukko, Ukkomen (un petit Ukko) ; et quand il éclaire, on dit ; C'est Ukko qui allume du feu. Les Lapons avaient aussi leur Jupiter, TiermeSy le ciel, ou Aija, le tonnerre, être vivant, aux aguets dans l'air et toujours prêt à frapper ceux qui parlent mal de lui. Il foudroie surtout les sorciers, et c'est alors qu'on entend siffler les flèches décochées de son arc, l'arc-en-ciel.

Les Germains, les Scandinaves, les Slaves, ont donc été naturellement induits à choisir pour dieux suprêmes le vent et la foudre: les uns Odin, Thor et Donar, les autres Perkunas et Véjas, fort analogues aux Gaulois Taranis et Tarvos trigéranos (aux trois grues, aux trois têtes, ou plutôt aux trois foudres, par corruption de trikéraunos).

Le Véjas des Slaves, c'est Vayou, le vent, avec un autre suffixe; il se nomme aussi Stribog. Perkunas, c'est le védique Pard-

LE VENT, l'oRâGE, LA FOUDRE. •!•

anya, l'orage, l'éclair. En Lithuanie, le tonnerre lui-même a ;ardé ce nom. Autrefois, le paysan s'écriait : « Dewe Perkuna, \p8aitgùg mus^ Dieu Perkun^ aie pitié de nous, i» Aujourd'hui tncore il dit : «i Perkunas gravja ! Perkun lance la foudre Ji, ou \ien; ^Wezzajs barrahsl le vieux gronde. » Le compagnon de ^erkunas était Ohni-vak, l'oiseau-feu.

De même^ chez les Saxons, Donar, Thuuar (angl. thunder), égaait en maître sur la pluie et les nuages, lançant dans l'air on pesant marteau, jusqu'au jour où le paysan christianisé dut le épadier en ces termes : «£c/^orsae^^ Thunarelie te renie, Tonterre ! » Au marteau Miôlnir (le Broyeur), arme bien connue du aillant Thor (autre nom du dieu fulgurant), se rattache une bien iogulière superstition. Il fut un temps où, comme nombre de »eap]es^ les anciens Teutons se débarrassaient des vieillards en cérémonie ; c'était une coutume sacrée et approuvée des dieux ; le neurtre ne pouvait s'accomplir qu'avec une arme sanctifiée. Eh )ien, au moyen âge, on s'imaginait encore, rapporte Grimm, que le marteau sacré était suspendu derrière la porte de l'église, et que le fils pouvait l'aller chercher quand le père avait soixantedix ans, pour lui en asséner un coup sur la tète. Le souvenir du dieu de la foudre, sous la forme Dunar, s'est conservé dans le nom de certaines plantes^ Donner rose, la rose des Alpes, Donner warz, l'aristoloche : Donner rebe, le lierre, et divers sedum, Donner hrt, Donner kraut. C'est la Donner kraut que les jeunes filles tressent en couronne le jour de la Pentecôte, sans doute en l'honneur des langues de feu. Ces plantes passent pour protéger contre le tonnerre. Le dieu Thor, pour sa part, est resté en possession d'un jour de la semaine,le jeudi, thorsdag, anglais thursday, laissant le mardi au représentant germaniqne de l'ancien 2eus, Zio, Tins, qu'on reconnaît dans l'anglais tuesday.

Odin, Woden, Wunsch, quelle qu'ait été l'origine de son nom et sa fonction primitive, tient depuis un temps immémorial l'emploi des Zeus et des Indra. Il est, par excellence, atmosphérique, céleste, solaire ; mais il a fini par posséder, s'il ne les îxerce pas toujours, les attributs des dieux qui composent son

cortège. A l'exclusion de ses deux frères qu'il a exilés, il règne seul sur les sommets d'Ida, buvant la bière écumante au banquet du Walhalla, tandis que les Walkyries lui amènent les braves morts dans les batailles. Lorsque, tenant en main le sceptre runique, il monte son merveilleux coursier, près de lui volent deux corbeaux divins, la pensée et la mémoire ; sa meute retentissante se rue comme un tourbillon derrière le sanglier haletant, et le paysan attardé, au milieu de la tempête, s'écrie: c c'est Odin qui passe î » Odin, le chasseur sauvage de la légende, Wûtende heer, Wàdejager, Herne de Windsor, le grand veneur de Fontainebleau, le Rudra védique enfin, escorté des Marutset courant sus aux nuages. La fable populaire a conservé le caractère primitif de la vieille divinité tcutonique. Odin est le vent, pour lequel l'homme de la Carinthie place sur un arbre, devant sa maison, un vase plein de viande ; la tempête, à laquelle Souabes, Tyroliens, Palatins jettent à la face une poignée de farine pour apaiser sa faim et détourner sa colère. Un jour de la semaine, le mercredi, a gardé le nom d'Odin : Odinstag, Wednesday. Pourquoi mercredi? Pourquoi Tacite, qui ne nomme pas Odin, croit-il que le dieu suprême des Germains et des Gaulois est Mercure? Sans doute il s'agit, non du simple Mercure latin, mais du grand dieu hellénique Hermès, être ailé, céleste, qui ne cesse de parcourir l'étendue.

Nous avons suffisamment constaté l'universelle admiration des humains pour les vents, les tempêtes, les tonnerres. Il n'est pour ainsi dire pas de peuple qui ne les ait divinisés, puis condensés en attributs précieux autour du dieu suprême, ce dieu constitué, jusqu'à présent, d'un ciel qui n'existe pas, et d'incidents météoriques auxquels le plus simple sens commun ne peut attribuer une intention quelconque. Et cependant les croyances populaires ont-elles changé ? Y a-t-il sur terre, seulement cent mille êtres humains qui ne prêtent pas à la pluie, au vent, àl^ foudre, une origine surnaturelle? Demandez aux marins et aux bonnes gens qui sonnent les cloches pendant l'orage.

Franklin, dit un vers connu, eripuit cœlo fulmen, a enlevé au

1 sa foudre. Mais deux mille ans avant Franklin, Lucrèce ivait:

Qui, présent à toute heure, en tout lieu, sur le monde Abaissant le manteau lugubre des vapeurs^ Viendrait troubler les airs de soudaines clameurs, Souvent pour écraser son propre autel en poudre ; Ou fuirait aux déserts pour essayer sa foudre, Arme qui porte h faux, et dont les coups, passant A côté du pervers, abattent Tinnocent ?... Eh! si c'est Jupiter qui tonne, si les dieux Lancent à leur caprice au travers des nuées Le feu, le tremblement, les sinistres huées, D'où vient l'impunité du crime heureux ?

[)n n'a jamais répondu à cette question. Mais le souffle sacré 3tinue à résider dans la trinité chrétienne, mais le tonnerre ; toujours aux mains de Jéhovah. £t chaque jour, dans des res, d'ailleurs estimables, nous sommes exposés à lire des rases comme celles-ci: ((«Le tonnerre est la voix du ciel ! ts vents sont l'haleine de dieu I »

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