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I. LÀ LUNE, LE SOLEIL, LES CONSTELLATIONS

Antiquité du culte des astres. — La lune, première régulatrice du temps. * Le dieu Lunus. — Croyances et mythes relatifs à la lune màle, en Afrique, ea Australie, en Asie, en Amérique. — Influence malfaisante de la lune. — > U lune fait croître les plantes salutaires on vénéneuses. — Elle commande aux esprits ; ses disparitions et ses retours semblent promettre une seconde vie.— Fables planétaires et stellaires ; les deux personnes de Vénus. — Le ooople luni-solaire. — Prééminence, généralement acceptée, du soleil, en Asie et en Amérique. — Le drame du couchant chez les Néo-Zélandûs, les Karens, lei Algonkins ; histoire de Jonas. — Chiens et dragons de l'éolipse. — Fonnatioa des groupes d'étoiles. — L'astrologie corollaire forcé de l'astrolàtrie ; histoire rapide de l'astrologie. — Influence de Tastrolàtrie sur la liturgie.

Le président de Brosses suggère en passant que le culte des astres marque la transition entre l'animisme et le polythéisme, entre Tadoration directe des objets matériels et l'invention de dieux extérieurs et supérieurs aux phénomènes. Cette opinion ne semble pas correspondre à la réalité. Elle suppose un ordre successif dans le temps ; et c'est bien ce qu'entend Herbert Spencer, lorsqu'il déclare que l'alternance du jour et de la nuit, le retour et la chute du soleil étaient des faits trop ordinaires pour éveiller Tattention de Thomme primitif. Cependant, les animaux eux-mêmes n'y demeurent pas insensibles. Beaucoup sont attristés par la nuit. Le chien hurle à la lune. Les oiseaux chantent à l'aurore. L'affirmation de Spencer, tout en conservant, nous le verrons, une valeur relative, est donc trop absolue. L'être qui prête la vie aux plantes, aux pierres, aux météoresi n'est déjà plus Thomme primitif. L'apparition du sentimen religieux, même le plus embryonnaire, est séparée des débuts àe rhumanité par des siècles innombrables. Or, aussi haut que

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Doas remontions yers l'origine des religions, par toute la terre> k deux exceptions près, et encore faudrait-il les contrôler, nous trouverons le culte d'un ou plusieurs astres aussi ancien que celui des animaux, des esprits ou de la foudre. Les Pécherais de la Terre de Feu et les Kamtchadales seraient seuls à donner raison aux théories de Spencer ; seuls, courbés vers la terre, ils se seraient abstenus de toute spéculation sidérale. Notons pourtant que les Kamtchadales, au moms, ont assez levé les yeux pour voir le dieu de Torage descendre du ciel sur la terre.

En fait, Tastrolâtrie n'a point caractérisé une phase, une étape de l'évolution religieuse ; elle est née, elle a grandi pèle-mèle avec les autres plantes qui ont formé Tinextricable forêt mythique. Ce qu'il fautj reconnaître, c'est qu'elle s'est, finalement, élevée bien au-dessus des végétations inférieures, et qu'elle a produit les plus riches floraisons de la mythologie.

Nul ne s'étonnera que les puissances et les divinités sidérales aient conquis d'emblée le plus haut rang dans la plupart des panthéons. Les régions inaccessibles où leurs mouvements s'accomplissent et d'où leur influence s'exerce sur la vie et les habitudes des êtres animés, la régularité de leurs cours et les acddents mystérieux qui amènent leurs disparitions et leurs rencontres, mille circonstances bien ou mal observées, tout a contribué à| emporter l'imagination fort au delà des horizons prochains et des objets exposés au contact direct des sens. Leur prépondérance manifeste a même conduit nombre de mythogra* phes, Macrobe dans le passé, Dupuis au début de ce siècle, à ramener toutes les religions au culte du soleil. Une réaction s*est produite en faveur de Teau, du feu, de la tempête, et le mythe solaire de Max MûUer est devenu la bête noire d'une très estimable école. Mais c'est une lutte où nous ne sommes point engagé ; notre méthode nous place en dehors des deux camps, puisqu'elle consiste précisément à faire sa part, et la plus large, à chacun des éléments mythiques.

Si l'on admet, et sans difficulté, avec Herbert Spencer et Girard de Rialle, que l'homme est surtout frappé de ce qui lui

paraît étrange et redoutable, on peut se demander si ]e monde mystérieux des astres errants, si les phases, longtemps inexplicables, de la lune^ n'ont pas sollicité, plus vivement et plus tôt, la curiosité, que le cours régulier du soleil. Pendant le jour, dit Schulze, le sauvage, absorbé par des besoins immédiats, n*a pas le temps de se demander pourquoi il fait clairet si le jour émane d*un foyer céleste; la nuit, au contraire, avec ses ténèbres, lui parut tout d'abord un phénomène effrayant. La nuit amène le loisir, loisir forcé, inquiet, troublé par la crainte de mille dangers connus et inconnus. Or, quel objet plus surprenant que Tapparition de cette lumière pâle, aux reflets bizarres, cette succession des formes lunaires, tantôt arc, moitié de meule, profil ou face aux traits incertains et grimaçants? D'autres savants, Wuttke, J.-G. Mûller, d'accord avec Herbert Spencer et de Rialle, estiment que le culte de la lune et des constellations a dû précéder le culte du soleil.

Avant de relater les exemples, sérieux ou spécieux, présentés ti l'appui d'une thèse qui a son intérêt, arrêtons-nous à un fait spécial et certain, qui la contrarie plus qu'il ne la confirme.

11 est un ordre de phénomènes plus troublants encore pour rignorance primitive que les figures de la lune et les mouvements, peu saisissables, des étoiles : à savoir, la disparition inattendue de tel ou tel corps céleste, révélé, pour ainsi dire, par son absence ; tout d'abord l'éclipsé — de soleil ou de lune ; mais, presque au même titre, l'invisibilité de la lune dans les néoménies, la chute du soleil derrière l'horizon, la résurrection du soleil et la fuite de la nuit, l'effacement du soleil sous le nuage qui le couvre, la défaite ou la victoire de l'astre aux prises avec l'orage. Je dis que ces alternatives d'épouvante et de joie par où l'homme a passé, et dont le sentiment affaibli transparaît encore dans mille coutumes liturgiques et populaires, et jusque dans le vocabulaire de toutes les langues, elles ont assailli les premiers yeux ouverts et le premier cerveau s'essayant à penser. Je dis qu'elles ont déposé tout ensemble, dans l'esprit humain, les germes de superstitions tenaces et stériles et ceux des plus riches déve-

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oppements mythiques. La simultanéité des événements entraîne e synchronisme des impressions. Aucune raison a priori ne vaut iontie la vraisemblance. Les préférences qui se sont manifesées çà et là pour telle circonstance de la nuit et du jour ne l'expliquent point par une théorie ; il faut en demander compte lux facultés inégales des races, à Tinfluence des climats^ aux lasards du langage. C'est ainsi que le culte de la lune a prévalu dans certaines contrées; ailleurs celui du soleil, et que, )lus souvent encore, les deux astres et leur cortège céleste se ont trouvés associés en tant de mythes divers et équivalents.

Une seule raison nous invite à commencer par la lune la revue le l'armée sidérale. Encore n'est-elle pas péremptoire. S'il est lifficile d'admettre que la distinction entre le jour et la nuit, et }dx suite l'évidence du soleil, ait pu échapper à Thomme le plus anthropoïde, on ne peut douter que les phases lunaires Bt les déplacements des étoiles n'aient fourni la première mesure du temps, les notions de quinzaine (quatorzaine plutôt) et de mois. Le nom même du mois est intimement lié à celui de la lune, mas, mensis, mena, mond, etc. La semaine, invention plus tardive, est de même origine, non point linguistique — puisque Ce mot ne renferme que le nom de nombre septem, hebdom — niais astronomique. Et quel désordre ce comput, si commode en apparence, et si inexact, n'a-t-ilpas jeté dans la chronologie ! A quels subterfuges n'a-t-il pas réduit les réformateurs de calendriers, là oh le besoin s'est fait sentir de ramener la concor- <lance entre les mois et les saisons, entre l'année lunaire et l'année solaire ! 11 a fallu ajouter et retrancher des jours, intercaler des mois. Tous ces compromis, visibles encore sous la régularité apparente de nos styles julien et grégorien,' ces ùicertitudes qui mettent l'histoire à la torture, sont imputables à l'erreur si naturelle et si générale de nos lointains aïeux. L'antériorité relative des cultes lunaires n'a point de preuve plus spécieuse et plus forte.

L'Afrique noire est, par excellence, le pays de la lune. Le soleil, faiblement honoré, s'y voit rejeté au second plan. C'est

à la lune, être mâle et puissant» que les Hottentots résenrent leurs daoses et leurs jappements pieux; ils l'appellent «le grand capitaine », et lui crient : « Sois le bieuTenu, donne-noos beaucoup de mtel ! Donne beaucoup à manger à nos bestiaux afin qu'ils nous donnent beaucoup de lait! » Les Gafres accueillent la nouvelle lune par de grands coassements: c Koua! koua ! 1» Les Makololos qui accompagnaient Uvingstone, adressaient à la lune cette prière : (c Fais que notre voyage avec rhomme blanc soit prospère ! » Les Fétu se tiennent par la maio, sautent trois fois en Tair et prononcent des paroles respectueuses ; les habitants de la Guinée se prosternent en faisant une foule de gestes plus singuliers les uns que les autres et jettent vers la lune des tisons enflammés.

Des exemples analogues se rencontrent d'ailleurs dans toutes les parties du monde, partout, notamment, où le langage a doté la lune du sexe masculin. Chez les Eskimaux comme chez les Australiens, dans TAsie septentrionale ou anaryenne, en Amérique comme en Polynésie, nous trouvons des mythes et des coutumes similaires. Remarquons que, par un seul et même mot, Pik, certaines tribus d'Australie entendent et adorent la lune et d'autres le soleil ; d'autres, dont l'idiome est moins pauvre, reconnaissent dans le soleil femelle, Gnoah, réponse de Taorong, la lune mâle ; elles ont judicieusement observé que, tons les mois, la femme tue le mari, mais que celui-ci ressuscite au bout d'une semaine. t)'autres encore, mais ceux-là ne paraissent pas être sortis de l'enfance, racontent que la lune était un chat, Mityan, amoureux de la femme d'un autre, et condamné pour ce crime à errer éternellement dans le ciel.

Les Eskimaux se contentent de présenter le soleil, MaUiMi comme une jeune fille aimée et poursuivie par son frère Anningat (la lune), Lunus. Les Ahts de Vancouver regardent aussi Luoos comme le mari, et le soleil comme la femme ; ils disent que Lunus voit tout et exauce les prières. Les Palaos tirent des présages de la couleur de la lune. LesKhasias de l'Inde croient que Lunus est épris tous les mois de sa belle-mère, et que celle-ci

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lui jette de la cendre au visage^ d'où les taches lunaires et rinvisibilité des néoménies. Cette fable semble assez apparentée avec celles qui ont cours en Australie.

Le culte de Lunus est fort répandu dans TÂmérique du Centre et du Sud. Les Caraïbes l'appelaient Nonun et fêtaient sa résurrection mensuelle. Les Fayaguas hurlaient de joie à son IcTor. Mais les Botocudos surpassaient toutes les autres peuplades en démonstrations enthousiastes, t Teh ! Teh ! criaient-ils, qu'il est beau, qu'il est admirable ! » fit les mains de se lerer vers le ciel, et les femmes de présenter leurs enfants au roi de la nuit. La prééminence de Lunus était si incontestée, que son nom, Taru, est préfixé à tous les mots qui désignent soit le soleil, TarupidOf soit le tonnerre, Tarudecouwong, soit l'éclair, ou le Yent, ou la nuit, Tarutemerangj Tarucuhu^ Tarutatu.

Les Américains du Nord, adorateurs du soleil, ont évidemment tra^rsé une période lunaire; chez les Hurons, Ataensic, la grand^mère de Youskéha et de Taouiskaron, est la lune; l'un de ses fils est le soleil. La rivalité des deux frères se termine par la défaite de Taouiskaron et sa métamorphose en silex ; ce dernier paraît être le feu de la foudre, considéré comme jumeau du feu solaire. En Louisiane, et chez les Algonkins aussi, la lune était de même la mère ou Taïeule soit du Grand Esprit, soit de nombreux manitous, soit du héros Manabozho, à ia fois dieu et fils de l'occident, vent et soleil.

D'ordinaire — l'Afrique noire exceptée — la plupart des pays oik Lunus figure comme frère, amant, époux ou persécuteur de la déesse soleil, à plus forte raison ceux où la lune a revêtu définitivement son caractère féminin, attribuent à l'astre nocturne un pouvoir malfaisant. Elle est d'autant plus adorée qa*on la redoute davantage. Cette crainte se remarque chez les Ashangos, en Afrique, et à Textrême nord, chez les Aléoutes ; oeox-ci sont convaincus que la lune jette des pierres à ceux qui lui manquent de respect. Elle descend parfois sur la terre, et incendie les forêts ; si les Botocudos ne lui opposaient quelques sortilèges, elle détruirait les fruits et ravagerait la contrée.

même que je meurs et que je péris en mourant, de même irons mourrez, et tout sera fini pour vous. » La lune, irritée de TOir travestir sa pensée, fendit d'un coup de bâton la lèvre supérieure du lièvre ; mais celui-ci lui sauta à la figure et la griffa, ce qui produisit les taches de la lune. Des fables de ce genre nous ont été conservées par les contes populaires. Quelles qu'elles soient, elles ajoutent un trait à une physionomie déjà multiple. La reine de la nuit est aussi celle de la mort ; elle envoie les visions, elle évoque les fantômes ; elle commande aux ombres et aux esprits. Elle est le siège d'enfers et de paradis imaginaires.

Les planètes, les étoiles, et ces figures factices que nous appelons constellations, tiennent, aussi bien que la lune^ une place importante dans les roythologies — décidément solaires — de l'Egypte, de la Chaldée, de la Grèce, de l'Arabie, de rAmérique. Mais plus d'une a frappé les yeux de peuplades infimes, demeurées indifférentes à l'éclat du soleil. Les Hottentots, Coï-coïns, Namaquois, Koranas, révèrent les Pléiades, visibles pour eux une partie de Tannée. Il n'est pas jusqu'aux Australiens qui ne s'intéressent aux aventures et aux exploits des astres ; de Jupiter — qu'ils nomment Pied-du-Jour — chef d'une tribu d'esprits montés au ciel; d'Orion, de Castor et Pollux, grands danseurs de corrobori, grands chasseurs de casoars et de kangurous (de nandous chez les Patagons, ou de phoques chez les Eskimaux); les Pléiades sont, pour l'Australien, des femmes qui arrachent des racines en attendant leurs époux. Les Kasias disent que les étoiles sont des hommes qui sont jadis montés au ciel à l'aide d'un arbre, et n'ont pas su redescendre.

Laissant de côté la Grande Ourse, poursuivie par les trois étoiles de sa queue (trois chasseurs), la Lyre, qui enseigne à prendre certains oiseaux, la Croix du sud, triple empreinte de griffe d'autruche, les nuées de Magellan, amas de plumes de nandou, la Voie lactée, universellement admirée sous les noms de chemin des dieux (Basutos), sentier du maître de la vie, àes esprits, des âmes (Amérique du Nord), route des oiseaux

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(Lithuaoie), séjour des mânes et des songes (Pythagore), colonne de lumière (Manichéens), route de l'Ëléphànt blanc (Siam), chemin de Saint-Jacques (chrétiens), chemin des pèlerins (Turcs), route de paille (Syriens, Persans, Turcs), etc., nous nous arrêterons un instant à Vénus, à mi-chemin, pour ainsi dire, entre les deux cycles lunaire et solaire. Cette planète a, comme Jésus, deux personnes, l'étoile du matin et rétoile du soir, longtemps distinctes, dont les mythes contradictoires ont fini par se confondre. Ëpouse de Lunus chez les Caraïbes, la Vénus nocturne est une femme métamorphosée en §toile. Ailleurs, on considère surtout Lucifer, le page et l'aîné iu soleil, le protecteur de Tagriculture, qui veille à la croissance ies haricots, du maïs et des courges. Les Pawnis lui faisaient des sacrifices humains. En 1827 ou 1838, une fille sioux, prisonnière, dûment engraissée, comme les Mériahs chez les Khonds, fut liée 3ur un bûcher et criblée de flèches en l'honneur de l'Etoile du matin, puis dépecée — vivante encore — afin que son sang tépandu sur la terre allât féconder la moisson nouvelle.

Nous avons choisi, parmi les mythes stellaires infiniment nombreux, des fables imaginées par des peuples sans culture, et dont quelques-uns, par exemple les Australiens, ne comptent pas au delà de trois (encore sont-ils obligés de dire deiix et tm). U est impossible qu'on n'ait pas remarqué la complète ressemblance de ces légendes avec celles de l'Inde, de la Grèce, ou de tout autre pays de civilisation indo-européenne. Est-ce que cette Coïncidence n'établit pas, une fois de plus, que partout, chez les ^leux doués comme chez les spécimens les plus défectueux de ^otre espèce, l'évolution religieuse est partie des mêmes données, s'est avancée — plus ou moins loin — mais par les mêmes toutes ? On aura noté aussi que partout, en dépit des systèmes, chez les Hottentots, chez les Australiens, la personnification est Un procédé aussi ancien que l'adoration directe de l'objet et du phénomène. Ces observations s'appliqueront également aux débuts de la mythologie solaire.

Il est convenu que les Fuégiens et les Kamtchadales ne s'in-

quiètent pas des astres. Les Hottentots ne tiennent aucun compte du soleil, dit-on, le traitant, on ne sait pourquoi, de (( pièce de lard » (peut-être est-ce le plus grand éloge qu'Us en sachent faire). Les Atlantes d'Hérodote — probablement les Berbers — considéraient Tastre du jour comme un être malfaisant Mais quoi? Apollon et ses congénères n'ont-ils pas leurs accès de fureur et leurs côtés sinistres ?

Quoi qu'il en soit, tous les peuples, même les plus attachés à la lune, connaissent la puissance du soleil et lui rendent hommage. Les Caraïbes, grands lunicoles, vénéraient Houjou, le soleil, roi des esprits et des mânes immortels ; les Botocudos le tiennent pour un génie propice. Les Hurons le disent bien fils d'Atahensic, lune farouche et malveillante, mais ils le chargent de protéger les morts contre les embûches de sa mère, sur le chemin des heureux- territoires de chasse. De même les Paraguayens, bien avant les évangélistes, contaient n qu'une vierge, sans le concours d'aucun homme, avait mis au monde un enfant, qui, après de nombreux miracles sur la terre (comme Héraklès), était monté au ciel. Ce âls était le soleil. »

Beaucoup de peuplades, aussi peu avancées que les Hottentots et les Nègres, ne séparent pas les deux astres, et leur accordent des honneurs égaux. Tels les Aëtas de Luçon, et — de l'autre côté du Pacifique — les Ahts de Vancouver, les indigènes de Célèbes et de Bornéo, qui célèbrent la lune en son plein et le soleil à son zénith. Tels les Mintiras de la presqu'île malaise ; ils les regardent comme deux sœurs — les Comanches disent deux frères, fils de la terre — qui se partagent le ciel. Les flos du Chota-Nagpour font aussi du soleil et de la lune deux sœurs qui) l'une et l'autre, ont des étoiles pour enfants. Le ciel n'étant pas assez vaste pour les deux familles, les sœurs convinrent de dévorer chacune sa propre progéniture. Le soleil tint parole; mais la lune, cachant ses enfants, attendit, pour les montrer, que le soleil eût mangé tous les siens. Ce dernier, ou mieux cette 1 dernière, en son dépit, voulut se jeter sur sa sœur. La fuite et la poursuite durent encore.

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