‹ La ReligionChapitre 47 sur 66 · LA LUNE, LE SOLEIL, LES CONSTELLATIONS. IS · texte numérisé non relu

LA LUNE, LE SOLEIL, LES CONSTELLATIONS. IS

Enfin, la prééminence du soleil, et c'est là le fait le plus général, « se manifeste pleinement lorsque est tenu pour un mâle dont la lune est la femelle, pour un héros dont la lune est la sœur ou répoose ». L'Asie entière, et TEurope son annexe, la Polynésie et les deux Amériques ont pratiqué de tout temps rhéliolâtrie. On ne saurait trop y insister, le culte du soleil a traversé toutes les phases parcourues par les éléments mythiques ; il ne marque nullement une transition entre deux périodes. Dans les pratiques, les fables et les doctrines auxquelles il a donné lieu chez les groupes humains les plus arriérés, on retrouve le germe des grands mythes et des hautes pensées développés avec tant d'éclat par le génie des peuples clvilisables ou civilisés. Que l'on s^adresse aux habitants des Pampas ou aux tribus sibériennes, partout on recueillera des témoignages concordants.

Rappellerons-nous les chevaux sacrifiés au soleil par les Massagètes d*Hérodote, les disques peints sur les tambours magiques des sorciers toungouses^ ostiaks, lapons, les prières des chamans et leurs libations de lait (qui remplacent le sacrifice de la jument), la tête et le cœur des ours et des cerfs consacrés au soleil chez les Tatars? Au soleil, les Préaryens de l'Inde, Hos, Bodos, Dhimals, Munda-Khols, Oraons, Santals, sacrifient des victimes blanches et demandent protection contre les maléfices. Pour les Khonds de l'Orissa, Bourra-Pennu — le soleil — est le créateur de toutes choses et l'origine de tout bien. Au Japon, dans le vieux culte des Kamis, le dieu soleil tient un rang beaucoup plus élevé que le dieu lune, représenté sous la forme d'un renard.

Il est peu de régions dans les deux Amériques où le soleil ne soit le dieu suprême, ou l'un des grands dieux. Puelches, Moluches^ Araucans, Aucas, lui offrent des victimes, du sang, des plumes d'oiseaux brillants ou de haut vol, des lanières de viande séchée. Du Pérou, du Mexique, de rVucatan, rayonnent au loin le culte et les mythes solaires. Le Tonatik d'Haïti, le Tonatrikli de l'Amérique centrale, le Tonatiuh des Aztèques règne, sous d'autres noms, sur les Apalaches, les Comanclics, les Natchez,

918 LA RELiaiON.

les Nadovessi, lesMingos, les Lénapes, les Gris, les Corbeaux, les Pieds-Noirs, etc. « Fume, ô soleil ! » lui criaient en cent idiomes toutes ces peuplades aujourd'hui pourchassées par le christianisme. Le tabac était leur encens. Partout, dans les forêts, au bord des lacs et des rivières, autour du feu du conseil, le calumet sacré s'allumait en Thonneur du grand astre.

L'alternance du jour et de la nuit, la régularité des mouvements sidéraux ne pouvaient manquer de suggérer l'idée d'an ordre naturel et constant, d^autant plus manifeste qu'il contrastait avec l'incohérence apparente des phénomènes atmosphériques et terrestres, avec les mille hasards de la vie et des actions humaines. Si vague que fût cette notion, elle est impliquée par l'inquiétude, l'effroi, que provoquaient les défaillances et les écarts des corps célestes, par la joie et l'espérance qui saluent leur retour.

Le lever du soleil, son éclat au point culminant de sa course, enfin sa descente rapide et sa chute dans l'inconnu, chacun de ces événements a inspiré la poésie, tourmenté la curiosité, engendré une foule d'explications, d'images et de métaphores, développées en aventures.

 côté d'idées relativement raisonnables, telles que la mort quotidienne du soleil et la naissance également quotidienne d'un autre soleil, ou bien le voyage nocturne de l'astre à travers les eaux ou dans l'espace qui entoure le dessous de la terre, on en rencontre de bien enfantines, et qui ont plu à de nombreuses races. Ainsi — nous ne citerons qu'un exemple en passant * une légende néo-zélandaise montre le héros solaire Maui visitant son aïeule Hiné-Nui-Te-po « la grande femme Nuit », a qui répand une lueur si lugubre là où l'horizon rencontre le ciel ». Maui recommande aux oiseaux de ne pas rire quand ils le verront s'introduire en rampant dans le corps de la vieille reine; il rejette ses habits par un léger mouvement, il se glisse dans la gueule ouverte de la nuit ; il était entré jusqu'à la ceinture, quand le piwa kawaka, petit oiseau qui ne chante qu'au coucher du soleil; ne put retenir sa voix. Alors l'aïeule de Maui s'éveilla,

Page 1