‹ La ReligionChapitre 5 sur 66 · INTRODUCTION. IV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. IV

point d'opinion dogmatique si dénuée de fondement qui ne se trouve embrassée par quelques personnes d'un esprit excellent d'ailleurs.

« Dans toutes les religions, on se sert avec avantage des afflictions qui jarrivent à chacun pour le ramener aux sentiments d'une piété véritable... Une telle disposition de l'âme, grossissant la peur et les scrupules, donne beau jeu aux gens fourbes, lorsqu'ils trouvent quelque avantage à la mettre à profit pour leur propre intérêt... Il ne faut pas douter que, dès les premiers temps..., ces jongleurs n'aient fait de leur mieux pour étendre un système de crédulité si compatible avec leur intérêt personnel... L'artifice y a donc eu sa part. »

Le mérite éminent de la théorie proposée par De Brosses, c'est la négation plus qu'implicite du monothéisme initial. Et de la révélation primitive, qu'en fait-elle ? Primitive, d'accord; mais oubliée, deux fois oubliée ! avant le déluge, et avant l'incarnation, n'estce pas? Ce n'est pas rÉglise qui niera ce qu'ellemême enseigne. Le narquois président a éventé le fagot et lui fait la nique le plus respectueusement du monde. Il dissimule sous une parfaite orthodoxie sa spirituelle échappatoire. Avec une gravité d'autantplus comique que peut-être elle est sincère, ou du moins qu'elle fait illusion à ce sceptique lui-même, il reconnaît que révélation pleine et entière du seul et vrai dieu a été accordée au premier homme ; mais c'est bien altérée, bien efTacée par les iniquités des arrière-

XVI Là religion.

petits-neveux d'Adam, que Noé l'a reçue et recueillie dans l'arche. Il n'a pu guère en transmettre qu'une vague réminiscence à l'humanité nouvelle. L'antique révélation est donc, à n'en pas douter, le plus grand événement qui se soit produit en un certain point de la terre inhabitée ; mais, dès que le monde a été peuplé, après le déluge ou après Babel, tout s'est passé comme si elle n'avait jamais existé. N'est-ce pas le meilleur badinage de ce pince sans rire à qui nous devons les Lettres d Italie ?

Eu égard aux éléments d'information dont pouvait disposer De Brosses, sa théorie était la meilleure qu'on pût instituer, à condition surtout de ne point la pousser, comme on a fait depuis, à des rigueurs qu'elle ne comporte pas.

S'il faut entendre par fétichisme l'adoration directe d'objets matériels et concrets, ce mot est bien loin de s'appliquer à toutes les croyances de l'homme primitif. Déjà l'idée de genre, de classe, le culte du serpent, de l'ours, de l'eau, du feu, de la génération, dépassent, et de beaucoup, l'horizon étroit du fétichisme. Et que dire des mânes, des génies, de tant de divinités menues et grandes qui hantent pêle-mêle les cerveaux les plus obtus ? Ne sont-ce pas des forces extérieures et supérieures aux choses? Enfin, les fétiches proprement dits, gris-gris, amulettes, cornes et sifflets magiques, échappent eux-mêmes à la définition. Situés en dehors des phénomènes à l'occasion desquels on les invoque, ce sont avant tout des intercesseurs,

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