‹ La ReligionChapitre 6 sur 66 · INTRODUCTION. XVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XVII

et déjà des symboles. Pris au sens le plus ordinaire, le fétichisme^ Tinvocation des fétiches, n'est qu'une forme du culte ; ou plutôt il est le caractère de tout culte; il n'est pas le fond des religions. Est-ce que, selon le degré de culture, la pierre, grossièrement arrondie et peinte en façon de tête et de visage, est-ce que l'idole, la statue de Phidias, les attributs sacrés, ne tiennent pas la même place exactement que ces assemblages de baguettes, de cailloux, d'os et de cheveux, et d'oripeaux, dont jouent et dont vivent les féticheurs, exorcistes et faiseurs de pluie? Et les paroles sacramentelles, les gestes hiératiques, les prières, les reliques, les chapelets, les eaux lustrales ? Et les Types, les Forces, les Lois? Les mots fétiches s'ajoutent aux objets fétiches ; le fétichisme demeure. Dans quelque sens qu'on l'emploie, le terme est trop étroit ou trop large : trop étroit pour contenir le panthéon chaotique des vieux âges ; trop indéterminé pour correspondre à une période précise, soit historique, soit logique, de l'évolution religieuse.

Reprenons. Tandis que les irrévérences de l'aimable De Brosses faisaient la joie de quelques mauvais esprits, la* haute mystagogie hégélienne et néo-chrétienne qui a marqué d'un caractère si suranné déjà les plus brillantes œuvres de la Restauration, de 1830 et 1848, rendait plus que jamais faveur au symbolisme, au figurisme.

Il fallut le renouvellement des études orientales, la découverte du groupe linguistique indo-européen et

la constitution de la grammaire comparée, pour faire diversion aux lieux communs de l'école et aux menus travaux de l'estimable, mais un peu encombrante exégèse chrétienne. En comparant les diverses mythologies aryennes dans leur état le plus ancien, les linguistes y ont trouvé assez d'éléments similaires pour affirmer l'identité originelle des conceptions religieuses. Quant aux dieux, ils ont analysé leurs noms et en ont découvert le sens ; après avoir démontré jusqu'à l'évidence que les dieux sont des appellations ou des épithètes d'objets matériels, d'aspects de la nature et de facultés ou actions humaines — des noms communs devenus noms propres — , passant aux mythes, aux aventures des dieux et des héros, ils en ont trouvé le germe dans certaines locutions métaphoriques, claires encore, par exemple, pour les poètes du Rig- Véda, déjà obscures pour les Indiens, pour les Perses, les Italiotes et les Hellènes, et qui exprimaient les événements les plus ordinaires du monde et de la vie. Endymion a été l'un des noms du soleil couchant. Il fut une époque où le peuple, en disant : « Sélénè regarde Endymion », parlait aussi simplement que nous lorsque nous disons : « La lune se lève en face ^u soleil couchant. » Képhalos, au contraire, était le soleil levant. « Képhalos, fils de Hersé », c'est le sol^l ^'^O'tant de la rosée matinale. « Képhalos, amant de ^~^ okris », c'est encore le soleil aspirant la rosée : car ^^^^ris et Hersé renferment l'une et l'autre des racines "^^ signifient arroser et rafraîchir. — C'est des mille

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