INTRODUCTION. X!X
et mille confusions qu'entraînent des expressions analogues que sont nées toutes les légendes de la divine tragicomédie. La mythologie n'est qu'un « dialecte », une (( antique forme », une a maladie du langage ».
Telle est la doctrine, féconde en surprises piquantes, mais aussi en conséquences d'une portée inaperçue de ses premiers champions — minutieux chimistes du langage et soupeseurs de syllabes — qui réveilla le goût des études mythologiques. L'étonnement, la curiosité ne lui manquèrent pas ; la critique suivit, passionnée et injuste.
Il ne s'agit pas, en effet, comme quelques-uns font mine de le croire, d'ériger les chantres védiques, Homère, Hésiode, en créateurs de personnages et de mythes répandus dans tous les pays, ni d'établir un rapport quelconque de filiation entre les idiomes aryens ou sémitiques et les innombrables familles de langues qui se sont formées, développées ou éteintes à part, et chacune dans son aire indépendante. La question est tout autre ; elle est à la fois posée et résolue dans 1 a proposition suivante : chez tous les groupes humains, à Torigine comme aux divers moments de l'évolution religieuse, les agents surnaturels et les êtres métaphysiques ont dû leur vie, leur activité, leur empire sur la pensée comme sur la conduite privée ou publique, à la puissance métaphorique inhérente au langage le plus rudimentaire.
Le nom, à la fois substantif et adjectif, faisait ainsi de l'esprit, du fétiche et du dieu des personnes défi-
nies et qualifiées. Le genre leur donna des sexes. U y en eut de mâles et de femelles, et d'androgynes. Le même dieu, chez différents groupes ou dans la même contrée, selon les temps, selon les caprices du langage, se vit homme sous un nom, femme sous un autre ; et, du même coup, pourvu de beauté ou de laideur, de bienveillance ou de malignité, dans la fleur ou le déclin de l'âge, dut agir conformément aux habitudes et aux facultés de son sexe. U y était contraint par le langage même, par le mécanisme de la proposition.
En effet, toute succession de mots, même avant d'exprimer un état, implique une action, une impulsion reçue ou donnée. Le sujet se meut ou communique un mouvement. On peut dire que chaque mot, soit par sa place dans la phrase, soit en vertu d'affixes, contient un verbe, aussi bien qu'un adjectif et un nom. De par le verbe qui est en lui, ou qui dérive de lui, chaque mot, nom commun ou nom propre, nom de chose, de qualité ou de concept, agit et se comporte comme un être vivant, comme une personne passionnée et volontaire. Ici point d'exception. La force animante du langage s'impose à la raison tout autant ^^za'à l'imagination, à la métaphysique, spirite ou spirif^^aliste, comme à la mythologie. La science même ne ^^ soustrait qu'à grand'peine, par un oubli difficile 7*^ illusions verbales, par une sorte d'usure et d'é- €mentde la vertu métaphorique du langage. L'eau JJûnne et charrie les sables. L'arbre s'incline, la