INTRODUCTION. XXIII
qui ondule, s'allonge, se raccourcit et tourne autour de chaque forme éclairée. Pas plus que le jeune chat qui poursuit l'ombre de sa queue, le sauvage ne se rend compte de la nature purement négative de l'ombre. Il y avait là pour des intelligences naissantes un véritable mystère, qui s'est maintenu beaucoup plus longtemps qu'on ne le supposerait : Lucrèce luimême a cru devoir l'expliquer :
L'ombre est-elle un fantôme ? un être en mouvement ? Ou bien, comme on Ta dit, l'écIipse d'un moment ?
Le conte de l'homme ^ qui a perdu son reflet » aurait semblé, et semblerait encore, aux Sibériens, aux Peaux-Rouges, aux paysans slaves, allemands ou bretons une inquiétante vérité. Bien plus détachées encore des personnes et des choses apparaissaient les images réfléchies par l'eau et par les surfaces polies. Ainsi, par deux observations de tous les jours, l'homme ignorant de toute loi physique était naturellement prédisposé à admettre l'existence indépendante d'images réelles.
Comment eût-il révoqué en doute certains autres Wmoignages, tout aussi fréquents, apportés par l'hallucination du sommeil ou de la fièvre, par la vision et le rêve ? Le rêve, comme les spectres dont il est le père, a joué son rôle dans l'histoire et dans la littérature,— témoins Jacob, Joseph, Daniel, Osée et Athalie. Combien ne trouverait-on pas dans les campagnes, et ailleurs, de personnes qui demandent aux rêves des