CHAP. VI. CARACTÈRE DE LA PRÉDICATION. M
de grave dans un ministère auquel sont confiés les intérêts éternels d'êtres voués à la mort, et qu'il s'agit de préparer pour le jugement de Dieu. S'ils ne se sentaient pas appelés par le Saint-Esprit, ils reculeraient devant une lâche d'une si effrayante responsabilité. « Malheur à moi si je ne prêche pas l'Evangile ! » tel est le mot qu'ils se répètent fréquemment pour s'exciter à l'accomplissement de leur devoir.
Ce devoir, c'est d'insister sans relâche sur l'importance de se réconcilier immédiatement avec Dieu, par une sincère repentance envers lui et par la foi envers le Seigneur Jésus-Christ. La réconciliation avec Dieu! aujourd'hui, maintenant, pendant que le temps est favorable et dans la saison du salut ; non pas demain, ni dans un moment plus propice : voilà ce que prêchent essentiellement nos ministres évangéliques, et ce qui donne à leurs discours tant de ressemblance avec la manière de Baxter. Ils n'acceptent aucune excuse, aucun délai, de la part des pécheurs ; ils ne cessent de les inviter à la repentance et au salut , et ils ne les laissent pas en repos qu'ils n'aient répondu aux appels de la grâce de Dieu.
Qu'on ne se représente pas cependant que la prédication américaine manque de rfodrme. L'enseignement y joue au contraire un rôle principal. Il est vrai que ceux mêmes de nos ministres qui ont fait les études les plus solides, exhortent plus qu'ils ne dogmatisent. L'exégèse proprement dite n'occupe pas une très-grande place dans leurs discours; mais il s'en faut bien qu'ils négligent l'exposition du dogme et l'in-
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lerpn'M.ilioii de la leltrc. Plusieurs de nos jiasleurs expli(iuenl de suite certaines portions de la Bible. Celle ni('îlhode a des dilTicultôs particulières, mais elle est bien la plus utile, el Ton doit regretter qu'elle ne soi! pas plus générale. Nos classes bibliques suppléent sans doute k cetle lacune ; et bien qu'elles le fassent d'une manière trés-beureuse, la lacune n'en subsiste pas moins dans les pi'édications.
Ce que nos bons prédicateurs font plus généralement, c'est de donner à leurs sermons un certain ensemble. Au lieu de vai'ier leurs sujets de dimanche en dimanche, sans autre motif dans leur choix que la facilité plus grande qu'ils trouvent à traiter certains textes, ils se tracent un plan général qu'ils interrompent le moins possible. On conçoit toull'effet que doit avoir cette méthode. C'est par celte prédication syslématique ([uow fait saisir l'enchaînement des doctrines, qu'on les peut présenter sous toutes leurs faces et avec toutes leurs conséquences. L'esprit d'un auditeur assidu fait par là de réels progrès. ïl y a d'ailleurs dans celle exposition prolongée d'une même vérité, quelque chose de semblable aux coups répétés dont le marteau du forgeron frappe une masse de fer, pour l'assouplir et lui donner la forme voulue.
J'ai dit tout à l'heure que la prédication américaine n'affecte pas la forme philosophique , cependant je dois dire à l'éloge de notre clergé, de celui surtout de la Nouvelle-Angleterre , qu'il se distingue par sa connaissance des facultés de l'esprit humain , el qu'il en lire grand parti dans ses enseignements religieux. On