CHAP. I. LA LIBERTÉ RELIGIEUSE
gieuses, l'absence de tout conilil entre l'Eglise el l'Étal, comme de toute jalousie et de toute vexation entre les divers sectes, démontrèrent jusqu'à l'évidence, non-seulement la justice, mais de plus la sagesse de la liberté des cultes.
Il fallut pourtant encore de longues et vives discussions pour assurer le triomphe des vrais principes. Mais aussi nous avons maintenant le bonheur de posséder la liberté religieuse dans toute son étendue. C'est un fait remarquable que les Etats-Unis et le Texas sont les seuls pays au monde où le gouvernement ne fasse quoi que ce soit, par faveur ou autrement, pour soutenir une religion ou une secte préférablement à quelque autre. Et quand on voit les embarras que suscite partout le système opposé, l'on se sent affermi dans la conviction qu'il faut laisser la religion se soutenir par ses propres forces, sous la direction et la protection de son adorable chef. Malgré la diversité d'opinions qui existe entre nous sur nombre de points, nous sonmies unanimes sur celui-ci, el je puis donner comme l'expression de noire manière de voir à tous, ces paroles que j'emprunte à un de nos écrivains les plus distingués, le révérend George B. Cheever, de New-York.
« Chaque secte, à son tour, lorsqu'elle a disposé du pouvoir, n'a pas manqué de recourir à la persécution contre les sectes rivales ; mais pour rendre à chacun ce qui lui revient, il faut dire qu'à Rome appartient l'invention du bûcher comme peine de l'hérésie. Quant à la prison, il n'est pas d'église qui ne l'ait fait
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subir il des hommes de bien, par le seul moliltiue leur foi était proscrite. Bunyan fut, sous le règne de Charles II, le premier individu qu'on ail puni pour crime de non-conformité. Puni , c'est le mot dont se sert Southey; mais il se fût mieux exprimé s'il eût dit : persécuté, et encore persécuté à cause de ses vertus. Oui, Bunyan fui un homme vertueux, et tout ce qu'on pourrait alléguer pour justifier la hiérarchie anglicane qui le fit jeter en prison, justifierait également la hiérarchie romaine qui poussa sur le bûcher Lalimer et Ridley. Quelle chose étrange, que les principes de la tolérance religieuse soient si difficiles el si longs à inculquer aux esprits môme les plus libéraux ! Les disciples de Christ n'y ont guère plus d'aptitude que les autres, el l'on peut dire hardiment qu'ils ne les eussent jamais compris, si l'Eglise naissante n'eût été détachée de l'Etat et s'ils ne s'étaient vus dans l'impossibilité d'armer en leur faveur le bras séculier. Jean, l'apôlre, n'y entendait rien encore, lorsqu'il voulait que le Seigneur fît descendre le feu du ciel sur les Samaritains, ou bien lorsque, de concert avec les autres , il voulait empêcher qu'un fidèle (un Bunyan de celte époque) chassât les démons au nom de Jésus, parce qu'il ne les suivait pas. El si le Sauveur eût sanctionné l'union de l'Eglise el de TElat, jamais, j'en suis convaincu , ses disciples n'eussent appris ce que c'est que la tolérance chrétienne. Partout oiî l'on verra une secte quelconque spécialement protégée par le gouvernement, on ne saura pas tout ce qu'euferme le principe de la liberté religieuse. Eh quoi !
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le mot même de tolérance, appliqué à la religion, ne suppose-t-il pas l'exislence d'un pouvoir qui ne devrait pas exister, et d'un pouvoir lyrannique par essence? Ne supposc-t-il pas que vous, autorités terrestres, vous voulez bien condescendre à mepermetire d'exercer mon culte? Vous me le permettez! Mais avez-vous plus vocation à me le permettre , que je n'en aurais moi-môme à vous permettre de suivre votre religion? Mon autorité n'est-elle pas ici égale à la vôtre ? Vous me le permettez! Mais Dieu me le permet, Dieu me le commande, et vous osez bien dire que vous me tolérez ! Qui est-ce donc qui a le droit de s'interposer entre Dieu et ma conscience? Il y a dans votre tolérance môme de la tyrannie ; car vous n'avez point le droit de vous ingérer en cette affaire. Or toutes les fois que l'Eglise et l'Etat s'unissent , il y a intervention de l'autorité en matière spirituelle ; et, dans ce pays môme, s'il pouvait arriver qu'une secte quelconque obtînt le patronage de l'Etat, c'en serait fait de notre liberté religieuse, maintenant si parfaite. » Sous le règne de la reine Elisabeth , le poète Soulhwell, auteur d'une des plus belles hymnes que possède la langue anglaise, homme d'ailleurs qui paraît avoir été vraiment dévot , subit une mort violente et ignominieuse, pour être venu en Angleterre avec l'intention de prêcher la religion catholique , crime qu'il se Gt un honneur de confesser hautement. Eh bien ! l'on eût dû lui laisser pleine liberté de prêcher ; car si la religion pro lestante ne peut résister à l'action de la prédication papiste , il faut qu'elle
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lombo. Une religion qui a besoii] do la, lorlurc ol do rinquisilion , cl de la flamme des bftchers ; une religion qui craint de rencontrer ses ennemis, à visage découvert, sur le terrain delà vérité; une religion, an un mot, à laquelle l'Esprit de Dieu ne suffit pas, ne mérite en aucune façon qu'on l'adopte , ni qu'on fasse quoi que ce soit pour la maintenir. Et quand une église établie ne peut subsister sans opprimer les autres, ou seulement sans nier aux autres leur titre d'église, il ne faut pas la laisser debout... »
Chez nous donc, l'hérésie ne constitue point un délit ; chacun jouit d'une égale liberté religieuse ; la loi n'intervient jamais en matière de foi; et cependant, pour le redire, nos gouvernements ne sont point indifférents à la religion. Comme preuve frappante de cette assertion , je me plais à rappeler que chaque année, en automne, les gouverneurs de la plupart de nos Etats désignent un jour d'actions de grâces et de prières qu'ils recommandent aux églises de célébrer à l'honneur du Très-Haut. Les chrétiens des diverses dénominations regardent généralement comme leur devoir d'obéir à cet appel. Les affaires sont suspendues, les églises s'ouvrent, et l'après-midi tout au moins, il se fait des prédications dans toutes les parties du territoire de la république.*
* Voyez Appendice II.