Manière de les provoquer
Il faut d'abord se souvenir que le caractère de la prédication dans les églises congrégalionalistes de la
Nouvelle -Angleterre est essentiellement didactique. Lors donc que l'attention vient à se porter vivement sur les choses de Dieu, il y a déjà dans les esprits une idée claire et nette des vérités divines. Elles ont été exposées avec détail , et démontrées de point en point; surtout ces doctrines humiliantes que l'homme aime tant à défigurer et à calomnier. Or, dans les temps de réveil, on ne change rien au fond de la prédication, seulement elle devient plus chaleureuse et plus pressante. Elle ne consiste pas , comme on pourrait le croire, en de simples appels au sentiment, quelque forts et justes qu'ils pussent être. Il s'agit toujours d'introduire la vérité dans l'âme du pécheur; d'utiliser les circonstances pour lui faire loucher au doigt en quelque sorte Vévidence des doctrines qu'il admettait peut-être dans la spéculation, mais qu'il ne crut jamais d'une foi réelle ; on prévient ses objections, on lui enlève tous prétextes dilatoires , on le presse par les plus puissants motifs à se mettre immédiatement à l'œuvre; ou le contraint pour ainsi dire à recevoir avec obéissance la vérité. Rien de plus simple après tout qu'une telle prédication; mais, partant d'un cœur qui déborde et s' appuyant sur de nombreuses expériences, on ne saurait croire tout ce qu'en un temps de réveil elle est capable de produire.
La doctrine maîtresse sur laquelle on insiste alors particulièrement, est celle de la nouvelle naissance , et de la nécessité absolue d'une intervention directe de Dieu pour opérer le changement du cœur. Et toutefois, ou plutôt en conséquence de cela , nul ne man-
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que (le presser avec une nouvelle force la doctrine du devoir, ou de {'oblUjalion qui est imposée au pécheur de se mellre à l'œuvre immédiateinenl, comme je le disais loul àl'heure. C'est le seul moyen à employer pour que lepécheur sente sa coulp^ ; car il n'y a faute que là o\\ le devoir est violé, et le renouvellement du cœur par le Saint-Esprit suppose nécessairementqu'on a reconnu ce qu'il y a de coupal)ledans le péché. Chacun sent combien il doit être difficile de convaincre les pécheurs impénitents, et c'est précisément ici qu'est le nœud. Les pécheurs impénitents ne croient pas que Dieu puisse exiger d'eux, dans leur état actuel, qu'ils deviennent saints. à l'instant même. Il est impossible, pensent-ils, qu'il leur commande de faire, sans l'influence de son Esprit, une chose qui, si jamais elle se fait, devra être attribuée à cette influence. Ils estiment donc qu'à cette phase de leur développement il doit y avoir quelque part comme un terrain neutre , une halle , pour y attendre « les moments du Seigneur, » ainsi qu'on s'exprime d'ordinaire. Ils ont fait leur portion de l'œuvre en se réveillant de leur sommeil ; c'est maintenant à Dieu de faire la sienne en renouvelant leur âme. Et cette manière de voir n'est pas seulement le propre des pécheurs irrégénérés. Quelques théologiens l'ont partagée et défendue dans leurs écrits ; elle exerce une grande influence sur bien, des gens qui peut-être ne l'accepteraient pasen termes exprès. Car c'est une opinion fort générale, que les pécheurs non convertis ne sont pas tenus à autre chose qu'à profiler diligemment des moyens de grâce. Qu'ils lisent la Parole , qu'ils
prient, elle Seigneur ne saurait leur refuser le renouvellement du Saint-Esprit. Il l'a promis à la sincérité de leurs désirs et de leurs efforts: or, notez bien pourtant qu'avant la conversion ces efforts et ces désirs ne sont pas la vraie sainteté.
Ce sont ces principes mêmes qui dominaient la Nouvelle -Angleterre antérieurement au réveil de 1735, et (jui avaient contribué pour beaucoup au déclin de la religion. Aussi Jonathan Edwards envisagea-t-il comme un point important de les rectifier, et dès lors on a mieux compris la marche à suivre. Il faut, disait Edwards, prêcher au pécheur le devoir qui lui est imposé de se repentir immédiatement; insister sur ce que Dieu ne doit rien à un homme non régénéré, et bien établir que, ni au point de vue de la justice absolue, ni au point de vue des promesses de grâce, l'homme n'a rien k prétendre de la part de Dieu pour aucune des choses qu'il ait pu faire avant de se repentir et de croire. Quand le célèbre Whilefîeld visita l'Amérique en 1740, il fut extrêmement frappé de la puissance que l'adoption de ce point de vue donnait à notre prédication. Voici ce qu'il écrivait à un de ses amis en Angleterre : <r Comment ne pas reconnaître que, malgré toutes nos œuvres, Dieu peut nous refuser sa miséricorde? Voilà ce que prêchent MM. Tennent, et c'est pour cela que j'aime leur prédication. Avant de guérir, il faut la blessure profonde. Ils savent qu'il n'y a de promesses faites qu'aux croyants; aussi ne se hâtent-ils point irop de rassurer ceux que leurs péchés travaillent. Je crains
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d'avoir commis beaucoup d'imprudences en cet endroit, el d'avoir consolé les âmes trop promplement. Que le Seigneur nie pardonne le passé, el qu'il m'enseigne à mieux distribuer désormais la Parole de vie. j»
Voici encore, contre cette disposition à consoler trop lot, quelques mots remarquables du docteur Nelllelon, qui avait une grande expérience des réveils. <r Que prétendez-vous donc faire? Voulez-vous encourager le pécheur dans son mauvais train et prendre parti contre Dieu? Vous essayez de le tranquilliser dans le temps où dure encore sa révolte! Quand le pécheur est alarmé, deux pensées pèsent sur lui : celle du devoir qui lui est imposé de se repentir, et l'horrible crainte de ne se repentir jamais. Mais si vous lui dites d'attendre « les moments de Dieu, » ou quelque chose de semblable, vous détruisez en lui le sentiment du devoir dont je viens de parler. Vous le déchargez à cet égard de tous soins, et vous le jetez, autant qu'il est en vous, dans une profonde indifférence. Vous lui ôtez aussi toute appréhension pour l'avenir, accroissant de la sorte son apathie, si même vous ne l'exposez pas à se croire converti, parce qu'il compte sur Dieu pour produire une fois la conversion dont il a besoin. C'est pourquoi, bien loin de le calmer par de tels discours, vous devez, au contraire, vous efforcer d'augmenter la détresse de son âme. Tout accablé qu'il vous paraisse, pesez encore sur lui ; dites-lui de se soumettre à Dieu, et vous verrez qu'il le fera. Je ne nie pas qu'il n'y ait eu des âmes converties en sui-
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vant l'autre procédé; mais croyez bien que ce fut plutôt en dépit du système que grâce à son excellence. Et les promesses, direz-vous, ne les oubliez-vous pas? Les promesses! il n'y en a point pour les cœurs impénitents, et comment voulez-vous qu'on regarde aux promesses tant qu'on est dans ses péchés? Je distingue entre \es promesses et les inviiaiions. Les hommes sont invités à se repentir, mais il n'y a de promesses que pour ceux qui se repentent. » C'est de la sorte que nous avons toujours présenté ce sujet. Les promesses de Dieu appartiennent à l'alliance, et la condition indispensable de l'alliance, c'est la repentance et la foi.
Mais quand le pécheur impénitent est ainsi pressé de donner tout d'un coup son cœur à Dieu : « Je ne le puis, » se dit-il: «Christ lui-même a déclaré que c'est au-dessus de mes forces. Je ne saurais donc l'envisager comme mon devoir immédiat, et je suis en droit d'attendre jusqu'à ce que le pouvoir m'en ait été donné d'en-Haut. » C'est encore ici que le clergé de la Nouvelle-Angleterre suit les principes posés par Edwards. Il est aisé de distinguer en théologie, comme on le fait dans les affaires de la vie, entre l'impossibilité naturelle et l'impossibilité morale. <t Vous n'êtes pas incapables dans le sens que vous l'entendez. Vous avez toutes les facultés qui constituent l'être moral. Celui qui a la capacité de faire le mal possède, par la nature même des choses, celle de faire le bien. Votre j'e rie puis revient donc kje ne veux. Ce Jésus, sur les paroles duquel vous vous appuyez pour votre excuse, a ex-