‹ La religion aux États-Unis d'Amérique (volume 2)Chapitre 22 sur 167 · LA RELIGION EN AMÉRIQUE. I.IV. V · texte numérisé non relu

LA RELIGION EN AMÉRIQUE. I.IV. V

pli(iu6 de quelle nature est votre incapacité lorsqu'il a dit : « Vous ne voulez pas venir à moi pour avoir » la vie. » <r Oli! Jérusalem! combien de fois n'ai-je » pas voulu rassembler les en fan (s comme une poule » rassemble ses poussins sous ses ailes, eivous ne l'avez » pas voulu. »

Le docteur Dwight parlant sur ce sujet : « Le mot, dit-il, qui exprimerait le mieux cette im[)ossibilité d'obéir à la loi de Dieu, serait celui de mauvais vouloir ou de répugnance^ plutôt que celui d'incapacité. Un enfant n'est pas plus capable d'obéir à ses parents quand leur volonté s'oppose à la sienne. 11 me semble que, dans l'un et l'autre cas, i! s'agit d'une incapacité de nature parfaitement semblable. Quand donc il est question d'aller à Christ, c'est le mauvais vouloir qui nous barre le chemin. » * Et cette manière de voir n'appartient pas seulement à la Nouvelle-Angleterre. Un illustre théologien écossais, le docteur Witherspoon, qui fut président du collège de Princetown, s'exprime en ces termes sur l'impossibilité dont je parle: «Voyez, je vous prie, quelle sorte d'impossibilité nous avons là. Ce n'est pas une impossibilité naturelle ou physique, mais une impossibilité morale. Non pas un manque de pouvoir, mais un manque de vouloir, n^

Après cela, je ne dis pas que le réveil des âmes soit à la seule condition de présenter ainsi la vérité, je fais seulement observer que les pasteurs de la Nou-

1 Théologie, sermon CXXXIII.

'Œuvre, vol. II, p. 279.

velle-Anglelerre, et en grande partie ceux aussi des églises presbytériennes, marchant sur les traces des Dwight et des Wilherspoon, y voient le gage assuré et la cause de leurs succès. Tout est gagné, pensentils, quand on peut aborder les pécheurs impénitents, comme un père aborde son enfant indocile, et quand on parvient à les convaincre que leur vrai mal gît dans la répugnance qu'ils éprouvent à faire ce qu'ils doivent. C'est avec une grande liberté qu'on leur rappelle alors leurs obligations, et avec une incroyable facilité qu'on réussit de la sorte à porter dans leur conscience la conviction de péché. Un écrivain qui fut en mesure d'étudier à fond nos réveils dit à cette occasion : «Quelles que soient en théorie les opinions des ministres de la Parole sur la dépravation de l'homme, sur son incapacité pour le bien, sur la régénération, il est de fait que. s'ils obtiennent quelque fruit de leurs travaux, ainsi qu'on le voit dans les réveils, ce n'est jamais qu'en parlant aux pécheurs comme si on les croyait réellement capables de se convertir à Dieu, et inexcusables par cela même de ne pas le faire. On peut saisir avec plus ou moins de clarté ce point difficile, en découvrir la philosophie, ou l'exposer selon les Ecritures mieux que d'autres ne le feraient; toujours est-il que les prédicateurs que Dieu bénit, s'y prennent tous, au fond, de la même manière.

Mais en accordant, dira-t-on, que c'est un devoir pour les pécheurs de se convertir à Dieu sur-le-champ, n'est-il pas vrai pourtant qu'ils ne le feront pas sans II. 5

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une assistance d'En-Iïaul? Pouniuoi donc les presser avor tant rrinslance? Pourquoi niiilliplier les motifs, comme si vous espériez de changer leurs cœurs parla simple force morale de la persuasion ? Ne faul-il pas, après tout, que vous attendiez, aussi bien qu'eux, « les moments du Seigneur?» — Pour répondre, il nous suffirait de rappeler l'exemple que Dieu lui-môme nous a donné. «Faites-vous un cœur et un esprit nouveaux, » car pourquoi mourriez-vous?» C'est par la persuasion que Jésus-Christ et les Apôtres pressaient les hommes de se repentir, et précisément de la manière qu'ils les invitaient aux actes les plus ordinaires de la vie. La Bible tout entière est pleine d'avertissements, d'instances, de sollicitations, présentant au genre humain, dans sa perdition, tous les motifs que les intérêts de deux mondes peuvent fournir pour déterminer à agir droitem.ent et sans larder. Or, il n'est pas trop difficile de voir quelques-unes au moins des raisons de cette marche que Dieu lui-môme a suivie. En se mettant sérieusement à vouloir donner sou cœur à Dieu, le pécheur apprend mieux que par toute autre voie sa dépravation naturelle, le dénûment profond où il est de ce qui constitue la vie de Dieu et soîi impuissance à y suppléer. Rien de plus convenable pour dompter son orgueil et sa confiance en lui-même. Cette démonstration pratique de sa misère est précisément ce qu'il faut, pour le placer dans l'état où Dieu le veut avant de lui accorder l'influence régénératrice de sa grâce.

Ensuite, il est incontestable que, pour sanctifier,

l'FJsprit de Dieu opère par la vérité, La présence de la vérité dans l'âme est donc aussi nécessaire au résultat { du moins quant aux adultes ). que l'influence régénératrice elle-même. Quoique l'apôtre Paul eût pour doctrine constante que les rachetés sont engendrés de Dieu, il ne pensait pas se rendre coupable d'arrogance en disant aux Galates : «Je vous ai en- » gendres par l'Evangile. » Sans affirmer qu'il y ait toujours exacte proportion entre les grâces que le Saint-Esprit accorde et la manière plus ou moins sage et ferme dont on adresse aux consciences les vérités du salut, je ne crains pas d'affirmer que c'est là ce qui arrive ordinairement. Quoi qu'il en soit, nous n'avons pas, quant à nous, d'autres moyens d'action sur nos semblables; et si la doctrine de l'infirmité humaine nous détourne tant peu soit-il d'employer celui-là; si nous ne sollicitons pas les pécheurs, au nom de la vérité et avec une ardeur semblable à celle que nous y mettrions en supposant qu'ils se pussent convertir eux-mêmes, nous devons sérieusement nous demander si notre orthodoxie n'aurait point perdu son équilibre. Ah ! combien il est à craindre que des hommes, d'ailleurs excelleuts, ne se soient fréquemment trompés sur ce point, entraînés qu'ils étaient par un motif fort respectable, celui de glorifier les doctrines de la grâce! «Que de fois, dit Wallon, n'a-t-on pas entendu comparer les prédicateurs de l'Evangile aux Israélites sonnant de la trompette autour des murs de Jéricho ! Or, sans doute que l'homme qui prêche n'a pas plus, en lui-même, le

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pouvoir fie convertir les âmes, que les sacrificateurs des Hél)reux n'avaient celui de lenverser ces murailles. Mais les instruments sont-ils dans les deux cas éj^falemenl impuissants? Les voiités de l'Evangile ne serjtienl-elles pas plus adaptées à la conversion des pécheurs, que le son des cors ne l'est à la destruction rl'une ville? Ce n'est pas honorer le Saint-Esprit que de vanter son influence aux dépens de la vérité qu'il a révélée. Il met sa gloire à tourner nos âmes vers Dieu, en se conformant aux lois de notre constitution morale, e Sanclifie-les paria vérité! » telle fut la prière du Sauveur ; et je suis persuadé qu'à fin de compte, les minisires de l'Evangile dont les travaux auront été le plus bénis, seront ceux qui auront vu de plus haut la puissance régénératrice contenue dans la Parole de Dieu. C'est là ce qui donne à la prédication sa solennité, sa vie, son autorité ; c'est ainsi que l'on captive l'attention de ses auditeurs, et qu'on produit en eux la conviction du péché.

J'ajouterai, pour troisième considération, ce que disait Edwards : «C'est bien nous qui faisons, mais c'est Dieu qui produit; et ce qu'il produit devient en nous une action véritable. »* Ainsi, le résultat de la grâce régénératrice est une sainte activité. N'est-il donc pas infiniment plus raisonnable de penser que Dieu donnera sa grâce à ceux qui «s'efforcent d'entrer par la route étroite,» plutôt qu'à ceux qui l'attendent passivement? Qu'on explique la chose comme

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on le voudra, le fait est que, dans nos réveils religieux, nous avons conslamnient obtenu d'éclalanls succès, en pressant les pécheurs de se convertir à Dieu, et en leur parlant comme s'ils pouvaient le faire tout d'un coup et sur-le-champ. Parmi les nombreux exemples de ce genre qui me reviennent à l'esprit, je n'en rapporterai qu'un seul.

Il s'agit d'un jeune homme qui venait d'enti'er dans un de nos collèges. Peu après son arrivée, faisant vers le soir visite à un ami, il lui dit qu'on l'avait, dès son enfance, instruit à regarder la religion comme la chose la plus importante de la vie, mais qu'il n'avait point encore su en faire son affaire personnelle ; que son changement de demeure, son éloignement de s-^s amis et le vide de la solitude le portaient à désirer le salut, et qu'il voudrait bien en connaître le chemin. Un long entretien s'ensuivit; et l'ami consulté s'y proposa, non pas de dire à son ami ce qu'il aurait à faire lorsqu'il serait retourné dans sa chambre, mais de l'amener, si telle était la volonté de Dieu, à enibrasser d'une seule fois le Sauveur, et avant même la fin de la conversation. Dans ce but, il lui parla longtemps sur le caractère de Dieu et de son Christ, sur la manière dont le Seigneur l'avait traité durant sa révolte passée, et sur celle dont il s'était conduit lui-même envers le Seigneur, malgré les invitations constantes de sa miséricorde. Pour lui faire bien sentir la chose, il lui parla de ses parents dont le souvenir avait si fort remué sou âme ; et , comparant ce qu'il sentait pour eux avec ce qu'il aurait dû toujours ressentir pour

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Dieu, il cherchaii à produire à la fuis en sou cœur (le la repeulauce el cie la couliaucc. J'en Ire dans ces détails, aliu de montrer par quelle voie toute simple il faut s'y prendre, mc'^me auprès de ceux qui ont reçu l'éducation la plus religieuse. Après avoir traité ces sujets avec un intéiôt croissant et une grande solennité : « Eh bien , » dit-il à son ami, * trouverez-vous jamais un moment plus favorable pour épancher devant Dieu les sentiments que nous venons de décrire ? Sûrement qu'il vous faut, pour cela même, un secours d'En-Haut. Dieu peut sans injustice vous le refuser, )nais il peut aussi vous l'accorder. Qui sait s'il ne vous donnera pas la repentance? Voulez-vous donc que nous nous approchions ensemble du trône de la grâce , non pour nous préparer à l'action, ou y disposer nos cœurs, mais pour agir immédiatement , j'entends pour exprijuer la tristesse que vous occasionnent vos péchés , et l'espérance que des cœurs recoijnaissants trouvent dans le sang de Christ?» L'un et l'an Ire se jettent alors à genoux, et, remplissant le devoir qu'ils venaient de s'imposer , ils consacrent solennellement leur ânje à Dieu. Puis, ils lisent le cinquante-cinquième psaume, le cinquantième chapitre d'Esaïe et quelques autres endroits de l'Ecriture. Cela fait, ils se remettent à prier avec une nouvelle ferveur, et quatre heures se passent de la sorte. Il fallut se quitter pour le reste de la nuit; mais le lendemain matin, notre cher jeune honmie dit à son ami : « J'eopère avoir donné mon cœur à Dieu, et hier au soir même avant de nous séparer. » Jamais, dès lors, cette espérance ne lui fut

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enlevée. Nombre d'atinées se sont écoulées. Membre aclif el dévoué de TEf^lise de Christ, il altesle par sa vie tout entière qu'il ne s'était point fait illusion sur la réalité de sa foi.

Telle est donc la conclusion où m'ont conduit mes nombreuses expériences. C'est qu'il ne faut point séparer la doctrine de Yaciiviié de l'homme , de celle de Vaction de Dieu, deux principes que tant de gens estiment inconciliables. On doit les combiner l'un avec l'autre, el de leur force réunie presser avec vie!:ueur les pécheurs impénitents. Etablir une de ces doctrines à l'exclusion ou à l'amoindrissement de l'autre, c'est dans une égale mesure enlever à l'Evangile sa puissance. Prêcher l'action divine sans inviter le péchen'r à donner immédiatement son cœur à Dieu ^ c'est lui dire d'attendre tranquillement dans son péché qu'il plaise à Dieu d'agir. Lui prêcher le devoir, comme s'il ne tenait absolument qu'à lui de le remplir, et en oubliant, avec les Pélagiens, la nécessité de l'action du Saint- Esprit, c'est lui dire, non plus sans doute d'aUendre le moment de Dieu, mais de choisir lui-même son propre moment , et ce momeiit ne viendra jamais, vu la répugnance de son mauvais cœur. Vous y prendrezvous à la manière des Arminiens, en lui parlant d'une grâce toujours prête à l'aider, aussitôt qu'il la réclamera, sauf toutefois s'il y a refus prolongé? Soyez sûr alors qu'il ne résistera pas à la tentation de renvoyer à un temps plus favorable une œuvre qu'il pense pouvoir faire aussi bien lard que tôt. Mais au contraire pressez le pécheur, en lui rappelant à. la fois ces deux

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v<';rilés. Dites-lui (jue son devoir est d'aller à Dieu; monlrez-lui les puissants motifs qui l'y sollicilenl, l'horrible crime que renferme tout délai , et les intérêts immenses qui peuvent se décider pour ou contre lui dans l'espace d'une seule heure; encouragez-le forlcmenl à lutter contre la mort spirituelle sous laquelle il se débat : pressez-le de profiter des dispositions bienveillantes de la miséricorde divine; attirez son attention sur les miracles que la grâce de Dieu opère autour de lui, considération si énergique, surtout dans un temps de réveil ; sachez enGn lui représenter comment Dieu pourrait avec tant de justice lui retirer entièrenient sa faveur s'il persévérait dans ses retards; faites ainsi, et vous aurez maintenu bien unis tous les éléments du système de grâce qui , seul , est la puissance de Dieu pour sauver lésâmes.

En terminant ce que j'ai à dire sur cette portion de mon sujet, je citerai encore les paroles du révérend docteur Griihn, qui fut d'abord professeur à Andower et qui est mort président du collège de William , au Massachusets : « Il faut attribuer, dit-il, l'abondance des réveils religieux dans la Nouvelle-Angleterre aux vues claires qu'on y professe sur l'instantanéité de la régénération , sur le péché qui souille tous les actes moraux de l'irrégénéré et sur le devoir de se soumettre immédiatement à Dieu. Parlant de là , nos prédicateurs partagent leur auditoire en deux classes , et tracent entre elles deux une profonde ligne de démarcation. Quand un pasteur s'imagine qu'après tout la portion non régénérée de son troupeau qui prie et vit

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d'une manière morale, marche passablement bien , et qu'elle peut, sans nul risque, attendre que la soumission du cœur vienne en son temps , il mettra naturellement peu d'insistance dans" sa prédication, et l'on ne voit pas ce qui l'engagerait à alarmer la conscience. S'il pense que ses ouailles ne peuvent finalement rien faire de plus que cequelles font en attendant les moments du Seigneur, il se gardera bien de les incommoder et de les fatiguer inutilement; pourquoi les contraindrai t-ij d'entrer tant que la porte n'est pas ouverte? Mais celui qui monte dans la chaire, sérieusement persuadé que tout homme irrégénéré, quel que soit le réveil de sa conscience, est un ennemi de Dieu; qu'il lui résiste de tout son cœur et qu'il continuera de résister si on le laisse en cet état ; que ce pécheur enfin doit naître de nouveau pour cesser d'être un ennemi de Dieu, et pour faire quoi que ce soit de vraiment saint; celui qui jette les yeux sur la portion non régénérée de son auditoire, en se disant que tous ceux qui la composent sont dans la stricte obligation de se rendre immédiatement , qu'ils n'ont aucune bonne raison pour différer, que leurs moindres délais les rendent dignes de l'éternelle réprobation ; celui qui sent au fond de son cœur que rien, absolument rien ne peut remplacer la régénération, celui-là, croyez-le, ne se contentera pas de penser que dans dix ans peutêtre les âmes chéries qui lui sont confiées deviendront les amies de Dieu , d'ennemies qu'elles étaient, et que dans dix ans peut-être elles seront délivrées de la condamnation: il faut, pour lui, qu'elles le soient

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maintenant. Oh ! comme il va prier et prêcher! Il ne donnera de repos ni à Dieu , ni au pécheur ; et il fera presser sur eux de tout son poids l'obligation immédiate , urgente , immense qui leur est imposée de se convertir. A l'ouïe d'une telle prédication, les pécheurs se tournent vers Dieu, ou sinon ils se sentent toujours plus misérables ; un moyen terme n'est plus possible; ils ne sauraient demeurer à leur aise dans leur incrédulité. »

Après cela , j'en viens à la seconde question que je me suis posée. On peut la dire résolue par ce qui précède; mais il est bon de la soumettre à un examen spécial , et j'ai à cœur de montrer par quelle influence un réveil religieux , bien dirigé , produit de si grands effets.

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