‹ La religion aux États-Unis d'Amérique (volume 2)Chapitre 23 sur 167 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

3° Effets qu'Us produisent.

A ne voir que l'homme , instrument dans la main de Dieu , la conversion des pécheurs dépend de deux choses : il faut leur présenter, avec clarté et d'une manière vivante , les vérités divines , et , par des prières non interrompues , les chrétiens doivent obtenir du Saint-Esprit qu'il donne efficace à la vérité. J'ai donc

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à faire voir ce qui, dans ces temps d'intérêt particulier pour la religion , tend à animer les prières et les efforts du peuple de Dieu , tout comme à faciliter l'action de l'Evangile sur les cœurs impénitents, et à lui donner une plus grande efficace pour le ranger «sous l'obéissance de la vérité. » Me référant à ceux des principes primitifs de noire constitution intellectuelle, qui, d'un aveu général, exercent un grand pouvoir sur la volonté, jemontrerai que les réveils religieux font à nos forces morales les appels les plus entraînants. Je donnerai par là ce qu'on pourrait appeler la théorie , ou la philosophie des réveils. On verra que ce ne sont pas des temps de simple excitation, ou de fanatisme, el qu'il n'y a rien, dans leurs effets, qui ne s'explique par les grandes lois de l'activité humaine. Le lecteur, j'espère , ne m'accusera pas d'oublié!' le fait, que le Saint-Esprit est l'auteur de tout bien dans le cœur des pécheurs impénitents, comme dans celui des chrétiens. Mais voici la gloire de cet agent suprême, c'est qu'en dislribuant ses grâces sanctifiantes , il n'annule pas les lois constitutives de notre nature morale. En disant que son influence marche d'accord avec les grands principes de notre organisation intellectuelle, je ne dis rien d'offensant pour le Saint-Esprit, mais plutôt je lui rends la gloire qui lui est due.

1. Les scènes que déploie un réveil religieux ont pour etTet d'exciter au plus haut point chez les chrétiens leurs désirs spirituels, ce qui signifie la ferveur de leurs prières, condition indispensable de tout succès. Une église apprend que le Saint-Esprit a été répandu

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sur une ville du voisinage. Quelques-uns de ses membres sont allés voir la chose, el ils viennent faire rapport de ce qui se passe, savoir, que le peuple de Dieu a retrouvé son zèle d'autrefois et sa première charité. Plein de joie et d'espérance, il abonde en supplications et en efforts pour sauver les pécheurs. Ils ont vu la foule se pressant dans les lieux d'assemblée, écoutant avec le plus profond silence et témoignant par son extérieur tout le sérieux et la solennité de ses pensées. Tels qui peu de jours auparavant vivaient dans la plus entière indifférence et dans le train du péché , ont maintenant fléchi sous le poids des accusations de leur conscience ; plusieurs môme, réconciliés avec Dieu par le sang de Christ, ont déjà trouvé la joie du salut auprès du Sauveur. Au reste, tout ce mouvement, disent les députés de l'Eglise, se fait avec le plus grand ordre, et l'on ne saurait y voir autre chose que l'effet naturel de la vérité divine dont le Saint-Esprit imprime le sceau dans les cœurs. Voilà ce qu'ils racontent; voilà ce qui est incontestable , et comment la sensibilité des chrétiens ne s'en émouvrait-elle pas? Sous l'impulsion des désirs qui se réveillent de la sorte, quoi de plus naturel que de les voir « renonçant à toutes leurs idoles, » se prosterner devant le Seigneur en déplorant leurs infidélités , pleurer sur les multitudes qui les entourent et que leurs péchés menacent de la perdition, prononcer enfin du fond de leur âme la prière touchante du prophète : « 0 Seigneur ! ravive ton œuvre » en ces temps; en ces temps fais-<ot connaître; et * au sein même de ta colère, souviens-toi de faire mi-

» séricorde. » Et si la grâce de Dieu daigne accorder à leurs demandes une effusion pareille du Saint-Esprit, combien ces saints désirs ne deviendront-ils pas plus fervents et plus impérieux. Avec quelle chaleur les parents ne solliciteront-ils pas le salut de leurs enfants, l'époux celui de son épouse, l'ami celui de son ami, et lequel d'entre eux ne dira comme le patriarche Jacob : «r Je ne te laisserai point aller que tu ne m'aies j> béni. » Maintenantplus tant de réserve, ou pour mieux dire , plus rien de cette lâcheté ordinaire qui empêche les chrétiens de parler et d'agir ouvertement dans la cause du Rédempteur. Tout absorbés par ces triomphes de la grâce divine, les fidèles n'ont qu'une seule question à la bouche : « Seigneur, que veux-tu que je j» fasse » pour ton service? Tels sont, j'en conviens, les désirs de l'Église en tout temps, mais qu'ils sent faibles à l'ordinaire , en comparaison de ce qu'on les voit devenir à l'époque d'un réveil !

2. Si l'on me demandait pourquoi les réveils sont si fréquents en Amérique et si rares en Europe, voici quelle serait ma première réponse : c'est que de ce côté de l'Atlantique les chrétiens comptent sur des réveils, et non pas les chrétiens de l'ancien monde. Nous envisageons ces temps de rafraîchissement venant d'En-Haut, comme faisant partie de la bénédiction qui reposa sur nos pères, et l'expérience des quarante dernières années nous a prouvé que si nous en cherchons la continuation, dans l'esprit même de ceux qui en eurent les prémices, ce ne sera pas inutilement. Mais il n'y a pas de raison pour qu'ils ne dé-

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passent pas nos fronlit>res. Le Saint-Espril a plus d'une ("ois. paroxpmple, visité nos slatiotisrle l'île de Ceyl'Ui. Les îles Sandwich ont été nacjuère le théâtre d'une des plus magnitiques œuvres de la grâce de Dieu que le monde ait jamais vues. L'Ecosse eut jadis des temps de rafraîchissement, et de réjouissants indices annoncent que le Seigneur veut y faire revivre l'esprit des pères dans les enfants. Au sein de toutes les églises évangéliques de l'Europe, on a pu voir aussi des époques d'intérêt plus qu'ordinaire pour la religion ; et cet intérêt y deviendrait même un véritable réveil, dans le sens que nous donnons à ce mot, si les églises dont je parle savaient, comme leurs sœurs d'Amérique, compter avec une ferme confiance sur ces manifestations éclatantes de la grâce du Saint-Espril.

Mais laissons de côté ces considérations générales ; il est évident que rien n'est propre à remplir de courage et d'espérance le cœur des chrétiens . comme la pensée que Dieu est au milieu d'eux avec nne provision extraordinaire de sa grâce. Il faut avoir vu soimême la chose pour se faire une juste idée de la puissance d'un réveil à cet égard, et des appels redoublés qu'il adresse aux affections les plus énergiques de notre nature morale. Dieu répand son Esprit sur la ville voisine ! Dieu est ici avec l'effusion de son Esprit! Dieu vient d'appeler tel de mes amis dans son royaume! Dieu a changé le cœur d'un grand nombre de gens! Les pécheurs les plus endurcisse courbent devant lui! Tels sont les cris qu'on entend de toutes parts. Mais si le Seigneur est^ô. ne viendrait-il point aussi parmi noust

S'il est au milieu de nous , que n'y fera pas sa présence? S'il a pris à lui ceux qui étaient comme moi, et k mon avis des pécheurs pires encore, pourquoi ne me ferail-il pas la même grâce? Ces raisonnements sont tout simples et ils se font. Bien plus, la conviction est telle, l'attente est si vive, qu'on a vu des hommes fuir loin d'un réveil , par crainte d'être , malgré eux , enveloppés sous l'influence divine qui s'y manifestait. Il m'en revient un exemple que je me plais à citer. Un étudiant d'un de nos collèges, après avoir pendant quelque temps combattu, par le raisonnement et par des plaisanteries, les mouvements de sa conscience fortement excitée à la vue d'un réveil éclatant qui avait lieu dans l'institution , obtint, moyennant quelque excuse plausible, la permission d'aller chez lui : c'était au vrai pour se soustraire à des influences qui devenaient de plus en plus irrésistibles. Il se précipite du côté de son village natal, et il y arrivait sur la fin du jour, tout joyeux d'échapper au réveil, lorsqu'il rencontre une foule qui revenait de la maison de Dieu. « Qu'esl-il arrivé, que se • passe-t-il donc? » telle fut sa première question dès qu'il fut sous le toit paternel. « Un réveil religieux » vient précisément de commencer, » et plusieurs de ses amis, les plus légers, sont en ce moment même fortement travaillés par le sentiment de leur péché! Alors il comprend, comme cet homme des temps anciens, qu'il est inutile de vouloir fuir la présence de Dieu. Les agitations de sa conscience reprennent avec une force qui s'accroît du douloureux souvenir

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(lesahiUen^cciilccoiUre le Saiiil-Espril. Il se met surle-cliamp à chercher la vie éleriielle, et par la grâce (le Dieu, peu de jours après, il Irouve le Sauveur qu'il avait essayé de fuir. Aussitôt il retourne à son collège, il va voir ceux qu'il avait arrêtés par ses discours et par son exemple, il les invite dans sa chamlire pour le soir môme, leur disant qu'il a une histoire à leur raconter. C'était, on le comprend, sa propre histoire, qu'il termina par ces mots : « Allez et faites de même. »

3. On doit concevoir ensuite combien un réveil religieux a de puissance sur les sympathies. En établissant un culte public, le Seigneur a résolu que nos affections sociales et sympathiques jouassent un grand rôle dans la cause de la religion. Il serait vraiment bien étrange qu'il en fût autrement. Si nous voyons Satan exploiter si bien ce principe énergique de notre nature , pour entraîner des millions d'àmes à la perdition, en leur faisant suivre la multitude dans le mal, comment le Saint-Esprit ne s'en servirait-il pas, tout au moins quelquefois, pour amener des hommes en foule dans le chemin de l'obéissance et de la vérité? Cette disposition à nous émouvoir parce que d'autres autour de nous sont émus et excités, n'est pas nécessairement le fruit d'une impulsion aveugle et qui fasse agir tête baissée ; la raison peut lui servir de guide et la rendre féconde. C'est ce qu'on accorde en toutes choses, sauf en religion. Mais qu'y a-t-il donc de si mystérieux et de si déraisonnable à prétendre que le Saint-Esprit, afprès avoir réveillé dans une âme les

meilleurs sentiments, en communique l'impression de proche en proche dans une progression croissante? Pourquoi ne se servirait-il pas de la sympathie, aussi bien que de l'attention, de la mémoire et des autres facultés de l'âme, pour nous amener à la connaissance de Dieu ? Qu'il agisse de la sorte en temps ordinaire ; que la conversion d'un individu soit fréquemment le moyen par lequel bon nombre de ses relations obtiennent cette môme grâce ; voilà ce que des expériences mille fois répétées nous attestent. Au lieu d'une conversion, ayez-en plusieurs à la fois; que cela arrive au sein de circonstances d'ailleurs favorables, comme le sont celles d'un réveil, et la sympathie s'exercera nécessairement avec plus de force et sur un plus vaste champ. On verra des centaines de personnes se rendre aux assemblées, simplement parce que le courant les y porte. Une fois entrées, la solennité des prières et des discours, le recueillement profond de la multitude, leur feront peut-être, pour la première fois en leur vie, concentrer leur attention sur la Parole qui leur est prêchée et se l'appliquer avec impartialité. C'est ainsi que « la conviction de péché » va se commencer en leur âme, et quoi de plus propre à la développer que rémotion même de leurs alentours et les entretiens de ceux que leur conscience agile depuis plus longtemps? Dès ce moment l'heure du combat a sonné. Il s'agit de « faire effort pour entrer par la » porte étroite: » car « le royaume des cieux se prend » par violence et les violents le ravissent. » Les images dont je viens de me servir sont sorties de la bouche II. 6

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