‹ La religion aux États-Unis d'Amérique (volume 2)Chapitre 24 sur 167 · I.A RELIGION EN AMÉRIOCK. LIV. V · texte numérisé non relu

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même du Sauveur. Elles décrivent admirablement les p6ri|)élies d'un réveil relii^ieux; et je ne saurais voir en eonséquenc<3, dans rijilérét extraordinaire qui se manifeste alors pour les choses du salut, rien qui ne se concilie avec Tentière possession de soi-même, et avec la présence de l'Esprit sanctifiant.

Qu'il y ait des abus possibles ; que, sous la conduite d'hommes faibles ou inconsidérés, ces scènes magnifiques aient queltjuefois dégénéré en scènes de désordre et d'excitation toute charnelle, c'est ce qu'on ne saurait nier, mais ce doni on ne saurait faire un argument contre le rôle que joue ici la sympathie. Quelle est de nos facultés celle dont on ne peut faire abus? Est-ce à dire qu'on n'en fasse jamais un usage légitime et bien conduit? Rappelons-nous d'ailleurs que s'il y a danger d'une part, il y a danger égal de l'autre. On meurt de paralysie aussi bien que de la fièvre. El lorsque tant de millions d'âmes demeurent plongées dans un sommeil , affreux avant-coureur de la mort seconde, faut-il donc être si méticuleux et éplucher avec tant de minutie les moyens de réveiller à salut ces êtres qui périssent?

Au reste, et nos réveils le prouvent toujours davantage, le fait est que les sympathies morales peuvent être fortement excitées, sans qu'il y ait trace de celle agitation nerveuse qui pousse à des manifestations vraiment désordonnées. Sous ce rapport, les réveils de la Nouvelle-Angleterre se sont beaucoup améliorés dans le dernier siècle. Durant l'œuvre remarquable de 1735, la prédication puissante de l'Evangile produi-

sait un tel effet sur de certaines personnes que, dans leur angoisse, souvent elles poussaient des gémissements et des cris au sein même des assemblées. Le clergé n'encourageait sûrement pas cette véhémence d'expression, mais peut-être la croyait -il jusqu'à un certain point inévitable , et en conséquence il la tolérait. A mesure que le grand réveil de 1740 à 1743 se développa, ces pratiques devinrent plus communes et passèrent même à l'état formel de crises physiques. De vives discussions s'ensuivirent, et beaucoup de personnes conçurent de fortes préventions contre tout l'ensemble de l'œuvre. C'est pourquoi, lorsque les réveils recommencèrent sur une grande échelle, à la fin du siècle passé, nos ministres congrégationalistes s'entendirent, dès le premier moment, pour s'opposer à ces écarts. Ils résolurent entre autres que leurs assemblées, surtout celles du soir, ne dureraient jamais plus d'une heure ou d'une heure et demie, afin de prévenir la fatigue et l'agitation des nerfs. Puis ils cherchèrent à faire comprendre que la présence du Saint-Esprit se reconnaît au silence et au respectueux recueillement d'une assemblée , et non pas au bruit et à la confusion. Ils y sont parvenus si bien que, dans les trente années où je me suis trouvé mêlé à bien des réveils religieux, je n'ai vu qu'une seule fois interrompre le silence des assemblées par quelque manifestation bruyante, encore dois-je dire que ce fut très-peu de chose. Notre expérience atteste donc que cette excitation désordonnée n'est en aucune façon nécessaire ; et, par ce que nous voyons en d'au-

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1res secles, nous ne pouvons que déplorer des écarts qui ont pour grave inconvénient, non-seulement de créer des préventions, mais encore de tenter les âmes à prendre ces mouvements fébriles pour une sainte influence de l'Esprit de Dieu.

4. La plus grande publicité qu'un réveil religieux donne aux doctrines du salut et les scènes frappantes qu'il offre aux regards, excitent souvent chez les hommes les plus légers un esprit d'examen qui tourne tout entier à la gloire de Dieu et à leur propre conversion.

Combien de gens que la seule curiosité fit suivre la foule dans la maison de Dieu , et sur lesquels la prédication de l'Evangile produisit le même effet que celle de saint Paul sur plusieurs des Athéniens qui , par la même cause, s'étaient réunis au Champ-de- Mars pour l'entendre ! Combien qui, après avoir constamment nié, ou mis en doute les doctrines de la grâce, furent amenés, par tout ce qui se passait autour d'eux, à écouter enfin d'un cœur droit les arguments qu'on leur présentait, jusqu'à ce que, frappés par l'évidence de vérité que leur offraient nonseulement la Parole de Dieu, mais encore la vie et la conversation des chrétiens régénérés, ils en vinrent, comme ceux dont parle l'épître aux Corinthiens, <r k être convaincus par tous, à être jugés par tous, » ei, tombant sur leur visage, à adorer Dieu en décla- * rant que Dieu était réellement l'auteur de tout » cela. » c( C'est ici le doigt de Dieu. » Combien même qui ne vinrent que pour se moquer et pour blasphémer, et qui sentirent les écailles tomber de leurs yeux

au plus fort de leur iniquité, et se mirent à crier avec le persécuteur d'autrefois: «Seigneur, que veux-tu » que je fasse? »

5. Chacun sait les résultats admirables qu'on obtient, en portant son âme tout entière sur un objet, par les efforts prolongés d'une attention concentrée: c'est conmie les flots de lumière que le microscope solaire réunit sur le point soumis à l'œil de l'observateur. Or, nulle part une telle attention n'est plus nécessaire qu'en religion. Avant de sentir le danger infini de sa position, il faut que le pécheur s'en fasse une juste idée : c'est le premier pas de la conversion , et c'est un pas impossible à celui dont les pensées ne se sont pas solidement fixées sur la contemplation des choses divines, objets si vastes, si loin de nous, si répugnants à notre cœur naturel! D'où vient que tant de gens qui entendent chaque dimanche la prédication de l'Evangile, et qui en reçoivent d'ailleurs quelques bonnes impressions, ne font cependant que peu de progrès dans la connaissance de Dieu? C'est qu'on n'a pas le moyen d'entretenir, durant la semaine, ces bonnes impressions. Si, au contraire, on parvenait à arrêter sur les objets religieux les pensées d'un homme qui n'est même que faiblement ému; si, de plus, on écartait de sa vue tout ce qui peut le distraire, on s'étonnerait des progrès rapides que la conviction ferait en son àme.

Mais voilà ce qu'il n'est pas aisé d'obtenir des pécheurs impénitents : ils ont tant de légèreté d'esprit, si peu l'habitude des pensées spirituelles; ils sont tel-

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lemenl étrangers à la prière, et si ignorants des sentiments avec lesquels il faut s'approcher de Dieu, que tout le temps qu'ils donnent à la conleujplalion se passe en rêveries confuses ; c'est un vrai chaos que leur âme; et, de guerre lasse, souvent ils finissent par ne plus vouloir penser. Lors donc que leur attention s'éveille quelque peu, il ne suffit pas de les renvoyer à leur Bilile et à la prière du cœur; il leur faut, en outre, un guide expérimenté qui, écartant du chemin les obstacles, les fasse regarder à chacun de leurs pas, et jette une lumière toujours nouvelle sur leurs sentiers. C'est le grand principe des réveils. Comme tout semble promettre, pour un moment donné, l'effusion de grâces extraordinaires, on fait aussi, dans le but d'amener les impénitents sous l'action puissante et prolongée de la vérité, des efforts extraordinaires qui ne sauraient se répéter pendant plusieurs mois : on multiplie les assemblées religieuses de manière à perpétuer les impressions salutaires, sans pourtant qu'on aille jusqu'à la fatigue; en sorte que le pécheur demeure, pour ainsi dire, dans une atmosphère lumineuse où il sent de plus en plus les puissances du monde à venir. La prédication de chaque soir ne dure qu'une heure; mais tout ne finit pas avec le sermon. A la fin de l'action, il se fait un service spécial pour les personnes qui se donnent comme étant à la recherche de la vérité ; on les invite à demeurer encore une demiheure, et le prédicateur leur tient quelque discours plus intime et plus immédiatement relatif à leur situation. Pendant ce temps l'église s'est retirée dans la

sacristie, ou en quelque autre local convenable, et d'un même cœur elle implore les grâces du Saint-Esprit sur l'assemblée qui est demeurée dans le temple. Le partage qui se fait alors a quelque chose de solennel et de saisissant : un père se sépare momentanément de son entant, un époux de sa femme, un ami de son ami, les uns pour prier le Seigneur, les autres pour l'écouter; mais, au fond, c'est une seule et même pensée. Le grand objet qu'on se propose dans la réunion de ceux qui cherchent la vérité {inquîrers) , c'est de les amener tous ensemble au but, de prévenir et de réfuter les objections, d'empêcher qu'ils ne perdent leur temps à se préparer, de placer devant leurs yeux les motifs propres à bs déterminer immédiatement; c'est de les conduire au trône de la grâce, pour qu'ils y expriment leur repentancc, leur foi en Christ, et qu'ils se consacrent avec décision au service de Dieu. Après quoi, on les invite à se réunir de nouveau le jour suivant, ou dans la journée s'il doit y avoir un service le soir, ou le soir s'il ne doit pas y avoir de service avant le surlendemain : c'est ce qu'on appelle Vassemblée de ceux qui cherchent [the meeting for inquiry) , et ce que nous appellerions volontiers la cathéchisatian des candidats. C'est là que le pasteur s'entretient quelques instants avec chaque individu sur l'état particulier de son âme ; puis il leur répèle à tous l'injonction d'aller à Christ immédiatement. Il fixe d'ailleurs une heure où il offre de recevoir ceux qui désireraient d'être seuls avec lui. Bientôt un certain nombre d'entre eux sentent leur cœur s'ouvrir à l'espérance. Après les

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avoir examinés avec soin, le pasteur les forme en associations de prières, les encourageant à s'occuper aussi désormais (lu salut des autres, et il les réunit fréquemment pour les instruire sur les caractères de la vraie piété. Si, de leur côté, les membres de l'église font leur devoir, ils s'occupent activement de leur famille et de leurs voisins ; et leurs travaux, convenablement dirigés, présentent la religion sous un aspect tout nouveau el bien propre à saisir les cœurs. Elle devient une des grandes réalités de la vie, au lieu d'être une simple prédication. C'est aiirsi que, par mille voies différentes, les rayons de la vérité divine portent à plomb sur les pécheurs impénitents, et avec une force, une continuité qu'ils ne sauraient avoir en temps ordinaire; sans compter que les prières du peuple de Dieu contractent alors une ferveur en harmonie avec les scènes solennelles que le Seigneur fait passer sous les yeux de son église.

6. Ce que nous avons encore à dire sur les facilités qu'offrent les réveils religieux, c'est que d'eux-mêmes ils éloignent plusieurs des causes qui, en temps ordinaire, ferment l'accès des âmes aux vérités du salut. Quelques mots seulement là-dessus.

Quand l'intérêt pour les choses de Dieu prend ce large développement, l'on voit disparaître, ou du moins diminuer la fausse pudeur, ou si l'on veut la réserve excessive qui empêche bien des chrétiens de s'ouvrir, même en particulier, sur les sentiments personnels que la religion leur inspire. Alors, au contraire, on s'attend à ce que chacun dise franchement

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ce qu'il est; et pour peu qu'on y mette de tact, on ose questionner le premier venu sur l'état de son âme, sans blesser son orgueil et sans émouvoir sa colère.

La crainte de se faire remarquer, cet obstacle si puissant à l'ordinaire, surtout chez les jeunes gens, perd aussi, à l'époque d'un réveil, presque toute sa force. Au lieu de se singulariser en prenant part au mouvement, on se singulariserait plutôt en y demeurant étranger.

Alors aussi l'on envisage avec moins de répugnance et d'effroi, l'obligation où Ton sera, si l'on devient religieux, de renoncer à certaines affaires, de changer quelques habitudes, en un mot, de modifier son genre de vie. Qu'un homme, par exemple, ait une profession peu honorable, si ce n'est même immorale, comme le serait la fabrication ou la vente des liqueurs spiritueuses, il lui sera moins difficile d'en faire le sacrifice, s'il n'est pas seul à devoir prendre ce parti. Futil jusqu'ici retenu d'entrer dans l'église par la crainte de ne pas savoir diriger son culte de famille (car il sait qu'au milieu de nous on ne reconnaît pas pour chrétien celui qui vit sans autel domestique) , il se sent encouragé par fexemple de tant de gens, autour de lui, qui commencent k la fois ces exercices de dévotion. En effet, j'ai connu, dans une petite localité, douze individus, tout simples et sans culture intellectuelle, qui, à peu de jours de distance, se mirent, les uns après les autres, à célébrer un culte dans leur maison.

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Diiranl ces ùpociues de réveil, il faul encore le remarcjuer, tous les plaisirs ordinaires de la vie sont suspendus, pour ceux du moins qui prennent quelque part au mouvement, et Ton sait combien ces plaisirs détournent l'attention de dessus les choses sérieuses, en excitant l'imagination et les sens.

Les affaires mêmes cèdent le pas aux grands intérêts de l'éleiiiité. Le peuple de Dieu s'arrange de manière à consacrer une bonne partie de son temps à la prière et à la fréquentation des assemblées; les chefs de familles donnent à leurs subordonnés, enfants, commis et domestiques, toutes les facilités désirables.

On comprend, d'après tout cela, combien les temps de réveil religieux doivent être favorables à la conversion des pécheurs.

7. Ce n'est pas tout encore. S'il est vrai que l'enfer soit pavé de bonnes résolutions, c'est parce que ceux qui les forment ne voient jamais arriver le moment de les réaliser; mais il est également vrai qu'un réveil coupe court à tous ces ajournements. C'est maintenant qu'il faut se décider, ou jamais. Quiconque a tant soit peu de religion, sait très-bien qu'il n'y aura pas de temps plus favorable à son salut. Tout alors le conjure de prendre un parti et de prendre le meilleur. Ces jours de grâce sont courts, et l'on peut n'en pas revoir de pareils; la vérité y est prêcbée avec une clarté et une vigueur peu communes; on y est l'objet d'une vive sollicitude de la part de ses amis chrétiens ; les nouveaux convertis, ceux qui viennent de «goûter » combien le Seigneur est bon, » sont si instants dans

leurs sollicatious; on voit une si grande quantité d'individus se mouvoir dans le même sens, qu'il n'y a pas moyen de ne pas s'écrier avec une pleine conviction : « Cesl maintenant le temps favorable; maintenanl est » le jour du salut! »

Et puis, les pas s'y font l'un après l'autre, et chacun d'eux conduit à un pas plus décisif. « Céderai-je aux » instances de mes amis, et me trouverai-je régulière- » ment aux assemblées? d Pour s'y résoudre, l'effort ne coûte pas beaucoup encore. « Resterai-je après le » service et me déclarerai-je à la recherche de la vé- » rite? » Ici la lutte avec l'orgueil est plus grande; mais si la victoire tourne du bon côté, l'on est infailliblement sar le chemin des conquêtes. « Assisterai- » je à la réunion des candidats? Demanderai-je au « pasteur un entretien pour lui ouvrir mon cœur et » lui dévoiler le monde d'iniquité qu'il recèle? » Chaque résolution devient une garantie en faveur d'une résolution nouvelle; chaque démarche est une sorte d'engagement, et quand ce ne serait que pour être conséquent avec soi-même, on irait jusqu'au bout; mais on le fait après tout par de plus nobles motifs. Quoi qu'il en soit, il est aisé de voir que les divers exercices usités dans un réveil mettent sans relâche le pécheur à l'épreuve; le forcent pour ainsi dire à se décider sur-le-champ, et que, moyennant la grâce divine, ils lui fraient admirablement la voie du royaume de Dieu.

8. Puis il y a chez les chrétiens, et surtout chez les nouveaux convertis, à l'époque d'un réveil, tant de

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vie el (le joie, (|ue la religion devient atlrîiyanle pour les pécheurs irrégénérés.

En temps ordinaire, la piété se présente aux impénitents, el surtout aux jeunes gens, sous un aspect assez sombre. C'est que le monde, hélas ! n'offre aux yeux des chrétiens rien qui puisse provoquer l'expression de leur joie. Trop souvent aussi, la chaleur de leurs atfections va s'affaiblissanl, ou du moins ils la concentrent au fond de leur âme, et ils ne cherchent leur bonheur que dans l'intimité de leur communion avec Dieu. Mais, en temps de réveil, tout est changé. Quel délice pour les fidèles, que de voir ces triomphes de la grâce de Dieu, et avec quels saints transports ils en expriment leur reconnaissance! La ferveur de leur premier amour se renouvelle. Dans leurs relations avec les inconverlis, on les voit déployer tout à la fois une tendresse el une fidélité inaccoutumées : c'est de tout leur cœur qu'ils les exhortent à se tourner vers la croix de Jésus-Christ. Les effets en sont quelquefois bien saisissants. Frappés du tendre intérêt que tant de gens leur témoignent, les pécheurs impénitents commencent à envisager la religion sous une tout autre face. Dans un réveil assez récent, une dame étant entrée chez un marchand connu par son incréflulité, se souvint qu'elle ne lui avait jamais parlé de son âme, quoiqu'elle se servît à son magasin depuis quelques années. Sans autre préambule, la voilà qui raconte au marchand ce qui se passe dans la ville, les conversions étonnantes qui s'étaient opérées chez quelques-unes de leurs connaissances; puis elle lui

demande s'il n'y a personne de sa maison qui participe à cet heureux mouvement. A mesure qu'elle parle, on voit son interlocuteur saisi d'une émotion croissante , jusqu'à ce qu'enfin s'essuyant les yeux : <r Je ne comprends pas, dit-il, ce qui inspire, aux dames qui se servent chez moi, tant de sollicitude pour ce qui me concerne. Il en est déjà plusieurs qui m'ont entretenu de ce sujet, et j'en ai vu même qui en parlaient à mes ouvriers. Il faut que la religion soit tout autre chose que je ne le pensais. »

L'effet est plus frappant encore lorsque les impénitents voient la joie briller sur la physionomie et dans les discours des nouveaux convertis. Tout homme porte en sa conscience le sentiment qu'il n'est pas dans la droite voie. Son cœur a des vides que rien encore n'a pu remplir. Quand donc il aperçoit autour de lui tant de gens qui ont trouvé le bonheur près de Dieu, quel puissant appel aux affections les plus profondes de sa nature morale, surtout s'il a déjà quelque conviction de ses péchés et de la déception des jouissances terrestres! C'est l'histoire de l'enfant prodigue : « Combien n'y a-t-il pas de gens dans la maison de » mon père qui ont du pain en abondance, et moi je » meurs de faim!» Il y a quelques années que deux jeunes dames, profondément émues par le sentiment de leurs péchés, se rendirent chez leur pasteur après une réunion du soir. Comme il les exhortait vivement, par la considération de l'amour de Christ, à accepter sur-le-champ l'offre du salut, l'une d'elles, qui avait couvert son visage avec sa main et s'appuyait ainsi

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sur lii lablc . s'y laissa tomber loul d'un coup avec une vive el profonrie (';molion. Aprrs quelques instants d'un silence solennel, elle soulève son visai^eoii brillai! la plus douce joie, et mettant un genou en terre devant son amie : «Julia, » lui dit-elle avec une simplicité enfantine, «Julia, aime Christ. 11 est si » magnifique. Viens avec moi et aime-le. » L'effet de ces paroles fut inconcevable. « Elle est entrée et je » reste dehors! » s'écrie Julia. «L'une est prise et » l'autre laissée! » Mais elle se trompait; car ce fut par là que, ce soir même et avant qu'elle eût livré sa paupière au sommeil, la grâce de Dieu conduisit son âme à Jésus-Christ.

9. Il est à remarquer enfin , dans les réveils religieux . la solennité toute particulière que produit la pensée de la présence immédiate de Dieu, l'Esprit sanctifiant, et l'impression que cette sérieuse pensée produit sur les âmes.

Tout ce qui est surnaturel saisit vivement le cœur humain : c'est dans notre nature. Habilement exploitée par l'Adversaire, celte disposition a précipité des millions d'âmes sous l'esclavage des superstitions les plus dégradantes» Or, n'esl-il pas digne de l'Esprit de toute grâce qu'il s'en serve à son tour pour amener les élus de Dieu à la liberté que Christ leur a procurée. Voilà ce qui arrive dans un réveil. « Que ce » lieu est redoutable ! C'est ici la maison de Dieu et la 1) porte du ciel. » Telle est, au milieu des scènes d'ailleurs si émouvantes, la pensée de tous ceux qui croient à l'existence du Saint-Esprit et à la réalité

de son action. Dans les enfants de Dieu, c'est quelque chose de semblable à ce que devaient éprouver ceux qui portaient devant l'armée des Israélites l'arche de l'alliance, séjour particulier de la gloire de l'Eternel. Quant aux ennemis de Dieu, celle même pensée les saisit comme le feraient leur lit de mort et l'approche terrible du jugenient dernier. « Ne contrislez pas l'Esprit. » Tel est le redoutable avertissement que les messagers du Très-Haut font incessamment retentir à leurs oreilles. « Ne contrislez pas l'Esprit, » c'est ce que leur disent, avec les plus vives instances, ceux qui ont goûté depuis peu les douceurs de sa grâce régénératrice. « Ne contrislez pas l'Esprit, » leur crieront encore les malheureux qui laissèrent échapper le jour favorable de la grâce du Seigneur. C'esl ainsi qu'une femme de ma connaissance , qui avait vu plus d'un réveil sans vouloir se soumettre, résistant à sa conviction et renvoyant toujours de se convertir, arriva finalement à l'inslant suprême. Comme on la sollicitait de profiler des derniers instants que le Seigneur lui accordait, elle répondit que c'était parfaitement inutile, qu'elle avait volontairement résisté à la grâce de Dieu , et qu'elle se sentait maintenant abandonnée de lui, par une juste malédiction. Rien ne put lui faire changer d'opinion. Elle descendit dans la tombe en répétant à ses alentours : «Ne contrislez pas l'Esprit.» Ce furent les derniers mots qui sortirent de sa bouche avant de passer dans l'élernilé.

Je termine ici la courte esquisse des commence-

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nieiils cl (les pro|?ri's de nos réveils religieux, de la iiiaiiiùre qu'on a jugée la meilleure pour présenler alors les vérités du salut, des principes de notre organisation intellecluclle et morale (|ui expliquent les effets qui s'y produisent. Tout imparfaite qu'est cette ébauche, je la recommande aux méditations impartiales et aux prières des chrétiens.^

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