‹ La religion aux États-Unis d'Amérique (volume 2)Chapitre 26 sur 167 · ACCUSATIONS DOXT LES RÉVEILS RELIGIEUX SONT L'OBJET · texte numérisé non relu

ACCUSATIONS DOXT LES RÉVEILS RELIGIEUX SONT L'OBJET

J*e n'avais pas d'abord l'intenlion de revenir sur les accusations dont les réveils religieux sont l'objet, mais, tout bien compté, je pense .que ce travail ne sera pas superflu. ;, ;

Pour peu que l'on conna-sse le cœur humain , l'on ne s'étonne pas de Tabus/qui se fait souvent des meilleures choses , et du masque dont se couvre le vice. Ainsi donc, qu'il se mêle ça mal à nos réveils religieux, par l'imprudence des hommes et la malignité de l'adversaire; que ces réveils ne soient pas toujours du meilleur aloi, c'est tout sihiple en vérité.

Remarquons cependant avant tout que, nonobstant ces abus et ces déceptions, nous n'avons pas de chrétiens vraiment zélés, instruits et dévoués, qui non-seulement ne croient à la réalité des réveils, mais encore tjui ne les envisagent comme la plus grande bénédiction queDieupuisse accorder aux églises, si du reste ils sont bien dirigés. Sans doute qu'il est parmi nous des gens qui y font opposition , et ce serait un mauvais signe qu'il en fût autrement. De ce nombre sont, en première ligne, les hommes ouvertement dépravés, les impies, les violateurs du sabbat, les ennemis du pur Evangile, tous ceux qui vivent dans l'incrédulité, soit qu'ils l'avouent, soit qu'ils s'en cachent. On les trouve

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en assez grand nombre dans les villes, et il en est aussi <ians les villas^es. Ce sont eux que les étrangers rencontrent surloul dans les hôtels et dans les cafés. Après eux viennent iescalholi(iues romains, les unitaires, les universalisles et lous ceux dont le christianisme est entaché d'hérésies assez graves pour que les chrétiens, fidèles à la foi évarjgélique, ne puisseiit les envisager comme des frères. Une lioi.>ième classe se compose des membres de nos égli.siB.<? fidèles qui sont encore beaucoup trop du momie par leurs opinions et par leurs habitudes. Ils ont un^e telle peur de ce qu'ils appellent de l'enthousiasme -et du fanatisme , qu'ils ne font rien, ou à peu près rien, pour l'extension du règne de Dieu ; et ni le monde, .ni leurs frères ne sauraient qu'ils sont chrétiens , s'ils ne venaient, en certains temps, prendre leur place -à la table sacrée. Il n'est aucune de nos églises évangéliques qui n'ait quelques communiants de cettè^sorte, et dans une ou deux de celles dont la discipline est plus large qu'elle ne devrait l'être, ils forment un parti considérable.

Or il arrive tout naturellement aux Européens qui voyagent en Amérique, de se trouver surtout en relations avec les personnes de l'une ou de l'autre de ces trois catégories, sinon qu'ils soient eux-mêmes décidément religieux; et comme c'est auprès d'elles qu'ils prennent leurs renseignements, ou conçoit que leur journal fourmille d'erreurs, pour tout ce qui tient aux réveilsreligieux. Et voilàsur quoiseformel'opinion publique en Europe; c'est sur des récits mensongers ou du moins exagérés, recueillis par des voyageurs

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donl les livres prouvenl qu'ils ne compreiinenl rien k la vraie religion, et qu'ils n'eussent jamais louché de tels sujets, s'ils n'y avaient vu le moyen d'étonner et d'amuser leurs lecteurs , par des anecdotes souvent bien absurdes.

Mais il est aussi en Europe, et particulièrement en Angleterre, des hommes sérieux et fort respectables qui ont pris leurs prévenliojisà une autre source. Nous possédons en Amérique- d'excellents chrétiens qui, voyant la cause des réveite' compromise par les mesures imprudentes, à leur ^^tt^ , qu'on adoptait pour les provoquer, ont cru devoir't'V'ertir sérieusement les églises et l'ont fait dans les colonnes de nos journaux religieux, dans des brochures et dans des livres. Leurs efforts n'ont pas été vain^,' grâces à Dieu; mais le langage un peu rude dont \\'H se sont servis pour décrire les maux actuels, et encore 'plus les maux qu'ils jugeaient probables; ce langage, dis-je, a eu pour effet d'en donner aux étrangers une idée exagérée : résultat peut-être inévitable, mais qui n'était pas assurément dans la pensée d'hommes animés par Tinlérêt même pour les réveils, et non par un esprit d'hostilité.

Quoi qu'il en soit, c'est, jç. le répète, un malheur commun à toutes les bonnes entreprises, que (Vè\ve exposées à se perdre par la coopération d'hommes qui, sous les plus belles apparences, ont pour mobile essentiel une misérable ambition, au lieu d'un vrai zèle pour la gloire de Dieu et pour le salut des âmes. C'est ce qui eut lieu dans le grand j'évei! de 1740 à 1743 ; puis, dans ceux de l'ouest, de 1801 à 1803, et parti-

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culièremenl au Kciilucky. C'est encore ce qui s'est reproduit à (jueNiues égards dernièreineul. Les fds de Dieu ne se présentent pas devant le Seigneur, que Satan ne cherche à se glisser parmi eux, se déguisant, s'ille faut, , en ange de lumière. Il y eut même des hommes pieux (car nous ne saurions les nommer autrement) qui, mécontents du caractère doux et sage qu'avaient revêtu nos réveils, essayèrent de précipiter les choses, en accueillant des mesures imprudentes et funestes, au jugement d'un grand nomhre de chrétiens expérimentés, ecclésiastiques et laïques. Dès iors on fil appel aux passi(/iis plus qu'à la raison et à la conscience; on insista sur ce que le pécheur peut et doit faire pour se convertir, plus que sur la nécessité de l'action sainte et puissante de l'Esprit de Dieu ; on n'expliqua que d'une rraiiière superficielle la nature et les signes de la conversion ; en un mot, l'Evangile ne fut pas prêché comme il doit l'être, pour produire, dans le pécheur, l'humiliation si convenable à un être perdu et qui n'est absolument sauvé que par grâce.

Parmi les mesures qu'on a jugé mal entendues, je citerai la pratique qui s'était introduite, en quelques li^ux, de solliciter ceux dont la conscience était remuée, à se réunir, après le sermon, sur les bancs devant la chaire,* afin d'être l'objet de prières et d'exhortations spéciales. Cette manière de faire pouvait, en certains cas, n'avoir rien de fâcheux; tout dépen-

' C'est ce (ju'on appelle \e»anœiom seals, ou siégei d'angoisse.

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dait de la prudence des prédicateurs et du personnel de l'assemblée ; mais , dans une congrégatiou fort nombreuse, et avec des hommes d'un tact peu exercé, l'on conçoit ce qu'il y avait là de dangereux. C'était remplacer bien mal la simple méthode des réunions qui se tenaient après le service, soit dans le temple, soitaulre part, et surtout les réceptions particulières chez le pasteur.

De tout temps, les égblses presbytériennes de l'intérieur eurent pour couti-m^de céliébrer des services religieux trois ou quatre joHre avant les communions. Je crois même que par-ei'!- usage existait jadis en Ecosse. C'est ce qui donna l'idée d'adupler aux réveils le système des « réunions, prolongées » {protracied meetings). Tout alla bien tant qu'on n "y employa que trois ou quatre jours; maja lorsqu'on voulut les faire durer je ne sais combien de lemps, un mois, ou peutêtre même quarante jouf.s, on se récria vivement contre cet abus d'une chose d'ailleurs excellente. En effet, je ne pense pas qu'il puisse venir à l'esprit de condamner l'augmenlation du nombre des services en temps extraordinaires; mais dès qu'on voit la multitude y attacher une plus grande importance qu'au service régulier de chaque dimanche, et se persuader que sans eux il n'y a pas de réveils, ni de conversions possibles, c'est le moment de lés abolir ou de les ramener du moins à leur état primitif.

Ce qu'on a regardé comme la plus malheureuse de toutes les mesures, ou plutôt de toutes les propositions, car c'est à peine si l'on peut dire que la mesure

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se soil exéciiK'ie, c'était d'avoir des ministres du réveil, qui seraieiil allùs d'écclises en églises, passant dans chacune quelques semaines, pour y prêcher le réveil uniquement. C'était vouloir la ruine du minisière régulier. Qu'on se représente ces hommes munis de quelques discours bien travaillés, et parlant avec facilité sans doute sur un petit nombre de sujets saillants; on voit d'ici Ibu.t ce que le pasteur était menacé d'y perdre , et c.o:n:iment le goût des choses nouvelles se fût glissé diins;.le troupeau : en peu de semaines, il se serait fàil;plus de mal que de bien. Personne assurément ne. -eon testera que des évangélistes ne puissent être font' utiles dans une nouvelle colonie, à raison même de. ce qu'il n'a pas encore pu s'y établir de ministère régulier. Bien plus, qu'ils forment de nouvelles églises partout oii ils en ont la facilité, ou qu'ils prêchent à celles qui sont momentanément dépourvues de past-eur, rien de mieux. 11 peut même être avantageux qu'à la demande du pasteur, des évangélistes viennent quelquefois dans sa paroisse. Encore faut-il toujours qu'ils acceptent la direction du corps ecclésiastique auquel ils appartiennent. Mais rien n'eût été plus déplorable que l'institution d'un ministère irrégulier, comme celui dont on avait conçu le plan. Aussi fit-on parfaitement de s'y opposer avec force. Les ministres qui s'étaient mis à cette œuvre, durent bientôt se fixer quelque part, au lieu d'errer çà et là, et nos églises n'entendirent plus parler de ces prédicateurs du réveil, ou plutôt de ces faiseurs

de réveils, comme quelques-uns méritaient qu'on les appelât.

Après cela, je prie mes lecteurs de ne pas se figurer que les abus dont je viens de parler aient jamais pris beaucoup d'extension. Ce fut en 1828 qu'on les vil poindre, et dix ans après ils n'existaient plus; ils ne se propagèrent pas dans toutes nos églises, et il est de vastes contrées oii ils demeurèrent absolument inconnus. Sur les vingt mille congrégations de dénominations diverses où « la vérité telle qu'elle est en » Jésus » se prêche fidèlement, il ne paraît pas qu'il y en ait plus de quelques cents qui aient souffert de ces abus, et maintenant, tout y est rentré dans l'ordre. Durant les quatre dernières années, nos églises ont joui de réveils plus nombreux qu'à aucune autre époque, et les hommes les mieux informés attestent unanimement qu'il ne s'y est rien passé que des chrétiens judicieux ne puissent avouer. C'est un grand sujet de joie assurément, et une preuve que, malgré tous nos péchés, le Dieu de nos pères ne nous a pas mis en oubli.

Mais avant de terminer ce chapitre, et bien que ce n'ait pas un rapport direct avec les réveils religieux, je dois parler des camp meetings , sur lesquels on m'a fait tant de questions en Europe. La plupart des étrangers n'ont pas là-dessus de meilleurs renseignements que pour les réveils, et il est bon de rectifier les erreurs "OÎi des voyageurs légers, sinon suspects, n'ont pu manquer de les induire.

Les camp meetings, ou églises campées , ou campe-

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