‹ La religion aux États-Unis d'Amérique (volume 2)Chapitre 27 sur 167 · A RELIGION EN AMI^.HIQDB. LIV. V · texte numérisé non relu

A RELIGION EN AMI^.HIQDB. LIV. V

ments religieux, comme on voudra, doivent leur origine à la plus impérieuse nécessité : ce furent les presbytériens du Kentucky, dans le grand réveil de 1801, qui en eurent la première idée. Il était venu de loin une si grande quantité de fidèles pour prendre la cène, qu'il n'y eut pas moyen de les loger tous dans les maisons du voisinage, pendant les trois ou quatre jours qu'ils comptaient y demeurer. C'est pourquoi l'on se procura des lentes, et on leur fit une sorte de camp comme pour des soldats. Le réveil religieux poursuivant ses succès, il fallut revenir à celte mesure. Le pays était encore peu garni d'habitants ; et ce qui prouve l'intérêt vif et profond qu'excitait la prédication de l'Evangile, c'est qu'on vil des personnes faire trente, quarante et cinquante milles pour se rapprocher des églises. On ne s'élonnera pas, en conséquence, que les assemblées se continuassent plusieurs jours de suite, car il s'agissait en quelque sorte de faire bonne provision à des âmes afîamées qui , dans les déserts où elles devaient retourner, se verraient ensuite privées de toute nourriture.

Quand le temps était favorable, on faisait ie campement sous les ombrages d'une magnifique forêt. Des troncs d'arbres et des planches servaient de bancs, après qu'on avait nettoyé la place des buissons qui l'encombraient. En face des bancs, on érigeait une sorte de chaire; puis, trois fois par jour, des ministres de l'Evangile y annonçaient les paroles de la vie éternelle. On y faisait aussi la prièie en commun au commencement de la journée, et à la nuit tombante, pour clore

les services. Tout autour, et k une distance convenable les unes des autres, se voyaient les tentes, qui s'ouvraient du côté de l'emplacement destiné aux assemblées. Durant la nuit, des lampes brûlaient aux branches des arbres, et, devant chaque tente, des torches, élevées à la hauteur de huit ou dix pieds, répandaient au loin leur vive clarté. Chaque tente était occupée par une ou deux familles, les amis et les voisins s'entendant pour la partager, s'ils n'étaient pas à eux seuls trop nombreux. Le matin et le soir, on cuisait derrière les tentes les simples mets dont se composaient les repas des assistants. Le son du cor ou de la trompette annonçait l'heure du service public.

Tels furent les premiers campements religieux dans les épaisses forêts du Kentucky, ii y a quarante ans. Il s'y passa des scènes solennelles, et qui eussent probablement saisi bien fort ceux qui affectent maintenant de les tourner en ridicule. Tels furent aussi, soit quant au matériel, soit, en général, quant à l'esprit qui y régna, les campements religieux qu'on a tenus dès lors. Pendant plusieurs années, il n'y en eut que dans les pays nouvellement colonisés, vers l'ouest, et peutêtre n'eûl-on pas dû les imiter ailleurs, vu qu'ils n'y étaient certainement pas aussi nécessaires. Je m'y suis rencontré moi-même. J'ai été frappé, je dois le dire, de l'ordre qui y présidait, et j'en ai vu des fruits décidément excellents. On parvient à réunir, de la sorte, et dans l'intérêt de leurs âmes immortelles, des populations éparses qui risqueraient sans cela de passer des années loin de tout culte. Mes lecteurs comprennent

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d'ailleurs que ceux (jui assislcnt aux assemblées ne logeiil pas tous clans le camp ; il n'y a là que les familles (jui viennent d'une grande dislance : ceux mêmes dont la résidence est à cinq ou six milles, retournent généralement chez eux le soir, et reparaissent le nuitin, apportant avec eux leur subsistance de la journée.

Mais si l'on est obligé de reconnaître l'utilité des campements religieux pour les contrées le plus à l'ouest, il n'en est pas de même des portions du pays où la population est plus ramassée. On y voit, surtout le dimanche, accourir la lie du peuple; et l'on peut aisément se figurer les tristes scènes d'ivrognerie dont on y a le spectacle; non pas dans le camp toutefois, car la police y mettrait bon ordre; mais dans les tavernes et les boutiques temporaires qui s'élèvent aux environs pour y vendre de la bière et des liqueurs spiritueuses. Il faut dire pourtant que, depuis l'institution des sociétés de tempérance, ces désordres sont beaucoup moins fréquents; en sorte que, même près des villes, les assemblées de ce genre font un bien véritable. Que de personnes qui s'y rendent par pure curiosité, et qui y reçoivent des impressions ineffaçables! Et ce n'est pas seulement aux individus des classes inférieures que pareille chose arrive. Un jeune homme doué des plus beaux talents, un de mes condisciples , et plus lard un de mes amis , le révérend Joseph S. Christmas, mort à New -York il y a peu d'années, était allé voir un de ces campements religieux. Son àme n'y cherchait rien, et ce fut là pourtant qu'une prédication fidèle lui fit sentir le besoin

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du salut. Sa conscience ne le laissa pas tranquille, jusqu'à ce qu'il eût trouvé la paix dans la foi au Fils de Dieu, et il vécut assez pour devenir un ministre éloquent et généralement goûté.

C'est donc surtout à l'ouest que les presbytériens, et notamment ceux dits du Cumberland , tiennent, de temps en temps, des campements religieux. Je pense aussi que les baptistes ne négligent pas cette pratique. Mais ce sont particulièrement les méthodistes qui l'ont introduite un peu partout. On me dit néanmoins que, sauf dans les pays nouvellement occupés, ils commencent à l'abandonner et qu'ils y substituent les réunions prolongées (protracted meetings).

Je termine ici ce que j'avais à dire sur les campements religieux. Des hommes dépravés ont quelquefois profité de ces occasions pour assouvir leurs passions mauvaises, et l'on en a fait grand bruit dans le monde contre la religion des Américains. Sans avoir été bien vif admirateur de ce mode d'action, je puis dire néanmoins, en qualité de témoin oculaire et je crois impartial, qu'on a beaucoup exagéré l'accusation , et surtout qu'on n'a pas assez tenu compte du bien qui se produit par ce moyen.*

* Parmi ceux qui font aux protestants des Etats-Unis un si énorme grief des écarts où se jette quelquefois leur activité religieuse, il est des hommes qui devraient par pudeur montrer plus d'indulgence; j'entends ceux qui vantent avec tant d'emphase les pratiques romaines. Car à moins que tout ne soit faux dans ce qu'on raconte sur ce qui se passe à l'intérieur de beaucoup de temples en Italie, notamment à la messe de minuit, le

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Dans quelques endroits de l'ouest il existe une coulunie (|ui me rappelle , avec beaucoup de charnne, ma première enfance. Pendant les grandes chaleurs, on se réunit pour le culte ordinaire sous l'ombre des grands arbres de la forôt. Dans ce temple fait de la main même de Dieu, l'on élève vers lui des prières et des actions de grâces qu'il ne reçoit pas moins favorablement, parce qu'elles ne sont pas retenues par les murailles d'un temple.

C'est aussi maintenant un usage assez général dans toute l'Union, que le quatre juillet, jour de fête nationale, on rassemble sous le feuillage les écoles du dimanche, pour leur adresser un discours plus religieux que politique. L'on y prie avec les enfants en faveur de la patrie et de ceux qui en sont l'espérance ; -on y célèbre enfin la gloire de Celui à qui nous devons nos privilèges civils et religieux.

Les sociétés de tempérance font de même, et ce n'est pas là qu'il faut chercher ces harangues pleines d'un orgueil national que le christianisme ne saurait avouer.

Et les écoles du dimanche et les sociétés de tempérance ont amené pour nous des temps meilleurs que ceux de jadis.

jour de Noël, et chaque fois que la foule s'y accumule, il nous semble que les scandales d'Europe ne sont pas moindres que ceux d'Amérique. On voit du moins qu'en Amérique les conducteurs de l'Eglise ne ferment pas les yeux sur le mal. ( Traducteur, )

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