‹ La religion aux États-Unis d'Amérique (volume 2)Chapitre 53 sur 167 · LA RELIGION KN AMÉRIQUE. LIV. VI · texte numérisé non relu

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permanent qui avait pour attributions de connaître les besoins des diverses localités, d'appeler des ouvriers, de leur assigner leur champ de travail, de pourvoir à leur existence ; sur quoi le comité faisait à l'assemblée générale un rapport annuel. Ce fut là ce qui, en 1816, devint le conseil des missions dont j'ai parlé autre part.*

Mais comme beauco'up de presbytériens préfèrent, pour des œuvres de cfj genre , des sociétés spéciales en dehors des corps ecclésiastiques, ne fût-ce que pour unir, dans uu même travail, les efforts de chrétiens appartenant à diverses communions , ils formèrent la Société américaine des missions domestiques, sur laquelle aussi j'ai donné précédemment tous les détails nécessaires.^ Je rappelle seulement que cette société est soutenue par une bonne moitié de l'église presbytérienne , par le corps entier des églises congrégalionnelles j églises puissantes de la Nouvelle-Angleterre, et, dans une certaine mesure, par les églises hollandaises réformées. Ses revenus se sont élevés, ces dernières années, de 60,000 à 100,000 dollars, et ses missionnaires de 400 à plus de 800.

C'est ainsi que l'église presbytérienne s'est efforcée de se tenir à la hauteur de sa tâch e. Sûrement qu'elle est demeurée bien en arrière de ce qu'il eût fallu, mais ce qui prouve pourtant qu'elle n^a pas entièrement

1 Livre IV, ch. VIII.

'Livre IV, ch, VU.

négligé son devoir, c'est que, il y a cinquante ans, elle n'avait pas 200 ministres, et que, maintenant, elle en possède un nombre qui est plus près de 3000 que de 2000.

Il est clair que cet immense besoin de ministres dut conduire l'église à voir par quels moyens elle se pourvoirait d'hommes capables. D'abord on tourna les yeux du côté de la mère-patrie. Il y eut de fréquentes suppliques adressées aux presbytères d'Ecosse, d'Irlande et d'Angleterre, et ce fut de là que, de 1705 à 1716, nous vinrent nos premiers ministres, à l'exception peut-être de deux ou trois. Les anciennes provinces de la Nouvelle- Angleterre en fournirent plus lard quelques-uns de très-distingués. Ils furent, avec les précédents, les fondateurs et les pères nourriciers de notre église presbytérienne.

Mais tout cela ne présentait que des ressources fort précaires et encore plus insuffisantes. C'est pourquoi l'on ne larda pas à prendre des mesures pour former eu Amérique mèmç! des ministres destinés à cette église. Vers l'an 1717, le révérend William Tennent, qui avait reçu l'ordre de la prêtrise dans l'église épiscopale protestante d'Irlande, ouvrit, en Pensylvanie, une académie classique, connue sous le nom de collège de Log. Plusieurs de nos ministres les plus distingués y firent de bonnes éludes. P'^i| très institutions pareilles se formèrent en, çlly^V^fli^H?;?, ^pcondées qu'elles furent par une décision du synode de 1738, portant que nul ne serait consç^créAansajVçij*

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En 1739, le synode résolut de fonder un séminaire qui fût sous sa direction; mais, par un effet des circonstances du pays et de l'église, ce projet ne put se réaliser que cinq ans plus tard. Alors il fut décidé 1° qu'on ouvrirait une école gratuite pour l'enseignement des langues, de la philosophie et de la théologie; 2" qu'on réclamerait à cet effet, de toutes les congrégations, des contributions annuelles ; 3" que le surplus de la somme nécessaire pour l'entretien d'un maître et d'un répétiteur serait employé à se procurer des livres. Telle fut l'origine du collège de Nevvark dans le Delaware.

A cette époque de notre histoire, il existait deux synodes, l'ancien synode de Philadelphie et celui de New-York , fondé en 1745. Le premier prit à sa charge le collège de Newark et l'académie de Philadelphie, d'oii est issue l'université de Pensylvanie ; le dernier fonda et soutint le collège de New-Jersey, à Princetown; et après que les deux synodes se fureni réunis en 1758, leur intérêt cumulé se concentra sur cette dernière institution. Mais, bien que le collège de Princelown doive son existence au synode de Nev^^- York et aux besoins de l'église presbytérienne, il fui toujours ouvert aux jeunes gens de toutes les dénominations religieuses. Le nombre total de ses élèves a été de 2,500, dont 500 environ se sont consacrés au saint ministère.

Depuis la fondation du collège de Princelown , il s'en est bien formé quarante autres qui se rattachent plus ou moins à l'église presbytérienne. J'entends que

leurs curateurs , leurs professeurs et leurs patrons appartiennent surtout à cette église.

Cependant les études qui se font dans les collèges sont très-générales, et il faut, à côté de cela, des facultés de droit, de médecine et de théologie. Ces facultés existent ainsi que je l'ai dit ailleurs. Mais longtemps après l'organisation de l'église presbytérienne, il n'y avait aucun établisement public où les candidats au saint ministère pussent achever leurs études. Ils se plaçaient sous les soins de quelque pasteur habile, pour se préparer à subir leur examen devant le presbytère. Dès l'an 1760, il fut proposé au synode d'instiluer une chaire de théologie, et quelques années apiès, les curateurs de New-Jersey ayant nommé un professeur, le synode prit des mesures convenables pour contribuer h son entretien.

Ce fut seulement en 1811 que l'assemblée générale résolut de fonder un séminaire théologique, et en 1812, que s'ouvrit cet établissement, à Princetown même, tout à côté du collège. Le séminaire est sous la surveillance immédiate d'un conseil de directeurs qui s'assemblent deux fois l'an pour examiner les élèves et traiter des affaiies de l'école. C'est l'assemblée générale qui nomme les membres de ce corps; c'est elle aussi qui élit les professeurs, règle leurs fonctions et fixe leur salaire. Nous nous référons d'ailleurs aux détails que nous avons donnés sur celle école dans notre quatrième livre. C'est aussi là que nous avons raconté ce que fait l'église presbytérienne pour faciliter les études des jeunes gens pau-

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vres el pour muUiplier les livres utiles. Nous ne reviendrons pas la-dessus, et nous renvoyons à noire dernier livre ce qui concerne les missions étrangères.

11 y aurait maintenant à examiner l'église presbytérienne sous des rapports plus essentiels que son organisation, ou plutôt il y aurait à voir s'il y a eu dans cette organisation de quoi maintenir en elle la pureté , les lumières , l'activité et la bonne harmonie.

Quant à la doctrine, on ne peut contester qu'elle n'y soit demeurée dans une pureté remarquable. Au moyen des formulaires que souscrivent volontairement tous ses minisires et tous ses anciens, l'église a pu constamment écarter de ses chaires ceux qui embrassaient les erreurs du pélagianisme ou de l'arminianisme. Qu'on se récrie tant qu'on voudra, comme si c'était du bigolisme ou de l'intolérance; il n'en est pas moins tout simple que la foi de l'église presbytérienne d'Amérique étant, dans ses symboles mêmes, la foi calviniste, ses amis se réjouissent avec elle de ce qu'elle y est demeurée fidèlement attachée.

Si de la doctrine on passe aux mœurs du clergé presbytérien, l'on peut aussi féliciter cette église pour la pureté qu'elle a conservée; non qu'elle n'ait jamais eu de ministres immoraux, mais je ne connais pas un seul cas oii l'on ait fermé les yeux sur leur immoralité. Peut-être s'esl-il vu des pasteurs ivrognes ou déréglés qu'on a laissés dans l'exercice de leurs fonctions; mais ie n'en ai pas ouï parler, et ces exemples doivent

avoir été excessivement rares. Je ne cite poiul ceci comme étant particulier à l'église presbytérienne; mon observation s'applique également aux autres communions évangéliques. Quant aux membres des troupeaux, tout dépend de la fidélité des consistoires. Ce que je puis dire, c'est qu'en vertu de la discipline presbytérienne, il est interdit de conserver dans la communion de l'église les gens dont les mœurs se dérangent ; et l'opinion publique est d'accord en ceci avec la discipline. Aussi ne doit-il pas être fréquent de voir tolérer quelque part, chez un membre de l'église, des péchés et des vices tels que la fausseté, l'ivrognerie, la débauche ou l'adultère. La discipline est assez généralement en honneur, pour qu'une congrégation eût honte de maintenir sur le rôle de ses communiants des personnes décidément immorales.

Après la pureté de la doctrine et des mœurs viennent les lumières ; et, si l'on veut bien se rappeler les détails oîi je suis entré tout à l'heure et eu d'autres endroits de cet ouvrage, on m'accordera que l'église presbytérienne a fait dès longtemps tout son possible pour avoir des ministres éclairés. Or, je me contente d'affirmer qu'à tout prendre, elle n'y a pas mal réussi.

Pour ce qui est de l'activité de celte église, je dois convenirque, si elle ne le cède en rien à quelques-unes de ses sœurs et de ses émules, il en est d'autres qui la laissent loin derrière elles. Toujours est-il, comme on l'a vu, qu'elle n'est pas demeurée oisive dans le champ qu'il lui a été donné de cultiver.

Mais il est un point sur lequel il n'est pas aussi aisé

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(le répondre. Esl-ce (|ue rorganis?.tioii de l'église presbylérieniie a niaiiilenu la bonne harmonie dans son sein? Ne semble-l-il pas plulôl que ce soit le contraire?

Remarquons d'abord que l'existence des partis est la conséquence inévitable de la liberté. En d'autres termes, sous l'influence de la liberté, l'on voit se manifesler cette diveisilé d'opinions, de manières de voir, de sentiments et d'intérêts, qui ne sauraient manquer d'exister au sein de toute grande association, soit civile, soit religieuse. La force quelquefois peut comprimer l'expression de cette diversité de principes, et souvent, par des motifs faciles à comprendre, on se donne le mot pour la dissimuler; mais, sous un régime d'égale liberté pour tous , il ne tarde pas à être évident que tous n'étaient pas du même avis. Dans l'église romaine, il est interdit d'avoir une opinion à soi sur de certains sujets; mais l'esprit humain s'y dédommage en disputant d'autant plus vivement le terrain sur tous les autres. Dans les églises nationales richement dotées, il y a tellement de sacrifices à faire pour s'avouer dissident, qu'on doit s'y attendre à une conformité plus générale que sincère.

Si donc l'église presbytérienne nous offre le spectacle de conflits passagers , nous ne saurions rien y voir de contraire aux enseignements généraux de l'histoire. Composée d'hommes qui étaient attachés de cœur aux doctrines des églises réformées, elle fut, un siècle depuis son organisation , sans connaître les discussions théologiques. Mais, dans la première moi-

lié du siècle passé, il se fit, soit dans la Grande-Bretagne , soit en Amérique, un grand niouvemenl religieux ; là par le ministère de Wesley tout particulièrement, ici par celui des Whitefield, des Edwards, des Tennent, des Blair et d'autres prédicateurs éminents. En Ecosse, il occasionna, ou accéléra ce grand nombre de démissions qui donnèrent naissance à l'église actuelle de la Sécession, ou, comme on pourrait dire, à l'église démissionnaire. En Angleterre, ce même mouvement amena la formation de la grande société indépendante des méthodistes. Il excita de vives controverses au sein de la Nouvelle-Angleterre, et, en suite de ces discussions, bien des personnes se séparèrent des églises officielles. Dans l'église presbytérienne, enfin, il se termina par la division du synode de Philadelphie en deux synodes qui demeurèrent distincts depuis 1741 à 1758. Or, si l'on étudie altentivement cette phase du presbytérianisme aux Etals- Unis, on voit que ce qui amena le partage, ce ne fu-, rent point des diflerences d'opinions sur la nature du christianisme ou de ses doctrines, ni sur le gouvernement de l'église, ni sur la nécessité de l'instruction pour les ministres ; mais ce turent les jugements divers qu'on portait relativement au réveil religieux alors en progrès, et aux désordres dont il était accompagné. De là vinrent des accusations réciproques, de l'aigreur dans les partis, de l'animosité: hélas! tout ce qui se voit en des temps d'excitation générale. Les termes mêmes de l'union que les deux sections de l'église contractèrent de nouveau, l'an 1758, al-

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leslcnl fiu'clles n'avaient cessé d'aire dans la meilleure harmonie quant aux points essentiels énumérés ci-dessus ; aussi se bornèrent-elles à déclarer qu'elles voulaient ensevelir dans l'oubli les différends qui s'étaient élevés à l'occasion du réveil.

Jusqu'à CCS dernières années, rien n'avait troublé cet accord; et, s'il faut maintenant que je parle de la dernière crise, on me permettra de reprendre les choses d'un peu haut, car sans cela je ne saurais en donner l'explication.

Au commencement de ce siècle, je dois rappeler celte circonstance, l'église presbytérienne se composait, en grande partie, des presbytériens d'Europe et de leurs descendants qui s'étaient fixés dans les Etats du centre et du sud. Depuis l'an 1800, il y eut une émigration continuelle des Etats de la Nouvelle-Angleterre dans le territoire encore inoccupé de l'Etat de New-York et de ceux du Nord-Ouest. Partout ils rencontrèrent des églises presbytériennes, et, bien qu'habitués aux formes congrégationnelles , ils se prêtèrent aux vœux de leurs ministres pour former, avec les presbytériens, des églises mixtes. En 1801, l'Assemblée générale et l'Association centrale du Conneclicut tombèrent d'accord sur un projet d'union entre les presbytériens et les congrégationalistes dans les nouveaux établissements. Par Teffet d'un système qui , d'intention, ne devait être que provisoire , il se forma un grand nombre d'églises et de presbytères, et même des synodes mi -parti de presbytériens et de congrégationalistes. Celte fusion produisil assurément

quelques bons résultats ; mais les congrégalionalisles s'élanl joinls aux presbytériens sans adopter leur profession de foi et tout en demeurant hostiles à leurs formes de gouvernement ecclésiastique, lorsqu'on en vint à traiter des questions de discipline et d'administration générale, il y eut des froissements d'autant plus pénibles, que le ïiombre proportionnel des congrégalionalisles allait croissant.

Il survint aussi du malaise à l'occasion des doctrines. Les calvinistes de la Nouvelle-Angleterre avaient certaines vues particulières qui ne purent manquer de se propager au scindes églises presbytériennes avec lesquelles ils s'amalgamèrent. De part ni d'autre on n'envisageait ces différences d'opinion comme de nature à justifier une séparation , ou à provoquer l'exercice de la discipline; et toutefois elles ne laissèrent pas de diviser l'église en deux parties , l'ancienne et la nouvelle école. Il faut dire, après cela, que, dans ces dix ou douze dernières années , quelques ministres de la Nouvelle-Angleterre avancèrent des doctrines qui ne parurent plus aussi innocentes. Tous ceux de l'ancienne école et même quelques-uns de la nouvelle s'accordaient k y voir la négation virtuelle du péché originel, de l'élection et de la grâce efficace; et en conséquence il ne leur semblait pas que les hommes qui soutenaient ces doctrines pussent remplir dans leur église les fonctions du ministère. On fit plusieurs fois la tentative de leur appliquer les lois de la discipline, mais on ne put jamais parvenir à les convaincre, soit mancjiie de preuves, suit par des vices de procédure.

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