‹ La religion aux États-Unis d'Amérique (volume 2)Chapitre 55 sur 167 · II · texte numérisé non relu

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atteignaient, eussent jugé bon de se séparer des congrégalionalisles et de se réorganiser suivant le pur presbytérianisme , l'assemblée générale se fût vue dans l'obligation de reconnaître en eux une partie constitutive de l'église. Mais ces frères, ayant assemblé une convention à Auburn (New-York), déclarèrent unanimement qu'ils envisageaient la loi de l'union comme eu pleine vigueur, et son abrogation par l'assemblée générale comme nulle et non avenue. En conséquence, l'année suivante, les délégués des presbytères intéressés arrivèrent à l'assemblée générale, en réclamant les sièges qu'ils y avaient occupés jusque-là. Comme on ne s'empressait pas de les leur accorder (bien qu'on ne les leur refusât pas non plus), ils se levèrent tous , nommèrent un modérateur et un secrétaire, et, suivis des membres qui partageaient leurs vues, ils se posèrent comme la véritable assemblée générale , et sortirent de la salle.

Aussitôt ils introduisirent un procès devant la cour suprême de Pensylvanie, pour qu'elle eût à décider lequel des deux corps était l'assemblée générale de l'église presbytérienne des Etats-Unis, lequel par conséquent avait le droit de nommer les professeurs et d'administrer les fonds des séminaires appartenant à cette église. L'arrêt du juge çt du jury leur fut favorable ; mais la cour au complet cassa la sentence, et la nouvelle école fut renvoyée à recommencer le procès, si elle le jugeait convenable. C'est là qu'en sont les chp.^e^. Çn attendant l'ancienne école demeure

propriétaire des fonds qui appartenaient à l'église presbytérienne, fonds qui consistent essentiellement dans les dotations des séminaires; et pour tout dire, le parti de la nouvelle école avait lui-même reconnu, en 1837, qu'il n'y avait aucun droit.

Telle est la fidèle histoire de ce schisme ; car, bien que la personne qui m'a fourni ces renseignements appartienne à l'un de ces deux corps, on peut compter sur sa parfaite impartialité. Quant à ceux qui sont neutres en cette affaire, il est des points sur lesquels il me semble qu'ils ne peuvent avoir qu'une opinion.

D'abord, il est incontestable que le traité d'alliance conclu en 1801, entre l'assemblée générale des presbytériens et l'association générale du Connecticut, bien que dénotant d'excellentes intentions, fut une véritable imprudence et une infraction manifeste aux principes constitutifs de l'église presbytérienne. Mais la rupture du traité, en 1837, se fit décidément d'une manière trop brusque. Il fallait donner aux églises qu'on allait frapper le temps d'adopter en plein les formes presbytériennes, si elles en avaient quelque désir, au lieu de les pousser à un parti extrême par une mesure si violente.

Il est sûr, en second lieu , que l'église presbytérienne s'est dès le commencement, ou à peu près, formée d'éléments trop divers pour qu'on pût espérer d'y voir jamais une fusion bien complète. L'accession d'un grand nombre de ministres congrégalionalisles de la Nouvelle-Angleterre ne fit qu'aggraver la situa-

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lion. Il y eut alors, si ce n'esl quant aux doctrines mêmes, clans la manière du moins de les exposer, des variétés qui, parfaitement admissibles au sein du congrégalionalisme, dépourvu de livres symboliques, ne pouvaient à la longue s'accommoder avec une église dont les doctrines sont nettement formulées et la discipline strictement exécutée en des points môme assez minutieux.

Je dois dire, après cela, que les différences d'opinions qui ont fait tant de bruit, portent sur des questions de philosophie plus que de théologie. Il s'agissait des objections que le cœur naturel n'épargna jamais aux doctrines caractéristiques du calvinisme et de la manière d'y répondre. En voulant éclaircir ce qui demeurera toujours enveloppé d'un grand fond d'obscurité. Ton arrive aisément à parler un langage qui semble en opposition avec les doctrines de la corruption humaine, de l'élection, de la grâce libre et souveraine de Dieu; et c'est ce qui eut lieu chez les presbytériens de la nouvelle école. Je ne nie pas que l'on n'ait poussé trop loin toutes ces spéculations, et qu'on n'ait hasardé des expressions bien propres à répandre l'alarme. Souvent on s'est gratuitement écarté du langage admis en théologie, c'est-à-dire là même où l'on retenait les principes reconnus. Mais, d'un autre côté, l'on ne s'est pas toujours montré disposé à saisir, dans les nuances, ce qui appartenait au fond commun, et l'on s'obstinait à imputer aux adversaires des conséquences de leurs doctrines qu'ils répudiaient expressément. C'est ainsi, comme on le voit

trop fréquemment, que le mal devint bientôt irrémédiable.

Enfin, s'il est vrai que la question des sociétés religieuses agissant en dehors des corps administratifs de l'Eglise, ait été la plus grave peut-être de toutes celles qui ont amené la rupture , je ne conçois pas comment les partisans des sociétés ont pu hésiter un instant à ne pas laisser aux autres la pleine liberté d'employer le moyen qu'ils estimaient, en conscience, le plus propre à avancer le règne de Christ ; puisque d'ailleurs ceux-ci, de leur côté, ne les empêchaient pas de former des associations volontaires dans ce même but !

On voit donc qu'il s'est commis des fautes dans les deux camps; et, comme il n'est que trop ordinaire, là oij l'on n'eût dû consulter que la gloire de Dieu et l'intérêt de son Eglise, il y a eu de l'homme, et beaucoup.

Mais enfin , la séparation s'est effectuée, et quelle qu'ait été la chaleur du combat, les partis sont maintenant en de meilleurs termes. Puissants l'un et l'autre, ils ont un beau champ où exercer leur noble rivalité. Le monde entier leur est ouvert, et rien ne les empêche d'y propager, chacun selon ses vues, l'Evangile de Jésus-Christ.

L'ancienne école a ses conseils de missions, domestiques et étrangères, puis ses comités d'éducation et de publications. La nouvelle école , de son côté, unit ses efforts à ceux des congrégalionalistes de la Nouvelle-Angleterre et de quelques autres moindres

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églises pour soutenir la Société américaine des missions domestiques, le Conseil des commissaires en (îiveur des missions étrangères et la Société d'éducation. L'une et l'autre secondent avec zèle la Société biblique américaine, celle des traités, celle des marins et d'autres associations de ce genre.

Au fait, l'église presbytérienne était devenue assez semblable à un vaisseau trop lourd pour la manœuvre. Il était difficile que les éléments divers dont elle se composait demeurassent longtemps juxtaposés ; et peut-être ne pouvait-il rien lui arriver de plus heureux que cette séparation , vu la manière dont elle s'est opérée. Car il ne faut pas croire que chacun des deux corps n'ait rien conservé de leur ancienne nature, comme si les éléments divers s'étaient entièrement disjoints. Dans l'église de la nouvelle école , nous avons des ministres écossais et irlandais et des descendants de l'émigration écossaise et irlandaise; tandis que l'église de la vieille école compte dans son sein des hommes de la Nouvelle-Angleterre. Là, plusieurs encore conservent l'ancienne manière d'entendre la doctrine calviniste ; ici l'on en trouve qui ont adopté les vues nouvelles. Enfin, tous les ministres de la nouvelle école ne sont pas également partisans des sociétés religieuses indépendantes de l'Eglise, ni tous ceux de l'ancienne école également amis de l'action purement ecclésiastique en pareille matière.

Que si l'on veut maintenant savoir la force relative de ces deux sections de l'église presbytérienne,

voici des chiffres que je puis donner comme fort exacts :

En mai 1843 , l'ancienne école comptait :

49 Synodes.» En 1S42, c'était 17

i05 Presbytères ,. lOl

2,092 Eglises 2,025

1 ,434 Ministres consacrés 4,291

183 Licenciés 290

314 Candidats (étudiants en théologie). • 237

159,137 Communiants 141,000

La nouvelle école :

19 Synodes. En 1840 16

101 Presbytères 88

1,496 Eglises 1,375

1,263 Ministres 1,260

120,643 Communiants 102,060

Les rapports ne parlent ni des licenciés, ni des candidats ; mais il est probable que leur nombre est analogue à celui des églises et des pasteurs.

En réunissant les deux sections , l'église entière compterait donc actuellement :

3,588 Eglises.

2,697 Ministres consacrés, probablement 900 Licenciés et candidats, et 279,782 Communiants.

' Ces chiffres comprennent le personnel des missions à l'étranger. Si on les déduit, il ne reste pour les Etats-Unis que 18 Synodes.

102 Presbytères.

2,088 Eglises, 1,409 Ministres.

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Vue en masse, celle église esl peul-ètre sans égale dans lachrélienlé, soilpar l'inslruclion, le zélé, l'aclivilé de ses pasteurs, soil par rallachement que tous manifestent pour la doctrine réformée; en sorte que, malgré son partage en deux larges bandes de nuances diverses, ce n'est après tout qu'un étendard d'une seule et môme couleur, le pur calvinisme d'autrefois.

On se demande si les deux écoles se réuniront de nouveau ? La chose n'est point improbable, mais elle ne me paraît pas d'un grand intérêt. Dans leur situation présente, elles peuvent faire plus de bien réel. Leurs églises et leurs pasteurs ne larderont pas à entretenir d'étroites relations ; et chacune d'elles, plus libre dans son allure, el plus assurée à la fois, n'en fournira que mieux sa carrière. A la vieille école appartient de maintenir, dans l'intérêt de toutes deux, la pureté de la foi ; et à la nouvelle école, d'élargir ses lentes pour y recevoir cette multitude de congrégations de la Nouvelle-Angleterre qui se transportent dans les nouveaux territoires. Moins assujettie aux formes, elle se pliera d'autant mieux aux exigences des temps.

C'est ainsi déjà que, dans sa session de mai 1 840, son Assemblée générale a proposé aux presbytères de son ressort divers amendements à la constitution , qui ont été dès lors adoptés. Par exemple, l'Assemblée générale, au lieu d'une session annuelle , n'en aura plus que tous les trois ans. Autre exemple : les appels, eusuile d'une décision consistoriale, ne pourront êlre portés plus haut que le presbytère, s'il s'agit d'un an-

cien; ni plus haut que le synode, s'il s'agit d'un pasteur. L'on a réduit par là de beaucoup les travaux de l'Assemblée générale, et celle-ci pourra d'autant mieux soigner les intérêts de l'église. '

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