‹ La religion aux États-Unis d'Amérique (volume 2)Chapitre 90 sur 167 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

DU PKETKNDL iMA>(.)UK D HAHMO.MK ENTKIi LES CHRETIENS ÉVAiNGÉLIQUES DES ÉTAÏS-IJiMS.

J'ai parlé de l'accord qui règne entre les communions évangéliques quant à la doctrine qu'elle» professent. Mais, à en croire les voyageurs et les touristes de l'ancien monde , cet accord n'empêcherait pas qu'elles ne fussent en luttes perpétuelles et môme violentes. Or, je n'hésite pas à déclarer que ceux qui ont fait ce triste tableau des Etats-Unis ont présenté les choses sous un faux jour.

J'accorde volontiers que nos églises évangéliques subissent, en mal comme en bien, l'influence de l'émulaiion. Quelque vaste que soit le champ oii elles se meuvent, elles y ont de nombreux points de contact, et comme elles sont toutes fort attachées aux doctrines qui les caractérisent et à leur système ecclésiastique particulier, il s'ensuit naturellement, d'un côté, qu'elles se surveillent réciproquement d'un œil jaloux,

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et d'un autre côté, qu'elles emploient tous lesmoyeiis légitimes en leur pouvoir pour augmenter le nombre dé leurs adhérents. S'excitant ainsi mutuellement à faire le bien, il se peut sans doute qu'elles se rencontrent çà et là en quelques conflits passagers, et que leur jalousie ne soit pas toujours très-fraternelle ; car les meilleurs des hommes ne sont après tout que dès hommes; mais qu'on n'en conclue pas qu'elles vivent dans une permanente hostilité. Ainsi, je suppose qu'un fidèle ministre de l'Evangile ait longtemps travaillé tout seul dans une contrée , s'il vient à s'ouvrir près de lui un nouveau culte, il est impossible qu'il n'è-, prouve pas la crainte de se voir enlever quelques auditeurs et qu'il n'en éprouve un coupable dépit;' mais bientôt il fera, lui aussi , l'expérience ({ue la multiplication des moyens de grâce ne fait qu'augmenter partout le nombre des fidèles; et à moins qu'il ne soit d'un esprit bien rétréci , sa passion ne tardera pas à se calmer.

Quelquefois aussi l'on voit un prédicateur zélé, mais non moins présomptueux qu'ignorant, venir dans une contrée déjà pourvue d'églises d'une autre communion, et, pourse faire des prosélytes, déclameravec une sorte de violence contre les premiers occupants. Mais il est rare que ces honmies recueillent autre', chose que du mépris.' Car, au milieu de nous, on ne se joint pas à une église sans en avoir examiné la doctrine,' l'organisation , la discipline, cl quand on lui a donné son adhésion sous tous ces rapports, surtout quand on trouve de l'éditicalion dans ses services, on ne se

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laisse pas aisément déloiinier par le premier criailleur qui cherche à se faire des disciples.

Je ne nie donc point qu'il n'y ail, par occasion, des moments pénibles ; mais en somme, et à prendre nos églises évangôliques dans leur ensemble, j'atteste qu'il existe entre elles beaucoup de considération mutuelle et de fraternelle affection. Ardentes à soutenir, et dans la chaire et par la voie de la presse , leurs vues particulières, rien n'est plus rare que de les entendre s'anathémaîiser; au contraire on les voit toujours prêles à se tendre secours réciproquement. C'est ainsi que chez toutes, sauf de la part des églises épiscopales, les ministres se confient leur chaire les uns aux autres. Je connais à Philadelphie une église baptiste, où, par suite de la maladie du respectable pasteur qui la préside, les fonctions furent faites, pendant environ deux ans, par des ministres de diverses églises, même pédo-baptisles. Durant sept années, l'auteur de cet ouvrage eut à parcourir plus d'une fois les divers États de l'Union, comme agent d'une société, et il déclare avoir pu prêcher dans les chaires de dix communions évangéliques, tant est réelle lien de fraternité qui les unit.

Et ce ne sont pas les minisires seuls que ce lien rapproche les uns des autres. Partout, aux États-Unis, les laïques ne se font aucun scrupule, lorsqu'il n'y a pas de service chez eux, d'assister à celui d'une autre communion ; el dans nos grandes villes, il est bon nombre de chrétiens qui suivent les méditations de la semaine des ministres étrangers à leur église, quand

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elles tombent sur une soirée différente de celle qu'y consacre leur propre pasteur. Non-seulement cela , mais encore il n'y a que les baplistes, à cause de leurs vues particulières sur le baptême, et les Ecossais du Covenant, qui refusent la cène aux membres des autres églises ; en sorte que les chrétiens évangéliques se joignent souvent à leurs frères d'autres communions pour célébrer cet acte du culte. Sous ce rapport, nous pouvons nous féliciter de l'esprit de vraie catholicité qui se répand, de plus en plus, au milieu de nos congrégations. Nous avons maintenant un nombre infini de ministres qui répéteraient ce que lu révérend M. Johnes dit au général Washington, quand celui-ci, au plus fort de la guerre, manifesta le désir de prendre la cène du Seigneur dans l'église de M. Johnes, quoiqu'elle fût presbytérienne , et que Washington fût épiscopal : «Monsieur, la sainte table n'est ni presbytérienne, ni épiscopalc, c'est la table du Seigneur, et comme tout autre chrétien, vous y serez le bienvenu.»

Il est en outre de nombreuses circonstances qui mettent les chrétiens évangéliques en bonnes relations, s'il en est qui amènent quelques froissements. Je veux parler de nos nombreuses sociétés religieuses , et, chaque jour davantage , les chrétiens y apprennent à se connaître, à se respecter el à s'aimer.

Dernièrement le docteur Schmucker a conçu un projet d'union entre toutes les églises protestantesévangéliques. Accueilli avec faveur, une société s'en est emparée et le mûrit. Le docteur Schmucker, homme aimé de tous el dont les écrits sont univeisellement

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L,'oùl/'s, ne propose poiiil la lusioii des t^glises, uiais siiDplemeiiiradoplion de certains principes, an moyen des(iuels les églises pourraient l'aire reconnaître de toutes les antres leurs actes publics, et entretenir la cpnimunipn fraternelle.

I| est un autre projet encore, qui n'est pas loin dt? se j'éaliser, et qui tendrait an môme résult;il : il s'agit d'une grande réunion annuelle où seraient convoquas lous les amis des missions étrangères; elle aurait lieu tantôt dans une ville , tantôt dans une autre ; on y rendrait un compte sommaire des travaux de chaque société; et ce serait un nouveau cercle autour duquel se grouperaient les diverses communions évangéliques,

A prendre en bloc les 2,800,000 individus dont se composent nos églises évangéliques , je ne balance pas à affirmer qu'il existe entre eux tous plus de véritable affection, et qu'ils se témoignent plus d'égards q|j^ s'ils étaient forcément réunis en une seule église. Ljç monde a eu le spectacle d'une société religieuse, à laquelle lous étaient contraints d'adhérer, et qui ne soufflait pas la moindre résistance au décret de ses conciles et de ses conclaves. Or on a pu voir ce qu'un tel système produit de sentiments fraternels et de vr^jie harmonie. Sous ce bel accord , tout extérieur, que de divisions intestines et qued'animosilés! Quelles haines infernales n'animèrent pas les uns contre les autres ces ordres religieux en particulier, qui ne savaient s'unir que pour persécuter ceux que révoltaient les dogmes de leur église! Au prix de cela, vraiment, les controverses qui s'agitent dans nos églises évangéliques,

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et leurs divisions momentanées , ne sont rien et moins que rien.

Les mœurs, en se poliçant , concourent, avec la charité chrétienne, à produire la concorde qui règne entre nous, et il n'est pas de chrétien évangélique, tant soit peu éclairé, qui ne se joigne de cœur aux nobles pensées que le chancelier de l'échiquier mettait dernièrement dans la bouche de Tilluslre Wilberforce :« J'éprouve un sentiment de triomphe toutes les fois que je puis m'élever an-dessus de ces insignifiantes barrières qui séparenlles chrétiens. Je ne demande pas qu'aucun d'eux fasse le sacrifice de ses con\iàions; mais que chacun, au contraire, profitant poiu' son compte du droit d'examen conquis par la réforme , permette aux autres d'avoir leur opinion àeux. En voyant, après cela, des hommes de vues très-diverses s'unir dans leurs projets d'améliorations sociales , on n'en éprouve qu'un plaisir d'autant plus grand. Pour moi, quand je me joins ainsi ù des personnes dont les convictions reli-j gieuses difièrent d'ailleurs des miennes, j'en ai un redoublement de bonheur; ma nature me semble s'élever, et je respire un air plus pur; les chaînes qui me garottaient se brisent, et je me réjouisdans celte liberté de l'amour qui porte tous les biens avec elle. »

Mais si ce que je viens d'exposer est vrai, comment se fait-il donc que les étrangers qui visitent les États-Unis, y reçoivent les impressions que leurs écrits enregistrent, et <|ui ont nécessité de ma part ces explications? La réponse est facile.

Les membres de nos églises évangéliques , pleins

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