‹ La religion aux États-Unis d'AmériqueChapitre 102 sur 185 · DU PRÉTENDU ATHÉISME DE LA LOI EN AMÉRIQUE · texte numérisé non relu

DU PRÉTENDU ATHÉISME DE LA LOI EN AMÉRIQUE

La constitution des Etats-Unis ne fait mention ni d'un Etre suprême, ni du christianisme. Peut-on légitimement en conclure qu'elle fut l'œuvre de l'incrédulité?

A coup sûr, on ne saurait flétrir de l'épilhète d'incrédule ou d'athée la Convention, qui, en 1787, formula notre constitution, sous la présidence de l'immortel Whashington. Tous les hommes influents de cette assemblée croyaient au christianisme, et Whash-

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ington lui-raêQie, comme nul ne l'ignore, était chrétien de cœur. Plusieurs d'entre eux appartenaient à quelque église, et leur vie entière s'accordait avec la profession publique de leur foi. L'esprit religieux de la Convention nationale était tel que, dans un moment difficile, Franklin lui-même proposa d'inviter un ministre à ouvrir les séances par la prière. Si l'acte qu'ils élaborèrent ne toucha pas aux sujets religieux, c'est qu'ils y virent un point sur lequel chaque province avait eu, dès l'origine, sa législation spéciale, et rien ne leur sembla plus naturel que de le laisser dans la libre compétence des Etals particuliers.

« A cet égard, comme à beaucoup d'autres, dit un écrivain distingué, la constitution fut, à proprement parler, une transaction, et l'on ne comprendrait pas trop comment elle eût pu régler les intérêts religieux d'une manière positive. Il n'y avait autre chose à faire que de tolérer toutes les communions et d'empêcher qu'on n'en épousât une à l'exclusion des autres. C'était aussi ce qu'il y avait de mieux pour la religion et sa vraie prospérité. Des hommes qui l'aimaient plus que nous ne le faisons, eurent la sagesse de ne la proléger ni de l'entraver par des mesures législatives; non qu'ils voulussent la jeter comme une perle au milieu des pourceaux, afin qu'elle fût écrasée et foulée aux pieds, mais ils comprirent que c'était, au contraire, le moyen le plus sûr de lui conserver un grand empire sur le peuple. » *

' An Inijuiry inlo (ko moral and rdiyious cliaracter of Ihc American govcrnmcnt, p. 72.

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Tout en ad me liant ce qn'il y a de vrai dans celle

ol)servali()n, je persiste à croire c|Ue, si la Convention nationale i^nirda le silence snr cette matière, c'est ({u'elle ne jugea pas nécessaire de s'en occuper. La conslitution qu'elle préparait n'était pas destinée à un peuple sans religion, ou, pour mieux dire, à un peuple qui attendît du centre son organisation religieuse. Il la possédait déjà, et l'ancienne législation des colonies témoignait hautement de leur zèle pour le christianisme. Me trompé-je? Il me semble ({uele silence, en pareil cas, parle plus haut que si l'on se fût cru obligé de proclamer, au nom de la loi, l'existence de Dieu et la vérité de la religion des chrétiens. La Bible ne commence pas par démontrer qu'il y a un Dieu : elle part de ce l'ait comme d'une donnée inattaquable.

Ce qui me confirme dans celle manière de voir, c'est la teneur même de la constitution. A l'article l" de la septième section, elle parle du sabbat en des termes qui montrent assez qu'il s'agissait là d'une charte destinée à un peuple chrétien; et cela seul, me paraît-il, devrait suffire pour laver de tout reproche les intentions de nos constituants; car il est sûr qu'à rinstitution du dimanche se rattache, en quelque sorte, tout le christianisme, et l'on ne peut respecter l'un sans vouloir l'autre. El, pour tout dire, si les anleurs de noire conslitution avaient été mus par le mépris pour la religion, leurs actes subséquents eussent dû Irahir leur pensée. Or, la plupart d'entre eux devinrent membres du congrès, et l'on ne saurait nul-

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lement accuser celui-ci de s'être montré hostile au développement religieux du pays.

Après cela, je ne fais pas difficulté d'avouer que je suis de ceux qui regrettent que la constitution des Etals-Unis ne soit pas plus explicite sur ce sujet. Je me persuade que, si les auteurs de cet acte eussent prévu le parti qu'on tirerait de leur silence, ils n'auraient pas manqué d'exprimer, en termes formels, la foi qu'ils avaient en Dieu et ce qu'ils pensaient de l'importance et de la vérité du christianisme.*

Je ne saurais, d'ailleurs, mieux conclure ce chapitre qu'en rapportant les paroles de l'auteur que je viens de citer : « D'accord avec lui-même, le peuple de 1787 ne voulut pas faire autre chose que de se donner une organisation qui, en s'étendant à l'ensemble des colonies, reposât, toutefois, sur les principes politiques admis par elles d'ancienne date. Chaque province était trop peu considérable pour former à elle seule une nation, et, d'un autre côté, la vieille confédération manquait d'un pouvoir central. Il fallait obvier à ce double inconvénient, mais on ne désirait rien de plus. A peine si l'on peut dire qu'il fût ques-

1 On voit par ce passage et par d'autres endroits analogues quelle est la pensée de l'auteur, pensée que partagent, à ce qu'il paraît, la plupart des Américains. Ils ne veulent pas que l'Htat demeure étranger à la religion, disons mieux, au christianisme; mais, dans l'intérêt même du christianisme, ils ne veulent pas non plus que l'Etat intervienne d'aucune façon dans les affaires de TEglise ou des églises. C'est une thèse que nous n'avons pas à discuter ici : nous nous bornons à la poser telle qu'elle nous parait ressortir de l'ouvrage qu'on a sous les yeux. [Trad.)

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lion d'innover, cl en religion moins qu'en nulle aulre nialièie. Lors donc que la conslilulion (jui vil alors le jour, ne porlerail pas expressémenl l'cmpreinle du chrislianisme, qu'esl-ce que cela prouverailîPortel-clle expressémenl celle de i'incrédulilé? Si elle n'a d'aulre tort que de se laire, nous devrons, à son défaul, écouler la voix du peuple qui la sanclionna. Or, c'était un peuple chrélien par sa profession cl par ses pères; bien plus, c'élait uu peuple qui avail monlré son allachement à l'Evangile, par loule une législalion; el celle législalion ne saurail èlre d'un bout à i'aulre une imposture. »*

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