‹ La religion aux États-Unis d'AmériqueChapitre 103 sur 185 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

l'esprit RELIGIEUX DU GOUVERNEMENT AMÉRICAIN JUGÉ PAR LES FAITS.

Quand je parle de l'esprit religieux du gouvernement américain , j'entends qu'il y a dans les hommes qui le composent assez de christianisme pour que leurs actes s'en ressentent; ou , si l'on veut , j'entends par là qu'en Amérique le pouvoir ne manifeste pas un esprit ouvert d'opposition à l'Évangile. Notre gouvernement est chrétien comme le sont celui d'Angleterre et

' An Inquiry inlo the moral and religions, de, p. 84, 85.

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ceux des divers États de la chrétienté. Ce n'est donc pas dire que tous ses actes soient en parfaite harmonie avec les exigences du christianisme. Hélas ! où trouver un corps politique dont on puisse affirmer qu'il est chrétien dans le sens strict de ce mot? Mais prenant la chose comme l'entend tout le monde , j'ose assurer qu'en ceci notre gouvernement central ne le cède point aux autres gouvernements, et je ne crains pas d'en appeler aux faits.

D'abord , nos autorités fédérales sont les premières à donner l'exemple du respect pour le sabbat. Ce jour-là, toutes les affaires publiques sont suspendues, sauf en cas d'extrême nécessité; ni le congrès, ni les cours de justice ne tiennent leurs séances ;* les douanes et les bureaux de l'administration demeurent fermés toute la journée. Je ne pense pas qu'il y ait, sous ce rapport, de pays où l'influence religieuse se fasse sentir plus complètement.

Ce qui montre mieux encore l'esprit chrétien du gouvernement des États-Unis, ce sont les proclamations qui, à diverses époques, invitèrent le peuple à célébrer des jours de jeûne ei de prières, dans les calamités nationales , comme aussi des actions de grâces publiques après quelque grande délivrance. Pendant la guerre de la révolution , il ne se passa pas une seule

' Quand la fin d'une session tombe sur le samedi , il arrive queb qucfois que le congrès siège bien avant dans la nuit et jusqu'au dimanche matin; mais cela n'a jamais lieu qu'il ne soit vertement repris par les journaux religieux et même par plusieurs journaux politiques.

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iuiiiée sans que le oone^rAs fît aux églises uu appel de celle nalure, «afin, disail-il, de confesser el de pleurer loul d'un cœur nos nombreuses Iransi^ressions , et d'apaiser, par les mérites et la médiation de Jésus- Clirist, le juste déplaisir de Dieu. » Bien plus, quelques mois après une proclamation semblable, il en parut une où le congrès recommandait avec les plus vives instances « à tous les citoyens des États-Unis, et particulièrement aux officiers civils et militaires, d'ouvrir leur cœur à la repen lance et de réformer leur vie, en les invitant d'ailleurs expressément à observer d'une manière stricte les lois qui interdisaient les jurements et la débauche. » Et voici le langage remarquable qu'il tenait en 1777 : «Que tout ce qu'il y a d'honnêtes gens dans la nation unissent leurs cœurs et leurs voix pour rendre leurs actions de grâces à Dieu et se consacrer au service de leur bienfaiteur suprême ; qu'ils joignent au témoignage de leur reconnaissance la confession des nombreux péchés par lesquels ils se sont rendus indignes de toute grâce , et qu'ils demandent instamment à Dieu de les mettre loin de son souvenir par les mérites de Jésus-Christ. Que de celte manière il plaise à Dieu de répandre sa bénédiction sur les gouvernements des États particuliers et sur le conseil général de la nation, d'inspirer aux commandants de nos forces de mer et de terre et à tous ceux qui sont sous leurs ordres l'habileté et la valeur qu'il leur faut pour donner à notre pays les plus grands de tous les biens : l'indépendance et la paix! Qu'il lui plaise aussi de faire prospérer notre commerce, noire

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industrie et les travaux de nos agriculteurs, de sorte que le peuple des États-Unis ne cesse de s'accroître! Qu'il daigne prendre sous sa direction paternelle les écoles et les séminaires, sans lesquels les principes de la vraie liberté, de la vertu et de la piété ne sauraient avoir leur développement ! Qu'il bénisse enfin tout ce qu'on fait pour étendre le royaume qui consiste dans la justice, et la paix et la joie par le Saint-Esprit ! » — En 1779, au nombre des objets sur lesquels le congrès appelait les prières du peuple , nous remarquons celui-ci : « Demandez à Dieu qu'il accorde à son Église de riches effusions de sa divine grâce, et qu'il répande son Saint-Esprit sur tous les ministres de l'Évangile. Demandez-lui qu'il bénisse tout ce qu'on entreprend pour l'éducation, et qu'il répande jusqu'aux extrémités de la terre les lumières de la foi chrétienne. »

Nous retrouvons un langage pareil dans les proclamations de 1780, 1781 et 1,782. Tel fut donc l'esprit qui anima nos conseils durant la guerre de la révolution. Quand la constitution fut entrée en vigueur , le pouvoir central continua de provoquer des jours de jeûne public dans toutes les circonstances difficiles, et c'est ce qui eut lieu surtout en 1812 , au moment où éclata la guerre avec la Grande-Bretagne. Puis , àu retour de la paix, le congrès exprima le vœu que les églises célébrassent un jour d'actions de grâces, et le président Madison s'empressa de le leur recommander. Et s'il est vrai qu'à l'exemple de Jefferson, le général Jackson, durant sa présidence, ne se crut pas

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autorisé par la constilulioii à proniuln;iier une solennilé religieuse, et qu'il refusa de le l'aire dans une circonstance qui semblait le réclamer hautement, le président actuel, M. Tyler, n'hésita pas un instant à proclamer un jeûne lorsque mourut si inopinément le président llarrison. Jamais solennité ne fut célébrée avec plus d'unanimité. La nation tout entière sembla comprendre qu'en lui ôlant l'homme qu'elle venait d'élever, avec un si grand enthousiasme, à la première magistrature du pays , le Seigneur avait voulu lui crier de ne pas mettre sa confiance dans le bras de la chair.

Pour revenir à mon sujet, le congrès ayant récemment autorisé la création d'aumôniers pour nos armées de terre et de mer, on en compte maintenant vingt-cinq dans la marine et vingt dans les principales garnisons, outre celui de l'École militaire de Wesl- Point. Les premiers, choisis par le ministre de la marine , sont généralement assez mal qualifiés pour leur office ; quant aux seconds , ce sont les plus anciens officiersdel'armée qui les nomment. Et bien que nousayons plusieurs commandants pieux qui réunissent leurs soldats en assemblées d'édification, il n'est pas douteux que le personnel des aumôniers ne fût meilleur, surtout dans la marine, si l'on en confiait la nomination à quelque société religieuse. Quoi qu'il en soit, on voit que le congrès n'abjure pas le christianisme. Ce qui l'atteste encore, c'est qu'il a deux chapelains, l'un pour le sénat, et l'autre pour la chambre des représentants. Ces chapelains ouvrent chaque séance par la

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