LE PRINCIPE VOLONTAIRE MIS A L'ÉPREUVE
Dans les livres précédents, nos lecteurs ont pu suivre les progrès de la liberté religieuse aux Etats-Unis, depuis la première colonisation jusqu'à nos jours; ils ont vu de même comment chacun de ces progrès modifia les rapports primitifs de l'Etat et de l'Eglise.
A l'époque où commença l'émigration , l'on savait à peine dans l'ancien monde ce qu'il fallait entendre par les droits de la conscience. Les hommes mêmes qui passèrent au-delà des mers pour jouir de la liberté, ne s'en faisaient pas des idées fort justes. Ce bien qu'ils avaient acquis par tant de sacrifices, ils n'étaient guère empressés de l'accorder aux autres.
3i6 I A KELIGION EN AMÉRIQUE. LIV. IV
Ce n'est pas (ju'on défendît à personne d'avoir telles opinions religieuses que bon lui semblait; mais si elles étaient contraires aux doctrines de l'église nationale, il n'était pas permis de les propager. Là même où dominait le plus d'intolérance, on contraignait, il est vrai, à la fréquentation du culte officiel; cependant, l'on n'exigeait pas de ceux qui voulaient s'établir dans la colonie qu'ils fissent une profession expresse delà foi légalement reconnue. Ce n'était que le minimum de la liberté religieuse ; mais c'était encore plus que n'en possèdent aujourd'hui les hommes qui naissent sous le beau ciel de l'Italie et dans quelques autres pays du monde catholique.
Toutefois, il ne se passa pas bien du temps avant que la Virginie et le Massachusets, colonies où le nationalisme était le plus strict, fisssent un grand pas vers la liberté. Elles tolérèrent les réunions particulières des dissidents.
Bientôt il fut permis à ces réunions de prendre le caractère d'assemblées publiques; mais ceux qui les fréquentaient n'étaient point dispensés des impôts qu'on levait en faveur de l'église nationale. C'était néanmoins un second pas.
Un troisième pas vers la liberté religieuse fut de décharger entièrement les dissidents de tout impôt de culte; puis on finit par atteindre le terme, et assez promptement encore, lorsqu'on rapporta les lois qui contraignaient les citoyens à faire les frais d'un culte quelconque, et que de la sorte toutes les églises se virent placées sur le pied de l'égalité la plus parfaite.