CHAP. I. LE PRINCIPE VOLONTAIRE. 3W
Tel est l'état actuel des choses, et tel il demeurera, j'en suis sûr. Partout nous avons la complète liberté des cultes. Le gouvernement les protège tous sans exception. Une réunion quelconque d'individus qui désire de posséder une église ou un local pour ses assemblées, peut, comme elle le juge convenable, ériger ou louer un édifice à cet effet. L'on n'exige autre chose d'elle que de remplir les conditions que la loi impose à toute personne qui achète un immeuble pour un service public. L'autorité civile n'a d'ailleurs nullement à s'informer des croyances. Ce n'est pas à dire que ces assemblées ne puissent jamais avoir rien à démêler avec la police; mais celle-ci ne pourrait les dissoudre que si elles portaient réellement préjudice à des tiers, ou s'il s'y passait des choses vraiment immorales. Dans aucun cas, on ne saurait invoquer contre elles les doctrines religieuses qui s'y prêchent. Le public américain ne tolérerait certainement pas que le magistrat intervînt mal à propos dans un lieu de culte, soit que ce fût une église ou une maison particulière.
D'un autre côté, ni le gouvernement central, ni les gouvernements particuliers, ainsi que nous l'avons vu, ne font quoi que ce soit pour l'entretien des pasteurs et du culte, à l'exception d'un petit nombre d'aumôniers dont les emplois sont d'une nature toute spéciale.
D'où est-ce donc que la religion tire ses moyens d'existence? Après Dieu , c'est uniquement des sacrifices que font ceux qui aiment l'Evangile et des efforts
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spontanés des hommes qui veulent le bien. Nous n'avons pas en Amérique d'autres ressources pour le maintien du culte. Ces ressources précaires, au dire de quelques personnes, sont-elles suffisantes et assurées? C'est la question à laquelle doit répondre le présent livre.
Mais, avant d'entrer en matière, rendons-nous compte des besoins auxquels il s'agit de satisfaire. On verra que le principe volontaire ne saurait être mis à une plus forte épreuve.
Je rappelle que, par le recensement de 1840, la population des Etats-Unis s'est trouvée de 17,068,666 âmes. A ce moment (novembre 1842), elle ne doit pas être loin de 18 millions: mettons 17,500,000. L'instruction religieuse de cette masse entière repose exclusivement sur le bon vouloir des individus. Ce ne sont pas seulement des milliers de ministres et d'e'glises qu'il faut entretenir, l'on doit aussi pourvoir aux frais qu'exigent les collèges, les séminaires théologiques, les écoles du dimanche, les sociétés de missions et tous les autres instruments dont on se sert pour répandre dans notre immense territoire la connaissance de l'Evangile. 11 y a là de quoi faire trembler ceux qui ignorent de quoi l'esprit humain est capable lorsqu'on lui laisse librement développer son énergie , et que , d'ailleurs, il est mû et fortifié par la grâce de Dieu et par son amour.
Mais il ne s'agit pas seulement de continuer à soutenir d'une libre volonté les établissements religieux que la loi soutenait jadis: il y a, comme on le