CPAP. V, TRAITEMENT DES PASTEURS
grdnd nombre de leurs miiiislres ii'ont-ils, en fait de science théologique, que celle qu'ils ont puisée dans les livres anglais. Cela n'empêche pas que l'une et l'autre de ces églises ne comptent quelques hommes qui, ayant fait des études soignées, sont véritablement savants. Le peu de frais qu'ils supportent pour se préparer au ministère est sans doute une des raisons qui permettent de ne point rétribuer leurs soins pastoraux. Cependant, comme je viens de le dire, les ministres méthodistes iiinérants reçoivent tous un salaire fixe, à la différence d'un très-grand nombre de ministres baptisles pour lesquels les congrégations ne font rien ou presque rien.
Quant aux prédicateurs quakers, hommes ou femmes, ils n'ont décidément aucun salaire régulier; mais s'il en est parmi eux qui voyagent pour visiter les assemblées et prêcher à ceux qui veulent les entendre, on ne manque pas de leur offrir des présents considérables, à moins qu'on ne les sache dans l'opulence.
S'agira-t-il, après cela, dédire si les ministres de l'Evangile sont bien payés aux Etats-Unis, ce n'est pas chose facile ; car il faudrait savoir ce qu'on entend par être bien payé. Suivant le sens que beaucoup de gens attachent à cette expression , je me vois forcé de répondre négativement. J'entends qu'il est peu de pasteurs, ou plutôt qu'il n'en est point peut-être, à qui leur salaire permette de vivre comme les plus riches de leurs paroissiens. Leur revenu n'égale pas celui de nos avocats, ni celui de nos médecins, quoiqu'on général ils ne leur cèdent ni en culture intellectuelle, 1. 24
ni en talents. Aucun des ministres de l'Evangile aux Etats-Unis ne relire de sa place des avantages pareils à ceux dont jouissent en Angleterre beaucoup de pasteurs nationaux, sans parler, c'est clair, des dignitaires de l'Eglise. Je ne sais s'il en est qui aient réellement au-delà du nécessaire, mais pour sûr il n'en est pas qui aient de quoi s'enrichir.^
Toujours est-il que, moyennant une sage économie, ils vivent confortablement et d'une manière fort convenable ; ce qui est vrai surtout des pasteurs des Etats atlantiques et même de ceux des plus anciens établissements de l'Ouest. Dans la Nouvelle-Angleterre, si l'on en excepte Boston , les salaires des pasteurs de villes vont de 800 à 1 ,200 dollars ; ceux des villages, de 300 ou 400 dollars à 700 ou 800. De plus ils jouissent souvent d'un presbytère et des fonds qui en dépendent, sans parler de présents quelquefois assez riches.
* La manière dont les étrangers rendent compte de leurs voyages en Amérique , est parfois bien burlesque. M. de Beaumont en est un exemple. Dans Marie ou l'Esclavage aux Etals-Unis, il explique le grand nombre des églises par le grand nombre des ministres. Et puis, s'il y a beaucoup de ministres, c'est que leur état en Amérique est non-seulement très-honorable , mais encore fort lucratif. Si bien que la plupart des prédicateurs font leur fortune en peu de temps ; après quoi ils se retirent du ministère ; raison pour laquelle on voit si peu de vieillards dans les chaires de ce pays. Je ne sais pas vraiment si l'on a jamais rien dit de plus atsurde sur aucun sujet. Mais pour rendre justice à l'écrivain français, il est moins blâmable que les hommes stupides qui l'informèrent si bien. Peut-être n'a-t-il mis lui-même les pieds que dans cinq ou six églises , dont aucune probablement n'appartenait au culte réformé.