CHAP. XI. ÉCOLES PRIMAIRES
lui seul tous les frais de l'instruction primaire et que les parents demeureraient parfaitement libres de ne pas profiter des écoles publiques. Ceux qui provoquent ces mesures n'y voient rien d'hostile à la conscience des citoyens.
Du reste , la liberté d'enseignement est entière. Là même où les écoles instituées par la loi couvrent de leur réseau tout le pays , les pères de famille peuvent s'entendre pour donner à leurs enfants tel maître qu'ils jugent bon. L'on n'exige point du régent un brevet de capacité. Ceux qui l'emploient savent ce qu'ils ont à faire, et s'ils sont mécontents de lui, le remède est entre leurs mains. Quant aux instituteurs publics, ils subissent un examen devant un comité spécial.
Bien qu'on exige d'un instituteur qu'il s'abstienne d'inculquer à ses élèves les doctrines particulières à son église , il lui reste , s'il est pieux, assez de moyens pour agir sur la conscience des enfants qu'il instruit. Il a toujours à sa disposition les grandes doctrines du christianisme, et dans la généralité des écoles la Bible sert de livre de lecture. Cependant les catholiques romains sont parvenus à la faire exclure en plusieurs lieux, notamment à Saint-Louis. Ils travaillent à ce même résultat dans la ville de New-York , et l'on ne saurait douter qu'ils n'y réussissent tôt ou tard. En considérant ce qui se passe à cet égard, il me semble que le meilleur système serait de laisser au peuple même tout le soin des écoles publiques. Après que la majorité aurait dit ce qu'elle veut, les mécontents n'auraient tout simplement qu'à fonder une nouvelle I. 26
école selon leurs vues. C'est ce que ferait incontestablement une minorité chrétienne, plutôt que de mettre la Bible de côté.
En beaucoup de lieux il est fort difficile de se procurer de bons maîtres, parce que l'état du pays ouvre à tous une foule de carrières plus lucratives et plus attrayantes. Aussi en avons-nous plusieurs qui sont vraiment fort au-dessous de leur tâche ; ce sont en général ceux qui nous viennent d'Irlande et d'Angleterre. Cependant, le mal diminue à mesure que la population s'accroît. Et puis l'attention publique se dirige maintenant sur ce qu'il y aurait à faire pour former de bons régents. Déjà l'on a introduit dans beaucoup d'écoles de la Nouvelle -Angleterre et de quelques autres Étals des bibliothèques à l'usage des instituteurs, et celte mesure promet d'heureux fruits.
Plus qu'un mot. L'instruction primaire aux États- Unis doit à la religion son existence même et à peu près tout ce qu'elle a de bon. Rien en conséquence ne serait plus légitime que d'y exiger pour la religion la place essentielle. Toutefois, les protestants d'Amérique ne croiraient pas leur cause perdue si l'on venait à exclure absolument des écoles l'enseignement religieux , comme le demandent quelques personnes, les catholiques en tête. L'instruction élémentaire, privée même de l'enseignement religieux, vaut infiniment mieux que rien, et les amis de l'Évangile auront toujours, pour suppléer à cette grande lacune, et la chaire, et le culte domestique, et les classes bibliques , et les écoles du dimanche.