‹ La religion aux États-Unis d'AmériqueChapitre 26 sur 185 · CHAP. I. CARACT. RELIG. DES PREM. COLONS · texte numérisé non relu

CHAP. I. CARACT. RELIG. DES PREM. COLONS

Les puritains avaient en général pour principe de ne point se séparer d'avecTéglise nationale. Ce qu'ils voulaient, c'était une réforme et non point un schisme. Mais, à la moitié environ du règne d'Elisabeth, il s'éleva parmi eux un parli extrême de gens qui se refusèrent de demeurer en communion avec une église dont ils condamnaient les cérémonies et le gouvernement. De là les Indépendants, ou Brownistes, comme on les nomma longtemps et fort mal à propos ; car, si Brown fut d'abord un de leurs chefs , il termina sa carrière dans le sein de l'église établie. Après avoir partagé son exil , la congrégation qu'il avait rassemblée se dispersa complètement. Mais les principes de Brown devaient lui survivre , et fleurir en des contrées lointaines qui , de son temps , étaient encore presque inconnues.

Depuis le moment dont je viens de parler, les puritains se partagèrent constamment en deux corps , celui des non-conformistes, de beaucoup le plus nombreux, et celui des séparatistes. Les premiers, se tenant en dehors de tout ce qu'ils envisageaint conmie mauvais dans l'église nationale, ne laissaient pas de lui demeurer attachés pour ce qu'elle avait de bon, et ils travaillaient à la réformer; les derniers ne savaient voir en elle qu'une institution anti-évangélique , une idolâtrie qu'il ne pouvait être question que de renverser. De cette divergence d'opinions naquit entre les deux partis une lutte, par moment des plus vives, les non-conformistes reprochant aux séparatistes leur té-

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niùrilé , et ceux-ci blâmanl les autres de leur peu de courage.

L'avéuemenl du roi Jacques vint donner aux puritains des espérances qui furent promplement déçues. Bien qu'élevé dans les principes de l'église presbytérienne d'Ecosse, le nouveau monarque n'eut pas plus tôt passé les frontières quil se montra grand admirateur de l'épiscopat ; et, malgré son calvinisme, il ne laissa pas de servir d'instrument à l'arminianisme des sycophanles qui le circonvenaient. Après avoir manqué de parole aux puritains, il dut naturellement les détester, eux et leurs doctrines. Dans sa solle pédanterie, il voulut avoir avec leurs chefs une conférence théologique. Elle se tint à Hampton-Court, et les scènes qu'elle amena, parfaitement amusantes, s'il ne s'agit que de la dialectique du rhéteur couronné, furent, parleurs résultats, fort tristes pour les puritains. « Je ne veux rien de cette liberté dans les cérémonies du culte. Il me faut unité de doctrines, unité de discipline, unité de religion, et pour le fond et pour la forme. Qu'on ne me parle plus de cela et qu'on ne songe qu'à m'obéir. » La conférence dura trois jours. Le roi ne supportait pas la contradiction; de sorte qu'il parla beaucoup, et toujours applaudi par ses flatteurs. Le vieux Whitgifl sécria : « Votre Majesté parle avec l'assislance particulière du Saint-Esprit. » Et l'évêque Bancroft, tombant sur ses genoux, rendit grâces, avec des transports de joie, de ce que « Dieu avait donné à l'Angleterre un roi comme il n'y en avait pas eu depuis le temps de Jésus-Christ. »

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Ainsi donc , si le parlement devenait toujours plus favorable aux doctrines puritaines, la hiérarchie sacerdotale s'affermissait dans ses vues et secondait les vœux du monarque. Brancroft, successeur de Witgift, exigeait avec rigueur la conformité. En 1604, il y eul, dit-on, trois cents ministres puritains destitués, emprisonnés ou bannis. Leur foi n'en faisait pas moins son chemin. Le clergé puritain et la portion du peuple qui se rattachait à lui, se formaient en ligne de bataille contre l'église établie et contre son chef. Sous Jacques I, la vicloire appartint à la couronne et aux évêques; mais il n'en fut pas de même sous le règne suivant. Malgré tout ce qu'on fit pour extirper du sol anglais cesBrownistes, ces séparatistes, ces indépendants qu'on affectait de mépriser, ils ne succombèrent pas tous à la persécution.

A la fin déjà du règne d'Elisabeth, il se forma des congrégations indépendantes dans quelques villes et villages des comtés de Nottingham, de Lincoln et de York. Ces brebis éparses recevaient les soins pastoraux d'un homme qui a laissé, au milieu même de ses ennemis^ uu nom irréprochable : je veux parler de John Robinson. Les agents du prince surveillaient nuit et jour sa petite église, et ce n'était pas sans difficulté qu'elle parvenait à tenir ses assemblées. Eclairés par la parole de Dieu, les Indépendants avaient acquis la conviction, non-seulement que les misériibles cérémonies auxquelles on les voulait astreindre étaient des restes d'idolâtrie, mais encore qu'ils ne devaient pas se soumettre à l'autorité seigneuriale des évéques.

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Avec de telles opinions, ils devaient bien s'attendre qu'on n'épargnerait quoi que ce soit pour leur rendre la vie insupportable et pour les détruire s'il était possible.

Voyant donc qu'il n'y avait aucune paix à espérer dans leur pays natal , ils prirent le parti d'émigrer en Hollande. Celle-ci , dès longtemps victorieuse dans la lutte qu'elle eut à soutenir pour son indépendance et poursafoi,otfrait un asile aux chrétiens qui fuyaient la persécution. Après bien des embarras et des contrariétés, nos indépendants atteignirent Amsterdam en 1608. Us y trouvèrent beaucoup de leurs amis, qui avaient quitté l'Angleterre pour la môme cause. Les plus anciens de ces exilés, partis de Londresl'an 1592, formaient une église sous la conduite de Francis Johnson. Il existait aussi à Amsterdam, depuis peu de temps, un troupeau qui avait pour pasteur M. Smith. Afin d'éviter toute collision, Robinsou et son église se retirèrent àLeyde, et c'est là qu'ils firent leur établissement.

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