CHAP. II. LES PREM. COL.— NEW-PL YMOUTH
Malgré la prospérilé dont nos pèlerins commençaient à jouir en Hollande, ils ne s'y sentaient pas chez eux. Ils se mirent donc sérieusement à agiter la question de passer en Amérique. Voici dans quels termes leur historien rend compte des motifs qui les délerminèrent; ils nous montrent ces gens simples et bons, sous un jour bien intéressant.
« Et d'abord ils virent que l'inclémence du pays était telle que peu de gens les y joindraient, et qu'il y en aurait bien moins encore qui prendraient le parti d'y demeurer. Plusieurs de ceux qui étaient venus vers eux n'avaient pu se faire à leur genre de vie si pénible; et tout en aimant leurs personnes, tout en approuvant leur cause et en admirant leurs souffrances, ils les avaient laissés avec larmes , comme Horpa se sépara de Nahomi , ou comme ces Romains qui abandonnèrent Caton à Utique, en disant qu'il n'était pas donné à tous d'être des Caton. Ils eussent bien désiré de participer à leur culte spirituel, dans la liberté de l'Evangile : mais, malgré les dangers auxquels s'exposait leur conscience, ils se pliaient à la servitude plutôt que de mener cette dure vie de Hollande; ils lui préféraient même les prisons de l'Angleterre. Nos frères pensaient donc que, s'ils trouvaient un pays meilleur, ils seraient suivis par un grand nombre de gens; et leur pasteur avait coutume de dire que plusieurs , même de ceux qui écrivaient et prêchaient contre eux, ne manqueraient pas de faire comme eux en définitif, si on leur procurait un iieu où ils pussent jouir de la liberté et vivre à leur aise.
») IJsvoyaientensuileque, si leurs gens portaient gaîmentet résolumenl leur fardeau, c'est qu'ils étaient dans la vigueur de l'âge; mais, pour quelques-uns, la vieillesse commençait à venir, hàlée par de grands et continuels labeurs, sans parler des tristesses et des croix. En sorte que, selon toute apparence, il ne s'écoulerait pas bien des années avant que la misère ne les dispersât ou ne les écrasât. N'était-ce pas le moment d'écouter ce proverbe de la sagesse divine : « Le ))sage voit le mal avant qu'il arrive et il se cache. «Ne devaient-ils pas imiter le soldat qui , surpris par l'ennemi et craignant de se voir enfermé dans une embuscade d'oii il ne saurait ni fuir ni combattre, se hâte de prendre une position qui lui permette d'affronter le danger?
» D'ailleurs, ils ne souffraient pas seuls. Ils s'étaient vus forcés de faire partager à leurs domestiques et à leurs chers enfants ce qu'il y avait de plus pénible dans leur position. C'étaità briser le cœurdes parents. Ceux qui, parmi ces jeunes gens, se distinguaient par leurs bonnes dispositions, portaient le joug sans murmurer; mais les travaux souvent étaient si considérables que leurs forces cédaient sous le faix et qu'ils succombaient à une vieillesse anticipée; leur fleur, pour ainsi dire, se desséchait dans le bourgeon. Ce qu'il y avait de plus lamentable encore, c'était de voir le découragement qui s'emparait quelquefois de leur esprit. Entraînés par les mauvais exemples, ils cédaient aux nombreuses tentations de la ville. Ils se lançaient en des carrières extravagantes et pleines de pé-