CHAP. II. LES PREM. COL.— NEW-PLYMODTH
rils; la bride sur le cou, ils fuyaient loin du toit paternel. Les uns se firent soldats, d'autres s'engagèrent sur des vaisseaux pour des voyages de long cours; il en est qui prirent encore de pires partis. Ainsi se ruinaient leurs âmes, k la profonde douleur des parents et au déshonneur de leur Dieu. Les pèlerins voyaient doue leur postérité dans le danger imminent de se corrompre et de dégénérer tout à fait.
» Enfin (et ce ne fut pas la moindre de leurs raisons), ils entretenaient à la fois l'espérance et le désir de fonder, eu ces coins reculés du monde , quelque établissement propre à étendre le royaume de Jésus- Christ, ou tout au moins de frayer à d'autres le chemin ; comme on jette quelques pierres dans le lit d'un ruisseau pour le passer à gué. »
A ces motifs indiqués par le gouverneur Bradford dans son histoire de la colonie de Plymoulh, j'ajouterai les trois suivants qu'allègue un des fondateurs de la colonie, Edouard Winslow : 1° les réfugiés désiraient de vivre sous la protection de l'Angleterre, de conserver leur langue natale et le nom d'Anglais : 2° ils gémissaient de ne pouvoir élever leurs enfants comme ils avaient été élevés eux-mêmes ; 3" ils ne pouvaient s'habituer aux profanations dusabbat dont ou se rendait coupvable en Hollande.
Mus par ces considérations, les émigrés envoyèrent en Angleterre une députation qui devait sonder sur leur projet, soit le roi lui-même, soit la Compagnie américaine de Londres, ou, comme on l'appelait alors, la Compagnie de Virginie. Malgré son horreur pour les
84 LA RELIGION EN AMÉUIOUE. LIV. Il
indépendants, le roi vil plutôt avec plaisir l'intention de ses ci-devant sujets. C'était un moyen d'étendre les colonies, et ce point lui tenait fort à cœur. Déjà plusieurs années auparavant, il avait encouragé la colonisation du Haut-Pays et des îles orientales de l'Ecosse. Le nord de l'Irlande aussi lui devait une prospérité dont aucune autre portion de celte île ne jouissait. Il y avait favorisé rétablissement d'Anglais et d'Ecossais sur les terres dépeuplées par la guerre d'extermination qu'Elisabeth y avait faite à quelques chefs irlandais. Quand il eut demandé aux pétitionnaires quel genre de trafic ils comptaient entreprendre dans le nord de la Virginie, * et qu'ils lui eurent répondu qu'ils y allaient pour la pêche, le monarque leur dit avec son jurement ordinaire : « Que Dieu ail mon âme, c'est un brave commerce , la profession même des apôtres. » Mais comme le roi manifesta l'intention de consulter l'archevêque de Canlorbéry et l'évêque de Londres, quelqu'un recommanda sagement aux délégués de ne pas insister davantage, et de' se contenter de l'aveu tacite du roi, sans exiger son consentement formel. C'est à quoi ils se résolurent, persuadés en effet que, « si l'on se mettait dans l'esprit de leur nuire, ils auraient beau avoir une patente munie d'un sceau grand comme le parquet d'une chambre, on trouverait bien le moyen de la révoquer. »
La Compagnie montra, de son côté, les dispositions
' Le lecteur doit se rappeler que les Anglais donnaient alors le nom de Virginie à toute l'étendue des côtes, sur l'Atlantique.