CHAP. II. LES PREM. COL. — NEW-PLYMOUTII
colonie, nous nous unissons par les présentes, devant la face de Dieu, et les uns devant les autres, pour ne faire qu'un seul corps civil et politique, dans l'intérêt du bon ordre et de la sûreté mutuelle, aussi bien que dans le but sus-mentionné; ledit corps ayant le droit de faire et de promulguer toutes lois, ordonnances, actes et constitutions justes et équitables qu'on jugera nécessaires au bien de la colonie, nous engageant d'ailleurs à toute due soumission. En foi de quoi, nous avons signé, au cap Cod, le 11 novembre, la dixhuitième année du règne de noire souverain seigneur le roi Jacques d'Angleterre et de France et d'Irlande, et la cinquante-quatrième de son règne en Ecosse; anno Domini 1620.
Dans ce premier essai de constitution politique, nous avons en germe cette suite de travaux admirables auxquels se livra plus lard le Nouveau-Monde pour déterminer les bases d'un gouvernement indépendant et libre, où les gouvernés se gouvernent euxmêmes.*
Après donc que les colons eurent choisi leur emplacement, il fallut débarquer; mais comme les chaloupes ne pouvaient serrer la côte, ils eurent beaucoup à souffrir dans cette opération. C'était en hiver, et ils employèrent à se bâtir des maisons tous les jours oi!i la pluie et la neige leur donnèrent quelque relâche. Mais le printemps n'était pas encore arrivé,
' C'es-t ainsi que je traduis self government, «le gouvernement de par soi-même. » {Trad.)
que la moilic d'eiilrc eux avail succombé aux maladies conlraclùes dans ces rudes travaux. Qu'on se représente leur déliesse duranl cet hiver sombre et froid sous un ciel inconnu, ayant d'immenses forêts derrière eux et devant leurs yeux une mer en courroux.
Cependant, avec la belle saison reparaissent la santé, l'espérance et le courage. La colonie prend racine. Le sol qu'elle occupe venait d'être dépouillé des Indiens, ses anciens habitants qu'une horrible peste avait consumés ; en sorte que les colons n'eurent pas à acheter des terres que personne n'avait mission de vendre. Bientôt ils entrent en relations avec les tribus voisines, gagnent leur confiance et se lient à elles par des traités. De nouveaux arrivants augmentent insensiblement la colonie: si bien qu'en 1630 elle dépassait trois cents âmes. Déjà la troisième année ils avaient assez de blé pour leur entretien; ils en eurent môme à exporter.* Ils ne tardèrent pas à posséder bon nombre de bateaux pécheurs, et, étendant leur commerce jusqu'à la rivière du Conneclicut, ils fondèrent une colonie sur le Kennebec, territoire du Maine. Tout cela se fit dans les dix premières années. Nulle autre colonie anglaise ne s'était encore formée sur la côte-nord de la Virginie, ou plutôt de la Nouvelle-Angleterre, nom que le capitaine Smith
1 On ne se figure pas tout ce que les colons eurent à souffrir de la faim dans les premiers temps. Il faut en lire les détails dans Dancroft, Hislory of Uniled slatcs, vol. \, p. 30.5.