CHAP. V. LES PREM. COL. — MARYLAND
dans une île du Potomac, en 1634, ils prirent possession du pays « au nom de leur Sauveur, » el non pas seulement <r au nom de leur roi. » Ils donnèrent pour bases à leur édifice religieux et politique, la plus complète tolérance, et durant cinquante ans leur gouvernement demeura fidèle à ce principe élevé. Qu'on pense de leurs croyances tout ce qu'on voudra, qu'on s'étonne surtout d'un fait si contraire à la politique habituelle du romanisme; on ne saurait, néanmoins, contester à la colonie de lord Baltimore l'honneur d'avoir été la première société des temps modernes qui ait réalisé l'idée tout entière de la liberté religieuse. Chose d'autant plus admirable que c'était à une époque oij les puritains de la Nouvelle-Angleterre avaient grand'peine à se tolérer mutuellement et encore plus à tolérer « les papistes ; » où les Virginiens, dans leur zèle aveugle, ressentaient une égale horreur pour les catholiques el pour les dissidents; où, par le fait, nul étal protestant n'estimait devoir la tolérance aux sectateurs de Rome, et réciproquement.
Proclamée dès le premier instant, la liberté religieuse le fut de nouveau en 1649, c'est-à-diro, lorsque, par la mort de Charles P', le gouvernement de l'Angleterre allait passer aux mains des adversaires du catholicisme les plus prononcés.* «Attendu que
* Ce n'est pas pour amoindrir la gloire de lord Baltimore et des siens; mais avouons que cette largeur de vue était , dans tous les cas, de fort bonne politique. O'Connel et les Irlandais qui, avec lui,
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la contrainte exercée sur les consciences en matière de religion, » ainsi s'exprime le statut, « a manqué rarement de faire le mal des Etats qui l'ont exercée ; en vue de faciliter aux magistrats de cette province leur pénible tâcbe, et pour entretenir la charité mutuelle et la bienveillance entre les colons, nous déclarons que nul individu, homme ou femme, qui professera la foi en Jésus-Christ, ne sera troublé, molesté, ou seulement inquiété relativement à sa religion et au libre exercice qu'il en voudra faire. » Sous cette législation,les sectes protestantes s'accrurent au point que le pouvoir politique tomba complètement entre leurs mains. Avant même la guerre de la révolution , les épiscopaux, les presbytériens et les baptistes avaient fondé beaucoup d'églises dans le Maryland , terre classique de la plus précieuse des libertés.
La colonisation de la Caroline du Nord commença par quelques échappés de la Virginie qui s'établirent sur le bord des fleuves dont les eaux se jettent dans le détroit d'Albemarle , et parmi eux bon nombre de quakers fuyant devant l'intolérance des lois. C'était vers le milieu du dix-septième siècle. Bientôt se joi-
demandent la révocation de l'Union, sont comme contraints d'écrire sur leurs drapeaux la liberté de conscience. Le catholicisme romain, s'il est conséquent, ne peut l'admettre. Ce n'est pas à dire qu'il n'y ait jamais eu de vrais catholiques sincèrement amis de cette liberté. Nous devons croire que tel fut lord Baltimore. En attendant, c'est par la seule séparation de l'Eglise d'avec l'Etat qu'on ôte à l'église romaine, comme à toute autre église , le pouvoir de satisfaire son intolérance. [Trad.)