CHAPITRE IX
CARACTERB RELIGIEUX DES PREMIERS COLONS
Fondateurs de la Pensylvanie.
L'histoire de Guillaume Penn , ce quaker philosophe el législateur, est connue de tout le monde. Fils d'un amiral anglais, héritier d'une fortune considérable pour l'époque, accoutumé dès sa jeunesse aux manières de la haute société, élève de l'université d'Oxford, riche de connaissances acquises par de nombreux voyages, versé dans les lois de son pays, il semblait propre à une carrière bien différente de celle qu'il crut plus tard devoir choisir.
Il avait hérité de ses parents une profonde aversion pour le despotisme clérical. Pendant qu'il était à Oxford , il eut la hardiesse d'aller entendre George Fox, et cette incartade le fit chasser de l'université. C'est ce qui le conduisit en France, où il voulut étudier de près les doctrines et l'esprit des réformés. Il passa donc quelque temps à Saumur , siège principal de la science théologique, et il y suivit les cours de l'illustre et bienveillant Amyrault. De retour chez lui, il visita l'Irlaude en 1666. Ce fut là qu'entendant Thomas Loe prêcher sur <r la foi qui surmonte le monde, » il sentit aussitôt son cœur plein d'une sainte joie, et entra dans la voie d'abnégation où il ne cessa de marcher dès lors.
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L'aulouinc de la môme année vil les portes d'une prison se fermer sur lui. « La religion fait mon crime et mon innocence, » dit-il au vice-roi; «r elle me jette dans les chaînes forgées par les hommes méchaiiîs, mais elle me rend un homme libre. » Lorsque, au terme de sa captivité, Pcuii dut retourner en Angleterre, il n'y eut pas de moqueries que ne lui fissent essuyer les nmis de la cour dissolue du roi Chartes. Chassé de la maison paternelle sans un sou, il ne trouva de compassion que dans le cœur de sa mère, c'est-à-dire, là oii l'infortuné rencontre de la pitié, lorsque partout ailleurs on la lui refuse. Il dut à ses bontés d'échapper aux privations de la misère , pendant que la divine Providence le préparait aux belles fonctions de prédicateur de la paix devant les rois, les prêtres et les peuples.
Ainsi , la persécution fut comme le noviciat de la mission qu'il reçut en faveur des victimes de l'intolérance. Il pouvait dire avec vérité :
Haud ignarus mali, miseris succurrere disco.i
Pour tout dire en un mot, il appartenait à ce royaume où le bien ne se fait qu'au prix de la douleur.
La manière dont la Providence conduisit Guillaume Penn à fonder sa colonie est vraiment admirable. Son intérêt personnel vint, par une voie assez inattendue, se confondre avec les vues de sa charité. La couronne devait de fortes sommes à son père. Celui-ci, qui ne
' « Victime du malheur, je secours l'infortune. »
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faisait pas grand fond sur sa créance , la lègue à son fils ; et pour en obtenir le paiement, Penn fait entendre qu'il se contentera de quelques territoires dans le Nouveau-Monde. Cette ouverture est favorablement accueillie par Charles II, prince prodigue et débauché qui d'ailleurs avait été l'ami du père de notre quaker. Le 5 mars 1681, Penn obtient donc toute la contrée qui , du fleuve du Delaware et dans une largeur de cinq degrés vers l'ouest, s'étend entre le trente-neuvième et le quarante-deuxième degré de latitude nord. A l'exception d'un petit nombre de concessions faites précédemment par le duc de York, cette vaste enceinte devait former le domaine de Penn. Ainsi, tout ce qu'il restait du territoire réclamé par les Hollandais et qu'ils avaient été contraints de céder à l'Angleterre, devint non pas seulement l'asile, mais la propriété exclusive d'une secte qui avait essuyé à elle seule plus d'opprobres peut-être que toutes les autres sectes ensemble I
Du reste , ce ne fut pas aux seuls quakers de la Grande-Bretagne que Penn ouvrit un refuge. Comme nous avons eu déjà l'occasion de le dire, et quelque incroyable que la chose paraisse, il n'en est pas moins vrai que « les amis » se voyaient persécutés dans la Nouvelle-Angleterre par ces mêmes hommes que la persécution avait chassés d'Europe. En 1656, douze quakers sont bannis du Massachusets, et quatre d'entre eux, ayant osé rentrer dans la colonie, y sont exécutés en 1669. Cette année même, la législature de Virginie fait une loi portant que « tout capitaine ou
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patron de navire qui déposerait dans la colonie quelqu'un de ces individus connus sous le nom de quakers, paierait une amende de 100 livres sterling, et que tout quaker qu'on trouverait sur le territoire de la colonie serait emprisonné jusqu'à ce qu'il fournît caution pour son départ immédiat. Que s'il y reparaissait une troisième fois, il serait puni de mort. » * Pour en revenir à Guillaume Penn , il quitta l'Angleterre en 1082, et atteignit ses vastes possessions le 27 octobre. Après avoir débarqué à Newcastle, il passe à Chester et, remontant en bateau le Delaware, il pousse jusqu'à l'endroit où se voit maintenant Philadelphie. Son premier soin fut d'acheter en bonne forme des Indiens tout le territoire nécessaire à ses plans. Cette transaction eut lieu dans un célèbre conseil tenu sous les branches d'un grand orme à Shakamaxon , au nord de Philadelphie. La simplicité des manières de l'Anglais, son évidente sincérité, les accents de son affection chrétienne, gagnèrent les cœurs des Algonquins. « Nous vivrons, » lui dirent-ils, « en parfaite intelligence avec William Penn , et avec ses enfants, et avec les enfants de ses enfants, aussi longtemps que dureront la lune et le soleil. »
L'année suivante, le colon philanthrope fonda sa ville entre le Delaware et le Schuylkill, et jeta les bases du gouvernement de la colonie. Il ne se pouvait pas de situation plus agréable que celle dont il fit choix pour cette cité que l'avenir devait rendre une des
* Hening's Colleclion of the laws of Virginia,